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Message Publié : 01 Juil 2019 9:47 
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Philippe de Commines
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Pédro a écrit :
C'est aussi une affaire de contexte ; l'époque n'était plus aux Empires multinationaux mais à l'affirmation des nationalismes dans le sillages de la Révolution française, du reflux napoléonien puis du Printemps des Peuples. La monarchie des Habsbourg fleurait bon l'anachronisme, la survivance de l'ordre de Vienne de 1815. Cependant il ne fait pas non plus oublier que les concessions avaient donné quelques effets, notamment celle aux Hongrois. [...]
On peut douter de l'absence d'ambition au vue des prétentions sur les Balkans mais il est vrai que le régime consentait aux réformes en traînant la patte pour lâcher le moins possible. Mais bon qu'attend-on d'un tel régime si ce n'est d'être conservateur ? Il le fut moins que le tsarisme.
Ceci dit, aujourd'hui, à l'heure de l'Union Européenne, nous pouvons réévaluer cette conception.
Fejto indique que les concessions libérales avaient justement éveillées les revendications nationalistes, qui étaient le fait souvent d'éléments conservateurs. De manière amusante, il décrit ainsi la tentative de réforme de Joseph II à la fin du XVIIIe siècle : égalité religieuse, union douanière, suffrage universelle :
  • Les Belges (Pays-Bas Autrichiens) : "Egalité entre catholiques et protestants ? Jamais ! Nous sommes tyrannisés !"
  • Les Vénitiens : "Nos artisans et proto-industriels sans protection face aux Allemands ? Jamais ! Nous sommes tyrannisés !"
  • Les Hongrois : "L'égalité des droits avec les serfs Slovaques et Roumains ? Jamais ! Nous sommes tyrannisés !"
lol
On deviendrait conservateur à moins.

Ceci dit, les nations issues de 1918 ne firent pas mieux sur beaucoup de points. Et, sur le plan des droits de leurs propres minorités, firent effroyablement pire.

Pour en revenir à la décadence, même si c'est évidemment une conception sur laquelle les historiens contemporains ou postérieurs plaquent souvent leurs a priori, il y a toujours des éléments objectifs qui indiquent un déclin, même relatif.
Au XIXe siècle, aux défaites militaires s'ajoute la chute de la natalité, conséquence de la transition démographique qu'inaugurent les Français. Pour l'empire romain, dont on parle bien sur l'autre sujet, il y a le déclin urbain - effectué au IIIe siècle, et la montée en puissance relative des Barbares, qui fait que les villes ne sont plus à l'abri des pillages.
Dans la pensée historique, il faut donc démêler ces éléments objectifs, les dater - ce qui n'est pas évident, puisque souvent, on les juge postérieurs à la chute, en les qualifiant de conséquences - et voir comment ils sont intervenus dans l'évolution de la structure politique "décadente".

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George Orwell


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Message Publié : 01 Juil 2019 10:11 
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Jean-Pierre Vernant
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L'expansion d'autrui comme ferment de sa decadence, il y a comme quelque chose de contre intuitif dans ces éléments objectifs.

D'ailleurs vous faites bien de poser la question du IIIe siècle, vu que cette crise edt jugulée dès la fin de ce siècle est-ce que la décadence ne serait donc pas inéluctable. D'où l'idée d'adopter d'autres concepts.

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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Message Publié : 01 Juil 2019 10:31 
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Philippe de Commines
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Pédro a écrit :
L'expansion d'autrui comme ferment de sa decadence, il y a comme quelque chose de contre intuitif dans ces éléments objectifs.
Et pourtant, dans de nombreux domaines, il y a une "prime à la première place" et la perte de cette dernière entraîne des difficultés.
Ainsi, quand les Arabes perdent le monopole du commerce dans l'océan indien au profit des Portugais.

Par ailleurs, j'ai l'impression que la "grandeur" d'une civilisation se mesure souvent à son rayonnement culturel, c'est-à-dire les découvertes scientifiques ou les oeuvres culturelles qui lui sont attribuées. Or, celles-ci dépendent des infrastructures mises en place : bibliothèques, universités... ainsi que des structures sociales de soutien aux savants et aux artistes : mécénat, fondations religieuses... et des conditions sociales - tolérance, espoir de promotion sociale... Or, tout cela conditionne la capacité des centres de la civilisation à attirer les savants et artistes les plus en vue du monde connu. Lorsqu'une civilisation concurrente émerge, elle peut capter cet apport, et de ce fait éclipser l'autre civilisation, qui peut apparaître comme étant en déclin, même si ses structures politiques et sociales fonctionnent toujours.

Votre avis là-dessus ?

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Message Publié : 01 Juil 2019 10:39 
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Jean-Pierre Vernant
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Rome est restée hégémonique en ce domaine. Le rayonnement culturel était aussi la marque de fabrique de l'empire d'Autriche que l'on décrit volontiers comme sur le déclin. Que dire de l'Italie de la renaissance, en pleine expansion culturelle, mais totalement dominée politiquement.

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Message Publié : 01 Juil 2019 11:14 
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Grégoire de Tours
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Je ne me satisfais pas d'une simple approche "décadence = émotion subjective".
Il doit y avoir moyen de scientiser cela.
J'ai déjà évoqué Pierre-André Taguieff, qui voit deux possibilités*:
- soit c'est subjectif, c'est un miroir du progressisme, et un parasite (sens biologique) nécessaire de la marche du temps
- soit c'est objectif, et on peut en définir les contours.

Taguieff donne l'exemple de deux tentatives d'objectivation. Je ne crois pas qu'il adhère aux définitions des deux auteurs. Je ne les connais pas, mais ils ont quand même l'air un peu de deux "allumés", fascisant quant au second: René Guénon et Julius Evola. Toujours est-il que Taguieff a travaillé sur eux, et voici les traits que l'on devrait identifier pour dire si une société en en état décadent:

- égalitarisme: on retrouve la vieille accusation de décadence de l'Empire Romain à cause du christianisme. Le souci d'égalité mènerait les sociétés à préférer se planter tous ensemble et en égalité, plutôt que réussir avec des inégalités
- individualisme: la transcendance, s'il y en a, est subordonnée aux bon-vouloir des individus
- économisme: importance démesurée accordée aux notions de production ou de productivité. La valeur des personnes tient à ce qu'elles ont et non ce qu'elles sont.
- rationalisme: éloignement de la pensée contemplative ou spéculative, au profit d'un type de savoir ordonné à la seule action technique
- amoindrissement de l'autorité de l'Etat
- humanisme: attention, le mot utilisé n'a pas le sens que nous lui donnons. Il s'agit du culte du bien-être, et l'oubli pur et simple des bienfaits de l'ascèse (drôle de choix du mot, soi-dit en passant).
- hypersexualisation
- montée en puissance d'élites oligarchiques/ploutocratiques: à rapprocher de l'économisme vu plus haut.

Je n'ai aucune idée des civilisations auxquelles les auteurs, forts de cette grille si précise, attribuaient le label "décadent".
*Actes du colloque Métaphysique et Politique: rené Guénon, Julius Evola; Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sorbonne, octobre 1986


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Message Publié : 01 Juil 2019 11:37 
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Jean-Pierre Vernant
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Inscription : 08 Juin 2009 10:56
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Vézère a écrit :
Je ne me satisfais pas d'une simple approche "décadence = émotion subjective".
Il doit y avoir moyen de scientiser cela.
J'ai déjà évoqué Pierre-André Taguieff, qui voit deux possibilités*:
- soit c'est subjectif, c'est un miroir du progressisme, et un parasite (sens biologique) nécessaire de la marche du temps
- soit c'est objectif, et on peut en définir les contours.

Taguieff donne l'exemple de deux tentatives d'objectivation. Je ne crois pas qu'il adhère aux définitions des deux auteurs. Je ne les connais pas, mais ils ont quand même l'air un peu de deux "allumés", fascisant quant au second: René Guénon et Julius Evola. Toujours est-il que Taguieff a travaillé sur eux, et voici les traits que l'on devrait identifier pour dire si une société en en état décadent:

- égalitarisme: on retrouve la vieille accusation de décadence de l'Empire Romain à cause du christianisme. Le souci d'égalité mènerait les sociétés à préférer se planter tous ensemble et en égalité, plutôt que réussir avec des inégalités
- individualisme: la transcendance, s'il y en a, est subordonnée aux bon-vouloir des individus
- économisme: importance démesurée accordée aux notions de production ou de productivité. La valeur des personnes tient à ce qu'elles ont et non ce qu'elles sont.
- rationalisme: éloignement de la pensée contemplative ou spéculative, au profit d'un type de savoir ordonné à la seule action technique
- amoindrissement de l'autorité de l'Etat
- humanisme: attention, le mot utilisé n'a pas le sens que nous lui donnons. Il s'agit du culte du bien-être, et l'oubli pur et simple des bienfaits de l'ascèse (drôle de choix du mot, soi-dit en passant).
- hypersexualisation
- montée en puissance d'élites oligarchiques/ploutocratiques: à rapprocher de l'économisme vu plus haut.

Je n'ai aucune idée des civilisations auxquelles les auteurs, forts de cette grille si précise, attribuaient le label "décadent".
*Actes du colloque Métaphysique et Politique: rené Guénon, Julius Evola; Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sorbonne, octobre 1986


Je ne veux pas être péremptoire mais ce que je lis là ce sont les accusations classiques de milieux très conservateurs envers notre société libérale capitaliste. C'est un véritable programme politique. Je vais y répondre seulement pour l'Empire romain histoire de rester dans le cadre de la charte mais bon, vous avez mon avis...

Égalitarisme dans l'époque tardive ? Certainement pas ; on a une société plus pyramidale qu'avant car la mobilité sociale déjà limitée s'est encore rétrécie. C'est un fantasme de penser que le christianisme de l'époque a transcendé l'ordre social.
L'individualisme ? On est dans une société qui fait encore passer le collectif avant l'individu. Les célébrations du culte, chrétien ou païen se font essentiellement en groupe dans les manifestations ostentatoires.
Économisme ? lol à par à transférer complètement notre monde sur l'ancien je ne vois pas qui pourrait défendre ce point pour l'Antiquité...
Rationalisme ? On peut dire que la religion chrétienne est vécue et pensée comme une religion davantage objective que les cultes traditionnels dont on a perdu jusqu'au sens des prières et des pratiques. Mais bon ça fait un peu juste au vu de la science des rêves comme intermédiaire avec les dieux (ou dieu), la place des présages, du mauvais oeil, des malédictions...
Humanisme dans le sens indiqué ? On est dans un temps à la fin de l'Antiquité ou l'ascèse et la sobriété de l'existence ont été érigés en idéal de vie, tant par les chrétiens que les philosophes. Certains empereurs poussent la chose d'ailleurs extrêmement loin ; Julien couchait sur la même paillasse que les soldat, mangeait chichement, dénonçait vivement l'amollissement des Antiochéens...
Hypersexualisation ? Parmi les grands fantasmes popularisés par le cinéma la sexualité débridé de l'Antiquité est en bonne place. Les Romains anciens n'ont jamais été les obsédés sexuels qu'on présente et les choses ne changent guère vers la fin de la période. Les nus féminins ont tendance d'ailleurs à se couvrir de vertu, voyez les mosaïques de la villa cassale.
Montée en puissance de l'oligarchie ? Rome a toujours été gouvernée par une aristocratie...

Si c'est la grille de lecture objective difficile de faire de la fin de l'Antiquité romaine une période de décadence. Mais bon je n'accorde vraiment aucune valeur à un tel inventaire à ce point orienté...

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Message Publié : 01 Juil 2019 12:47 
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Pour comprendre le concept de décadence, je me demande s'il faut pas définir le concept inverse de grandeur. Si on prend le cas de Rome, sa force s'est bâtie sur sa capacité à intégrer ceux qu'elle vainc. Elle le fera tout au long de son expansion, et donc, c'est ce que l'on peut considérer être à la base de sa Grandeur. Or, durant toute cette phase triomphale qui mène des débuts de la République au Principat, on trouve des auteurs qui ne vont cesser de dénoncer le fait que la force du peuple romain se diluerait dans cet agrégat de peuples que devient l'Empire et de dénoncer la décadence intellectuelle et sociale qui en découle... Si on ne se base que sur des données objectives, l'Empire romain, à ce moment-là de son histoire ne cesse de progresser, et sur de nombreux points. EN même temps, des gens ont la perception que la société change, et ils pense que ce n'est pas en leur faveur.


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Message Publié : 01 Juil 2019 12:54 
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Grégoire de Tours
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Merci d'avoir plaqué la grille en question sur la fin de l'Empire romain.
Il y avait justement deux ou trois points où je voulais vérifier ce qu'il en était:
Pédro a écrit :
Économisme ? lol à par à transférer complètement notre monde sur l'ancien je ne vois pas qui pourrait défendre ce point pour l'Antiquité...
Pédro a écrit :
Montée en puissance de l'oligarchie ? Rome a toujours été gouvernée par une aristocratie...
N'y a-t-il des moments où le pouvoir est venu à des puissances d'argent? Les postes et les honneurs tiennent-ils à la valeur guerrière jusqu'au bout? Je me souviens que dans un autre fil vous aviez évoqué de puissants patriciens propriétaires fonciers sur trois continents.

Pédro a écrit :
Humanisme dans le sens indiqué ? On est dans un temps à la fin de l'Antiquité ou l'ascèse et la sobriété de l'existence ont été érigés en idéal de vie, tant par les chrétiens que les philosophes. Certains empereurs poussent la chose d'ailleurs extrêmement loin ; Julien couchait sur la même paillasse que les soldat, mangeait chichement, dénonçait vivement l'amollissement des Antiochéens...
Justement, nous avons tous une forte idée (peut-être fantasmée là-aussi?) de la fameuse vertu romaine. Mais après Julien il y a encore quand même deux siècles. Le goût du sport et de l'ascèse était-il le même jusqu'à la fin?

Pédro a écrit :
Je ne veux pas être péremptoire mais ce que je lis là ce sont les accusations classiques de milieux très conservateurs envers notre société libérale capitaliste.
Oui, j'y ai pensé aussi, mais les deux gusses étaient nés au XIXème s., de notre société libérale capitaliste ils n'ont pas du voir grand chose, ou alors vraiment des prémices. Et puis, de toutes façons, l'avis sur le monde présent de gens capables d'embrasser tout à la fois l'hindouisme, le maçonnisme, l'ésotérisme et le catholicisme réactionnaire... :rool:

NB: on ne sait même pas quelle note l'Empire romain finissant a obtenue à leur examen. On est tous le décadent de quelqu'un d'autre, peut-être poursuivaient-ils de leur hargne des sociétés tout autres.
Mais je trouve au moins la démarche intéressante, et je regrette de ne pas en trouver d'autres.


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Message Publié : 01 Juil 2019 13:36 
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Jean-Pierre Vernant
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Vézère a écrit :
N'y a-t-il des moments où le pouvoir est venu à des puissances d'argent? Les postes et les honneurs tiennent-ils à la valeur guerrière jusqu'au bout? Je me souviens que dans un autre fil vous aviez évoqué de puissants patriciens propriétaires fonciers sur trois continents.


Oui mais la question financière n'est jamais une fin en soi ; à Rome et comme dans beaucoup de sociétés antiques ce qui compte c'est la terre et les honneurs. Le commençant, aussi riche soit-il est méprisé. Bien entendu que les grands aristocrates sont fantastiquement riches pour les plus puissants, cependant ils ne passent pas leur existence dans la gestion de leurs affaires, c'est le socle de leur statut, mais ils ne travaillent pas à le faire fructifier à plein temps. J'avais lu quelque chose là dessus qui m'avait semblé intéressant : le but est de recevoir un capital de la part de son père et de le passer à ses enfants intact ou un peu supérieur. Vouloir à toute force l’accroître était perçu comme de l'hybris.

Vézère a écrit :
Justement, nous avons tous une forte idée (peut-être fantasmée là-aussi?) de la fameuse vertu romaine. Mais après Julien il y a encore quand même deux siècles. Le goût du sport et de l'ascèse était-il le même jusqu'à la fin?


Du sport je ne sais pas, de l'ascèse par contre le néoplatonisme et le christianisme joue la carte du dépouillement. Bien entendu cela fait pendant à des pratiques plus relâchées et même parfois ouvertement luxueuse. Mais c'est perçu comme un dérèglement de façon assez générale. On préfère la modération et la modestie, rapport déjà avec les vertus cardinales romaines. Julien n'est qu'un exemple que je connais bien mais c'est un phénomène diachronique et qui doit composer avec les réalités inhérentes d'une société complexe où il y a malgré tout accumulation de capital. On a des exemples nombreux évidemment de gens versant dans l'excès de luxe dans la littérature et c'est systématiquement pris en mauvaise part.

Vézère a écrit :
NB: on ne sait même pas quelle note l'Empire romain finissant a obtenue à leur examen. On est tous le décadent de quelqu'un d'autre, peut-être poursuivaient-ils de leur hargne des sociétés tout autres.
Mais je trouve au moins la démarche intéressante, et je regrette de ne pas en trouver d'autres.


J'avais lu dans un ouvrage traitant du décadentisme littéraire que cela était parfois perçu comme un excès de civilisation, une préciosité excessive et un manque d'originalité, étouffé que l'on est pas la reproduction nostalgique du passé. Ce n'est guère satisfaisant en terme scientifique, mais cela a au moins les vertu d'un romantisme littéraire.

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Message Publié : 01 Juil 2019 16:34 
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Grégoire de Tours
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Merci beaucoup, vous êtes décidément précieux.


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Message Publié : 04 Juil 2019 1:43 
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Pédro a écrit :
Zweig, dans le fameux Le monde d'hier donne une vision intéressante d'une gérontocratie : "L'Autriche était un vieil empire régi par un vieillard, gouverné par de vieux ministres, un Etat sans ambition, espérait uniquement se maintenir intact dans l'espace européen en se défendant de tout changement radical


l’affaire de Saverne, la crise en Albanie, (...) ; chaque fois, ce n’était justement qu’une étincelle, mais chacune aurait pu mettre le feu aux explosifs accumulés. En Autriche, nous nous sentions tout particulièrement au cœur de la zone de turbulence. En 1910, l’empereur François-Joseph était entré dans sa quatre-vingt-unième année. Ce vieillard déjà passé au rang de symbole ne pouvait plus durer bien longtemps, et le sentiment mystique se répandit dans l’opinion qu’après la disparition de sa personne rien ne serait plus en mesure d’arrêter le processus de dissolution de la monarchie millénaire. A l’intérieur, les pressions poussant les nationalités les unes contre les autres allaient croissant, au-dehors, l’Italie, la Serbie, la Roumanie et, en un certain sens, l’Allemagne attendaient pour se partager l’empire.
Stefan Zweig. Le Monde d'hier.

Plus académique, la description que fait Paul Kennedy de l'Autriche-Hongrie à la veille de la guerre est particulièrement fragile, "de loin la plus faible des grandes puissances" (Ch. 5), qui laisse apparaître des failles particulièrement significatives. La plus fondamentale étant sans doute les énormes différences de revenus entre les régions, qui reflétaient dans une large mesure les diversités ethniques et socio-économiques d'un territoire allant des Alpes suisses à la Bukovine” (Paul Kennedy. The Rise and Fall of the Great Powers)

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Image message du Loire au Dalgonar, oct. 1913


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Message Publié : 04 Juil 2019 2:56 
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Darwin1859 a écrit :
Plus académique, la description que fait Paul Kennedy de l'Autriche-Hongrie à la veille de la guerre est particulièrement fragile, "de loin la plus faible des grandes puissances" (Ch. 5), qui laisse apparaître des failles particulièrement significatives. La plus fondamentale étant sans doute les énormes différences de revenus entre les régions, qui reflétaient dans une large mesure les diversités ethniques et socio-économiques d'un territoire allant des Alpes suisses à la Bukovine” (Paul Kennedy. The Rise and Fall of the Great Powers)


Intéressant, d'autant que dans l'Atlas de la Première Guerre mondiale des éditions Autrement une carte tirée de Paul Bairoch, Victoires et déboires donne les PNB/habitant des grandes puissances de l'époque en équivalent dollar de 1995 on peut voir que l'Autriche est certes derrière la Grande Bretagne, la France ou l'Allemagne, mais finalement pas loin derrière cette dernière à 2550 contre 2750 (France 3350, GB 5175). Les chiffres de la production industrielle sont par contre moins flatteurs. L'Autriche, au delà de l'épineuse question des nationalités paye aussi les conséquences d'une industrialisation plus tardive, de part sa position périphérique peut être et son manque de ressources énergétiques sur son sol. Or la guerre à venir serait essentiellement une guerre industrielle.

On touche à un facteur plus pratique pour causer de "déclin" dans notre époque de chiffres et d'économie, chose moins opérante pour les époques reculées, les différences de richesses entre régions étant infiniment moindre qu'elle le deviendront avec l'industrialisation justement. C'est Paul Veyne qui en parlait justement, mais je n'ai plus la citation claire en tête.

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Message Publié : 04 Juil 2019 6:46 
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Il y a de tout dans l'empire, des régions très industrialisées comme la Bohême et des endroits très arriérés comme la Bukovine.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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Message Publié : 04 Juil 2019 10:12 
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Philippe de Commines
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Localisation : Nanterre
Pédro a écrit :
On touche à un facteur plus pratique pour causer de "déclin" dans notre époque de chiffres et d'économie, chose moins opérante pour les époques reculées, les différences de richesses entre régions étant infiniment moindre qu'elle le deviendront avec l'industrialisation justement. C'est Paul Veyne qui en parlait justement, mais je n'ai plus la citation claire en tête.
Oui, mais je suis sûr qu'on trouve des écarts bien pires dans l'Afrique et l'Inde de la décolonisation, et que ceux-ci perdurent aujourd'hui.
L'Europe actuelle n'en est pas exempte, même en se limitant à celle des années 90.
Les contrastes constituent une difficulté, mais mettre en place des mécanismes de redistribution et forcer de l'extérieur les régions arriérées à se moderniser en sont d'autres.

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George Orwell


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Message Publié : 17 Juil 2019 19:29 
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Nebuchadnezar a écrit :
En fait, en Histoire, on constate la présence d'une entité politique, puis sa disparition. A ce moment, la question est : a-t-elle été vaincue par plus fort qu'elle ou s'est-elle désintégrée de l'intérieur ? La recherche des causes est toujours un exercice stimulant, mais il est toujours facile aux historiens de plaquer leurs préoccupations du moment pour trouver des explications.

Les causes internes sont d'autant plus difficiles à trouver que souvent, les sources manquent pour déterminer avec précision la situation économique, si tant est qu'aujourd'hui, on sache comment fonctionne une économie ! ou la situation "morale" : le peuple vit-il dans la crainte des envahisseurs, se révoltent-ils contre ses gouvernements ?

En plus des empires Romains, voici quelques exemples d'entités sur laquelle le concept peut être interrogé :
  • Le monde arabe de la conquête turc à la décolonisation
  • l'empire ottoman lui-même, l'homme malade de l'Europe :wink:
  • l'empire chinois

Enfin, une autre entité sur laquelle il serait bon de s'intéresser est l'Europe Centrale et Orientale : Pologne, Hongrie et petits Etats satellites de la Renaissance aux temps modernes. Ces grands Etats du Moyen Age se sont fait proprement dépecer par leurs voisins et à ce qu'il semble, toute la région, coincée entre les Ottomans, les Mongols puis les Russes, et le "drang nach Osten" allemand, a décroché de l'Europe occidentale, connaissant même une rétractation urbaine. Pour illustrer l'impuissance politique, les Polonais parle de leur Diète, où aucune décision n'a pu être prise durant le siècle qui a précédé les partages.
D'un point de vue économique et culturel, il semble que la région s'est spécialisée dans les matières premières et l'élevage de chevaux, préférant acheter les produits artisanaux, puis industriels aux Occidentaux. Les imbrications politiques compliquaient les luttes sociales : ainsi, dans l'empire habsbourgeois puis austro-hongrois, le suffrage universel ne peut être décrété, à cause de l'opposition des Hongrois arc-boutés sur leurs privilèges face aux Roumains, Tchèques et Slovaques.

Cette période se conclut avec la fin de la Première Guerre Mondiale, où les nations peuvent prendre leur essor.


« Tout empire périra » disait Duroselle. Un ensemble d'articles sont réunis dans un numéro "collection" du magazine L'Histoire sous le titre "Comment meurent les empires" (juillet - septembre 2010).
Les articles sont précédés d'un éditorial qui commence par ces deux paragraphes :

En 1981, Jean-Baptiste Duroselle, grand spécialiste de l’histoire des relations internationales, titrait ainsi ce qui reste l’un de ses plus fameux livres. Tout empire périt. Et c’est justice. Car l’empire, fruit de la volonté de puissance et de la conquête, porte en lui le gouvernement par la force, la contrainte des peuples, la soumission, voire la terreur. De ces constructions nées de la démesure, la destinée annoncée est l’effondrement.
C’est à cela peut-être que songe Napoléon dans son île, après que l’Europe entière liguée contre lui l’eut condamné à un exil, définitif cette fois. A moins que, tel Alexandre, la mort ne fauche le conquérant en pleine gloire avant de disloquer son oeuvre. Ou que, tel le Führer dans son dernier bunker, il ne préfère livrer à l’embrasement d’apocalypse sa construction délirante. Quoi qu’il en soit, l’empire est voué au naufrage. Et les peuples en paient le prix. L’empire, c’est le mal.


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