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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 15 Avr 2018 19:42 
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Barbetorte a écrit :
Jusqu'à présent nous avons discuté des tissus d'écoles primaires telles qu'ils existaient en France et dans la Régence d'Alger jusqu'en 1830.


Désolé, vous et Kurnos avez discuté de cela alors que ce n'était pas l'objet de ce fil de discussion plutôt que d'en discuter sur le bon fil de discussion ... Il est facile à la suite d'un HS auquel on a participé de venir jouer le donneur de leçons ...

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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 15 Avr 2018 19:52 
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ThierryM a écrit :
Pour l'Europe, une œuvre marquante est celle de Locke (Rousseau, par exemple, reconnaîtra l'apport de Locke dans sa propre vision de l'éducation). Reprenant des idées qui traînent dans l'air du temps depuis quelques années, Locke va défendre - et populariser - l'idée d'une éducation différente de celle de son époque, qui est encore dans la lignée du Moyen Age et de la Renaissance ; c'est-à-dire une éducation extrêmement axée sur la philosophie, la théologie et, également, le droit mais qui ignore quasiment les sciences. Comme empiriste, il prône l'introduction des sciences, des techniques, en partant du principe que c'est l'éducation donnée aux enfants qui va créer l'homme qu'il sera ; cela peut sembler évident pour nous mais ce n'est clairement pas le cas de l'époque où les théories en vogue, jusque là, sont, d'une part, le péché originel de l'homme (ce qui explique et justifie le rôle du clergé dans l'éducation, afin de laver l'homme de ce péché) et l'idée que l'homme a, en lui, de manière innée, tout ce qu'il lui faut à travers la simple logique et sa capacité de raisonnement (c'est la vision qu'a Descartes). Au contraire, Locke défend l'idée qu'en fait, par l'éducation, on peut faire ce qu'on veut de l'enfant et qu'il n'y a rien d'innée chez lui. D'où l'importance de mettre en place un système éducatif puisque c'est lui qui va orienter l'enfant vers l'adulte que l'on veut.


On a des manuels des premiers temps de l'écriture. Certains d'entre eux ont été traduits du sumérien par Kramer dans son livre : "L'histoire commence à Sumer". Cette première école semble avoir pour but de former des scribes en leur apprenant à recopier des textes de plus en plus compliqués. On ne sait pas si d'autres cours sont donnés, mais certains des problèmes arithmétiques ou géométriques posés donnent à penser qu'il y avait aussi une formation aux mathématiques. Dans la Grèce ancienne, on introduit l'étude de la philosophie. Au Moyen-Âge, il y a un cursus qui se place dans la continuité de ce qui se faisait dans la Rome ancienne, et effectivement, l'un des buts de l'éducation semble d'être le formation de gens qui arriveront à discourir en public en exposant une idée. Mais, avec une prédominance pour la théologie.

Vous avez raison, après Locke, l'éducation semble changer de but, on ne cherche pas à former de bons professeurs de théologie ou de philosophie, mais aussi des savants et des ingénieurs...

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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 15 Avr 2018 20:09 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 23 Déc 2010 13:31
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Narduccio a écrit :
ThierryM a écrit :
Pour l'Europe, une œuvre marquante est celle de Locke (Rousseau, par exemple, reconnaîtra l'apport de Locke dans sa propre vision de l'éducation). Reprenant des idées qui traînent dans l'air du temps depuis quelques années, Locke va défendre - et populariser - l'idée d'une éducation différente de celle de son époque, qui est encore dans la lignée du Moyen Age et de la Renaissance ; c'est-à-dire une éducation extrêmement axée sur la philosophie, la théologie et, également, le droit mais qui ignore quasiment les sciences. Comme empiriste, il prône l'introduction des sciences, des techniques, en partant du principe que c'est l'éducation donnée aux enfants qui va créer l'homme qu'il sera ; cela peut sembler évident pour nous mais ce n'est clairement pas le cas de l'époque où les théories en vogue, jusque là, sont, d'une part, le péché originel de l'homme (ce qui explique et justifie le rôle du clergé dans l'éducation, afin de laver l'homme de ce péché) et l'idée que l'homme a, en lui, de manière innée, tout ce qu'il lui faut à travers la simple logique et sa capacité de raisonnement (c'est la vision qu'a Descartes). Au contraire, Locke défend l'idée qu'en fait, par l'éducation, on peut faire ce qu'on veut de l'enfant et qu'il n'y a rien d'innée chez lui. D'où l'importance de mettre en place un système éducatif puisque c'est lui qui va orienter l'enfant vers l'adulte que l'on veut.


On a des manuels des premiers temps de l'écriture. Certains d'entre eux ont été traduits du sumérien par Kramer dans son livre : "L'histoire commence à Sumer". Cette première école semble avoir pour but de former des scribes en leur apprenant à recopier des textes de plus en plus compliqués. On ne sait pas si d'autres cours sont donnés, mais certains des problèmes arithmétiques ou géométriques posés donnent à penser qu'il y avait aussi une formation aux mathématiques. Dans la Grèce ancienne, on introduit l'étude de la philosophie. Au Moyen-Âge, il y a un cursus qui se place dans la continuité de ce qui se faisait dans la Rome ancienne, et effectivement, l'un des buts de l'éducation semble d'être le formation de gens qui arriveront à discourir en public en exposant une idée. Mais, avec une prédominance pour la théologie.

Vous avez raison, après Locke, l'éducation semble changer de but, on ne cherche pas à former de bons professeurs de théologie ou de philosophie, mais aussi des savants et des ingénieurs...


Je n'évoquais que la période médiévale et post-médiévale, avant la RF. Il est évident que sous l'Antiquité, nous sommes dans une situation très différente. Toutefois, au moins dans la Grèce antique, philosophie et mathématiques demeurent assez liées et ne présentent pas, en tout état de cause, l'opposition que nous voyons aujourd'hui. Ensuite, qu'il y ait de grandes lignes pour l'éducation ne signifie pas que les autres disciplines sont totalement oubliées mais plutôt qu'elles sont reléguées à la marge, ou enseignées essentiellement pour des raisons pratiques (il n'y aurait pas eu les cathédrales gothiques si les architectes de l'époque n'avaient pas eu des connaissances mathématiques minimales), mais cela se fait dans le cadre de l'apprentissage et des corporations (un verrou que les Britanniques feront sauter au dix-neuvième siècle, ce qui illustre aussi le besoin d'une généralisation des savoirs techniques et scientifiques).


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 15 Avr 2018 21:23 
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Jean Froissart
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ThierryM a écrit :
Ces deux évocations font ressortir un fait, évident quand on y réfléchit : ce qui va conditionner le système d'éducation, c'est la finalité que l'on attribue à cette éducation. La mise en place d'une instruction puis éducation publique en France correspond à la volonté de créer des citoyens ; en Grande-Bretagne, après Locke, c'est le développement technique et scientifique de la Révolution industrielle qui va pousser au développement d'un système éducatif généralisé parce qu'on a besoin désormais d'ouvriers en lieu et place de paysans. Pour la Chine, qui a été évoquée, le but de l'éducation, c'est l'administration et les cours et concours sont donc orientés en ce sens. Quand la société est imprégnée de religion, que la qualité d'individu correspond à sa faculté à respecter les préceptes religieux, l'éducation est confiée au clergé ou ce qui en tient lieu.
Vous faites un présupposé : l'existence d'un système éducatif.

En France, sous l'Ancien, Régime, il n'y avait qu'en embryon de système éducatif : des écoles élémentaires paroissiales de très bas niveau, des collèges de niveaux très divers, quelques écoles militaires, une université passablement sclérosée et, à partir du dix-huitième siècle, quelques écoles techniques de haut niveau comme l'Ecole Royale des Ponts et Chaussées, tout cela étant très disparate.

En Chine, il n'y avait pas d'établissements ni primaires ni secondaires. En outre les concours n'étaient qu'un moyen de sélection sur des connaissances théoriques sans rapport avec les besoins réels des administrations.

La notion de système éducatif tel que nous l'entendons aujourd'hui, un ensemble cohérent s'étendant du niveau pré-scolaire aux niveau les plus élevés et couvrant tout le champ des besoins de la société est récente. Elle ne date que du milieu du dix-neuvième siècle. Les savoirs s'acquéraient très souvent hors de tout système. La culture générale, que ce soit en lettres, sciences humaines, philosophie, arts, ou mathématiques ne s'acquérait que très partiellement dans les collèges et les universités mais surtout au contact de chercheurs et d'artistes oeuvrant en dehors de tout système et au prix d'un intense travail personnel. L'élite intellectuelle des dix-septième et dix-huitième siècles n'était pas composée d'universitaires comme aujourd'hui mais d'autodidactes. Ils pouvaient avoir suivi de hautes études, mais, comme ce sur quoi ils travaillaient ne s'enseignait pas à l'université, on peut bien les qualifier d'autodidactes. C'est certainement pour cette raison que, constatant les exceptionnelles dispositions de son fils, le père de Blaise Pascal a jugé préférable de le faire étudier à la maison. Blaise Pascal n'a fréquenté aucun établissement scolaire. Quant à l'exercice d'un métier, que cela fût celui de commerçant, de menuisier, de notaire ou de financier, il s'apprenait sur le tas. Colbert, par exemple, avait fait fort peu d'études.


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 15 Avr 2018 21:40 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Narduccio a écrit :
Barbetorte a écrit :
Jusqu'à présent nous avons discuté des tissus d'écoles primaires telles qu'ils existaient en France et dans la Régence d'Alger jusqu'en 1830.


Désolé, vous et Kurnos avez discuté de cela alors que ce n'était pas l'objet de ce fil de discussion plutôt que d'en discuter sur le bon fil de discussion ... Il est facile à la suite d'un HS auquel on a participé de venir jouer le donneur de leçons ...
Vous ne m'avez pas compris, je ne donne pas de leçons, je discute.

Puisque vous ne m'avez pas compris, je précise.

Il y a des similitudes entre les écoles coraniques installées dans les mosquées de la Régence d'Alger et les petites écoles de la fin de l'Ancien Régime français, mais on ne peut généraliser cette observation à l'ensemble des systèmes éducatifs des deux mondes occidental et musulman et à une époque indéterminée, si tant est d'ailleurs qu'il y ait réellement un système éducatif parce que sous l'Ancien il n'y avait pas de système éducatif au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Le terme est anachronique.


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 16 Avr 2018 13:15 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 23 Déc 2010 13:31
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Barbetorte a écrit :
ThierryM a écrit :
Ces deux évocations font ressortir un fait, évident quand on y réfléchit : ce qui va conditionner le système d'éducation, c'est la finalité que l'on attribue à cette éducation. La mise en place d'une instruction puis éducation publique en France correspond à la volonté de créer des citoyens ; en Grande-Bretagne, après Locke, c'est le développement technique et scientifique de la Révolution industrielle qui va pousser au développement d'un système éducatif généralisé parce qu'on a besoin désormais d'ouvriers en lieu et place de paysans. Pour la Chine, qui a été évoquée, le but de l'éducation, c'est l'administration et les cours et concours sont donc orientés en ce sens. Quand la société est imprégnée de religion, que la qualité d'individu correspond à sa faculté à respecter les préceptes religieux, l'éducation est confiée au clergé ou ce qui en tient lieu.
Vous faites un présupposé : l'existence d'un système éducatif.

En France, sous l'Ancien, Régime, il n'y avait qu'en embryon de système éducatif : des écoles élémentaires paroissiales de très bas niveau, des collèges de niveaux très divers, quelques écoles militaires, une université passablement sclérosée et, à partir du dix-huitième siècle, quelques écoles techniques de haut niveau comme l'Ecole Royale des Ponts et Chaussées, tout cela étant très disparate.

En Chine, il n'y avait pas d'établissements ni primaires ni secondaires. En outre les concours n'étaient qu'un moyen de sélection sur des connaissances théoriques sans rapport avec les besoins réels des administrations.

La notion de système éducatif tel que nous l'entendons aujourd'hui, un ensemble cohérent s'étendant du niveau pré-scolaire aux niveau les plus élevés et couvrant tout le champ des besoins de la société est récente. Elle ne date que du milieu du dix-neuvième siècle. Les savoirs s'acquéraient très souvent hors de tout système. La culture générale, que ce soit en lettres, sciences humaines, philosophie, arts, ou mathématiques ne s'acquérait que très partiellement dans les collèges et les universités mais surtout au contact de chercheurs et d'artistes oeuvrant en dehors de tout système et au prix d'un intense travail personnel. L'élite intellectuelle des dix-septième et dix-huitième siècles n'était pas composée d'universitaires comme aujourd'hui mais d'autodidactes. Ils pouvaient avoir suivi de hautes études, mais, comme ce sur quoi ils travaillaient ne s'enseignait pas à l'université, on peut bien les qualifier d'autodidactes. C'est certainement pour cette raison que, constatant les exceptionnelles dispositions de son fils, le père de Blaise Pascal a jugé préférable de le faire étudier à la maison. Blaise Pascal n'a fréquenté aucun établissement scolaire. Quant à l'exercice d'un métier, que cela fût celui de commerçant, de menuisier, de notaire ou de financier, il s'apprenait sur le tas. Colbert, par exemple, avait fait fort peu d'études.


C'est bien parce que je ne présuppose rien que je parle de "système d'éducation" et non pas de "système éducatif" (hormis, justement, quand il apparaît tel que nous le concevons aujourd'hui). Maintenant, si c'est le terme "système" qui vous dérange, parlons de "l'organisation de l'éducation".


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 16 Avr 2018 16:55 
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Jean Froissart
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Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Pour un néophyte de la question l’histoire du système d’éducation ottoman semble particulièrement intéressante car elle est met en évidence l’influence des modes d’éducation du monde non musulman, européen, sur le monde musulman, indépendamment du fait de la colonisation.
La colonisation n’est pas le seul facteur qui puisse influer un système d’éducation, tout dépend des objectifs des nations.
Voir : La nahda, les Tanzimat. (wiki)
La nahda, renaissance arabe du XIXe siècle, constitua dans une certaine mesure un mouvement culturel parallèle aux Tanzimat, notamment par l'introduction d'un système d'enseignement de type européen qui permit la création d'une élite instruite concurrente des notables féodaux et du clergé et donc ferment révolutionnaire.

Enseignement et formation des agents du gouvernement ottoman au XIXe siècle
http://www.persee.fr/doc/camed_0395-931 ... s_7_1_1589

Idées françaises et enseignement ottoman. L'école secondaire Maktab'Anbar à Damas.
https://www.persee.fr/doc/remmm_0997-13 ... _52_1_2300

Hypothèse :
Si la suprématie technologique, technique et mathématique est une condition nécessaire pour conquérir et gagner les guerres, ceux, de tous bords, qui ont des velléités de conquête n’ont pas le choix que de rechercher l’excellence dans les domaines scientifiques.
Pour conquérir, les sciences humaines ne suffisent pas, il faut cultiver le rationnel, de façon cachée si nécessaire.
Le fonctionnement et l’efficacité d’une arme n’obéissent qu’aux mathématiques, à rien d'autre, il me semble ? ... tout le reste n'est qu'apparences, de l'enrobage idéologique.

Un néophyte peut souvent avoir un raisonnement puérile, simpliste.


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 17 Avr 2018 9:51 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 23 Mars 2005 10:34
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Localisation : Nanterre
Voilà un sujet très vaste et passionnant !

Pour en rester sur les Ottomans, je reprends la remarque de Sir Peter.
Sir Peter a écrit :
L'empire Ottoman semble se désintéresser totalement de la question cependant il y avait une catégorie de population turcophone qui devait même comprendre les langues étrangères dont le Français puisque dans le campement militaire ottoman abandonné les 14 et 15juin 1830 à Sidi Ferruch il a été retrouvé des livres à caractère militaire écrits en Français.....
Il faut rappeler que l'empire Ottoman dispose d'un système éducatif... pour ses esclaves. En effet, les enfants esclaves levés par devchirmé reçoivent une instruction poussée qui, en plus de les convertir à l'islam, les prépare à devenir fonctionnaires. Une fois adolescents, ces garçons sont enrôlés dans l'une des quatre institutions impériales : le Palais, les Scribes, le Clergé et l’Armée - c'est-à-dire dans ce dernier cas, les fantassins Janissaires et les cavaliers Sipahi.

Dans le cadre de l'Algérie, les turcophones s'appelaient janissaires, mais appartenaient en fait à un autre corps recruté Anatolie. Mais peut-être avaient-ils tout de même reçu une instruction avant d'arriver, ce qui explique leur niveau de culture ?

Pour élargir, on peut lister que ce qui pousse empereurs et rois, à s'intéresser à l'éducation des sujets.
  • En premier lieu : avoir des lettrés pour son administration. Parfois, les lettrés en question forment une caste, comme les lettrés en Chine, ou le clergé dans le monde chrétien, qui veille jalousement à sa reproduction.
  • En second lieu, unifier la population autour d'une culture commune, et souvent une religion avec des rites communs (mais c'est aussi le travail des missionnaires et d'autres instances religieuses dédiées)
  • En troisième lieu, parfois : élever le niveau moral de la population
  • En tout dernier lieu : élever le niveau économique de la population. Cela n'est pris en compte que très tard.
Sur le dernier point, en général, c'est plutôt la population elle-même qui doit investir (salle de classe privée, maître particulier...) pour permettre aux enfants d'avoir un avenir meilleur.

Qu'en pensez-vous ?

Dans l'Occident médiéval, on distingue l'époque Antiquité tardive - Mérovingiens, où les seules écoles sont celles des monastères. Les enfants et les adolescents confiés au monastère apprennent à lire et à écrire. Après quoi, ils étudient les textes bibliques. Afin de pouvoir participer aux cérémonies religieuses, ils apprennent par cœur leur psautier. Tout l'apprentissage gravite autour de la parole de Dieu. Pour les méthodes d'éducation, je viens de trouver cette citation de Riché sur Wikipedia :
Riché a écrit :
On peut comme nous l'indique Riché, « […] imaginer les écoles monastiques à la façon des écoles coraniques ou des écoles juives. Les enfants en se balançant suivant la technique que le père Jousse a appelé le "rythme pédagogie" s’imprègnent de la parole divine et l’écrivent en même temps. Connaissant son psautier, le jeune moine peut participer activement aux offices liturgiques.»
A partir des Carolingiens, les écoles renaissent dans les villes sous l'autorité des évêques et les méthodes changent. Wikipedia n'est pas clair sur le fait que l'existence antérieure des écoles paroissiales.
Wikipedia a écrit :
Tous les élèves étudient dans une même classe, mais selon la fonction à laquelle l'étudiant aspire, la formation est différente. Contrairement aux siècles précédents, les moines ont accès à la culture profane. L'approche monastique reste cependant prédominante. La méthode de base consiste en l'apprentissage de l'alphabet puis des monosyllabes et des bi-syllabes inscrites dans de petits syllabaires. Le chant est une part importante de la méthode pédagogique. Il est à la fois une discipline qu’un moine doit maîtriser et un moyen de mémorisation. Ainsi, c'est par l'étude des textes classiques que les élèves apprennent les déclinaisons et les conjugaisons. Tout comme les écoles chrétiennes des VIe et VIIe siècles, les écoles carolingiennes misent sur la mémoire pour un bon apprentissage. Les élèves s'exercent en ayant recours à la répétition de petits textes et de dialogues afin de faciliter l'étude du latin, qui, devenu langue savante, n'est plus naturelle.
Pour finir (désolé, c'est un peu en vrac :oops: ), je signale que l'organisation "salle de classe avec élèves au pupitre et professeur qui dispense seul l'enseignement" n'est pas la seule. C'est celle qui a été imposée avec Jules Ferry, mais d'autres existent. Par exemple : le professeur n'enseigne qu'aux élèves qu'il juge les plus aptes. Puis, ceux-ci diffusent le savoir auprès de leurs camarades. J'ai vu une gravure de ce type d'enseignement au XIXe siècle : il y avait une centaine d'élèves pour un professeur unique ! Bien entendu, les progrès de ceux qui reçoivent le cours de seconde main sont très faibles mais on n'en attend pas grand-chose.

_________________
Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
George Orwell


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 17 Avr 2018 13:45 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Nebuchadnezar a écrit :
Pour élargir, on peut lister que ce qui pousse empereurs et rois, à s'intéresser à l'éducation des sujets.
  • En premier lieu : avoir des lettrés pour son administration. Parfois, les lettrés en question forment une caste, comme les lettrés en Chine, ou le clergé dans le monde chrétien, qui veille jalousement à sa reproduction.
  • En second lieu, unifier la population autour d'une culture commune, et souvent une religion avec des rites communs (mais c'est aussi le travail des missionnaires et d'autres instances religieuses dédiées)
  • En troisième lieu, parfois : élever le niveau moral de la population
  • En tout dernier lieu : élever le niveau économique de la population. Cela n'est pris en compte que très tard.
Sur le dernier point, en général, c'est plutôt la population elle-même qui doit investir (salle de classe privée, maître particulier...) pour permettre aux enfants d'avoir un avenir meilleur.
Plutôt que les seuls souverains, il faut considérer la puissance publique qui peut inclure non seulement le souverain mais aussi des autorités religieuses ou des autorités locales. L'église catholique est une autorité publique dans la France de l'Ancien Régime. Elle est ensuite devenue délégataire d'une autorité publique à des degrés divers entre le premier empire et la fin du second.

Aux quatre motivations que vous discernez, s'ajoute une cinquième, la motivation sociale. Sous l'Ancien Régime, le roi et plus encore l'Eglise avaient des préoccupations sociales. Il s'agissait pour le roi du bien-être de ses peuples et pour l'Eglise de la charité chrétienne. Bien entendu les motivations pouvaient se superposer. Les différentes lois portant sur l'enseignement de Guizot à Jules Ferry répondaient à des préoccupations qui étaient à la fois de gouvernance, de sentiment national, d'ordre moral, économiques et sociales.

Nebuchadnezar a écrit :
l'organisation "salle de classe avec élèves au pupitre et professeur qui dispense seul l'enseignement" n'est pas la seule. C'est celle qui a été imposée avec Jules Ferry, mais d'autres existent. Par exemple : le professeur n'enseigne qu'aux élèves qu'il juge les plus aptes. Puis, ceux-ci diffusent le savoir auprès de leurs camarades.
Ont été employées trois méthodes.

L'enseignement individuel.

C'est la méthode la plus ancienne. Le maître s'adresse à chacun de ses élèves un par un, quitte à répéter la même chose autant de fois qu'il y a d'élèves. L'avantage est qu'il fournit un enseignement adapté à chacun. L'inconvénient est qu'il ne peut consacrer qu'un temps limité à chaque élève.

L'enseignement simultané.

C'est la méthode celle que nous connaissons. Elle nécessite un minimum de matériel pédagogique, à commencer par un tableau.

L'enseignement mutuel

Cette méthode a aussi été expérimentée avec profit. Les élèves les plus avancés, généralement les plus âgés, enseignent aux moins avancés sous la supervision du maître. Cela permet de faire fonctionner une école avec très peu d'enseignants pour beaucoup d'élèves. L'avantage pour les élèves les plus âgés de devoir transmettre leur savoir aux plus jeunes est qu'ainsi ils consolident leurs connaissances.


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 18 Avr 2018 12:40 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1429
ThierryM a écrit :
C'est bien parce que je ne présuppose rien que je parle de "système d'éducation" et non pas de "système éducatif" (hormis, justement, quand il apparaît tel que nous le concevons aujourd'hui). Maintenant, si c'est le terme "système" qui vous dérange, parlons de "l'organisation de l'éducation".
« Système d'éducation » ou « système éducatif » c'est bonnet blanc et blanc bonnet. C'est bien le terme « système » qui me gêne. Mais le terme « organisation » ne me satisfait pas plus. Car ces termes système, organisation, structure ou autres me semblent inappropriés. Il existe bien en France un système éducatif depuis les débuts de la Troisième République, peut-être un peu avant, mais je n'en vois pas véritablement sous l'Ancien Régime. Pourquoi y aurait-il nécessairement un système ? Il ne suffit pas qu'il y ait des écoles pour qu'il y ait un système éducatif. Ce n'est pas qu'il n'y avait rien, mais il y avait plusieurs systèmes sans cohérence entre eux.

Dans de nombreuses discussions je constate une grande propension à chercher systématiquement des liens de cause à effet, à généraliser, classifier, théoriser, conceptualiser, une sorte d'obsession du syllogisme qui me laisse perplexe.

ThierryM a écrit :
ce qui va conditionner le système d'éducation, c'est la finalité que l'on attribue à cette éducation.
C'est poser d'emblée comme acquis qu'il y a un système d'éducation. Cela se discute. C'est à observer cas par cas, dans un pays donné à une époque donnée. Ensuite, il n'est pas évident qu'il y ait toujours une finalité. La finalité originelle peut avoir disparu au fil du temps. L'existant peut fort bien n'être que l'héritage du passé, sans finalité bien définie et, si finalité il y a, il n'est pas évident qu'elle soit simple, il y a plutôt lieu à reconnaître une multiplicité de finalités.


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 Sujet du message : Re: Histoire de l'éducation
Message Publié : 19 Avr 2018 11:19 
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Inscription : 27 Avr 2004 17:38
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Il est beaucoup question d'éducation alors que je ne vois que de l'instruction. L'éducation est plus que l'instruction, non ?

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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