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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 24 Avr 2008 15:43 
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Plutarque
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Aspasie mineure a écrit :
L'observation du passage des planètes Venus et Mercure devant le soleil, de fait, ne permet pas de valider à elle-seule la thèse de l'héliocentrisme (...). Il faut y ajouter au moins l'observation du passage de ces planètes derrière le soleil, si possible.

Effectivement, si on montre que Vénus ou Mercure passent derrière le soleil la chose est acquise et les systèmes d'Aristote-Ptolémée sont infirmés. Il serait intéressant, que Roger15, qui nous a rapporté cette observation, nous précise ce qu'en ont dit, Michel Toulmonde ou Képler lui-même.

Pour L'harmonie des Sphères, je pensais que c'était une théorie qui remontait au Moyen-age, en fait non, Aristote dans le
Traité du Ciel II,9 rapporte cette croyance de certains philosophes, qui semblent être des Pythagoriciens.

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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 24 Avr 2008 18:22 
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Grégoire de Tours
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Jean-ClaudeP a écrit :
Pour L'harmonie des Sphères, je pensais que c'était une théorie qui remontait au Moyen-age, en fait non, Aristote dans le
Traité du Ciel II,9 rapporte cette croyance de certains philosophes, qui semblent être des Pythagoriciens.


Cicéron emprunte effectivement ses propos directement à ce qu'il connait des philosophies grecques. Les Pythagoriciens ont bien pensé l'harmonie des sphères, faisant de la musique une discipline mathématique

Edit : j'ai l'affirmation un peu péremptoire, je vais prendre le temps de retrouver au moins mes quelques sources, pour ne pas vous contenter avec des affirmations gratuites :-|

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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 24 Avr 2008 18:44 
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Polybe
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Jean-ClaudeP a écrit :
Effectivement, si on montre que Vénus ou Mercure passent derrière le soleil la chose est acquise et les systèmes d'Aristote-Ptolémée sont infirmés. Il serait intéressant, que Roger15, qui nous a rapporté cette observation, nous précise ce qu'en ont dit, Michel Toulmonde ou Képler lui-même.


Bonjour Jean-Claude P, lol

Les passages de Mercure et de Vénus DERRIÈRE le Soleil ne peuvent pas, par définition, être concrètement observés puisque le Soleil (bien plus éblouissant que ces planètes) les cache… D'ailleurs, il n'y a pas que Mercure ou Vénus qui peuvent passer derrière le Soleil, toutes les planètes, de Mercure à Neptune, et même la "planète naine" Pluton le peuvent. Dans ce cas là on peut parler d'une occultation d'une planète par le Soleil. Mais, je le répète, ce n'est pas observable puisque la planète en question est cachée derrière le Soleil. Seule la sonde spatiale "SoHO" peut montrer l'astre en question s'approcher du Soleil, puis disparaître derrière lui, et le voir réapparaître. Mais la sonde spatiale "SoHO" n'a été lancé que le 2 décembre 1995 et sa mission doit se terminer en décembre 2009 (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/SoHO )

Pour qu'une planète passe "derrière le Soleil", il faut deux conditions :

- 1°) qu'il y ait un alignement Terre – Soleil – planète (la "conjonction supérieure") ;

- 2°) que la planète ne passe pas au-dessus ou au-dessus du Soleil, donc qu'elle soit à peu près à la même hauteur que lui, on appelle ça "le passage aux nœuds" (la planète est alors précisément sur l'écliptique, la trajectoire annuelle invariable du Soleil).

Hélas, aujourd'hui les grands organismes internationaux de la mécaniques céleste ne calculent plus ces événements non observables par définition. A ma connaissance il n'y a que le calculateur belge Jean Meeus qui aime bien encore calculer ce genre d'événements non observables, rien que par amour du calcul de la mécanique céleste…

Dans son remarquable ouvrage "Astronomical tables of the Sun, Moon and planets" publié aux éditions Willmann-Bell à Richmond en Virginie, Jean Meeus a indiqué à la page 19 les dates de toutes les 99 conjonctions supérieures de Mercure avec le Soleil entre 1990 et 2020, et parmi elles les dates des neuf cas où le Soleil cachera exactement le disque de Mercure (la prochaine fois ce sera le 5 novembre 2009). A la page 23 il fait de même pour les 28 conjonctions supérieures de Vénus avec le Soleil entre 1976 et 2019 parmi elles les six cas d'occultation de "l'étoile du berger" par le Soleil, la prochaine aura lieu très bientôt : le 9 juin 2008. Enfin, à la page 30 il en fait de même pour les planètes plus lointaines que la Terre, de Mars à Neptune, et même Pluton. Pour la prochaine occultation il faudra attendre le 19 juin 2013 où le Soleil cachera exactement le disque de Jupiter. Quel est l'intérêt de ce genre de calcul ? Un intérêt purement intellectuel car ces phénomènes ne peuvent être visibles que sur des logiciels astronomiques.

Pour en savoir davantage sur l'ouvrage en question du calculateur belge Jean Meeus voir : http://www.willbell.com/math/mc4.htm


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Roger le Cantalien. :rool:


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 27 Avr 2008 22:13 
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Jean Froissart
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Bonjour,

J'ai écrit une biographie de Copernic de 355 pages en 2002. J'ai lu une cinquantaine de livres à son sujet en plusieurs langues. Je vais donc pouvoir vous apporter quelques informations complémentaires.

Il est souvent répété qu'il n'a vu son livre imprimé que le 24 mai 1543, le jour de sa mort. Ce serait une belle fin si c'était vrai.

1. A quelle date fut achevée l'impression du De revolutionibus ?

En juin 1542, l'imprimeur travaille à l'édition du De revolutionibus, selon une lettre du théologien Johannes Forster à Joseph Schradi (source : Kühne et Kirschner, Copernicus Gesamtausgabe VI/2, Berlin, 1996, page 397).

En octobre 1542, la composition typographique du livre n'est pas terminée, car celui qui supervise l'édition, Georg Johacim Rheticus, est remplacé par Andreas Osiander (source : Owen Gingerich, An annotated census of Copernicus' De Revolutionibus, Leiden, 2002, page XIII).

Le 21 mars 1543, Sebastien Curz, commis du banquier Anton Fugger, envoie à l'empereur Charles Quint un exemplaire du De revolutionibus (Marcel Bataillon a découvert la lettre de Curz et l'a publiée en 1923 dans le Bulletin Hispanique et dans la Revue de Pologne (source : Copernic, avant, avec, après, Paris, 1975, page 184.) La date du 21 mars est confirmée par Kühne et Kirschner, dans Copernicus Gesamtausgabe VI/2, Berlin, 1996, page 397, et par Edward Rosen, On the revolutions, Baltimore, 1978 et 1992, page 334).

Le 20 avril 1543 à Leipzig, Rheticus inscrit une dédicace sur un exemplaire du livre en l'offrant à Andreas Aurifaber (source : Owen Gingerich, An annotated census of Copernicus' De Revolutionibus, Leiden, 2002, page XIII et page 135).

En résumé, l'impression du livre est terminée fin mars, et un exemplaire aurait pu arriver en Warmie dès le mois d'avril.

2. A quelle date est mort Copernic ?

La date du 24 mai 1543 se base sur un seul témoignage, celui de l'évêque Tiedemann Giese, grand ami de Copernic. Dans sa lettre du 26 juillet 1543, Giese écrit à Rheticus : "[La mort de Copernic] fut causée par une hémorragie et paralysie consécutive du côté droit, le 24 mai, sa mémoire et sa raison ayant été perdues plusieurs jours auparavant. Il vit son traité seulement lors de son dernier souffle le jour de sa mort."
Mais en mai 1543, Giese se trouve loin de Copernic. Il ne le voit pas mourir ni vivre ses derniers jours. Il se base sur des informations qui lui ont sont rapportées.
Par ailleurs, la lettre de Giese est publiée seulement en 1612, puis est perdue. Il y a peut-être eu une déformation de la lettre originale, ou une erreur de recopie de la date du décès.

Le 21 mai 1543, un document du chapitre de Warmie indique que le canonicat de Copernic est donné ce jour-là au coadjuteur Johannes Loitze. Ce document fait penser que Copernic est déjà mort le 21 mai. Cette thèse est soutenue par Jurgen Hamel, dans sa biographie, Copernicus, Leben, Werk und Wirkung, Heidelberg, 1994, page 220, et je suis d'accord avec ce biographe sérieux.

En 1543, Copernic est enterré à Frauenburg. En 1581, le très érudit évêque de Warmie, Martin Cromer, rend hommage à Copernic en lui faisant élever une stèle où il fait graver une épitaphe qui indique qu'il était docteur en médecine, chanoine de Warmie, grand astronome et réformateur de cette discipline. Mais Cromer ne fait pas graver la date précise de sa mort.

En résumé, en présence d'un document unique et légèrement contestable, et d'un document apparament contradictoire, on ne peut affirmer avec une certitude absolue que Copernic décèda le 24 mai 1543.

En conclusion, je crois que la vérité serait que le livre parvint à Copernic fin avril ou début mai 1543, que Copernic décèda vers la mi-mai. Donc il est possible que la légende soit vraie sans que cela puisse être établi avec une certitude absolue.


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 30 Avr 2008 0:25 
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Jean Froissart
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De savoir si Copernic a vu ou non son livre imprimé peut sembler anecdotique de prime abord. Mais cela pourrait répondre à deux questions :

1. Est-ce que Copernic ne serait pas mort, à cause d'un emportement de colère ou de joie en voyant son livre plein d'erreurs, ou au contraire parfaitement imprimé, enfin ?

Les témoignages manquent. On ne peut faire que des conjectures. Copernic est un être très bien élevé (contrairement à ce que fait croire un roman irlandais récent), dont on ne connaît aucune colère ou emportement. Ces écrits montrent une personne introvertie, réservée. Un coadjuteur avait été nommé plusieurs mois avant mai 1543, ce qui laisse à penser que sa santé déclinait. Donc, il est peu probable que sa mort soit due à une réaction d'humeur à la vue de son livre.

2. Est-ce que Copernic a eu le temps d'indiquer d'éventuelles corrections à faire, est-ce que le livre est fidèle à la pensée de son auteur, ou est-ce qu'il en dévie sensiblement ?

La réaction de Copernic nous est inconnue. Par contre celle de son ami Giese est connue, et elle est assez critique. Non seulement, il s'offusque de certaines libertés prises par l'éditeur, mais il va même jusqu'à lui intenter un procès. Hélas, la justice de Nuremberg donne raison à son concitoyen imprimeur, alors que ce devrait être l'auteur ou son représentant qui devrait donner l'imprimatur, le bon à tirer.

Que reprochait Tideman Giese, et d'abord qui était-il ? Il a été chanoine comme Copernic. Ils ont été collègues depuis 1504 dans le même diocèse de Warmie. Ils ont travaillé ensemble à l'administration du domaine foncier. Aucune dispute entre eux n'a été rapportée. Giese possédait des instruments d'astronomie, dont une superbe sphère armillaire en bronze, et un magnifique cadran solaire qu'il avait acheté en Angleterre. Il y avait au moins un autre chanoine de Warmie qui s'intéressait à l'astronomie. Copernic n'était pas du tout un savant isolé qui faisait ses observations en cachette, comme le prétendent les historiens romantiques. Les grands hommes sont rarement seuls, mais la postérité fait tomber dans l'oubli leur entourage. En 1537, Giese fut nommé évêque, et c'est alors qu'il décida de faire imprimer le manuscrit de son ami Copernic.

Les reproches de Giese à l'imprimeur sont contenus dans une lettre perdue, dont seul un résumé d'une ligne est donné dans une autre lettre. Giese n'est pas d'accord avec "les premières pages". Elles contiennent une préface anonyme, dont on pourrait croire qu'elle est de Copernic, mais qui est en réalité d'un théologien protestant ami de l'imprimeur, Andreas Osiander, opposé à la théorie de Copernic. Dans sa préface, il indique que le livre ne fait que présenter de nouvelles hypothèses, mais les anciennes hypothèses, celles de Ptolémée, restent aussi probables que celles-là. Les premières pages contiennent aussi le titre du livre : De revolutionibus orbium coelestium. Or ce titre ne serait pas exactement celui que voulaient Copernic et Giese, "orbium coelestium" ayant été très probablement ajouté par Osiander, comme le rapporte Willebrord Snell, qui (parmi d'autres) a rayé les deux derniers mots du titre et se justifie : "à cause de l'inscription d'Osiander, que Copernic vit dans les derniers jours de sa vie, quand il était déjà diminué, son esprit étant assez perturbé, d'après ce qu'en a dit Rheticus à Praetorius" (source : Owen Gingerich, An annotated census of Copernicus' De Revolutionibus, Leiden, 2002, page 293.) La contestation du titre est aussi expliquée par Edward Rosen, dans On the revolutions, Baltimore, 1978 et 1992, page 333. Comme eux deux, je préfère donc ne pas donner le titre en entier.

Le grand Kepler a eu connaissance du contenu d'une lettre de Copernic à Osiander, écrite au sujet d'éventuelles corrections. Kepler rapporte que "Copernic, l'esprit rempli d'une fermeté stoïcienne, croyait qu'il devait publier ses convictions ouvertement, même si cela allait à l'encontre de la science" (voir Edward Rosen, Three Copernican Treatises, New York, 1971, page 23).

Parmi les erreurs de l'imprimeur ou de son entourage, en figure une qui est en rapport direct avec l'affaire des "phases de Vénus", et que je développerai un peu, si vous me le permettez.


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 30 Avr 2008 6:36 
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Plutarque
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Tout ceci est très intéressant.

Oliviert a écrit :
Andreas Osiander, opposé à la théorie de Copernic. Dans sa préface, il indique que le livre ne fait que présenter de nouvelles hypothèses, mais les anciennes hypothèses, celles de Ptolémée, restent aussi probables que celles-là

Je connaissais cette opinion d'Osiander. Mais qu'en était-il de Copernic lui-même?
Approuvait-il cette conception "light" de son système ou était-il fermement attaché à la réalité de l'heliocentrisme. Excusez la question si elle vous parait totalement naïve, mais Koyré dans La révolution astronomique ne me parait pas très clair la-dessus.

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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 30 Avr 2008 7:55 
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Polybe
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Bonjour Monsieur Oliviert, lol

Tout ce que vous mentionnez sur Nicolas Copernic est très intéressant.

Oliviert a écrit :
Parmi les erreurs de l'imprimeur ou de son entourage, en figure une qui est en rapport direct avec l'affaire des "phases de Vénus", et que je développerai un peu, si vous me le permettez.

J'ignore ce qu'il en est pour les autres Internautes du forum "Passion-Histoire", mais en ce qui me concerne je serai ravi de lire ce que vous projetez de développer sur "l'affaire des phases de Vénus", sachant toutefois que personne n'a pu les observer avant Galileo Galilei (dit Galilée) fin septembre 1610 comme l'indique très bien François Arago dans son "Astronomie Populaire" tome II pages 516 et 517 (voir la numérisation de cet ouvrage par la Bibliothèque Nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3 ... 3466&M=tdm ).

Pour ceux que cela pourrait intéresser je conseille de lire, toujours au tome II de "l'Astronomie Populaire" de François Arago, numérisé par la "BNF", ce qui est mentionné au chapitre X intitulé "Historique de la découverte du mouvement de translation de la Terre autour du Soleil" (pages 242 à 252).

Roger le Cantalien. :rool:


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 01 Mai 2008 13:16 
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Jean Froissart
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L'ordre des orbes célestes est exposé par Copernic dans De revolutionibus, 1, 10, où se trouve la fameuse gravure de l'univers héliocentrique montrée par Roger15 un peu plus haut, et dont l'original est en page 34 du fichier pdf de la version scannérisée du De revolutionbus de 1543 téléchargeable sur gallica.bnf.fr.

Galilée a lu ce chapitre et notamment la phrase "Non ergo fatemur in stellis opacitatem esse aliquem lunari similem sed uel proprio lumine" (Donc nous ne donnons pas à ces astres [Vénus et Mercure] une opacité comme pour la lune, mais une lumière qui leur est propre). Galilée écrit que c'est l'opinion de Copernic, dans son livre sur les taches du soleil, Istoria...macchie solari, Rome 1613, voir Edizione nazionale, tome 5, page 99.

Mais en réalité Copernic avait écrit "fatentur" (ils font, ils donnent) au lieu de "fatemur" (nous faisons, nous donnons) comme le montre le manuscrit de son livre, folio 8 recto, ligne 3, et comme cela sera corrigé dès la deuxième édition du De revolutionibus. Copernic rapportait juste l'opinion des astronomes de l'antiquité qui essayaient d'expliquer pourquoi on ne voyait pas de phases ni d'éclipse. Voir l'article d'Edward Rosen, Copernicus on the phases and the light of the planets, dans la revue Organon, 2, 1965, pages 61 à 78, réimprimé dans Copernicus and his successors, London, 1995, pages 81 à 98.

Cette fausse attribution à Copernic de la luminosité de Mercure et Venus a été repettée par Galilée dans le Dialogo, où il fait dire à Sagredo : "Oh Nicolas Copernic ! Comme il aurait été formidable de voir la confirmation de ton système par des expériences aussi claires [les observations des phases de Venus par Galilée]" ; et Salviati répond : "Certainement, mais son esprit sublime aurait eu moins de renommée dans les écoles. Je l'ai dit, sa raison lui a fait croire le contraire de ce que lui montraient les expériences !"

Le 5 décembre 1610, Benedetto Castelli a écrit à Galilée pour lui demander s'il peut voir les phases de Vénus, afin de valider le système de Copernic. Le 30 décembre 1610, Galilée lui répond qu'il vient de faire cette observation avec succès. A partir de cette date, on ne peut donc plus fixer l'orbe supposée du soleil au milieu des orbes des planètes, mais cela n'invalide pas le système de Tycho Brahé.

L'erreur d'attribution de la luminosité des planètes a été faite à nouveau par John Keill (1671-1721), Robert Smith (1689-1768), José Celestino Mutis (1732-1808), Jean-Sylvain Bailly (1736-1793), Joseph de Maistre (1753-1821), George Biddell Airy (1801-1892), Jan Czynski (1801-1867), Camille Flammarion (1842-1925), Edward Singleton Holden (1846-1914), Thomas S. Kuhn (1922-?), Andrew Dickson White, et Stanley L. Jaki.

En France, au 19e siècle, de grands hommes ont fait découvrir l'astronomie au grand public. Malheureusement, Copernic fut très mal traité, notamment à cause d'un jeune polonais, Jan ou Jean Czynski. A la suite de son activisme politique de gauche, il s'est retrouvé exilé à Paris, où il a fréquenté les salons et a gagné sa vie en racontant des histoires sur son pays. Il a ainsi écrit une biographie imaginaire, intitulée Kopernik et ses travaux, publiée à Paris en 1847. Les "pères" du renouveau de l'astronomie française l'ont cru sur parole, soit par naïveté, soit par impossibilité de vérification des sources, soit par envie de plaire au public. Un exemple parmi d'autres : Le père de Copernic est fait boulanger par Czynski, page 26 ; puis par François Arago, dans Oeuvre complètes, Paris, 1854, vol. III, page 174 ; Samuel Smiles, Self Help, London, 1859 ; Frédéric de Rougemont, Histoire de l'astronomie dans ses rapports avec la religion, Paris, 1865, page 84 ; Camille Flammarion, Astronomie populaire, Paris, 1880, page 431 ; Ernest Lebon, Histoire abrégée de l'astronomie, Paris, 1899, page 19 ; et beaucoup d'autres, dont la page internet du Galileo project, de l'université de l'Indiana. En réalité le père de Copernic fut un homme d'affaire spécialisé dans le commerce et le transport de minerais.

La biographie de Copernic par Pierre Gassendi en 1654 ne contient quasiment pas d'erreur. Elle a été traduite en français par Jean Peyroux en 1996 aux éditions de la librairie Blanchard. Une biographie plus détaillée est celle de Leopold Prowe, publiée à Berlin en 1883-84. Au vingtième siècle, Alexandre Koyré a justement montré le caractère anti-aristotélicien et pro-platoniste de nombreux savants de la renaissance dont Copernic. Le professeur américain Edward Rosen a traduit l'oeuvre de Copernic avec des annotations très pointilleuses et érudites. Dans les années 1980-2000, une équipe allemande a publié Copernicus Gesamtausgabe en une dizaine de volumes. Etc.

Le premier message de ce topic rapporte, de manière erronée, des propos de Copernic, car en réalité il a dit que la distance aux étoiles est très grande et qu'il ne la connaît pas, voir De revolutionibus, I, 6. Cependant, le sujet des distances est très intéressant. Récemment, une étudiante américaine a montré que les astronomes de l'antiquité, et aussi ceux de la renaissance, dont Copernic, ont sous-estimé la distance entre la terre et le soleil d'un facteur vingt (Janice Adrienne Henderson, On the Distances Between Sun, Moon, and Earth : According to Ptolemy, Copernic and Reinhold, Studia Copernicana, 30, 1991). Ils n'ont pas voulu croire que le soleil est aussi gros qu'il l'est en réalité. Cela a de nombreuses implications, non dites par l'auteur. Par exemple, cela explique que la loi de la gravitation universelle ait mis autant de temps à être établie, et cela explique la difficulté de voir Mercure devant le soleil, cette planète appelée trismegiste (trois fois grande) et que Gassendi a été surpris de voir triselachiste (trois fois petite).


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 Sujet du message : Re:
Message Publié : 02 Mai 2008 14:29 
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Pierre de L'Estoile
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Oui, il est on ne peut plus sérieux.

D'abord il faut savoir que Copernic s'est beaucoup inspiré de Galilée, un penseur qui a été déclaré hérétique pour avoir commis le crime de dire que la Terre n'était pas en réalité le centre de l'univers mais qu'elle tournait autour du soleil.
Oui il est vraiment sérieux. quand il dit que vous vous trompez complètement.


Copernic c'est le 16e siècle et Galilée le 17e. Copernic a exposé l'héliocentrisme comme une hypothèse, ce qui lui d'autant plus évité les ennuis qu'il n'a été publié qu'à titre posthume. Galilée, lui s'est attaché à vérifier l'hypothèse de Copernic.
Cette théorie a peu à peu remplacé le système de Ptolémée astronome grec antique qui voyait la terre comme une sphère fixe autour de laquelle tournaient les astres. Il s'agit donc bien de révolution copernicienne.

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Que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants... ne soient pas des signaux de haine et de persécution...

La prière de Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 02 Mai 2008 18:07 
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Plutarque
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Alceste a écrit :
Copernic a exposé l'héliocentrisme comme une hypothèse

Excusez mon insistance, mais c'est une question que j'ai déjà posée et qui n'a pas eu de réponse; peut-être n'en connait-on pas la réponse, d'ailleurs, mais je profite de la remarque d'Alceste pour la reposer :
Est-ce que Copernic considérait l'héliocentrisme comme une simple hypothèse mathématique ou considérait-il l'héliocentrisme comme une réalité?

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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 03 Mai 2008 0:11 
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Jean Froissart
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Copernic considérait l'héliocentrisme comme une réalité.

C'est évident pour moi quand je lis De revolutionibus sans lire la préface d'Osiander. C'est évident pour les censeurs du Vatican qui ont exigé que soit ajouté un avertissement aux lecteurs disant :

"Bien que les pères de la congrégation sacrée de l'Index aient considéré que le livre des révolutions de l'univers de Nicolas Copernic, le célèbre astronome, dusse être totalement interdit, parce que l'auteur n'hésite pas à y faire des affirmations comme étant des vérités solides, et non pas comme étant des hypothèses, à propos de la position et du mouvement du globe terrestre, qui sont incompatibles avec les Ecritures saintes et leur véritable interprétation catholique (conduite qui est intolérable pour un chrétien), néanmoins, parce que ses écrits contiennent beaucoup de choses qui sont grandement utiles pour l'Eglise, la Congrégation a unanimement décidé que les travaux de Copernic, qui ont été imprimés jusqu'à présent, seront autorisés, à condition que soient corrigés, selon les amendements ci-joints, les passages où l'auteur s'exprime, non pas en termes d'hypothèses mais en affirmations brutes au sujet de la position et du mouvement de la terre"

Le 12 avril 1615, le cardinal Bellarmin a mis en garde Foscarini :
"Votre révérence et l'honorable Galilée agiront avec prudence en se contentant de parler hypothétiquement, ex suppositione, et non pas de manière absolue comme l'a fait Copernic"

Avant la publication du De revolutionibus, Copernic a écrit un petit traité, nommé Commentariolus. Il contient sept "axiomes" qui décrivent le système héliocentriques. Copernic écrit "si nobis aliquae petitiones, quas axiomata vocant concedantur..." (si je puis me permettre d'énoncer des postulats (petitiones), que l'on appellera des axiomes...). Ca parait clair, mais en 1973, le professeur Noël Swerdlow s'est aperçu que deux des sept "axiomes" découlent des autres axiomes, et que Copernic a donc utilisé ce mot à mauvais escient. Ce à quoi le professeur Rosen à répliqué qu'il ne fallait pas faire d'anachronisme et ne pas utiliser la définition stricte du mot "axiome" employée par David Hilbert et que cela ne remettait pas en cause la croyance de Copernic dans son système (Voir l'article Copernicus Axioms, dans Centaurus 20, 1976, pages 44 à 49, réimprimé dans Rosen, Copernicus and his successors, London, 1995, pages 99 à 104.)

Dans ses écrits, Copernic justifie son système en disant qu'il est plus harmonieux, plus beau au sens platonicien, car il n'y a pas de rétrogradations des planètes, pas de mouvements différents pour Mercure et Venus par rapport aux autres planètes ; les étoiles fixes sont très éloignées du centre puisque l'on ne détecte pas de parallaxe, et s'il fallait que les étoiles fassent une rotation journalière, elle s'effectuerait à une vitesse extraordinairement élevée, ce qui est beaucoup moins naturel que de considérer que la terre tourne à une vitesse élevée, mais beaucoup moindre.

Il y croyait vraiment, et à cause de cela, Luther se serait moqué de lui en le traitant de fou, "Narr", dans un propos de table du 4 juin 1539, et un maître d'école d'Elbing, Gulielmus Gnapheus von Volder, a écrit une pièce de théâtre en 1540 où il se moque du savant fou, "morosophus".


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 03 Mai 2008 7:48 
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Merci pour cette claire mise au point.

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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 03 Mai 2008 18:01 
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Polybe
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A propos de Nicolas Copernic.

Jean-ClaudeP a écrit :
Merci pour cette claire mise au point.


Bonjour Monsieur Jean-Claude P, lol

Eh bien, je suis très content pour vous que Monsieur Oliviert vous ait apporté la précision que vous cherchiez absolument à obtenir : Nicolas Copernic considérait bien l'héliocentrisme non comme une hypothèse mais comme une réalité.

Toutefois, j'apporterais, si Monsieur Oliviert l'autorise, une légère remarque : dans son ouvrage Nicolas Copernic indique (d'après la page 26 de son livre "Sur les révolutions des orbes célestes", livre I, chapitre IX, "des révolutions", dans la traduction de Jean Peyroux dont je parlerai plus loin) : « Tu vois donc que la mobilité de la terre devient d'après tout cela plus probable que son repos, surtout dans la révolution quotidienne, comme le plus propre de la terre. ». Si je lis bien ce qu'a écrit Nicolas Copernic lui-même, l'héliocentrisme est qualifié de "probabilité", et non de certitude…

De même, sur les deux affirmations qu'a énoncées Monsieur Oliviert plus haut, notamment sur la date de la mort de Nicolas Copernic et sur celle de la publication de son fameux ouvrage "Sur les révolutions des orbes célestes", je suis très réservé…

D'abord je remercie Monsieur Oliviert, car grâce à ce qu'a écrit plus haut dans ce "topic", j'ai ressorti de derrière les fagots, dans ma cave, deux ouvrages acquis autrefois pour avoir justement les textes fondamentaux en astronomie :

* d'abord le livre "Sur les révolutions des orbes célestes" de Nicolas Copernic avec la traduction de Jean Peyroux (Ingénieur des Arts et Métiers) paru en janvier 1987 à la librairie Albert Blanchard 9 rue de Médicis (Paris 6ème) ;

* ensuite le livre "Vies de Tycho Brahe, Copernic, Peurbach et Régiomontanus" de Gassendi (Pierre Gassend) avec la traduction de Jean Peyroux (Ingénieur des Arts et Métiers) paru au troisième trimestre de 1996 à la librairie Albert Blanchard 9 rue de Médicis (Paris 6ème).

Oliviert a écrit :
La biographie de Copernic par Pierre Gassendi en 1654 ne contient quasiment pas d'erreur. Elle a été traduite en français par Jean Peyroux en 1996 aux éditions de la librairie Blanchard.


Je vais donc m'inspirer de ce qu'a écrit Gassendi sur Nicolas Copernic.

Tout d'abord Gassendi se montre réservé sur la date exacte de la naissance de Nicolas Copernic. Précision tout d'abord que pour Wikipédia Nicolas Copernic est "né le 19 février 1473 à Toruń" (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Copernic ).
Or pour Gassendi ce n'est pas du tout la bonne date (page 223 du livre cité plus haut dans le chapitre intitulé "vie de Nicolas Copernic, chanoine de Warmie, illustre astronome") : « Nicolas Copernic naquit à Torn ou Tornn, vulgairement Thorn, qui est une place-forte de Borussie connue et vaste et jadis encore célèbre place de commerce. Et certes Junctinus fait la naissance en l'an 1472, le 29e jour de janvier, à 4 heures 38 minutes après midi : mais Maestlin dit qu'il s'est trompé, parce qu'il serait plutôt né en l'an 1473, le 29è jour de février (qui fut le jour de Vénus avant le siège de Saint-Pierre), à 4 heures depuis midi 48 minutes, ce qui raisonnablement semble plus probable à cause de l'autorité de Maestlin. »

En revanche, Gassendi n'a aucune hésitation sur la date de la mort de Nicolas Copernic, le 24 mai 1543, peu de temps après avoir reçu l'exemplaire de son ouvrage "Sur les révolutions…" : à la page 243 il est écrit « (…) d'autre part il arriva que le même jour, et pas beaucoup d'heures avant qu'il rendit la vie, l'exemplaire de l'ouvrage destiné et offert à lui, parvint, et certes il le vit ; mais déjà d'autres soins étaient offerts pour lui. C'est pourquoi préparé à cela, il rendit l'âme à Dieu, le 24è jour de mai, en l'an 1543, alors qu'il était septuagénaire déjà par plus de trois mois et cinq jours. Et certes de ce mode fut la vie de Copernic, de ce mode la mort. »

Donc, Monsieur Oliviert, d'après le chanoine Gassendi l'ouvrage de Copernic "De Revolutionibus Orbium Coelestium" ne fut effectivement pas vraiment posthume, mais seulement à quelques heures près…

Roger le Cantalien. :rool:


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 04 Mai 2008 13:20 
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Jean Froissart
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Inscription : 28 Avr 2006 23:02
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Merci beaucoup pour ces remarques. Cela va me permettre de continuer à parler de mon sujet favori.

Citer :
livre I, chapitre IX
Plus précisément, à la fin du chapitre 8.

Citer :
la traduction de Jean Peyroux dont je parlerai plus loin [...] Jean Peyroux (Ingénieur des Arts et Métiers)
J'aime beaucoup ses traductions, et c'est pour cela que je l'ai nommé précédemment. Il est proche du texte original (à l'opposé d'Alexandre Vialatte pour Kafka), ce qui est une grande qualité pour moi. Néanmoins il fait des traductions à la chaîne. Il ne bénéficie pas de l'aide de correcteurs. Voici quelques erreurs dans sa traduction de la biographie de Copernic :

Page 221 : au lieu de "Jean Cappel" lire "Jean Chapelain" le mécène qui a financé la biographie de Copernic
Page 223 : au lieu de "29e jour", lire "19e jour" comme c'est indiqué dans le texte latin de Gassendi
Page 223 : au lieu de "soeur germaine", lire "soeur"
Page 224 : au lieu de "dans le détroit de Gadès", lire "à Cadix"
Page 224 : au lieu de "avoir voyagé en Bohème", lire "avoir voyagé à Bologne" (Bononia), évocation de l'université où il étudia de 1497 à 1500
Page 226 : au lieu de "Apollonius mis à part le Soleil comme autour duquel comme centre", lire "Apollonius associa au Soleil le centre autour duquel"
Page 229 : au lieu de "vers le port", lire "hors du port"
Page 234 : au lieu de "orbile", lire "orbite"
Page 234 : au lieu de "Sixte V", lire "Sixte IV"
Page 235 : au lieu de "lettre d'un ami de son collège", lire "lettre amical de son collègue"
Page 235 : au lieu de "Chanoine", lire "Diacre"
Page 235 : il manque "Albetagni" entre "Ptolémée" et "Alphonse" (le roi d'Espagne)
Page 236 : au lieu de "Georges Rheticus", lire "Georg Johannes Rheticus"
Page 236 : les lignes à propos de Schöner sont incompréhensibles, car pour faire une bonne traduction il aurait fallu connaître le contexte de la Narratio Prima
Page 239 : au lieu de "Tiedemaun", lire "Tiedemann"
Page 241 : au lieu de "(NIII)" lire "(NII)"
Page 242 : au lieu de "Enseignements" lire "Mathématiques"
Page 242 : au lieu de "Des Enseignements sont écrits encore par les Mathématiciens", lire "L'Astronomie est écrite pour les Astronomes"
Page 243 : il manque "hypothèses" après "véritables"
Page 245 : au lieu de "je désirerais que soit rapportée à Vapovius Cantor de Cracovie, celle qu'il a écrite au sujet du mouvement de la Huitième Sphère", lire "je désirerais que soit rapportée la lettre sur le mouvement de la Huitième Sphère de Wapovski, cantor à Cracovie" et en notes, on pourrait préciser qu'il s'agit de la fameuse "Lettre contre Werner"
Page 248 : au lieu de "Jean Scrobocovicio", lire "Jean Scrobcovici"

Jean Peyroux n'est pas historien. Il n'a pas le temps de se renseigner en profondeur sur les sujets dont il est question dans les textes qu'il traduit. Dans ses notes, il indique avec honnêteté, page 317 "Benegger, j'ignore quel est ce personnage" qui est Matthias Bernegger (avec un "r" en 3e position), célèbre professeur d'Histoire à l'université de Strasbourg, traducteur de Galilée, et ami de Kepler, Bernegger qui a servi d'intermédiaire pour le mariage de la fille de Kepler ; page 317 "Deodatus, j'ignore quel est ce personnage" alors qu'il s'agit du fameux Elia Deodati d'une famille d'italiens protestants exilés en Suisse, qui est la personne qui a le plus aidé Galilée quand il a eu ses ennuis.

Cela dit, je remercie infiniment Jean Peyroux et la librairie Blanchard qui comblent un vide en donnant accès au grand public à des sources de première importance pour l'histoire des sciences, et pour la qualité de leur travail qui est globalement très bon.

Citer :
Je vais donc m'inspirer de ce qu'a écrit Gassendi sur Nicolas Copernic.
C'est très louable de vous affranchir des errements de Jan Czynski, mais il est dommage de se priver de toutes pièces historiques dont nous disposons aujourd'hui, et auxquelles Gassendi n'avait pas accès ou n'avait pas eu le temps d'étudier.

Citer :
pour Wikipédia Nicolas Copernic est "né le 19 février 1473 à Torun"
Quelle est la source ayant servi à écrire ce passage de l'article de Wikipedia ?
En réalité, la date de naissance de Nicolas Copernic n'est pas connue avec certitude, car si jamais cette date fut notée dans un registre paroissial ou municipal, il n'en reste plus aucune trace aujourd'hui et Copernic n'a écrit sa date de naissance sur aucun des manuscrits dont nous disposons. Les documents administratifs le concernant, par exemple son inscription à l'université, n'indique ni sa date de naissance ni son âge. Il ne reste aucune allusion à ses anniversaires (je ne sais pas s'il les fêtait). L'épitaphe ne mentionne pas ses dates de naissance et de décès. Il faut donc rechercher cette date dans des sources de seconde main, qui se contredisent :

- Le 19 février 1473 à 4 heures et 48 minutes de l'après-midi, dans le livre Caspar Peucer, Elementa doctrinae de circulis coelistbus et primo motu, Wittenberg, 1551 : "Nicolaus Copernicus Torinensis Canonicus Varmiensis ; natus anno 1473, Februa. Die 19, hora 4, scrup. 48".
- Le 10 février 1473 dans Paul Eber, Calendarium historicum, 1571, page 322.
- Le 4 février 1473 dans Johannes Gartze, Astrologiae methodus in qua secundum doctrinam Ptolemaei, exactissima facillimaque genituras qualescumque judicandi ratio traditur, Bâle, 1576.
- Le 19 février 1473, à 4 heures et 38 minutes de l'après-midi, dans Francesco Giuntini, Speculum astrologiae, Lyon, 1581, tome. 1, page 550, dans la partie Francisci iunctini ... in duos posteriores Ptolomaei Quadripartiti libros...commentaria, au centre de l'horoscope de Copernic est écrit : "1473 Die 19. Februarij, h. 4. mi. 38. post meridiem.". Giuntini donne deux autres dates dans ce même ouvrage, ce qui n'est pas très logique : Le 19 janvier 1472 à 4 heures et 48 minutes de l'après-midi dans la partie Calendarium astrologicum et poeticum, dans le paragraphe pour le mois de janvier et le " dies 19." : "Nicolaus Copernicus Torinensis Canonicus Varmiensis, natus anno 1472. hora 4. minut. 48. post meridiem."; le 19 février 1473, à 4 heures et 48 minutes de l'après-midi, dans la partie Calendarium astrologicum et poeticum, dans le paragraphe pour le mois de février et le " dies 19." : "Nicolaus Copernicus nascitur anno Chisti 1473. minutis. 48. post quartam horam pomeridianam.".
- En 1473, dans Reusner, Icones sive imagines virorum literis illustrium, Strasbourg, 1587. Il parle encore de la naissance de Copernic dans deux vers, "Felix ista dies, nato quae prima refulsit : Conspicitur caudam quam Leo nocte minax" qui parlent de la queue d'un lion qui est menaçant et qui est peut-être une allusion à la constellation qui est visible le 19 février 1473 à 4 heures 57 minutes.
- En 1473, dans Boissard, Icones quinquaginta vivorum illustrium, Francfort, 1598. L'historien, collectionneur, et dessinateur, Jean-Jacques Boissard (1528-1602), reprend cette date de la notice de Nicolas Reusner.
- Le 19 février 1473 à 4 heures et 38 minutes de l'après-midi dans Baldi, Vite de matematici, écrit en 1588, publié en 1908. L'astronome du duc de Guastalla, Bernadino Baldi (1553-1617), dit avoir trouvé cette date dans le livre de Giuntini. Il note avoir vu l'autre date de 1472, mais il considère que seule la date indiquée dans l'horoscope est valable.
- Le 19 février 1473 dans une note écrite vers 1600 par Michael Maestlin, page 96 du livre Naratio prima par Rheticus : "Nic. Copernicum natum refereunt anno 1473 die 19. Feruarii hora 4 scr. 48 p.m. die Veneris ante Cathedram Petri".
- Le 19 février 1473 à 4 heures et 48 minutes sur un dessin d'un horoscope anonyme, fait au 16e ou au 17e siècle. Certains historiens, dont Owen Gingerich, voient dans cet horoscope la preuve qui établit définitivement la date de naissance de Copernic. Personnellement, je trouve qu'il n'est pas très sérieux de se baser sur un document anonyme.
- Le 19 février 1473 à 4 heures et 48 minutes de l'après-midi, dans une note manuscrite de Jan Brozek, vers 1612, sur la page du titre du De revolutionibus qui est conservé actuellement à l'observatoire astronomique de l'université de Cracovie.
- Le 19 février 1473 dans Melchior Adam Silesius, Vitae germanorum superiori, Francfort, 1615, page 126 : "Absolutae hic subtilitatis mathematicus natus est anno Christi septuagesimo tertio supra mille quadringentos, die decimo nono Februarij, Torunij in Borussia."
- Le 19 février 1473 dans Nicolas Muler, Astronomia Instaurata, Groningen, 1617. Ce livre n'est rien d'autre que la troisième édition du livre de Copernic sur les révolutions. Il inclus une petite biographie de Copernic, dans laquelle l'éditeur, Nicolas Muler (1564-1630), déclare avoir trouvé la date de 1472 dans l'ouvrage de Giuntini et la date de 1473 dans Germani vero chronologi, qui lui paraît plus fiable.
- Le 19 février 1473 dans Pierre Gassendi, Tychonis Brahei, eqvitis Dani, astronomorvm coryphaei vita, itemqve Nicolai Copernici, Georgii Peverbachii & Ioannis Regiomontani, celebrium Astronomorum, Paris, 1654.
- En 1473 dans Christoph Hartknoch, Alt und Neues Preussen, Francfort, 1684, page 370.
- En 1473 dans Thomas Pope Blount, Censura celebriorum authorum, London, 1690, page 430.
- En 1473 dans Johann Franz Buddeus, Allgemeines Historisches Lexicon, Leipzig, 1709, page 734.
- Le 19 février 1472 à 4 heures et 38 minutes de l'après-midi dans Georg Petrus Schultz, Das Gelahrte Preussen, Thorn, 1724, page 39. Georg Petrus Schultz se trompe trois fois, d'abord, en disant que cette date a été donnée par Giuntini, ensuite en affirmant que Maestlin a fait l'erreur de donner la date du 19 février 1473 et enfin en décrétant que Maestlin a été le seul à critiquer la date de 1472.
- Le 19 février 1473 à 4 heures et 48 minutes de l'après-midi, dans Jakob Heinrich Zernecke, Thornische Chronica, Berlin, 1727, page 81.
- En 1472 dans Giuseppe Maria Carafa, De professoribus gymnasii romani liber secundus, Rome, 1751, page 381.
- En 1433 dans la légende d'un portrait de Copernic peint pour l'université de Cracovie un peu après 1765.
- Le 19 février 1472 dans Jozef Konstantyn Bogulawski, Zycua Slawnych Polakow Kroto Zebrane, Varsovie, 1788, tome 1, page 48.
- Le 19 février 1473, dans Gottfried Centner, Geehrte und Gelehrte Thorner, Thorn, 1763, page 11.
- Le 19 février 1473, dans Alexandre Savérien, Histoire des philosophes modernes, Paris, 1765, page 1.
- Le 19 février 1473, dans Johann Gottfried Herder, Der Teutsche Merkur, Weimar, 1776, page 171.
- Le 19 février 1472, dans Jozef Konstantyn Boguslawski, Zycia Slawnych Polakow Krotko Zebrane, Varsovie, 1788, page 48. Boguslawski (1754-1817) a retenu la date de Giuntini qu'il a trouvé dans Gassendi.
- Le 19 février 1473, dans Ludwig Baczko, Nikolaus Copernikus, Leipzig, 1796, page 137.
- Le 19 janvier 1472 dans le texte qui accompagne une gravure faite au plus tard en 1798 par Nicolas Balthasar Dandeleau.
- Le 12 février 1473 dans Jan Czynski, Kopernik et ses travaux, Paris, 1847, page 26.
- Le 12 février 1473 dans François Arago, Œuvres complètes, Paris, 1854, tome III, page 173.
- En 1472, dans Joseph Bertrand, Les fondateurs de l'astronomie moderne, Paris, 1865, page 5.
- Le 19 février 1473, dans Kühne et Kirschner, Biographia Copernicana, Berlin, 2004, page 302. Ces deux grands experts de Copernic font remarquer que cette date véritable (richtig) était connu depuis le 16e siècle : "Wie die Aufzeichnungen von Caspar Peucer und Pirmin Gasser zeigen, war der richtige Geburstag von Copernicus, der 19. Februar 1473, durchaus schon im 16. Jh. Bekannt ".

Toutes ces dates s'entendent selon le calendrier julien car l'usage en histoire veut que les anciennes dates ne soient pas actualisées afin d'éviter d'écrire "... le jour de Noël, au début du mois de janvier, ...".
La date de naissance de Copernic, la plus fréquemment citée et qui me paraît la plus fiable, est celle du 19 février 1473. La date de 1472 vient d'une erreur de Giuntini, qui a ensuite été reprise par au moins six biographes. A vrai dire, que Copernic soit né en janvier ou en février, en 1472 ou en 1473, n'a pas beaucoup d'importance. Les erreurs se propagent d'un ouvrage à l'autre à travers les siècles, et il en est de même pour les corrections. Il suffit de choisir les bons auteurs.

Je maintiens que pour la date de la mort de Copernic, Gassendi ne se base que sur une source secondaire, la biographie de Baldi, laquelle dérive de la lettre de Giese. Son fac-similé se trouve dans Erna Hilfstein, Studia Copernicana XXI, 1980, qui est un livre rare malgré la qualité de son contenu (Erna Hilfstein, compagne d'Edward Rosen, est une historienne aussi rigoureuse que lui). Depuis 1537, Giese vivait à 150 km de Copernic, dans sa résidence épiscopale de Löbau/Lubawa. Et en mai 1543, il se trouvait encore plus loin de son ami puisqu'il était allé à Cracovie pour assister au mariage du prince Sigismond Auguste avec Elisabeth d'Autriche.

De nos jours, nous avons un autre document, que Gassendi n'a pas connu. Pourquoi ne faudrait-il pas en tenir compte ? C'est un document officiel original, daté et contresigné par le notaire Fabian Emmerich, donc qui a plus de poids que la copie de la lettre de Giese. Mais comme c'est un document qui parle du remplacement de Copernic sans parler de sa mort, il ne peut pas nous donner la certitude que l'on aimerait avoir à ce sujet. Néanmoins, ceux qui ont un peu étudié les diocèses européens à la Renaissance savent qu'il était très rare qu'un chanoine fut remplacé avant sa mort. De plus, ni Giese, ni personne d'autre n'a dit qu'il se serait démis de son office avant son décès. Dans le seul cas que je connaisse d'un remplacement avant la mort du titulaire, le coadjuteur était une personne âgée et très influente qui a acheté la démission. Or Copernic n'avait pas besoin d'argent (voir son héritage) et le remplaçant de Copernic était un homme très jeune qui n'était probablement pas très pressé ni habitué aux négociations pour obtenir une démission. Donc, un historien allemand très bien informé, Jürgen Hammel, et moi-même pensons qu'il y a un doute sur la date de sa mort, et que ce serait malhonnête de ne pas avoir de doute étant donné ce document d'archive du chapitre de Warmie et la fragilité du document de Giese. Par ailleurs, il y a deux autres sources dont j'ai déjà parlées (Snell et Kepler) qui attestent que Copernic a vu son livre imprimé ou au moins quelques pages imprimées, plusieurs jours avant sa mort.

Par ailleurs, pour moi, Copernic fut un grand homme, pas seulement à cause de la (re)découverte du système héliocentrique, mais aussi pour d'autres qualités. Il fut un humaniste connaissant assez bien les auteurs de l'antiquité, latins et grecs, parlant lui-même grec, et ayant traduit un livre du grec vers le latin. Il fut un bon économiste comme le montre ses remarquables traités sur les monnaies. Il connaissait la trigonométrie comme le montre son livre sur les sinus. Il fut un bon médecin selon les témoignages de ses contemporains. Il a été critiqué et manipulé par les anti-cléricaux à la suite du procès de Galilée, par les français du 19e siècle amateurs de bonnes histoires plutôt que d'histoires vraies, par les allemands qui l'ont célébré comme étant un grand prussien, par les communistes qui en ont fait un homme modeste qui s'est élevé grâce à son génie alors qu'il était d'une famille très riche et entouré de savants (dont le génial Fracastoro, un peu trop dans l'ombre, selon moi).


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 Sujet du message : Re: La théorie de Copernic
Message Publié : 10 Avr 2013 9:23 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Alain.g a écrit :
Copernic reprenait le grec Aristarque qu'il cite avec précision comme une de ses principales références.

…. on aurait pu peut être en savoir plus si les bibliothèques n’étaient pas détruites …

Aristarque de Samos
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristarque_de_Samos
wiki a écrit :
De ses écrits ne nous est parvenu que l'ouvrage Sur les dimensions et des distances du Soleil et de la Lune. Il est fort probable qu'il ait écrit d'autres ouvrages disparus lors de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie. Sa théorie sur l'héliocentrisme, d'environ -280, nous est connue grâce au livre L’Arénaire dans lequel Archimède écrit :
« Vous n'êtes pas sans savoir que par l'Univers, la plupart des Astronomes signifient une sphère ayant son centre au centre de la Terre (…). Toutefois, Aristarque de Samos a publié des écrits sur les hypothèses astronomiques. Les présuppositions qu'on trouve dans ses écrits suggèrent un univers beaucoup plus grand que celui mentionné plus haut. Il commence en fait avec l'hypothèse que les étoiles fixes et le Soleil sont immobiles. Quant à la Terre, elle se déplace autour du Soleil sur la circonférence d'un cercle ayant son centre dans le Soleil. »
— Archimède, Préface du traité L’Arénaire. .


Bibliothèque d'Alexandrie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C ... Alexandrie
wiki a écrit :
La bibliothèque d'Alexandrie, fondée à Alexandrie, en Égypte, en -288 et définitivement détruite au plus tard en l'an 642, était la plus célèbre bibliothèque de l'Antiquité.
Des hypothèses sur la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie :
· la guerre civile romaine entre César et Pompée (env. -50) ;
· les conflits de primauté politique et religieuse entre paganisme et christianisme (250 – 350) ;
· les conséquences de la conquête arabe (env. 650) ;
plusieurs destructions.
.


ps pour les modérateurs : merci de bien vouloir supprimer ces informations si elles sont de nature à polluer ce fil.


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