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 Sujet du message : Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 9:05 
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J'ai posté sur le fil " l'oeuvre de vore vie" une idée de livre que j'aimerais écrire, lorsque j'en aurai le loisir.

ICI : http://passion-histoire.net/viewtopic.p ... 51#p302451

Pierma a écrit :
Pour ma part, il y a bien longtemps que j'ai pensé à écrire un livre sur une idée qui m'intéresse : "les traîtres par devoir."

J'entends par là les gens qui ont dû trahir leur camp, parce que celui-ci était devenu fou.

J'en ai quelques exemples, dont le plus symbolique pour un français est évidemment De Gaulle.

La difficulté tient à la multiplicité du sujet, qui peut courir sur différentes périodes, ou sur des épisodes peu connus et peu documentés.

J'ai bien noté la méthode des fiches, donnée par Alain g. et qui me paraît une bonne idée.

Au delà, je ne vois pas trop. Sujet multiple, mais il y a une continuité et une problématique commune aux différents personnages dont j'aimerais parler.


J'ai déjà quelques idées de personnages qui se sont trouvés dans cette situation.

Je pense par exemple aux étudiants antinazis de La Rose Blanche, ou à l'amiral Canaris, le chef de l'Abwehr.

Je me demande si on peut y mettre côte à côte le général Challe et Francis Jeanson. L'Histoire a tranché en faveur du second (que ferions-nous de l'Algérie aujourd'hui ?) mais Challe était un honnête homme, ce qui pour moi le différencie des traîtres à la sauce vichyssoise.

Que pensez-vous du cas de Talleyrand ? Il a été le premier à se rendre compte que Napoléon était pris de mégalomanie, mais il semble surtout avoir agi par intérêt.

Plus amusant, j'ai un oncle, prêtre de son métier, qui y caserait volontiers Judas !

Voyez-vous d'autres personnages qui pourraient entrer dans cette catégorie ?

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 11:07 
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Grégoire de Tours
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Bonjour,

Je citerais Guillaume d'Orange (le Taciturne) qui combattit Philippe II d'Espagne après avoir été un de ses principaux conseillers (avec le Duc d'Alva) et qui fut la raison de son assassinat! (sa tête ayant été mise à prix). Le tournant s'est effectué en 1559, lorsqu'il appris par le roi de France Henri II les "plans" du souverain espagnol contre les protestants des provinces hollandaises. D'ailleurs le surnom de "taciturne" lui a été donné de par le fait qu'il garda le silence après avoir reçu ces informations de ce roi"bavard" lol

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Ecrire l'Histoire, c'est foutre la pagaille dans la Géographie.
[Daniel Pennac]


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 11:27 
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pierma a écrit :

Plus amusant, j'ai un oncle, prêtre de son métier, qui y caserait volontiers Judas !


permettez à un mécréant d'être, une foi n'est pas coutume B) , d'accord avec un prêtre de la religion catholique, apostolique et romaine.
Judas était en effet apôtre de J.C, mais il était avant tout Zélote. Les zélotes étaient une secte juive qui préparait, entre autres, la révolte contre les romains. Des nationalistes avant l'heure, en somme. Or, alors que les zélotes avaient besoin de gens déterminés à se battre, d'une population acquise à cette idée, voilà t'il pas qu'un quidam, prêche la soumission, le pardon des insultes, déclare "donnez à césar ce qui appartient à césar". Il fallait le faire taire ! Et judas en fut chargé. Il remplit, certes, sa mission, mais, suivant l'évangile, se pendit pour avoir été obligé de trahir son ami.

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C'est l'ambition qui perd les hommes. Si Napoléon était resté officier d'artillerie, il serait encore sur le trône.

Mr Prudhomme


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 12:18 
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Salluste
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Si vous parlez de folie, parlez donc de la folie "telle qu'elle était vue à l'époque" (le mot folie existait-il ? quelles étaient les catégories de folies ? etc). Il me semble plus facile de définir le traître par devoir comme celui qui trahit dans l'optique de répondre à une certaine forme de justice (parce que celui qu'il était dépassait les limites de ce qui apparaissait, pour l'assassin ou le groupe auquel il appartenait, comme illégitime dans quelque dimension que ce soit).

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« Suffering also has its worth. Through sorrow, pride is driven out, and pity felt for those who wander in samsara; Evil is avoided, goodness seems delightful. »

Shantideva


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 12:50 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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pierma a écrit :
Challe était un honnête homme, ce qui pour moi le différencie des traîtres à la sauce vichyssoise.
Attention à la notion de "traître". Il s'agit de la loyauté attendue de quelqu'un à une autorité donnée, à un moment donnée.
Le gouvernement de Vichy n'a certes pas agi conformément à ce qu'exigeait l'honneur, mais il est toujours resté dans la légalité et a conservé sa légitimité jusqu'à la prise de Paris par les Alliés, qui a fondé celle de De Gaulle.

Ce que vous recherchez, ce sont des gens qui se retournent contre le pouvoir en place après l'avoir servi, parce qu'ils estiment que ce pouvoir ne remplit plus la mission qui lui a été confié par une autorité plus haute, transcendante (Dieu, la France...) et donc la rébellion contre le pouvoir est le seul moyen de demeurer fidèle à cette autorité.

J'ai bien peur, malheureusement, que ce genre de conflit de loyauté ne soit extrêmement courant. Vous aurez du mal à trouver quelque chose d'original. On peut toutefois ouvrir des débats intéressants sur certains personnages, en se demandant s'ils ont agi vraiment par devoir ou simplement parce qu'ils ont senti le vent tourner, ou parce qu'ils ont bien compris leurs intérêts.

À mon avis, l'archétype de votre "traître par devoir" est Brutus, dont la trahison est résumée par sa victime : Toi aussi mon fils ! En écrivant sur un tel personnage, vous emboîtez le pas à Shakespeare :wink:

Parmi les exemples, vous pouvez aussi citer Lawrence d'Arabie pour sa tentative d'imposer aux Anglais et aux Français le grand royaume arabe.
Et pourquoi pas Lancelot, qui trahit son roi pour servir son idéal d'Amour Courtois (pour la reine) ?

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Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
George Orwell


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 13:11 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Citer :
Attention à la notion de "traître". Il s'agit de la loyauté attendue de quelqu'un à une autorité donnée, à un moment donnée.


Exact!Guillaume d'Orange,par exemple était un traitre pour les espagnols,mais un héros dans sont pays.Tout dépends du "côté"que l'on se trouve!

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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 14:16 
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Nebuchadnezar a écrit :
pierma a écrit :
Challe était un honnête homme, ce qui pour moi le différencie des traîtres à la sauce vichyssoise.
Attention à la notion de "traître". Il s'agit de la loyauté attendue de quelqu'un à une autorité donnée, à un moment donnée.
Le gouvernement de Vichy n'a certes pas agi conformément à ce qu'exigeait l'honneur, mais il est toujours resté dans la légalité et a conservé sa légitimité jusqu'à la prise de Paris par les Alliés, qui a fondé celle de De Gaulle.

Techniquement, le régime de Vichy a pactisé avec un pays avec lequel la France était encore en guerre. (la paix n'a jamais été signée, il n'y a eu que l'armistice)

De Gaulle a été considéré comme traître par Vichy : déchu de la nationalité française, condamné à mort...

Citer :
Ce que vous recherchez, ce sont des gens qui se retournent contre le pouvoir en place après l'avoir servi, parce qu'ils estiment que ce pouvoir ne remplit plus la mission qui lui a été confié par une autorité plus haute, transcendante (Dieu, la France...) et donc la rébellion contre le pouvoir est le seul moyen de demeurer fidèle à cette autorité.

Pas forcément après l'avoir servi. Hans et Sophie Scholl n'ont jamais servi le régime nazi. Ils se sont placés en opposants, au risque d'être considérés comme traîtres à l'Allemagne.

Parmi les "autorités transcendantes", vous oubliez... le peuple et la liberté, par exemple.

Mieux vaudrait parler de valeurs.

Citer :
J'ai bien peur, malheureusement, que ce genre de conflit de loyauté ne soit extrêmement courant.

Je ne parle pas de conflit de loyauté. C'est en effet très banal.

Je parle de gens qui ont délibérément lutté contre le pouvoir parce que celui-ci s'avérait nuisible ou franchement meurtrier, au risque d'être considérés par les leurs comme des traîtres.

C'est le cas par exemple des opposants au régime soviétique, comme Sakharov, qui ont osé dénoncer l'imposture et la nature criminelle du régime soviétique, dans des conditions extrêmement difficiles.

Citer :
Vous aurez du mal à trouver quelque chose d'original. On peut toutefois ouvrir des débats intéressants sur certains personnages, en se demandant s'ils ont agi vraiment par devoir ou simplement parce qu'ils ont senti le vent tourner, ou parce qu'ils ont bien compris leurs intérêts.


Je pense en effet que certains personnages posent question et font débat. J'ai cité Talleyrand, par exemple.

Sur un sujet pareil, êtes-vous bien certain qu'on ne trouve rien d'original ?

Pour être franc, je m'attends plutôt à des propositions surprenantes. lol

En tous cas, il me semble intéressant de chercher quels personnes pourraient se ranger dans cette catégorie.

Citer :
À mon avis, l'archétype de votre "traître par devoir" est Brutus, dont la trahison est résumée par sa victime : Toi aussi mon fils ! En écrivant sur un tel personnage, vous emboîtez le pas à Shakespeare :wink:


à Shakespeare, rien que ça ? :mrgreen:

Je connais peu l'histoire antique. Qu'est-ce qui ferait de Brutus un traître par devoir ? Est-ce que le complot dont il fait partie avait pour but de rétablir la République ?

Et puis il me semble que la notion de trahison a un peu évolué au cours des siècles : au Moyen-Age, on pratiquait volontiers une loyauté variable en fonction des conflits de suzeraineté, ou de la personnalité même du souverain.

En 1214, le comte de Flandres, fait prisonnier à Bouvines, et en toute rigueur "traître à son roi" ne reste que 3 ans en prison avant que Philippe Auguste ne lui restitue son comté. :mrgreen:

Plus récent, il y a l'exemple du prince de Condé allant faire un tour à la tête des armées espagnoles opposées à Louis XIV, avant d'être pardonné et de redevenir le meilleur général... de son camp.

Il me semble qu'on ne peut vraiment parler de "traîtres par devoir" qu'avec l'apparition des Etats modernes qui se veulent (ou se prétendent) au service du peuple et représentant le peuple. Disons à partir de 1789, pour simplifier.

C'est en se prétendant "au service du peuple" ou "au service de la Nation" qu'ont été commises les pires impostures criminelles.

Mais on peut peut-être trouver des exemples plus anciens et tout à fait convaincants.

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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 15:11 
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pierma a écrit :
Je connais peu l'histoire antique. Qu'est-ce qui ferait de Brutus un traître par devoir ? Est-ce que le complot dont il fait partie avait pour but de rétablir la République ?


Telle est en tout cas la posture qu'il a adoptée pour justifier l'assassinat de César, et ce jusqu'à sa mort en 42. Au-delà de son estime pour César, dont il n'était pas le fils (même adoptif), mais qui pouvait bien être réelle, il avait tout de même dans ce complot une part d'intérêt, ou de devoir selon la façon dont on considère les choses : Junius Brutus avant tout, il perpétuait le souvenir prestigieux de sa lignée, la plus républicaine qui soit. C'est en effet son ancêtre Lucius Junius Brutus qui, selon la légende, avait chassé le dernier roi de Rome et s'était fait élire le premier consul de la République. Cette histoire était toujours largement honorée par les Junii Bruti à époque basse. Les uns diront qu'elle put expliquer la trahison de Brutus, les autres plus cyniques qu'elle lui fournit simplement un prétexte.

Le fait est que ce destin se prête au romanesque et le Julius Caesar de Shakespeare est en fait entièrement dédié à son hagiographie. Brutus y est vu comme le seul vrai idéaliste du complot, le seul qui n'y prenne pas part par intérêt et qui considère la mort du dictateur comme un sacrifice odieux, mais nécessaire. cf l'éloge funèbre, superbe :

If there be any in this assembly, any dear friend of Caesar's, to him I say, that Brutus' love to Caesar was no less than his. If then that friend demand why Brutus rose against Caesar, this is my answer: --Not that I loved Caesar less, but that I loved Rome more. Had you rather Caesar were living and die all slaves, than that Caesar were dead, to live all free men? As Caesar loved me, I weep for him; as he was fortunate, I rejoice at it; as he was valiant, I honour him: but, as he was ambitious, I slew him. There is tears for his love; joy for his fortune; honour for his valour; and death for his ambition.
(acte III)


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 19:31 
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Vestitudo a écrit :
If there be any in this assembly, any dear friend of Caesar's, to him I say, that Brutus' love to Caesar was no less than his. If then that friend demand why Brutus rose against Caesar, this is my answer: --Not that I loved Caesar less, but that I loved Rome more. Had you rather Caesar were living and die all slaves, than that Caesar were dead, to live all free men? As Caesar loved me, I weep for him; as he was fortunate, I rejoice at it; as he was valiant, I honour him: but, as he was ambitious, I slew him. There is tears for his love; joy for his fortune; honour for his valour; and death for his ambition.
(acte III)


Magnifique, en effet.
ça vaut bien une tentative de traduction. Et puis, traduire du Shakespeare, c'est la grande classe ! :mrgreen:
Citer :
Shakespeare a dit à peu près :
S'il se trouve parmi cette assemblée un véritable ami de César, Que l'on sache que mon amour pour César était aussi fort que le sien. Et si cet ami demande pourquoi Brutus s'est dressé face à César, voici ma réponse : - non que j'aimais César moins que ses amis, mais que j'aimais Rome bien davantage. Auriez-vous préféré César en vie, et vous-mêmes esclaves, plutôt que de le voir mort et vous-mêmes hommes libres ? Pour son amour, je le pleure. Pour la fortune qui lui souriait, je suis heureux. Pour sa bravoure, je l'honore. Mais pour son ambition, je l'ai exécuté. Il y avait en moi des larmes pour son amour, de la joie pour sa destinée, de l'estime pour sa valeur... et la mort pour son ambition.


Pour revenir au sujet, Brutus ferait un excellent "traître par devoir" si l'ambition de son groupe était effectivement de rétablir la République. Etait-ce le cas ?

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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 20:46 
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Jean Mabillon
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pierma a écrit :
J'entends par là les gens qui ont dû trahir leur camp, parce que celui-ci était devenu fou.
C'est intéressant mais qui va juger de la "folie" d'un personnage historique? Est-ce que vous n'êtes pas mécaniquement condamné à tomber dans l'historiquement correct en jugeant selon nos propres critères de 2009?


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 21:58 
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Enki-Ea a écrit :
pierma a écrit :
J'entends par là les gens qui ont dû trahir leur camp, parce que celui-ci était devenu fou.
C'est intéressant mais qui va juger de la "folie" d'un personnage historique? Est-ce que vous n'êtes pas mécaniquement condamné à tomber dans l'historiquement correct en jugeant selon nos propres critères de 2009?

Je ne parle pas de la folie d'un personnage historique. Il ne s'agit pas de poser un diagnostic clinique.

Quand je dis "leur camp était devenu fou", j'entends par là que leur camp (leur pays, leur parti, leur gouvernement...) avait fini par devenir nuisible ou criminel.

Evidemment, ça peut tenir à la personnalité du Leader Maximo au pouvoir à ce moment-là, mais l'analyse de sa personnalité n'est pas le sujet.

Sur les différents modes de leadership au XXème siècle, je viens de tomber sur un bouquin de Jean Lacouture : "Mes héros et nos monstres", dont la réflexion - à partir des personnages qu'il a rencontrés ou étudiés - est passionnante. Par exemple une réflexion sur Bourguiba, personnage réaliste et parfaitement conscient de sa valeur (plus encore que De Gaulle, et si Jean Lacouture le dit...) qu'il classe comme inventeur de la "dictature affective."

D'autres réflexions aussi, sur Lénine à la fin de sa vie, paralysé par la maladie et conscient qu'il a fabriqué un système pervers.

Historiquement correct ? Il y a déjà eu un débat sur "les jugements moraux anachroniques" lancé par Huyustus ICI :
http://passion-histoire.net/viewtopic.p ... chroniques

Je pense que le risque est relativement faible si on ne remonte pas avant 1789.

Il me semble que le simple bon sens suffit à repérer les cas les plus évidents de systèmes politiques qui ont dérapé vers l'oppression criminelle ou le crime.

Dans le cas de Napoléon, il ne s'agit même pas d'oppression criminelle : simplement son ambition folle et sa vendetta anti-anglaise l'ont amené à mener une guerre continuelle, qui a fini par liguer toute l'Europe contre lui.

Les traîtres par devoir, pour moi, ce sont ceux qui ont osé dire : "il faut que cela cesse" et qui ont agi à leur propre risque pour mettre fin à une aventure dommageable pour leur propre camp.

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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 05 Déc 2009 22:23 
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Jean Mabillon
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pierma a écrit :
Je ne parle pas de la folie d'un personnage historique. Il ne s'agit pas de poser un diagnostic clinique.

Quand je dis "leur camp était devenu fou", j'entends par là que leur camp (leur pays, leur parti, leur gouvernement...) avait fini par devenir nuisible ou criminel.

Evidemment, ça peut tenir à la personnalité du Leader Maximo au pouvoir à ce moment-là, mais l'analyse de sa personnalité n'est pas le sujet.

Sur les différents modes de leadership au XXème siècle, je viens de tomber sur un bouquin de Jean Lacouture : "Mes héros et nos monstres", dont la réflexion - à partir des personnages qu'il a rencontrés ou étudiés - est passionnante. Par exemple une réflexion sur Bourguiba, personnage réaliste et parfaitement conscient de sa valeur (plus encore que De Gaulle, et si Jean Lacouture le dit...) qu'il classe comme inventeur de la "dictature affective."

D'autres réflexions aussi, sur Lénine à la fin de sa vie, paralysé par la maladie et conscient qu'il a fabriqué un système pervers.

Historiquement correct ? Il y a déjà eu un débat sur "les jugements moraux anachroniques" lancé par Huyustus ICI :
http://passion-histoire.net/viewtopic.p ... chroniques

Je pense que le risque est relativement faible si on ne remonte pas avant 1789.

Il me semble que le simple bon sens suffit à repérer les cas les plus évidents de systèmes politiques qui ont dérapé vers l'oppression criminelle ou le crime.

Dans le cas de Napoléon, il ne s'agit même pas d'oppression criminelle : simplement son ambition folle et sa vendetta anti-anglaise l'ont amené à mener une guerre continuelle, qui a fini par liguer toute l'Europe contre lui.

Les traîtres par devoir, pour moi, ce sont ceux qui ont osé dire : "il faut que cela cesse" et qui ont agi à leur propre risque pour mettre fin à une aventure dommageable pour leur propre camp.
J'entends bien mais qui sommes-nous pour juger de ce qui est "pervers" ou "criminel"? Evidemment, il est assez facile de voir la perversité du nazisme ou du communisme (quoiqu'il y ait encore pas mal de personne - y compris sur ce forum - qui n'ont pas encore accepté l'idée en ce qui concerne ce dernier). Mais comment juger (car c'est bien là le mot, vous devez juger) d'autres régimes? Est-ce qu'un personnage qui trahit Franco, Fidel Castro, Mussolini ou Napoléon est un "traitre par devoir"? C'est discutable... Sur quoi appuyeriez-vous votre opinion? Vous parlez de "bon sens" mais est-ce que le bon sens peut juger des personnages complexes?

Vous parlez par exemple de Napoléon et de sa "vendetta" contre l'Angleterre. Certains historiens ou intervenants de ce forum voient plutôt l'inverse: l'Angleterre n'a jamais laissé Napoléon en paix et c'est elle qui mettait continuellement de l'huile sur le feu, montant coaltions sur coalitions. Jusqu'à récemment, Louis XIV était vu comme un va-t-en guerre qui a ligué l'Europe contre lui par son ambition. Depuis une vingtaine d'années, le regard historiographique (notamment anglo-saxon) a changé, voyant les deux dernières guerres louis-quatorzièmes comme des guerres plutôt défensives. Le déclenchement de la Succession d'Espagne est au moins aussi imputables aux alliés qu'à Louis XIV qui a tout fait pour calmer le jeu.

Les modes changent, nos valeurs aussi. Ce qui paraissait criminel il y a trente ans ne l'est plus et inversement. C'est là où je vois la difficulté de votre entreprise.

Cordialement!


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 06 Déc 2009 0:04 
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pierma a écrit :
Pour revenir au sujet, Brutus ferait un excellent "traître par devoir" si l'ambition de son groupe était effectivement de rétablir la République. Etait-ce le cas ?


Pour vraiment "rétablir la République", il eût fallu que celle-ci ait cédé le pas à un autre type de régime, ce qui n'était théoriquement pas le cas. La République, dans son fonctionnement, c'était une aristocratie compétitive et très formalisée. Rome générait beaucoup de jeunes magistrats, la plupart issus des grandes familles, qui espéraient un jour accéder aux magistratures suprêmes, d'une pour leur ambition personnelle, de deux pour préserver ou augmenter le prestige de leur lignage.
Dans un système comme celui-ci où, si l'on peut dire, tous les coups sont bons, qu'un homme se soit fait proclamer dictateur à vie, c'était bien embêtant. Que l'accès aux charges stratégiques passe désormais par lui, ça ne l'était pas moins. Et quand, en plus, c'était César, qui avait toujours joué sur une ligne politique très offensive vis-à-vis des plus gros possédants, c'était pire que tout.
En un sens Brutus, Cassius et les autres ont bien voulu restaurer la République, et ils ont dû voir cela comme une noble fin, parce que c'était le régime des Ancêtres ; mais ils l'ont aussi restaurée parce qu'elle servait leurs familles. A vous de voir si c'est une trahison "par devoir", mais ça implique une forme de choix entre deux modèles de gouvernement, dont l'un n'est pas tout noir et l'autre tout blanc. Dur dur !


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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 06 Déc 2009 0:07 
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Enki-Ea a écrit :
Vous parlez par exemple de Napoléon et de sa "vendetta" contre l'Angleterre. Certains historiens ou intervenants de ce forum voient plutôt l'inverse: l'Angleterre n'a jamais laissé Napoléon en paix et c'est elle qui mettait continuellement de l'huile sur le feu, montant coaltions sur coalitions. Jusqu'à récemment, Louis XIV était vu comme un va-t-en guerre qui a ligué l'Europe contre lui par son ambition. Depuis une vingtaine d'années, le regard historiographique (notamment anglo-saxon) a changé, voyant les deux dernières guerres louis-quatorzièmes comme des guerres plutôt défensives. Le déclenchement de la Succession d'Espagne est au moins aussi imputables aux alliés qu'à Louis XIV qui a tout fait pour calmer le jeu.

Les modes changent, nos valeurs aussi. Ce qui paraissait criminel il y a trente ans ne l'est plus et inversement. C'est là où je vois la difficulté de votre entreprise.

Cordialement!


J'abonde dans votre sens ! En effet qui sommes nous pour juger ? surtout que nous ne portons pas la même analyse sur des faits historiques. Pierma parle de vindicte de Napoléon envers l'angleterre, alors que beaucoup d'autres, dont je suis, pensent l'inverse. Soyons d'abord objectivement d'accord, si dans le contexte de leur temps des régimes étaient criminels, nous pourrons ensuite parler des éventuels traitres et de la légitimité de leur action

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 Sujet du message : Re: Les traitres par devoir
Message Publié : 06 Déc 2009 0:12 
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Vestitudo a écrit :
pierma a écrit :
Pour revenir au sujet, Brutus ferait un excellent "traître par devoir" si l'ambition de son groupe était effectivement de rétablir la République. Etait-ce le cas ?


Pour vraiment "rétablir la République", il eût fallu que celle-ci ait cédé le pas à un autre type de régime, ce qui n'était théoriquement pas le cas. La République, dans son fonctionnement, c'était une aristocratie compétitive et très formalisée. Rome générait beaucoup de jeunes magistrats, la plupart issus des grandes familles, qui espéraient un jour accéder aux magistratures suprêmes, d'une pour leur ambition personnelle, de deux pour préserver ou augmenter le prestige de leur lignage.
Dans un système comme celui-ci où, si l'on peut dire, tous les coups sont bons, qu'un homme se soit fait proclamer dictateur à vie, c'était bien embêtant. Que l'accès aux charges stratégiques passe désormais par lui, ça ne l'était pas moins. Et quand, en plus, c'était César, qui avait toujours joué sur une ligne politique très offensive vis-à-vis des plus gros possédants, c'était pire que tout.
En un sens Brutus, Cassius et les autres ont bien voulu restaurer la République, et ils ont dû voir cela comme une noble fin, parce que c'était le régime des Ancêtres ; mais ils l'ont aussi restaurée parce qu'elle servait leurs familles. A vous de voir si c'est une trahison "par devoir", mais ça implique une forme de choix entre deux modèles de gouvernement, dont l'un n'est pas tout noir et l'autre tout blanc. Dur dur !


Il est certain que quand on parle de République Romaine, on ne parle pas d'une démocratie à la mode d'aujourd'hui. C'était une république aristocratique qui reposait sur le "Cursus honorum". Mais même ce style de république semblait menacé par César, soupçonné par Brutus et ses amis de vouloir se faire roi.

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C'est l'ambition qui perd les hommes. Si Napoléon était resté officier d'artillerie, il serait encore sur le trône.

Mr Prudhomme


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