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Message Publié : 22 Oct 2018 16:07 
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Hérodote
Hérodote

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Bonjour,

Lors d'une réunion de Pieds-Noirs, il y a quelques semaines de cela, j'ai discuté avec un Algérien âgé, qui m'a dit avoir fait partie de la "force locale", à la fin de la Guerre d'Algérie.
Je m'étais joins à cette réunion car l'occasion s'est présentée proche de ma ville et parce qu'il a toujours été dit dans ma famille qu'un de mes oncles avait disparu à Oran le 5 juillet 1962.
Le vieux retraité Algérien en question n'était pas très loquace, il m'a semblé vouloir éluder la question, comme si je réactivais de vieux souvenirs désagréables.
Surtout il m'a dit "les disparus des uns, c'est comme les crevettes Bigeard des autres, c'est périmé." ( 8-| ) . Je n'ai pas insisté, l'ambiance ne s'y prêtait pas.

Mais alors, que fut cette "force locale", ou plutôt, sans entrer dans les détails, quels sont les ouvrages/auteurs que vous me recommanderiez pour étudier plus avant cette question ?


Merci d'avance pour vos réponses.


NB (j'espère avoir posté dans la bonne rubrique).


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Message Publié : 22 Oct 2018 16:49 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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C'est une idée dans la foulée des accords d'Evian, des unités de maintien de l'ordre pour assurer la sécurité des populations urbaines et le bon déroulement du référendum sur l'indépendance. Personnel musulman, encadrement européen.
Certains ont rêvé que ces forces seraient l'embryon de la nouvelle armée de l'Algérie indépendante.

Cela a été un échec total, l'ALN n'étant pas disposée à partager la moindre miette du monopole de la force avec quiconque.

Le tout n'a pas duré trois mois. L'organisation n'a même pas eu besoin d'être décimée, elle s'est auto-détruite par inefficacité avant que d'exister.


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Message Publié : 22 Oct 2018 19:36 
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Marc Bloch
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Vézère, c'est tout à fait ce que je voulais dire à peu près. Cela ne tenait pas debout et c'était une brillante idée des politiques qui espéraient faire une force de transition vers la future armée algérienne. En outre, les cadres européens risquaient leur peaux pour des prunes, car les recrues algériennes n'étaient pas du tout motivées par cette fumisterie et ne pensaient qu'à déserter pour rejoindre le FLN, si possible avec leur armement.

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" Je n'oublie pas le Colonel Arnaud Beltrame "


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Message Publié : 24 Oct 2018 14:52 
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Hérodote
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Bonjour,

Merci pour vos deux réponses.

Que la réussite ne fut pas complètement au rendez-vous, c'est sûr, c'est même un euphémisme. Mais en imputeriez-vous plutôt la faute aux militaires, qui ne surent pas gérer cette unité, ou alors aux politiciens, qui demandèrent aux militaires de créer une "unité idéologique", vouée d'avance à l'échec sur le terrain ?

Citer :
les recrues algériennes n'étaient pas du tout motivées par cette fumisterie et ne pensaient qu'à déserter pour rejoindre le FLN, si possible avec leur armement.


Cela voudrait-il dire que ces recrues se faisaient recruter justement pour obtenir des armes ?

Je crois que certaines de ces recrues ont aussi fait un travail honnête, en sauvant à l'occasion des Européens, même si tous n'ont pas eu cette chance, en particulier à Oran. Chez nous dans la famille, on a jamais trop épilogué sur ces questions, vue que les demandes qui furent faites auprès de l'armée française restèrent systématiquement sans réponse.

Les disparus en Algérie, c'est un peu comme les mineurs fugueurs, après leur 18 ans, ils disparaissent des fichiers.


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Message Publié : 24 Oct 2018 17:30 
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Marc Bloch
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Je crains que vous ne mélangiez plusieurs choses. Avant les accords d'Evian , les recrues musulmanes (les FSNA, comme on disait) ne posaient pas de problème. C'est cette création après les accords qui ne voulait rien dire, puisque l'Algérie allait être indépendante. D'où ces jeunes gens cherchaient à être bien vu des futurs maitres du pays et pour cela désertaient si possible avec leur armement. En ce qui concerne Oran et la tuerie de juillet 1962, l'affaire est malheureusement plus claire et plus dramatique : les forces françaises sur ordre du général Katz étaient consignées dans leurs casernes avec interdiction d'intervenir. C'est une saloperie de plus à inscrire dans le livre noir de l'histoire de France.

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Message Publié : 24 Oct 2018 22:19 
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Je pense qu'il faut expliquer clairement à ce garçon le déroulé par étapes de l'indépendance algérienne, qui, disons-le clairement, fut une source de confusions et de massacres supplémentaires.

(J'indique ici ces étapes, en y ajoutant éventuellement mes commentaires personnels.)

La France signe les accords d'Evian avec le GPRA (le FLN si vous voulez) le 18 mars 1962.

Ces accords prévoient (entre 10 000 autres choses) quelques points qui vont déterminer les évènements jusqu'à la proclamation de l'indépendance de l'Algérie et l'installation du premier gouvernement algérien :

- Tout d'abord, pour que l'Algérie devienne effectivement indépendante, cet accord devra être approuvé par le peuple algérien, ce qui se fera par un référendum, en juillet 62.
(Commentaire : légalement, ça se tient. De Gaulle et le GPRA, chacun pour son opinion publique, veulent que le souhait du peuple algérien soit clairement et librement exprimé.)

- En attendant que les Algériens votent - ce qui inclut musulmans et européens, tous les résidents en d'Algérie - les délégués du GPRA à Evian ont absolument refusé que la France reste au pouvoir en Algérie. On est donc passé par la solution d'un "exécutif provisoire" rassemblant des personnalités de bonne volonté, pour gouverner l'Algérie pendant ces quelques mois.
(Commentaire : là on a le fait qu'il faut être deux pour signer un traité. Côté algérien, on se méfiait de manoeuvres éventuelles de l'armée française, qui avait tant de fois amené les arabes voter "librement", en leur distribuant le bulletin à mettre dans l'urne. Cette crainte était très excessive, mais bon... Côté français, De Gaulle voulait en finir au plus vite "avec cette boite à chagrin". Donc la France ne dirige plus l'Algérie. L'exécutif provisoire s'acquittera de son mieux de cette mission impossible.)

- Les accords d'Evian mettent fin à l'état de guerre entre les deux parties. Le cessez-le-feu est déclaré le lendemain. A ce stade, l'armée française n'a plus de motif à mener des opérations armées - pour quelle raison que ce soit - sur le territoire algérien.
(Si la France ne dirige plus l'Algérie, on se demande bien pourquoi elle continuerait d'y combattre ceux avec qui elle vient de signer un accord. Le cessez le feu semble logique, mais cette décision est prise sur un nuage et néglige un "détail" important : en Algérie, tout le monde veut régler ses comptes avec tout le monde. En particulier l'OAS, organisation terroriste européenne, continue à tuer des arabes - le but, s'il y en a un, est de rendre les accords d'Evian inapplicables et d'empêcher que le référendum puisse avoir lieu - et ceux-ci de leur côté, sont nombreux à vouloir faire payer ces assassinats aux civils européens.)

- Ce "détail" n'a pas échappé aux signataires d'Evian. Si on veut que l'exécutif provisoire "tienne" un peu cette Algérie à feu et à sang, il lui faut une force armée chargée du maintien de l'ordre. D'où l'idée : on prend des officiers français - qui d'autre ? - et ils encadreront des arabes - les arabes sont citoyens français d'office depuis 1958 - des FSNA donc, à qui on ne demandera pas de faire leur service militaire dans l'armée française - dont la vocation est de quitter l'Algérie - mais qui devront donc servir comme soldats dans cette "force locale".
(Là on nage dans le n'importe quoi. Il est même étonnant que les négociateurs d'Evian aient inventé cette solution impossible à mettre en pratique : l'Algérie sera indépendante dans 6 mois maximum, et on demande à des jeunes arabes d'aller servir sous les ordres d'officiers français, avec le risque pour eux d'être éventuellement obligés de tirer sur d'autres arabes - en cas d'émeute - et dans tous les cas d'être méprisés par eux pour accepter de servir sous les ordres de ces officiers français détestés ? On ne les a pas regardés ! Jamais de la vie ils ne vont se lancer ou traîner dans cette ânerie.

Conséquence immédiate : les Européens isolés n'ont plus aucune protection. C'est un peu moins sensible dans les villes, où l'OAS est armée, et la population arabe encadrée "clandestinement" par le FLN. - Curieuse façon d'envisager le maintien de l'ordre... Mais dans le bled les disparitions d'Européens vont commencer. Pour être honnête, rien ne protège non plus les arabes des assassinats de l'OAS. En pratique, chacun est contraint de rester dans SON quartier.)

Voila, je pense que vous avez les raisons qui ont amené à lancer cette "force locale", et les arabes appelés, soit à se cacher, soit à y venir mais à en f...tre le camp le plus vite possible.

Notez qu'à Paris, les ronds de cuir n'ont pas mesuré le fossé de haine que la guerre avait creusé entre les deux parties. On y pensait que 100 000 pieds-noirs, au maximum, quitteraient l'Algérie. Ils furent un million, soit pratiquement la totalité. Trop de sang avait coulé des deux côtés.

Faget a écrit :
Je crains que vous ne mélangiez plusieurs choses. Avant les accords d'Evian , les recrues musulmanes (les FSNA, comme on disait) ne posaient pas de problème. C'est cette création après les accords qui ne voulait rien dire, puisque l'Algérie allait être indépendante.

On est d'accord, c'était absurde. Un point à confirmer : je ne me trompe pas en indiquant que les soldats pressentis étaient ceux qui avaient l'âge du service militaire ?

Au fait, un FSNA est un arabe - ou un kabyle : "français de souche nord-africaine."

Citer :
D'où ces jeunes gens cherchaient à être bien vu des futurs maitres du pays et pour cela désertaient si possible avec leur armement.

Je me suis laissé dire aussi que certains officiers français responsables de harkis ont organisé leur désertion, sachant que l'ordre de les désarmer et de les renvoyer dans leur village les condamnait à mort.

Citer :
En ce qui concerne Oran et la tuerie de juillet 1962, l'affaire est malheureusement plus claire et plus dramatique : les forces françaises sur ordre du général Katz étaient consignées dans leurs casernes avec interdiction d'intervenir. C'est une saloperie de plus à inscrire dans le livre noir de l'histoire de France.

Et le seul lieutenant qui a pris sur lui d'intervenir, effaré de se qui se passait sous ses yeux et fatigué d'attendre l'ordre de faire cesser le massacre, ce lieutenant a été sanctionné.

Pour l'émeute elle-même, il est honnête de rappeler que Oran était à feu et à sang, que l'OAS y était chez elle dans les quartiers européens (typiquement, elle s'était amusée à tirer au mortier sur le "village nègre", le quartier arabe, d'où aucun n'osait plus sortir.) Il semble que là les cadres du FLN n'ont pas fait leur travail d'encadrement, et même ont participé aux massacres d'européens.

A Alger, les cadres FLN avaient réussi à empêcher d'éventuelles émeutes arabes, en faisant savoir à la population arabe qu'ils vengeraient chaque arabe tué par l'OAS. Ce qu'ils ont fait, en partie, et de façon spectaculaire, par exemple en mitraillant en voiture des cafés réputés - c'était vrai ou c'était faux, qui s'en souciait ? - être des lieux de rendez-vous de l'OAS. Alger n'a donc pas connu ce genre de massacre collectif.

Au final, l'exode des Pieds-Noirs se fera dans des conditions très difficiles : ils préféreront aller attendre des jours un bateau sur les quais du port (grillagés et gardés par des CRS) plutôt que dans leur appartement.

Les Pieds-Noirs apprendront sur le bateau les résultats du référendum : 99,7 % en faveur de l'indépendance. L'Algérie indépendante était née. Le premier gouvernement algérien prendra ses fonctions en octobre.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 25 Oct 2018 18:42 
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Marc Bloch
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Article très complet sur la question que j'ai lu avec beaucoup d'émotion ( je suis de cette génération). Il n'est pas question de Forces locales. En revanche la police française avait été remplacée par des musulmans appelés ATO (auxiliaires temporaires occasionnels). Admirez la trouvaille de l'administration pour désigner ce corps :rool: lol

https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Oran

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Message Publié : 25 Oct 2018 20:23 
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Faget a écrit :
Article très complet sur la question que j'ai lu avec beaucoup d'émotion ( je suis de cette génération). Il n'est pas question de Forces locales. En revanche la police française avait été remplacée par des musulmans appelés ATO (auxiliaires temporaires occasionnels). Admirez la trouvaille de l'administration pour désigner ce corps :rool: lol

https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Oran

Cet article conforte ce que vous disiez - et que l'on savait - sur la responsabilité du général Katz. (A noter que De Gaulle, à cette date, refuse toute intervention de l'armée en Algérie, comme il a refusé le rapatriement des harkis en métropole.)

Mais j'ai sous-estimé le rôle du FLN en disant "qu'il n'avait pas contrôlé la population musulmane". La réalité est bien pire : c'est l'ALN qui mène les massacres.

Pire encore, il s'agit pour partie de soldats de l'ALN, stationnés au Maroc, qui n'ont jamais combattu (la frontière était électrifiée et étanche) et qui agissent sur instructions de Boumedienne, chef d'état major de l'ALN, et partisan (au contraire de la majorité du GPRA) d'une Algérie socialiste alliée à Moscou et du départ des Français.

Boumedienne prépare sa prise du pouvoir (avec Ben Bella comme tête d'affiche, qui sera le premier président de l'Algérie) et l'inaugure par un massacre délibéré à Oran, destiné à faire partir en masse les Pieds-Noirs d'Algérie.

les malheureux civils d'Oran (on notera que l'OAS les a laissé tomber) sont les victimes d'un pouvoir français qui se lave les mains des problèmes algériens, et de conflits d'ambitions dans l'Algérie qui vient de naître. Sanglant baptême !

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Message Publié : 26 Oct 2018 8:21 
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Jean Mabillon
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Inscription : 16 Jan 2010 19:18
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Si ma mémoire est bonne,il avait été retrouvé dans la kasba d' Alger,au 28 Rue de la lyre vers 1963 des caves remplies de cadavres jusqu'aux plafonds...Combien de victimes?Les journaux d'Alger avaient annoncé la nouvelle puis s'étaient tus.......C'étaient la puanteur et les mouches qui avaient alerté les passants....


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Message Publié : 26 Oct 2018 8:55 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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Pierma a écrit :
Et le seul lieutenant qui a pris sur lui d'intervenir, effaré de se qui se passait sous ses yeux et fatigué d'attendre l'ordre de faire cesser le massacre, ce lieutenant a été sanctionné.


Je veux rendre Hommage à ceux qui n'écoutent que leur conscience
merci Wiki

[i]Les soldats français restent dans les casernes. Les initiatives participant d’un sentiment humain sont isolées, comme l’acte de désobéissance du lieutenant Kheliff, qui intervient avec son unité de chasseurs du 30e BCP, loin de sa base, pour faire libérer des centaines de prisonniers européens, regroupés devant la préfecture. Autre officier enfreignant les ordres : le capitaine Croguennec, commandant la 2e compagnie du 2e zouaves. Peu après 14 heures, il fait libérer plus de 400 personnes du commissariat central, et les accueille dans son cantonnement de l’école Jules-Ferry.

[i]En dehors des actes de désobéissance du lieutenant Kheliff et du capitaine Croguennec, on peut citer quelques actions isolées : l'amiral commandant la base de Mers el-Kébir, « après une discussion orageuse avec le général Katz », envoie un détachement de fusiliers marins évacuer les magistrats et le personnel du tribunal ; la 3e compagnie du 8e RIMa, de 13 h 15 à 17 h, à la gare, s'oppose à des civils armés (le journal de marche et d'opérations invoque la légitime défense) ; la 3e compagnie du 5e RI met en fuite à 13 h 30, près de son cantonnement, des civils musulmans. Jean Monneret, La Tragédie..., p. 119-123, qui dénonce, p. 122-124, la tentative du général Katz de s'attribuer le mérite de ces actions.

at.↑ On sait peu de choses de Jean-Germain Croguennec, sinon qu’il fut par la suite colonel des pompiers de Paris et qu’il est mort en 2008.

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 26 Oct 2018 12:54 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 19 Oct 2018 8:53
Message(s) : 3
Bonjour à tous,

Pierma a écrit :
Je pense qu'il faut expliquer clairement à ce garçon le déroulé par étapes de l'indépendance algérienne, qui, disons-le clairement, fut une source de confusions et de massacres supplémentaires.

Merci pour cette réponse complète.
J'ai toutefois envie d'y mettre un stop un peu brusque : n'avez-vous pas une lecture par trop administrative de cette période de la Guerre d'Algérie ?
Je veux dire par là que vous évoquez des histoires de traités, d'Accords, d'organisations plus ou moins officielles et provisoires.... Mais dans la réalité des faits, sur le terrain, comment tout cela se passait-il ? Le recrutement se faisait-il uniquement sur carte d'identité, ou alors, selon les affinités de groupes sociaux qui avaient encore des relations entre eux ? En fait, est-ce que ce "melting pot" indigeno-coloniale avait encore envie de vivre ensemble ? Les accords internationaux ont-ils réellement joués le rôle de "couteaux" ayant scindé les communautés ? Ou est-ce que de toute façon, tout ce vivre ensemble relevait de l'hypocrisie pure et simple et n'avait plus aucun avenir, quand bien même les USA et leurs compagnies pétrolières ne se seraient-elles pas mêlées de la partie ?

Faget a écrit :
Article très complet sur la question que j'ai lu avec beaucoup d'émotion ( je suis de cette génération). Il n'est pas question de Forces locales. En revanche la police française avait été remplacée par des musulmans appelés ATO (auxiliaires temporaires occasionnels). Admirez la trouvaille de l'administration pour désigner ce corps :rool: lol

https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Oran

On m'a appris à me méfier des articles de wikipédia, mais je généralise peut-être trop.

Sir Peter a écrit :
Si ma mémoire est bonne,il avait été retrouvé dans la kasba d' Alger,au 28 Rue de la lyre vers 1963 des caves remplies de cadavres jusqu'aux plafonds...Combien de victimes?Les journaux d'Alger avaient annoncé la nouvelle puis s'étaient tus.......C'étaient la puanteur et les mouches qui avaient alerté les passants....

Et furent-ils jamais identifiés ?


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Message Publié : 26 Oct 2018 14:51 
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GuerredAlgerie a écrit :
Merci pour cette réponse complète.
J'ai toutefois envie d'y mettre un stop un peu brusque : n'avez-vous pas une lecture par trop administrative de cette période de la Guerre d'Algérie ?
Je veux dire par là que vous évoquez des histoires de traités, d'Accords, d'organisations plus ou moins officielles et provisoires....

Quand je dis "qu'en Algérie, tout le monde voulait régler ses comptes avec tout le monde", ça n'a rien d'administratif. Je pense avoir bien souligné, dans mes réponses, le fait que les deux communautés s'affrontaient par l'intermédiaire de l'OAS et du FLN. Et j'ai signalé que chaque communauté restait dans son quartier (ou ses quartier, plutôt) parce qu'un arabe, par exemple, qui s'aventurait dans un quartier européen risquait à tous coup d'y prendre une balle dans la tête.

L'Algérie était à feu et à sang, je l'ai dit, et on tuait beaucoup dans les rues d'Alger ou d'Oran. Les autorité françaises - police et armée - étaient impuissantes à stopper les actions de l'OAS, et cela bien avant les accords d'Evian.

Si j'ai indiqué pourquoi ces accords ont créé une situation très particulière qui a amené à cette idée absurde de "force locale", c'est pour vous situer le contexte. C'était déjà un désordre sans nom, et la signature des accords a créé, pour les raisons juridiques dont vous n'aimez pas entendre parler, une situation d'anarchie complète.

Vous posez une question, il serait bon d'écouter la réponse, excusez-moi mais ça me paraît le minimum de votre part, ou alors on ne vous explique plus rien.

Je pourrais multiplier les faits frappants pour vous situer le niveau de désordre et de violence auquel on en était arrivé.

Tiens, typiquement, les passants dans les rues d'Alger avaient pris l'habitude de tomber sur un cadavre, sur le trottoir - les premiers passants les recouvraient de journaux - et de passer en regardant à peine. C'était la routine. Qui avait tué qui ? On ne s'en souciait même plus.

Mais je ne vais pas multiplier le décompte des violences. Si vous voulez un récit complet et bien raconté de cette période folle, lisez "Les feux du désespoir" d'Yves Courière, c'est très complet et facile à lire.

Citer :
Mais dans la réalité des faits, sur le terrain, comment tout cela se passait-il ? Le recrutement se faisait-il uniquement sur carte d'identité, ou alors, selon les affinités de groupes sociaux qui avaient encore des relations entre eux ?

Je n'ai pas de lumières spéciales sur cette "force locale", dont je n'avais même pas relevé l'existence éphémère. Elle n'a eu aucun effet sur les évènements, c'est évident. (il est probable que les officiers français ne tenaient guère à "sortir" avec des troupes si peu sûres.)

On va voir si un participant du forum peut vous en dire davantage sur ses modalités de recrutement et d'existence, mais dans tous les cas on parle d'un fantôme d'organisation militaire.

Citer :
En fait, est-ce que ce "melting pot" indigeno-coloniale avait encore envie de vivre ensemble ? Les accords internationaux ont-ils réellement joués le rôle de "couteaux" ayant scindé les communautés ?

Envie de vivre ensemble ? Elle avait disparu depuis belle lurette, pour simplifier.

Il n'y a pas "des accords internationaux" il y en a un seul, les accords d'Evian. (on met le pluriel parce qu'ils comportaient de multiples clauses détaillées : il s'agissait de décrire tous les détails de la naissance d'un état.)

Ces accords ne "scindent" pas les communautés : il y a longtemps que c'est fait. (Des deux côtés, certains se prirent à espérer que cet accord pose les bases d'un coexistence possible. elle était d'ailleurs prévue en toutes lettres, et en détail dans le texte des accords. Mais cela n'a pas tenu, parce que la violence ne s'est pas arrêtée.)

Citer :
Ou est-ce que de toute façon, tout ce vivre ensemble relevait de l'hypocrisie pure et simple et n'avait plus aucun avenir, quand bien même les USA et leurs compagnies pétrolières ne se seraient-elles pas mêlées de la partie ?

Hypocrisie, non. Les négociateurs d'Evian, des deux côtés, souhaitaient que les Pieds-Noirs puissent rester en Algérie.

Mais cela aurait supposé pour commencer qu'une solide force de maintien de l'ordre mette fin aux violence et que chaque camp "tienne" ses tueurs. Aucune de ces deux conditions n'a été remplie. (Soyons clairs : "tout ce vivre-ensemble" n'a jamais vraiment existé en Algérie. Avant la guerre les deux communautés se fréquentaient un peu, forcément, étant entendu que les Arabes devaient "rester à leur place". Ensuite la guerre, les attentats, les meurtres d'Européens, la répression terrifiante menée par l'armée, tout cela avait créé une haine violente entre les deux communautés.)

Qu'est-ce que les Américains viennent faire là ? A aucun moment ils n'ont joué concrètement le moindre rôle en Algérie. Décidément, vous devriez lire un peu sur cette guerre.

Citer :
On m'a appris à me méfier des articles de wikipédia, mais je généralise peut-être trop.

Et vous méfier des théories du complot comme cette histoire d'Américains, vous y pensez ?

De plus cet article sur les massacres d'Oran est très bien fait, je n'y vois rien à redire. (étant entendu que dans ce contexte de tueries anarchiques, personne n'est capable de tout démêler.)

Edit : j'ai trouvé sur le net un témoignage, "Mes cent jours dans la force locale" qui raconte assez bien ce qu'elle a pu être.

Les musulmans intégrés dans cette force ont été pris parmi ceux qui se trouvaient déjà - au titre du service militaire - dans des régiments de l'armée française. Ce témoin signale qu'une partie d'entre eux, ceux qui n'avaient pas déserté, abandonnés par leurs officiers, ont subi des représailles de la part de la population musulmane. (Au mieux ils se sont fait tabasser, au pire ils ont "disparu", ce qui signifie assassinat, et sans doute torture.)

Certains officiers désertent ? Hé bien oui, à quelques semaines de l'indépendance, ils ne sont pas très soucieux de rester dans une unité composée uniquement de musulmans. Et puis, pourquoi se donner le mal de renvoyer ces musulmans dans les régiments français dont ils faisaient partie ? (ça leur éviterait des représailles.) Là il faut oser dire qu'il y a encore dans l'armée française des officiers sympathisants de l'OAS et de l'Algérie française. Alors les arabes qu'on a mutés dans la "force locale"...

A noter aussi la présence d'unités de gendarmerie, dans ce cirque, dont je pense qu'elles ont dû continuer à obéir... à la gendarmerie.

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Message Publié : 26 Oct 2018 19:17 
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Grégoire de Tours
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Pour avoir connu ces événements, je crois qu'il faut bien réaliser qu'à cette période (celle des premiers mois de 1962 puis accords d'évian), le véritable affrontement n'était pas du tout une lutte OAS/FLN ou population européenne contre population musulmane. C'était principalement une guerre entre la population européenne (plus quelques éléments de l'armée qui avait rejoint l'OAS) et les autorités françaises (gardes mobiles, CRS et... reste de l'armée). Le FLN restait bien sûr l'ennemi du début mais à cette période ce n'était plus du tout l'ennemi principal. Bref, c'était devenu une guerre entre français, une guerre civile.


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Message Publié : 26 Oct 2018 21:38 
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Jean Mabillon
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Il ne fallait pas oublier non plus la lutte interne entre clans du FNL plus la volonté d'exterminer les derniers Messalistes....Les deux populations se déchiraient aussi entre elles mêmes .


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Message Publié : 26 Oct 2018 22:12 
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Gér@rd a écrit :
Pour avoir connu ces événements, je crois qu'il faut bien réaliser qu'à cette période (celle des premiers mois de 1962 puis accords d'évian), le véritable affrontement n'était pas du tout une lutte OAS/FLN ou population européenne contre population musulmane. C'était principalement une guerre entre la population européenne (plus quelques éléments de l'armée qui avait rejoint l'OAS) et les autorités françaises (gardes mobiles, CRS et... reste de l'armée). Le FLN restait bien sûr l'ennemi du début mais à cette période ce n'était plus du tout l'ennemi principal. Bref, c'était devenu une guerre entre français, une guerre civile.

Vous avez raison, sur cet aspect de guerre civile entre Français. (De Gaulle a échappé de justesse à deux tentatives d'assassinat sérieuses - davantage, en fait - c'est une illustration suffisante.)

Mais vous allez un peu vite en affirmant que "le véritable affrontement n'était pas du tout une lutte OAS/FLN ou population européenne contre population musulmane."

C'est oublier le nombre d'attentats et d'assassinats commis par l'OAS contre la population arabe. C'est l'OAS qui a décidé d'interdire les quartiers français aux arabes. A Alger, elle a mené par exemple une campagne de meurtres contre les "fatmas" qui faisaient le ménage chez des Européens.
L'OAS a également essayé, entre autres "exploits", de lancer un camion d'essence dans les pentes de la Casbah. Par miracle, il n'a pas explosé.

Il va sans dire que la population arabe ne rêvait que de se venger. Mais à Alger elle était solidement encadrée par des cadres et militants du FLN. (dont les chefs avaient le contact avec les autorités françaises : vous avez raison, on en était là. Et le FLN renseignait volontiers les gendarmes anti-OAS.) Le FLN avait également ouvert des hôpitaux clandestins - impossible pour un arabe de se rendre dans un hôpital français, où d'ailleurs il n'aurait pas été en sécurité - et organisait le ravitaillement de la population de ces quartiers.

L'histoire du mitraillage des cafés "OAS" à Alger par des voitures du FLN est rapportée par Yves Courrière. Cette action FLN fait suite à un attentat OAS épouvantable : une bombe qui a explosé au milieu des manutentionnaires arabes qui venaient chaque matin chercher une éventuelle embauche à la journée sur le port. (70 ou 80 morts, de mémoire, et de très nombreux blessés.)

Le préfet de police d'Alger a commenté :"Quand j'ai vu les arabes relever leurs blessés et leurs morts en refusant toute aide française, en refusant bien entendu que leurs blessés aillent dans les hôpitaux français, et le port nettoyé en quelques heures, je me suis dit que la vengeance du FLN allait être terrible." De fait, les militants FLN ont eu les plus grandes difficultés à empêcher les arabes de la Casbah de se lancer en foule sur les quartiers européens. Ils ont promis que tous ces morts seraient vengés. D'où les mitraillages, et d'autres actions "contre l'OAS".

Alger était en folie. J'ai déjà raconté sur PH que l'OAS s'avisa un matin que les facteurs - fonctionnaires français - devaient renseigner la police sur l'OAS. (Qui avait lancé ce bruit ? Dans tous les cas, un cinglé.) Dans l'heure qui suivit on ramassait plusieurs facteurs abattus d'une balle dans la tête. La grève fut immédiate. Jusqu'à la fin, les malheureux Pieds-Noirs durent aller chercher leur courrier dans des salles de distribution ouvertes un peu partout.

A Oran, la situation était pire encore. La mainmise de l'OAS sur les quartiers européens était totale et le travail des enquêteurs encore plus difficile. Les commandos armés de l'OAS opéraient pour ainsi dire en pleine lumière. Là aussi il y avait entente de fait entre les autorités françaises et le FLN.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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