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Message Publié : 03 Août 2017 10:10 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 09 Sep 2011 21:01
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Bonjour à tous,

Malheureusement, je n'ai plus la référence, mais il y a quelques temps, j'avais trouvé un article en anglais sur l'histoire du corset qui évoquait l'existence d'une véritable "culture de l'évanouissement" au XIXe siècle. On retrouvait l'idée d'un topos littéraire dont la popularité serait à mettre en relation avec les représentations genrées : en effet, dans les romans, les chansons, c'est typiquement le personnage de la femme ou de la jeune fille qui s'évanouit pour un oui pour un non. Il semble que perdre connaissance à la suite d'un choc émotionnel était chose si banale qu'une femme gardant la tête froide en toutes circonstances pouvait être perçue comme trop masculine.

J'ai toujours été intriguée par la fréquence des évanouissements dans la littérature du XIXe siècle. Reflet plus ou moins fidèle de la réalite, en un temps où le capital santé des populations était beaucoup plus fragile qu'aujourd'hui (nombreuses carences dans l'alimentation, maladies non soignées, éventuellement port du corset pour les femmes, etc.), ou prisme déformant qui exprimerait davantage les fantasmes et les stéréotypes d'une époque où la fragilité et la sensibilité excessive passaient pour des qualités toutes féminines ? Entre le médical/le biologique et le pyschique/les représentations, il faudrait sans doute creuser la question de la somatisation : on se laissait peut-être d'autant plus aller à ce genre de faiblesses physiques que cela était convenable pour notre statut et notre genre, non ?

Si ce sujet vous intéresse ou que vous avez quelques pistes, ce serait génial :wink:

Je vous remercie beaucoup par avance.


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Message Publié : 03 Août 2017 11:54 
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Marc Bloch
Marc Bloch
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
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Localisation : Allemagne
Accessoirement, c'était dans ces cas où on avait recours aux "sels". Médication dont on a perdu aujourd'hui jusqu'au souvenir :rool:

_________________
"La faculté de prévoir appartient à celui qui se souvient." ( Léon Bérard)
" Jeune homme, la France se meurt, ne troublez pas son agonie..." ( Renan à Déroulède )


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Message Publié : 03 Août 2017 14:01 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Madame se pâmait et la boniche apportait les sels, chacune dans sa fonction. La pâmoison est passée de mode et les sels ont disparu. Madame est devenue une cadre sup performante bardée de diplômes qui ne peut plus se permettre de se pâmer. Un petit burn out de temps à autre tout au plus. D'ailleurs Madame n'a plus de boniche, seulement une femme de ménage et une baby sitter.

Bref, je tiendrais plus pour votre seconde hypothèse : prisme déformant qui exprimerait davantage les fantasmes et les stéréotypes d'une époque où la fragilité et la sensibilité excessive passaient pour des qualités toutes féminines.

Cela me fait penser à l'hystérie, fantasme daté plus que véritable pathologie.


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Message Publié : 03 Août 2017 15:16 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Barbetorte a écrit :
Madame se pâmait et la boniche apportait les sels, chacune dans sa fonction. La pâmoison est passée de mode et les sels ont disparu. Madame est devenue une cadre sup performante bardée de diplômes qui ne peut plus se permettre de se pâmer. Un petit burn out de temps à autre tout au plus. D'ailleurs Madame n'a plus de boniche, seulement une femme de ménage et une baby sitter.

Bref, je tiendrais plus pour votre seconde hypothèse : prisme déformant qui exprimerait davantage les fantasmes et les stéréotypes d'une époque où la fragilité et la sensibilité excessive passaient pour des qualités toutes féminines.

Cela me fait penser à l'hystérie, fantasme daté plus que véritable pathologie.


Cette question appelle plusieurs types de réponses. Oui en effet la culture de l'évanouissement peut faire débat tant cette affection a disparu de nos jours. Etait ce une façon de décompresser dans une société qui imposait tant de contraintes formelles - et interdisait le divorce et le suicide, obligeant les femmes à passer par des subterfuges pour exprimer leur anxiété ?

On pourrait se poser aussi cette question sur les crises de larmes chez les hommes . Jusqu'au milieu du XIXè siècle il n'était pas contraire à l'idéal viril de pleurer. Etant un homme qui pleure beaucoup et facilement, je suis très sensible à ce sujet !

Par ailleurs je voudrais mettre en garde Barbetorte quant à l'emploi de l'expression de "boniche" : il s'agit d'une expression injurieuse pour les personnes concernées qui sont souvent sincèrement dévouées et travailleuses et ne méritent à aucun titre d'être qualifiées d'une telle façon. D'ailleurs ne le seraient elles pas (dévouées et travailleuses) qu'un tel mépris resterait inacceptable - en particulier sur un forum de discussion convenable comme PH !


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Message Publié : 03 Août 2017 17:01 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1049
Jerôme a écrit :
Par ailleurs je voudrais mettre en garde Barbetorte quant à l'emploi de l'expression de "boniche" : il s'agit d'une expression injurieuse pour les personnes concernées qui sont souvent sincèrement dévouées et travailleuses et ne méritent à aucun titre d'être qualifiées d'une telle façon. D'ailleurs ne le seraient elles pas (dévouées et travailleuses) qu'un tel mépris resterait inacceptable - en particulier sur un forum de discussion convenable comme PH !
J'ai intentionnellement employé le terme de boniche parce que je suis convaincu que les lecteurs des discussions de passion-histoire auront bien compris que, en usant du terme de boniche, j'exprime la considération que la bourgeoisie du dix-neuvième siècle pouvait avoir pour ses domestiques. Certes, tous les domestiques n'étaient pas systématiquement maltraités, mais tout de même, les différences de classe étaient très marquées et les relations de travail étant ce qu'elles étaient, je pense que les termes de Madame et de sa boniche plantent assez bien le décor.


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Message Publié : 03 Août 2017 17:47 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
Message(s) : 1766
Non
les rapports étaient les mêmes que ceux exprimés dans Downton Abbey
à l'extrême rigueur les jeunes gens rendaient enceintes les jeunes bonnes...

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 03 Août 2017 18:28 
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Jean Froissart
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Inscription : 25 Juil 2009 21:18
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Localisation : Vienne (86)
Barbetorte a écrit :
Jerôme a écrit :
Par ailleurs je voudrais mettre en garde Barbetorte quant à l'emploi de l'expression de "boniche" : il s'agit d'une expression injurieuse pour les personnes concernées qui sont souvent sincèrement dévouées et travailleuses et ne méritent à aucun titre d'être qualifiées d'une telle façon. D'ailleurs ne le seraient elles pas (dévouées et travailleuses) qu'un tel mépris resterait inacceptable - en particulier sur un forum de discussion convenable comme PH !
J'ai intentionnellement employé le terme de boniche parce que je suis convaincu que les lecteurs des discussions de passion-histoire auront bien compris que, en usant du terme de boniche, j'exprime la considération que la bourgeoisie du dix-neuvième siècle pouvait avoir pour ses domestiques. Certes, tous les domestiques n'étaient pas systématiquement maltraités, mais tout de même, les différences de classe étaient très marquées et les relations de travail étant ce qu'elles étaient, je pense que les termes de Madame et de sa boniche plantent assez bien le décor.


C'est un cliché Barbetorte ! si vous lisez "La place des bonnes La domesticité féminine à Paris en 1900" vous vous apercevrez bien vite que l'emploi de la domesticité est, à cette époque, nettement plus complexe qu'il n'y parait.

Les bonnes pouvaient occuper diverses fonctions avec à la clé une échelle hiérarchique très étendue. Elles étaient souvent considérées comme des employées indispensables au bon fonctionnement de la maison et étaient considérées comme tel.

_________________
> Le courage, c'est de comprendre sa propre vie... Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille... Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel.
( Jean Jaurès )


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Message Publié : 03 Août 2017 21:15 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Alors l'éditeur tombe peut-être lui aussi dans le cliché parce qu'en quatrième de couverture de La place des bonnes : La domesticité féminine à Paris en 1900 on lit :
Citer :
Elles balaient, font la cuisine, montent les seaux de charbon, vident les cuvettes et frottent l'argenterie, du matin jusqu'au soir. Elles n'ont point de vie à elles. Car ce sont les bonnes. Mais d'elles, on exige plus encore que l'accomplissement des tâches ménagères. Il faut qu'elles soient le dévouement incarné. Car elles sont les servantes.

Et si ce livre s'emploie, en détaillant leurs conditions de travail et d'existence, en décrivant les mentalités dans lesquelles elles étouffent, à dire quelle place est assignée aux bonnes par la moralité bourgeoise à la Belle Epoque, c'est dans le but d'exorciser le fantôme de la servante, qui hante encore la plupart des femmes d'aujourd'hui, lorsqu'elles rentrent à la maison.


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Message Publié : 03 Août 2017 21:20 
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Jean Froissart
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Inscription : 25 Juil 2009 21:18
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Localisation : Vienne (86)
Barbetorte a écrit :
Alors l'éditeur tombe peut-être lui aussi dans le cliché parce qu'en quatrième de couverture de La place des bonnes : La domesticité féminine à Paris en 1900 on lit :
Citer :
Elles balaient, font la cuisine, montent les seaux de charbon, vident les cuvettes et frottent l'argenterie, du matin jusqu'au soir. Elles n'ont point de vie à elles. Car ce sont les bonnes. Mais d'elles, on exige plus encore que l'accomplissement des tâches ménagères. Il faut qu'elles soient le dévouement incarné. Car elles sont les servantes.

Et si ce livre s'emploie, en détaillant leurs conditions de travail et d'existence, en décrivant les mentalités dans lesquelles elles étouffent, à dire quelle place est assignée aux bonnes par la moralité bourgeoise à la Belle Epoque, c'est dans le but d'exorciser le fantôme de la servante, qui hante encore la plupart des femmes d'aujourd'hui, lorsqu'elles rentrent à la maison.



Une quatrième de couverture ne suffit pas à résumer toute la richesse d'un livre...si je vous dis cela c'est parce que j'ai lu plusieurs livres sur la domesticité et en particulier celui ci.

_________________
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Message Publié : 03 Août 2017 21:29 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 07 Sep 2009 17:07
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Faget a écrit :
Accessoirement, c'était dans ces cas où on avait recours aux "sels". Médication dont on a perdu aujourd'hui jusqu'au souvenir :rool:

Je me souviens qu'on trouvait encore ces flacons de sels en vente dans les pharmacies à la fin des années '60. C'était donc encore utilisé au moins jusqu'à il y a une cinquantaine d'années (malgré la disparition des corsets serrés :wink: ).

Pour en avoir respirés, c'était des sels ammoniacaux qui dégageaient une très violente odeur d'ammoniac quand on ouvrait le flacon...


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Message Publié : 03 Août 2017 22:06 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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On trouve de l'ammoniac au rayon droguerie des grandes surfaces. J'ai vu un prof de chimie très enrhumé en respirer pour se déboucher le nez.


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Message Publié : 05 Août 2017 5:54 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 22 Juin 2017 21:27
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nico86 a écrit :
Barbetorte a écrit :
Alors l'éditeur tombe peut-être lui aussi dans le cliché parce qu'en quatrième de couverture de La place des bonnes : La domesticité féminine à Paris en 1900 on lit :
Citer :
Elles balaient, font la cuisine, montent les seaux de charbon, vident les cuvettes et frottent l'argenterie, du matin jusqu'au soir. Elles n'ont point de vie à elles. Car ce sont les bonnes. Mais d'elles, on exige plus encore que l'accomplissement des tâches ménagères. Il faut qu'elles soient le dévouement incarné. Car elles sont les servantes.

Et si ce livre s'emploie, en détaillant leurs conditions de travail et d'existence, en décrivant les mentalités dans lesquelles elles étouffent, à dire quelle place est assignée aux bonnes par la moralité bourgeoise à la Belle Epoque, c'est dans le but d'exorciser le fantôme de la servante, qui hante encore la plupart des femmes d'aujourd'hui, lorsqu'elles rentrent à la maison.



Une quatrième de couverture ne suffit pas à résumer toute la richesse d'un livre...si je vous dis cela c'est parce que j'ai lu plusieurs livres sur la domesticité et en particulier celui ci.


Pour revenir à ce sujet, je pense que l'éclairement que nous fait Downton Abbey, même si cela se déroule en Angleterre, explique très bien la situation. Pour résumer rapidement :

Les domestiques sont respectés : ils visent au bon fonctionnement de la maison, ce qui est très important pour l'honneur et le prestige de la famille. Le majordome est à l'oeuvre de tout, en dessous de lui il y a la suppléante. On peut avoir aussi des valets de pied, etc... qui serviront en salle.
Concernant les "bonnes", ici ça viserait les femmes de chambre, peut-être les cuisinières. Elles n'ont pas autorisations, et c'est assez mal considéré, de travailler et de se présenter devant les personnes. Elles doivent faire leur travail avant le réveil et pendant leur absence. De ce fait, on peut avoir un certain regard : malgré le respect qui se porte à ce travail, qui est en déclin après la 1GM et le changement des mentalités, il est quand même déshonorant et mal vu de voir les domestiques.

Après, je peux me tromper complètement car entre France et Angleterre, une mer nous sépare ; mais je pense sincèrement que ces personnes là sont quand même respectées, mais évidemment ce n'est pas le genre de métier le plus prestigieux.


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