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Message Publié : 22 Juil 2015 17:24 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Petit retour sur Thurel, ici dans les Mémoires du général Thiébault :


« Pendant toute la révolution, ce 14 juillet et l'horrible 10 août avaient conservé leurs noms, en dépit du calendrier républicain; mais on n'osait écrire ou prononcer ces noms sans que, pour son salut, on n'y ajoutât ces mots préservateurs : vieux style. Donc à ce dernier 14 juillet [1802], qui bientôt allait redevenir nouveau style en outre de la chaleur, il y eut ceci de remarquable à Tours, qu'on vit figurer le fils du général Liébert, enfant âgé alors de quatre ans et donnant la main à un ancien soldat du régiment de Touraine âgé alors de cent quatre ans, de sorte qu'il y avait juste et malgré leur contact un siècle entre eux deux.
Ce centenaire se nommait Jean Turrel. Né à Dijon le 8 septembre 1697 et entré dans le régiment de Touraine en 1712, il avait servi sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, Louis XVI, sous le Comité de salut public, sous le Directoire; il servait sous le Consulat et mourut sous l'Empire, ayant ainsi servi sous huit gouvernements différents. Il s'était trouvé aux batailles de Lawfeld, Raucoux, Fontenoy, où ses deux frères furent tués. Lorsqu'en 1787 il compléta ses soixante-quinze ans de service, il fut présenté à Louis XVI par le comte de Mirabeau; Monsieur, le comte d'Artois, M. de Brienne et M. de Montmorency, capitaines des gardes étaient présents. On apporta un plateau contenant quatre verres et une carafe de vin de Malaga; on remplit le premier verre et on le présenta au Roi qui le but; le second fut pour Turrel, le troisième pour Monsieur, le quatrième pour le comte d'Artois; et ce vieux soldat contait avec orgueil que, dans cette occasion, c'était lui qui avait été servi le second. Le Roi, qui l'appelait papa, lui demanda s'il voulait la croix de Saint-Louis ou le troisième chevron. « Sire, répondit-il, si Votre Majesté a la bonté de me l'attacher elle-même, je préfère le troisième chevron... » Et le Roi le lui attacha. Le comte d'Artois lui donna son épée, qu'il vendit dans les temps malheureux de la Révolution. Les dames de France lui donnèrent une voiture pour tout le temps qu'il servit à Paris, mais il refusa un domestique. Le prince, de Condé s'empara de lui pendant tout un jour et le mena dans diverses maisons. En suivant la rue de Richelieu, il aperçut un de ses amis entrant dans un cabaret... « Monseigneur, dit-il aussitôt, faites-moi le plaisir de faire arrêter votre voiture, voilà un de mes amis à qui il faut que je dise un mot. » Et le prince fit arrêter, et Turrel mit pied à terre, entra dans le cabaret où il but un coup avec son ami, puis il remonta dans la voiture du prince, qui avait eu la bonté de l'attendre. Il dîna chez plusieurs grands personnages et notamment chez le duc de Richelieu. On donna aux trois grands théâtres des représentations auxquelles les affiches annoncèrent qu'il assisterait. Il fut de cette sorte vu par tout Paris et reçut de fortes gratifications, de même qu'il figura à des banquets donnés pour lui.
C'est à la suite de cette espèce de triomphe qu'il obtint une pension de six cents francs du Roi et des princes, et de trois cents francs des dames de France. A la formation des vétérans, sur sa demande il fit partie de la compagnie du département d'Indre-et-Loire; on comprend qu'il n'y faisait aucun service, mais recevait les rations, tout en touchant son prêt de soldat, d'officier, et en occupant une chambre à part et une très bonne chambre dans laquelle je le visitai. Il se trouvait assez souvent invité chez les chefs des autorités militaires et dînait régulièrement chez moi une fois par semaine mais nous nous étions donné le mot pour le surveiller et pour l'empêcher de trop manger.
Il en était à sa quatrième ou cinquième femme, non maîtresse, mais servante, dont il se faisait très bien obéir et servir. Il n'avait jamais eu qu'une fille et n'éprouvait aucun regret de ne pas avoir de fils. Espèce de sans-souci, il avait conservé sa gaieté, et au dessert ne demandait pas mieux que de chanter sa petite chanson. Il était, du reste, fort loin d'être sans esprit. Une dame lui ayant dit un jour, chez moi : « Il faut que Dieu vous aime bien, Turrel, pour vous laisser si longtemps sur la terre. Aussi suis-je certaine que vous le priez et le remerciez souvent. -Moi, madame, répondit-il avec le sourire le plus malin, je n'ai jamais eu l'habitude de fatiguer mes amis. »
A cent sept ans, il s'éteignit, n'ayant jamais été blessé et n'ayant eu aucune infirmité. »


Thiébault évoque la présentation de Thurel au roi par Mirabeau, mestre de camp en second du régiment de Tourraine. A cette occasion, ce dernier adressa cette lettre au Journal de Paris :
« Je suis persuadé, Messieurs, que vous voudrez bien rendre publiques les bontés dont le roi et ses augustes frères ont comblé hier [8 novembre 1787] le plus vieux soldat en activité de service de la France et peut-être de l'Europe entière : c'est un encouragement bien honorable pour l'armée et une preuve bien sensible du prix que met notre maître aux services qui lui sont rendus. Voici le fait et détails.
« Le nommé Jean Thurel, né à Orain, en Bourgogne, en 1699, s'est engagé au régiment de Touraine le 17 septembre 1716. Il a servi depuis ce temps sans interruption, l'espace de soixante-douze années, comme fusilier, n'ayant jamais voulu d'avancement. Il a reçu un coup de fusil dans la poitrine au siège de Kehl en 1733 et sept coups de sabre, dont six marquant sur la tête, à la bataille de Minden en 1757. Il a eu trois frères tués au service du roi à Fontenoy et un fils tué vétéran et caporal dans la même compagnie, le 12 avril 1782, en Amérique ; il en a encore un qui sert avec bonheur au même régiment. Lorsqu'il y a deux mois son régiment reçut ordre de se mettre en marche pour s'embarquer, il a fait toute la route à pied, disant qu'il n'avait jamais monté sur des voitures et qu'il ne commencerait pas. Cet homme rare en tous points a une fille âgée de quatorze ans, de sa femme qui est au corps et qui en a soixante-trois. Il n'a jamais été puni qu'une seule fois, ayant escaladé les remparts de Berg, pour rentrer dans la place et ne pas manquer l'appel, les portes étant fermées. Sa famille est digne de lui, sage, respectable et respectée. Il avait obtenu il y a trois ans une pension de 200 livres et la seconde marque de vétérance.
J'ai cru que cet homme pouvait prétendre à l'honneur d'être présenté à son maître. L'ayant amené ici de Pontoise où son régiment a passé, je l'ai conduit hier à l'audience de M. le comte de Brienne qui l'a accueilli avec une bonté rare, lui a promis de solliciter auprès du roi une augmentation de pension pour lui et quelque grâce pour sa femme et son fils. Je lui demandai la permission de le faire voir au roi. -Fort bien, me répondit-il avec la même bonté, S. M. saura de qui je lui parle.
M. le prince de Luxembourg voulut bien en effet le placer sur le passage du roi et le lui montrer, S. M. s'arrêta, le regarda, demanda de quel régiment il était et parut satisfaite. Monsieur et Monseigneur comte d'Artois, le traitèrent avec la même bonté et M. le prince de Luxembourg lui remit cent écus de la part du roi et cinquante de la part de chacun de ses augustes frères, lui annonçant que le roi avait fait passer son mémoire à M. le comte de Brienne.
Une remarque particulière est que ce brave homme a eu six Montmorency de suite pour colonels, depuis M. le maréchal de Luxembourg, dernier mort, jusqu'à M. le duc de Laval qui est aujourd'hui son inspecteur et qu'il a été présenté au roi par M. le prince de Luxembourg.
Je jouis, comme de droit, Messieurs, du succès de mon soldat mais j'ai été inquiet sur son sort hier au soir. Le spectacle imposant qui l'avait frappé l'avait fort ému et il était malade ; mais il est bien portant aujourd'hui.
J'imagine que le public peut prendre intérêt à la santé de ce vieillard respectable. »

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 04 Déc 2017 18:36 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 05 Oct 2005 20:39
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Localisation : Lyon-Vénissieux
Il y a un autrencentenaire ancien célèbre, Michel-Eugène Chevreul, chimiste français, né sous l'ancien régime en 1786 et mort en 1889 à 102 ans, connu pour son travail sur les acides gras, la saponification, la découverte de la créatine.
Il reçut des funérailles nationales.
Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel-Eu ... e_Chevreul

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


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Message Publié : 05 Déc 2017 11:59 
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Inscription : 10 Fév 2009 0:12
Message(s) : 6113
Quasi-centenaire, Fontenelle (11 février 1657, 9 janvier 1757) qui fut le premier "vulgarisateur scientifique" -Le terme n'existait pas à l'époque.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Le_Bouyer_de_Fontenelle

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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