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Message Publié : 24 Juil 2012 21:45 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 05 Déc 2010 19:54
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On connaît bien les grandes figures du XIXe siècle mais qui furent les grands penseurs inspirés par le marxisme à l'époque de la Guerre Froide ?

Je m'intéresse surtout à ceux des années 1980, alors que la chute de l'URSS approchait, afin de voir quelles solutions ils imaginaient pour sauver le communisme et le rendre à nouveau attractif.


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Message Publié : 24 Juil 2012 23:19 
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Inscription : 20 Déc 2010 21:48
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On risquerait de transformer le sujet en un catalogue à énumérer tous les marxiens (Aron). Marx a été une lecture fondamentale dans la formation intellectuelle de penseurs aux idées bien différentes comme Claude Lévi-Strauss, Raymond Aron et Michel Henry.

En ce qui concerne les marxistes, il ne leur était plus possible de sauver le communisme, puisque l'U.R.S.S passait pour être le modèle par excellence du communisme. Or, l'intellectuel pouvait difficilement s'engager en faveur de ce pays après qu'il eut réprimé les soulèvements de Pologne et de Hongrie dans les années 1950 et mis fin à l'espérance d'un socialisme à visage humain en Tchécoslovaquie. Des noms claquaient aux oreilles: celui de Kravchenko, d'abord, qui résonna différemment après le rapport de Khrouchtchev; celui de Soljenitsyne ensuite.

Par-delà l'Oural, l'U.R.S.S n'inspirait plus que mépris: quand on ne l'abandonnait pas (Pierre Daix), on recherchait ailleurs un modèle alternatif. On se mit un temps à espérer que Cuba ou la Chine devinssent les pays de l'avenir radieux. Mais l'espoir placé dans les expériences exotiques retomba bien vite, quand on s'aperçut que la Chine avait des détracteurs sérieux comme Simon Leys, qui avait infligé une humiliation publique sur le plateau d'Apostrophes à Maria-Antonietta Macciocchi, thuriféraire de la Chine maoïste.

A la même époque de l'espoir exotique, certains tentèrent bien de réinventer Marx. Althusser voulut le purifier de l'histoire et faire le départ entre Marx et ceux qui s'en revendiquaient. Quand il décéda en 1990, les paradigmes avaient changé, le marxisme n'occupait plus grand-monde, et la grande opposition idéologique qui avait caractérisé la génération intellectuelle de la guerre froide n'avait plus lieu d'être: de nouvelles problématiques apparaissaient, et on s'occupa dès lors plus des foulards et de la laïcité que du marxisme, y compris les marxistes.


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Message Publié : 25 Juil 2012 2:58 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 05 Déc 2010 19:54
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Merci pour votre réponse. Plus que ceux que Marx a influencé, comme Aron qui était au final un libéral, j'aimerais savoir s'il y a eu une tentative de renouveau du socialo-communisme pour tenter de sauver ce modèle en déroute. Ne peut-on pas trouver un auteur ayant émergé à l'époque, de conviction socialiste, et aux thèses intéressantes (qu'on soit d'accord ou pas avec lui) ?


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Message Publié : 25 Juil 2012 8:49 
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Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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Wanderlei a écrit :
Merci pour votre réponse. Plus que ceux que Marx a influencé, comme Aron qui était au final un libéral, j'aimerais savoir s'il y a eu une tentative de renouveau du socialo-communisme pour tenter de sauver ce modèle en déroute. Ne peut-on pas trouver un auteur ayant émergé à l'époque, de conviction socialiste, et aux thèses intéressantes (qu'on soit d'accord ou pas avec lui) ?
Michel Foucault?
Tout dépend si par "modèle en déroute" vous vous limitez strictement à l'économique. Effectivement, il n'y a plus grand monde dans les années 80-90 pour essayer de redonner de l'intérêt aux théories collectivistes par exemple.
Mais dans quantité d'autres domaines, le marxisme a des rejetons florissants.


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Message Publié : 25 Juil 2012 9:36 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Localisation : Montrouge
L'idée est en effet que l'expérience russe et européenne, n'est pas représentative du marxisme et que l'échec ne doit pas lui être imputé. Un argument auquel les non-marxistes répondent en faisant observer que l'échec a marqué non seulement l'URSS et ses satellites mais aussi la Chine, la Corée du nord, Cuba et toutes les autres expériences ... sans aucune exception.
De quoi s'interroger sur la doctrine. L'argument ne rebute pas toutefois ceux qui pensent que la pensée de Marx a été trahie au profit de groupes, cherchant en réalité le pouvoir et que le marxisme reste à découvrir. Ainsi et corrigé au besoin, il redevient une théorie à mettre en oeuvre autrement.
Sur le fond, tout le monde sait en réalité que certains aspects du marxisme ne sont plus applicables, le monde ayant par trop changé.

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Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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Message Publié : 25 Juil 2012 10:45 
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Localisation : Myrelingues la brumeuse
Hmmm ! Peut-être ! Mais une chose est sûre, c'est que Marx a basé toute son étude et sa philosophie sur ce qu'il a vu en Angleterre, qui était à son époque le pays le plus développé du monde. Ce pays avait certes une aristocratie, mais qui avait beaucoup perdu de sa puissance, une bourgeoisie arrogante et triomphante, et une classe ouvrière nombreuse mais organisée dans ses trade union et dont les représentants étaient relativement instruits
La France et L'Allemagne étaient grosso modo bâties sur le même modèle. Aussi lorsque Marx parlait de l'avènement du socialisme, il pensait que seuls ces trois pays étaient suffisamment développés pour pouvoir entamer le processus.

Or c'est chez les moujiks que la révolution a eu lieu ! Un pays ou 80 % de la population était composée de paysans analphabètes, où les ouvriers étaient relativement peu nombreux et inorganisés, ou la Bourgeoisie peu nombreuse ne pesait pas lourd face à une aristocratie toute-puissante et non productive. Alors Lérine a du créer le Marxisme Léninisme, qui s'il se réclamait de Marx contenait beaucoup plus de Léninisme, avec des outils comme le centralisme démocratique etc ....

Et tous les régimes (sauf le cas particulier des pays de l'est qui ont vu le régime imposé par l"armée rouge) se sont implantés dans des pays pauvres et sous développés. Peut on encore dire qu'ils étaient (ou sont ) marxistes ?

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C'est l'ambition qui perd les hommes. Si Napoléon était resté officier d'artillerie, il serait encore sur le trône.

Mr Prudhomme


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Message Publié : 25 Juil 2012 14:18 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Localisation : Montrouge
Ils l'ont prétendu et toute une armée d'intellectuels, de doctrinaires et de partisans, se réclamant avec assurance parfois du marxisme prétendument scientifique, qui a fait fait ou dominé l'opinion dans une partie de l'europe jusqu'à ce que l'échec politique et écnomique soit visible et qu'alors tout se retourne.
Ce ne sont pas des moujiks qui ont fait la Révolution de 1917 mais des ouvriers et des soldats chauffés par la propagande de Lénine pour arrêter la guerre. Octobre est un coup d' Etat à Saint -Pétersbourg, pas une révolution au sens habituel, à mon avis du moins.
En tout état de cause, les penseurs socialistes et communistes du 19è siècle ont marqué le 20è d'une manière considérable, sans doute à cause de l'effondrement russe causé par la PGM et de ses conséquences en europe, qui a créé une lame de fond.

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Message Publié : 25 Juil 2012 15:49 
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Localisation : Myrelingues la brumeuse
Alain.g a écrit :
Ce ne sont pas des moujiks qui ont fait la Révolution de 1917 mais des ouvriers et des soldats chauffés par la propagande de Lénine pour arrêter la guerre. Octobre est un coup d' Etat à Saint -Pétersbourg, pas une révolution au sens habituel, à mon avis du moins.



Peut être, mais ça ne change rien au fait que la Russie ne ressemblait absolument pas au modèle décrit par Marx dans "Le capital" ou le "manifeste communiste"

Pour Marx la partie majoritaire de la population "le prolétariat" devait être le fer de lance de l'émancipation grâce à ses éléments instruits. En Russie l'immense majorité de la population, les paysans n'ont pas participé à cette "émancipation". Certes les ouvriers de Petrograd, ont participé à la révolution d'octobre, mais inorganisés et peu instruits, ils n'en ont pas été les maitres. Cette révolution a été faite par des intellectuels qui avaient une vision "très personnelle" des réalités. Et pour arriver à leurs fins, isolés comme ils étaient, ils n'avaient pas d'autre choix que la dicature.

Maintenant, qu'aurait donnée une révolution faite suivant les critères marxistes dans un pays développé ? Etait ce même possible ?

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Mr Prudhomme


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Message Publié : 22 Nov 2012 7:48 
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Inscription : 13 Nov 2008 6:58
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Localisation : Suisse
Citer :
Peut être, mais ça ne change rien au fait que la Russie ne ressemblait absolument pas au modèle décrit par Marx dans "Le capital" ou le "manifeste communiste"


Je me réfère à l'excellent livre de Jacques Attali Karl Marx ou l'esprit du monde

Il est exact, selon ce que j'ai lu, que Marx ne voyait absolument pas une révolution violente en Russie, au contraire selon lui il s'agissait avant tout d'amener les ouvriers a devenir majoritaire démocratiquement et ensuite donc à prendre le pouvoir.

Voici d'ailleurs le point de vue de Rosa Luxembourg:

Jacques Attali Karl Marx ou l’esprit du monde ldp p. 506

Les socialistes allemands sont très divisés sur les événements de Russie. Rosa Luxembourg accueille avec enthousiasme la Révolution d’Octobre tout en s’inquiétant de la conception léniniste de la dictature du prolétariat. Elle écrit dans un texte lucide :
« la liberté seulement pour les partisans du gouvernement, des membres d’un parti si nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement […]. La tâche historique qui incombe au prolétariat une fois au pouvoir c’est de créer à la place de la démocratie bourgeoise la démocratie socialiste et non pas de supprimer toute démocratie.


A la fin de sa vie Lénine dû bel et bien constater cet échec:
Conf. d'Henri Guillemin, archives de la TV romande
L'appareil d’État soviétique n'est en somme que l'appareil tsariste à peine repeint. Les choses chez nous avec l'appareil d’État tel qu'il est sont tristes…pour ne pas dire répugnantes.
Lénine


Dès lors qu'est-ce que la marxisme ?

Attali n'est pas franchement critique envers Marx mais il montre que ses idées ont été interprétées et même différemment selon les pays.
Je précise que le livre d'Attali est le modèle que je préfère c'est-à-dire une continuelle référence au contexte du moment.


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Message Publié : 04 Jan 2013 19:37 
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Eginhard
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Inscription : 04 Juil 2007 10:16
Message(s) : 888
Localisation : Aix en Provence
L'histoire du socialisme en France et en Europe de Michel Winock offre des clés pour comprendre ce mouvement de pensée. Winock sépare le mouvement socialiste en deux traditions, celle par "le haut", dont le leader fut Marx, celle par "le bas" dont Proudhon fut l'initiateur.
En résumé, chez Babeuf, Marx (même si chez lui c'est assez flou) et Lénine, c'est une poignée de militants formant une avant-garde éclairée, qui va provoquer la révolution, car comme le dira Lénine, le monde ouvrier ne peut qu'arriver à une "conscience syndicale", se résumant à la défense des intérêts corporatistes, alors que les communistes, qui connaissent les lois de l'histoire, auront une conscience de classe, connaissant les finalités du devenir historique qui sera la société communiste.
Chez Proudhon, Bakounine, et chez les conseillistes, comme Pankoek, la révolution devait venir d'en-bas et non d'une poignée de militants professionnels qui investiront l'état bourgeois pour en investir les leviers, fusse pour imposer une dictature du prolétariat, qui se transformera en une coercition sur le prolétariat.
Lénine et les bolcheviks ayant pris le pouvoir en Russie, en octobre 1917, c'est plutôt la version léniniste qui s'est imposé aux futures forces socialistes alors que pour le pape du marxisme de l'époque, Karl Kautsky, cette révolution socialiste dans un pays arriéré était une hérésie, d'un point de vue marxiste, et ne pouvait déboucher que sur une dictature sanglante.

_________________
Dieu ne joue pas aux dés !


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