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 Sujet du message : L'infanterie attaque en coin
Message Publié : 31 Oct 2019 17:24 
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Pierre de L'Estoile
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J'aimerais faire l'histoire de la tactique offensive de l'infanterie à travers les âges et principalement de l'attaque en coin.
Elle consiste à attaquer l'ennemi en adoptant une formation triangulaire : un homme, puis deux, puis trois...

En pratique, on ne commençait pas à un, d'où son appellation familière de "groin de cochon".

Avec les guerres en dentelles, elle évolue pour devenir la colonne d'attaque, qui fera le bonheur de l'Empire.

Voici quelques questions que je me pose.

Quelle civilisation l'a utilisée en premier ? Les Grecs ne l'employaient pas dans la phalange. Les légions romaines le faisaient-elles ?

J'ai du mal à visualiser son efficacité. Je me doute bien qu'elle concentre des hommes en un point d'un front mais comment traduire cela en victoire ? Si la ligne en face cède, faut-il rompre la formation pour poursuivre la destruction ?
Que font les hommes au centre ? Ils poussent physiquement ? Ou ils attendent que ceux en avant tombent pour les remplacer ? Je me pose la même question pour la phalange...

Pourquoi le coin et non pas directement la colonne d'attaque ?

Quelles sont les parades ?

Merci de vos contributions !

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Message Publié : 31 Oct 2019 20:12 
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Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant
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Nebuchadnezar a écrit :
Les légions romaines le faisaient-elles ?


Elles le pratiquait à l'époque tardive et les Germains également. C'est le cas par exemple lors de la bataille de Strasbourg ; les Alamans se forment en groin de porc et percent la première ligne romaine. La parade a été tout simplement d'avoir une seconde ligne en réserve pour colmater la brèche et contre-attaquer sur la formation désorganisée.

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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Message Publié : 01 Nov 2019 19:14 
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Pierre de L'Estoile
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Pédro a écrit :
Elles le pratiquait à l'époque tardive et les Germains également. C'est le cas par exemple lors de la bataille de Strasbourg ; les Alamans se forment en groin de porc et percent la première ligne romaine. La parade a été tout simplement d'avoir une seconde ligne en réserve pour colmater la brèche et contre-attaquer sur la formation désorganisée.
Merci !
Effectivement. D'ailleurs, pour la légion classique, n'est-ce pas une des raisons de la 'triplex acies', la position sur trois lignes ?

Il faut donc imaginer une attaque d'infanterie comme ayant une zone de désorganisation, devant elle, au fur et à mesure que le coin pénètre la formation adverse, est-ce bien cela ?

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Message Publié : 01 Nov 2019 23:26 
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Jean Mabillon
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Zone désorganisée,,par les impacts des javelots peut être........


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Message Publié : 02 Nov 2019 9:24 
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Cela répond à la cinématique physique d'un choc qui déforme ce qui l'absorbe. Cette déformation crée des vulnérabilités qu'il n'est ensuite que d'exploiter : là où il y avait un mur uni, il y a maintenant des lézardes qu'il convient d'élargir afin d'abattre le mur. Le coin (aussi dit "hure de sanglier") permet de concentrer par simple effet de masse une force de disruption à une ligne ou une formation organisée et unie.
La puissance physique et la cohésion, associées à la force morale et à la qualité de l'équipement, font le reste. Jusqu'à ce que la capacité à manoeuvrer et les dispositions tactiques puissent permettre d'absorber un tel choc (la légion manipulaire par exemple, qui rend plus flexible une ligne de bataille et renforce sa résilience).

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Message Publié : 03 Nov 2019 20:41 
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Jean-Pierre Vernant
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Nebuchadnezar a écrit :
Effectivement. D'ailleurs, pour la légion classique, n'est-ce pas une des raisons de la 'triplex acies', la position sur trois lignes ?


En partie mais pas complètement. La répartition sur trois lignes était avant tout dans une logique générationnelle si je puis dire : les soldats les plus jeunes sont devant, ceux d'âge moyen au milieu et les plus âgés à l'arrière. Cela permettait d'exploiter les qualités propres à ces différents âges ; fougue des plus jeunes, fermeté des plus âgés.

CEN_EMB a écrit :
la légion manipulaire par exemple, qui rend plus flexible une ligne de bataille et renforce sa résilience


A la fin de l'Empire les légions combattent dans des formations plus rigides et forment souvent des murs de bouclier. Elles n'ont pas complètement perdu les capacités de combat individuel mais l'armée romaine et plus tard byzantine, en ce qui concerne son infanterie lourde parie davantage sur l'aspect forteresse mobile que sur la formation presque dispersée ancienne. La raison me semble se trouver dans les ennemis combattus ; moins de formations lourdes à contrer par de la souplesse et au contraire des armées composées de fantassins léger et très mobiles (germaniques ou perses).

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Message Publié : 03 Nov 2019 20:51 
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Oui, clairement, c'est une adaptation à l'ennemi. Là où la légion manipulaire avait pour objectif de contrer la lourde phalange hoplitique grecque (ou son dérivé macédonien) en refusant de s'opposer frontalement à sa poussée (impossible à contenir) mais en privilégiant la flexibilité d'une ligne de bataille capable d'encaisser le choc grâce à sa résilience et de manoeuvrer sur ses flancs grâce à la décentralisation, les légions impériales affrontent des adversaires très différents.

Je pense quand même qu'il y a eu une perte de savoir-faire tactiques entre la période tardo-républicaine et les débuts du principat par rapport à l'empire tardif et encore plus son successeur oriental (avec l'armée thématique du VIIe siècle en particulier).

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Message Publié : 03 Nov 2019 21:31 
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Jean-Pierre Vernant
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CEN_EMB a écrit :
Je pense quand même qu'il y a eu une perte de savoir-faire tactiques entre la période tardo-républicaine et les débuts du principat par rapport à l'empire tardif et encore plus son successeur oriental (avec l'armée thématique du VIIe siècle en particulier).


Ce n'est pas ce que j'ai pu trouver dans les sources. Il y a peut être des choses qui se sont perdues, mais elles ont été abandonnées par absence de nécessité mais l'outil militaire est en constante adaptation aux nouvelles réalités de la guerre. L'oeuvre absurde de Végèce est justement un appel à retrouver l'armée des anciens temps, mais jamais l'auteur ne se rend compte des réalités concrètes du terrain et de l'échec tactique de l'armée du principat au moment des agressions du IIIe siècle. L'armée tardive est le résultat de l'expérience de ces échecs et elle tente le parie complément dingue de faire coexister à la fois une armée de couverture voire de police des frontières avec une armée de campagne prête à frapper là où les attaques se font trop pressantes pour les troupes de couvertures. Le tout complété par un système de fortification et de transmission de l'information assez impressionnant. Cette armée tardive est capable d'intervenir en territoire ennemi de façon très efficace, de contrer la petite guerre, d'affronter l'armée perse sur son terrain et de la vaincre. Mais l'outil coûte cher et demande beaucoup de soldats. C'est un poids considérable pour l'Empire et l'armée n'est pas toujours bien commandée (souvent elle manque d'initiative parce que les généraux inquiètent les empereurs).
L'armée thématique c'est autre chose, c'est une tentative de reconstruction d'une armée romaine en lambeaux après le passage de la peste qui a creusée les démographies, de la terrible guerre perse à l'époque d'Héraclius et des conquêtes arabes. L'armée romaine de cette époque n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était au IVe siècle et les ressources de l'Empire non plus d'ailleurs.

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Message Publié : 03 Nov 2019 21:44 
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Oh je ne dis pas autre chose : c'est par nécessité que les Romains font l'impasse sur de nombreuses capacités. Le problème est aussi celui du recrutement et de la standardisation extrêmement poussée de l'instruction qu'exige une armée capable de manœuvrer comme celle des dernières décennies de la république et des premiers temps du Principat.

La division entre limitanei et comitatenses obéit d'ailleurs à cette logique de simplification qui est subie plus que voulue, un peu similairement à l'armée thématique au VIIe siècle, qui conserve un noyau tagmatique qui ne demandera qu'à s'étendre quand l'empire aura survécu à la grande crise du VIIe siècle.

Je rajouterais cependant que les Romains ont voulu posséder la totalité de la gamme tactique et des spécialités (cavalerie lourde, archerie montée, etc.), ce qui nécessairement a obéré leur force principale qui était la solidité de leur infanterie en réclamant du potentiel alors que celui-ci apparaissait de plus en plus limité. Le recours au recrutement barbare a également permis un renforcement à court terme, mais un affaiblissement de la culture de la guerre romaine à plus longue échéance, et notamment de la supériorité tactique des légions peu à peu occultée par les cultures ou les coutumes guerrières des nouveaux combattants.

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Message Publié : 04 Nov 2019 1:33 
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CEN_EMB a écrit :
Oh je ne dis pas autre chose : c'est par nécessité que les Romains font l'impasse sur de nombreuses capacités. Le problème est aussi celui du recrutement et de la standardisation extrêmement poussée de l'instruction qu'exige une armée capable de manœuvrer comme celle des dernières décennies de la république et des premiers temps du Principat.

CEN EMB

Je donne un lien vers une analyse récente de Michel Goya, qui explique comment est née, à la période républicaine et par étapes successives, la légion romaine qui deviendra l'outil de suprématie capable de conquérir - entre autres - l'ensemble du bassin méditerranéen.
Il met effectivement en évidence qu'il s'agit d'une organisation qui impacte toute la société, et demande la participation, à un moment ou l'autre, de tous les citoyens. (Effort auquel les civilisations concurrentes - et la phalange macédonienne est un bon exemple - ne sauront pas s'adapter.)

Plus surprenant, il explique que l'idée de mettre les combattants éprouvés en troisième ligne provient d'une observation faite au cours de batailles précédentes, en particuliers d'affrontement perdus : c'est la troisième ligne qui lâche en premier ! J'avoue que c'est contre-intuitif, mais logique : c'est la troisième ligne qui a le temps d'observer les choses, qui va être la première à observer ou pronostiquer une déroute éventuelle, et n'a pas de difficulté à s'enfuir, ce qui est beaucoup plus difficile à la première ligne, qui se trouve au contact.
D'où l'idée de "solidifier" cette troisième ligne.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2019/10/les-legions-dangereuses.html?fbclid=IwAR0mWqmgin1KIqgTJ_MLpHZQFP0vvlJhYtzQSTNxF7Sk9X4a6Gjq1KIXM8M

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Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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Message Publié : 04 Nov 2019 6:47 
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CEN_EMB a écrit :
Je rajouterais cependant que les Romains ont voulu posséder la totalité de la gamme tactique et des spécialités (cavalerie lourde, archerie montée, etc.), ce qui nécessairement a obéré leur force principale qui était la solidité de leur infanterie en réclamant du potentiel alors que celui-ci apparaissait de plus en plus limité. Le recours au recrutement barbare a également permis un renforcement à court terme, mais un affaiblissement de la culture de la guerre romaine à plus longue échéance, et notamment de la supériorité tactique des légions peu à peu occultée par les cultures ou les coutumes guerrières des nouveaux combattants.


Cette logique est en place dès Auguste et la professionnalisation de l'armée. La culture de guerre romaine, fondée sur le soldat-citoyen et donc une violence intrinsèque de la société romaine disparaît avec la pacification de l'espace civique. C'est la raison d'un glissement du recrutement vers les marges moins intégrée comme le Nord de la Gaule ou l'illyria, vers des endroits de l'Empire où le rapport à la violence est moins affaibli qu'en Italie. Ibn Khaldoun a très bien montré cette logique et parle de perte d'assabiya, d'une forme de cohésion sociale.
Cependant l'armée romaine tarde-républicaine n'est pas non plus une armée magique malgré ses capacités hors normes ; elle est relativement en difficulté face aux tactiques iraniennes, le désastre de Carrhes est assez éloquente, d'autant que la campagne suivante de Marc Antoine n'est pas bien probante. Et précisément ce sont des contingents alliés qui tirent le mieux le épingle du jeu, à savoir la cavalerie gauloise. Parce que précisément les Romains ont toujours exploité les capacités es alliés pour renforcer leur propre outil militaire. Mais quand on a conquis le bassin méditerranéen où sont les alliés ? Alors la solution est simplement d'utiliser les forces disponibles dans le barbaricum. A cela deux stratégies s'opposent, l'une étant bien plus problématique que l'autre. D'abord inclure des contingents barbares à l'armée régulière ; c'est la solution qui n'induit pas beaucoup de soucis puisque la structure militaire reste entre les mains de l'Empire. L'autre sera de faire confiance à des unités indépendante et liées par traité, le feodus. Cela fut nettement moins probant.

En tout cas vous avez parfaitement raison sur l'idée de nécessité. Les Romains ont fait ce qu'ils ont pu selon les moyens disponibles et surtout selon leur logique de la guerre. Rien ne les obligeait à vouloir couvrir complètement les frontières si ce n'est l'idée que Rome apporte la paix à ses provinces. Ce que les concurrents perses n'ont jamais fait. Mais c'était la garanti de la stabilité de la notion impériale. Au IIIe siècle des expériences de gouvernance plus localisée apparurent justement face à l'incapacité du pouvoir central de garantir la paix.

CEN_EMB a écrit :
La division entre limitanei et comitatenses obéit d'ailleurs à cette logique de simplification qui est subie plus que voulue, un peu similairement à l'armée thématique au VIIe siècle, qui conserve un noyau tagmatique qui ne demandera qu'à s'étendre quand l'empire aura survécu à la grande crise du VIIe siècle.


Ce n'est pas que cela ; la logique est surtout d'apporter une capacité à répondre à la diversité dans l'échelle de la menace. On comprend mal la stratégie romaine si on ne replace pas les choses dans le contexte militaire de l'époque ; les Romains affrontent essentiellement de la petite guerre face aux Germains et même pourrait on dire du brigandage endémique, le fait de quelques centaines de combattants tout au plus. Face à cela la légion traditionnelle est inopérante et au IIIe siècle elles ont surtout été tournées en bourrique, incapables de colmater les brèches et laissant des boulevards aux autres dès qu'elles partaient. Les Romains se sont donc adaptés ; ils ont fragmenté les légions en vexiliations et on trouvé cela plus efficace dans la gestion de la nouvelle menace.

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Message Publié : 04 Nov 2019 8:36 
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Il est bien entendu dans mon propos que les Romains ne s'obligent pas à développer des capacités tactiques pour le folklore, mais par utilité/nécessité. Mais tout se paie : soit on conserve une armée de haute technicité, reposant sur un recrutement élitaire, une formation très poussée (donc exigeant motivation et/ou contrainte civique) et un encadrement de niveau supérieur, qui a l'inconvénient de ses avantages (elle est "normée", construite autour d'une infanterie lourde particulièrement solide et capable de flexibilité sur le champ de bataille, mais qui a du mal à manoeuvrer face à des ennemis élusifs, surtout s'ils sont à cheval et dotés d'armes de jet) ; soit on spécialise des unités dans des quantités significatives afin de répondre à ces nouvelles menaces, donc on fragilise l'édifice extrêmement complexe qui a permis l'émergence du système légionnaire et on affaiblit la "colonne vertébrale" sur laquelle repose la puissance militaire romaine de la seconde partie de la république et du début du Principat.

Le fait que Rome et son succédané oriental sont des puissances fondamentalement militaristes au sein desquelles l'aristocratie militaire est décisive joue un rôle dans le maintien d'une excellence tactique tout au long de l'empire (même très tardivement pour l'empire romain d'Orient), bien que celle-ci soit contrainte à des adaptations structurelles impératives pour contrer des menaces spécifiques (ainsi, le fait que Constantinople se dote d'une archerie montée d'une efficacité redoutable pour mettre en échec les peuples des steppes ; ou le fait de stipendier des "latinkoi", des lanciers lourds francs bien moins coûteux à entretenir que de conserver des cataphractaires indigènes).

CEN EMB

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