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Message Publié : 17 Mars 2014 17:41 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2228
Localisation : Versailles
La langue contemporaine écrite est fort différente de la langue orale mais on a le sentiment peut-être faux que l'écart de langage entre les classes sociales s'est amoindri. Fut-ce toujours le cas ?

Je me demande ce qu'il en était dans un passé récent (disons vers 1960) ou un plus ancien (vers 1900, vers 1800). J'ai l'intuition (par exemple fondée sur la lecture de correspondances privées, censées être assez libres, ou sur la conversation de certaines personnes très âgées et très bien éduquées) que les milieux cultivés pratiquaient naguère facilement un français de très haute tenue - ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Je voudrais savoir comment les historiens du langage au-delà de ce cas particulier peuvent avoir une idée (s'ils en ont une) de la façon dont on parlait effectivement et quotidiennement à la buvette de la chambre des députés, à la cour des Tuileries ou dans un salon parisien ou provincial.

Les conversations des romans de Flaubert par exemple sont elles représentatives du langage parlé du second empire en Normandie ou sont elles réécrites ?


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Message Publié : 17 Mars 2014 19:26 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 25 Juin 2012 15:20
Message(s) : 426
Si vous voulez savoir comment (et de quoi) on parlait en 1960 (et bien avant ) il suffit d’écouter « les nuits de France culture » qui rediffuse de très vieilles émissions .

Par exemple la nuit dernière :

« …
02:30 - 02:55
Tribune de Paris - Le quatorze juillet journée vraie et mythe

Par Radiodiffusion Télévision Française (RTF)
Présentation Emile Dana
1ère diffusion : 14/07/1953… »

dans la nuit du 11 au 12 mars :
30

01:32 - 01:52
Journal parlé 5 mars 1951 - Caroline Chérie

Par Radiodiffusion Française (RDF)
1ère diffusion : 05/03/1951 (Chaine parisienne)

autre exemple (au hasard , en février)

01:32 - 03:12
Les lundis de l'histoire - Michel Pastoureau : Traité d'héraldique

Par Jacques Le Goff
Réalisation Annette Lyautey
1ère diffusion : 14/04/1980
03:12 - 04:02
Lecture du soir - Bonjour tristesse 3/3
De Françoise Sagan

Réalisation Gérard Herzog
1ère diffusion : 18/02/1955


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Message Publié : 18 Mars 2014 19:13 
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Eginhard
Eginhard
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Inscription : 10 Mars 2005 16:29
Message(s) : 824
J'ignore si vous vous intéressez à cette époque, mais une compagnie théâtrale reconstitue le parler baroque.
Vous pouvez écouter par exemple un extrait de la belle au bois dormant, de Charles Perrault :

"Il était une fois" prononcé foué...

http://fabriqueatheatre.lautre.net/htfr/cd-accueil.html


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Message Publié : 20 Mars 2014 17:08 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2228
Localisation : Versailles
Je remercie Prisma de ses références.

Je précise à Hélène que ma question ne porte pas sur la prononciation ni sur la langue d'avant 1800 mais seulement sur le niveau effectif de la langue employée dans les milieux éduqués (nobles, bourgeois) entre 1800 et 1960 et sur le point de savoir si cette langué parlée était proche de la langue écrite ou au contraire relativement éloignée.


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Message Publié : 20 Mars 2014 17:29 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 18 Jan 2008 13:49
Message(s) : 712
Localisation : Paris
Bonjour

Je me demande s'il ne faudrait pas prendre le problème à l'envers : ce que nous considérons être un "français de haute tenue" est en fait le registre utilisé par les classes supérieures au début du XXe siècle. Pour eux, le modèle de langue était plus ancien. Proust le fait remarquer lorsqu'il place dans la bouche du duc de Guermantes des expressions surannées voire fautives pour "faire vieille France".

_________________
Ira principis mors est


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Message Publié : 20 Mars 2014 18:37 
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Eginhard
Eginhard
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Inscription : 14 Avr 2011 21:37
Message(s) : 956
On peut également se tourner vers les films plus ou moins récents, dont certains ont retranscrit de façon saisissante le franc parler de nos anciens :

http://m.youtube.com/watch?v=-URl0PmKqyQ

Il y a bien d'autres exemples, évidemment.

_________________
"Le génie mériterait les chaînes s'il favorisait les crimes des tyrans"


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Message Publié : 18 Août 2014 6:46 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2228
Localisation : Versailles
On m'a dit récemment que le style de Stendhal (en particulier dans Henri Brulard) reproduisait assez exactement la façon de parler du XIX siècle. Que dois je en penser ?


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Message Publié : 18 Août 2014 12:06 
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Georges Duby
Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
Message(s) : 7989
Localisation : Montrouge
Il me semble qu'il y a une évolution vers une langue plus simple avec moins de figures de rhétorique, d'images, de belle langue avec des préciosités, sans doute par abandon d'un style ancien reproduit jusqu' au milieu du 20è siècle par l'imitation du style antique, qui ne s'enseignait que pour une élite, mais pour toute l'élite.
Le beau style à l'antique, je pense à Cicéron, n'est plus une référence. C'était pourtant un style superbe.
Un exemple du beau style chez Cicéron:
" Peux-tu, Catilina, jouir en paix de la lumière qui nous éclaire, de l'air que nous respirons, lorsque tu sais qu'il n'est personne ici qui ignore que la veille des calendes de janvier, le dernier jour du consulat de Lépidus et de Tullus, tu te trouvas sur la place des comices, armé d'un poignard? que tu avais aposté une troupe d'assassins pour tuer les consuls et les principaux citoyens? que ce ne fut ni le repentir, ni la crainte, mais la fortune du peuple romain, qui arrêta ton bras et suspendit ta fureur? Je n'insiste point sur ces premiers crimes; ils sont connus de tout le monde, et bien d'autres les ont suivis. Combien de fois, et depuis mon élection, et depuis que je suis consul, n'as-tu pas attenté à ma vie? combien de fois n'ai-je pas eu besoin de toutes les ruses de la défense, pour parer des coups que ton adresse semblait rendre inévitables? il n'est pas un de tes desseins, pas un de tes succès, pas une de tes intrigues, dont je ne sois instruit à point nommé. Et cependant rien ne peut lasser ta volonté, décourager tes efforts. Combien de fois ce poignard dont tu nous menaces a-t-il été arraché de tes mains? combien de fois un hasard imprévu l'en a-t-il fait tomber? Et cependant il faut que ta main le relève aussitôt. Dis-nous donc sur quel affreux autel tu l'as consacré, et quel vœu sacrilège t'oblige à le plonger dans le sein d'un consul? "

_________________
Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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Message Publié : 19 Août 2014 0:00 
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Salluste
Salluste

Inscription : 28 Jan 2011 2:34
Message(s) : 225
Cela doit dépendre de l'éducation.. donc du niveau scolaire, donc du niveau social.
Le français était la langue "diplomatique" ET d'une certaine culture (si pas d'une culture certaine), basée sur les "classiques".

D'origines multiples, niveau ascendance, le français était la seule langue commune à tous, lesquels avaient eu une certaine éducation (et une éducation certaine). Je reconnais que ils parlaient tous un français impeccable, l'écrivaient sans faute, avec un vocabulaire (effectivement suranné à l'occasion: euphémisme) plus étendu que la moyenne des francophones de souche, et très certainement plus étendu que les gens n'ayant pas eu la chance de faire des études (jusque 12 ans, à l'époque).
PS: je suis belge (finalement et au total..) :wink:


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Message Publié : 11 Oct 2014 5:38 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2228
Localisation : Versailles
J'ai posé ma question initiale à un ami, professeur de khagne qui m'a indiqué que les dialogues de Diderot avaient la réputation de donner une idée assez exacte de la langue orale employée par le public cultivé sous Louis XV.


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Message Publié : 15 Mai 2015 10:29 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2228
Localisation : Versailles
Restif de la Bretonne serait aussi un indicateur valable m'a t on dit récemment (hier soir en fait !). Mais pour le XVIIIe évidemment puisque il est mort en 1806. Ses mémoires ont été publiés en 1797.


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Message Publié : 15 Mai 2015 11:15 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 07 Sep 2009 17:07
Message(s) : 414
En ce qui concerne le langage parlé des années '50 ou '60 (par rapport au langage actuel) je ne vois pas trop de différences flagrantes dans le langage courant (du moins chez les populations un peu cultivées). Peut-être certaines formes déjà peu employées à cette époque sont-elles devenues carrément rarissimes (par exemple j'entends rarement des gens manier l'imparfait du subjonctif :P).

Par contre, une différence flagrante se situe nettement dans le langage populaire (voire argotique) tant pour l'accent que pour le vocabulaire. En région parisienne l'accent faubourien et l'accent "titi" ont totalement disparu pour être remplacé par ce qu'on appelle maintenant l'accent des banlieues. Et on constate curieusement une résurgence d'anciens mots qui n'étaient quasiment plus employés (entendre par exemple un petit "d'jeun" en traiter un autre de "bouffon" est assez savoureux... :wink:).


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Message Publié : 20 Mai 2015 10:57 
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Plutarque
Plutarque

Inscription : 21 Jan 2007 19:34
Message(s) : 120
Localisation : Hauts de Seine
Gér@rd a écrit :
En ce qui concerne le langage parlé des années '50 ou '60 (par rapport au langage actuel) je ne vois pas trop de différences flagrantes dans le langage courant (du moins chez les populations un peu cultivées).


Personnellement, je vois une très grande différence entre le parler de ma jeunesse (j'ai 81 ans) et le parler actuel, c'est l'absence de liaisons actuellement. J'ai l'impression que les gens actuellement font un gros effort four faire des hiatus en évitant les liaisons.
Je ne sais pas vers quelle époque les liaisons ont disparu.


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Message Publié : 20 Mai 2015 12:17 
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Modérateur
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Inscription : 10 Fév 2009 0:12
Message(s) : 6064
Dans la langue parlée, et même écrite, il y a une quasi-disparition du passé simple. Plus personne ne dit "j'allai" ou "nous allâmes", mais "je suis allé" et "on est allés". A tel point que la lecture de romans rédigés au passé simple doit être difficile aux élèves d'aujourd'hui.

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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