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Message Publié : 16 Juil 2016 10:55 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 09 Déc 2013 19:33
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Localisation : Mon blason devrait vous en donner une petite idée...
Ça fait beaucoup de “-ique”, j’espère qu’il n’y aura pas de hic ! :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Bref.
Bonjour à tous,
Comme vous le savez, l’un de mes principaux passe-temps est la réalisation d’arbres généalogiques de lignées nobles européennes. Mais à force, ces suites de prénoms plus ou moins régulières et hypnotiques m’ont amenée à m’interroger sur les pratiques anthroponymiques dans ces dynasties. Mes quelques observations auront sûrement besoin de vos précisions voire de vos corrections, car je généralise volontairement et il y aura certainement pour chaque généralité des exceptions auxquelles je n’ai pas pensé.
En tout cas, voici ce que j’ai remarqué :

-Entre le Ve et le Xe siècle, les stocks plutôt larges de prénoms donnés apparemment au petit bonheur se réduisent peu à peu (on passe d’une quinzaine de prénoms dont au moins 10 qui deviennent dynastiques et se perpétuent chez les Mérovingiens à tout juste une demi-douzaine dont 4 seulement se perpétuent chez les Carolingiens, par exemple) pour en arriver autour de l’an mil à tout juste 2 ou 3 prénoms dynastiques maxi par famille.
C’est également autour de l’an mil que les vieux prénoms qui nous semblent tellement ringards aujourd'hui tendent à disparaître, pour être complètement remplacés au tournant du XIe et du XIIe siècle par les prénoms classiques qui font un peu chic mais passent encore très bien aujourd'hui.
-À la même époque, les prénoms bibliques comme Pierre, Jean, Jacques commencent à apparaître à leur tour, fin XIe dans la péninsule ibérique, XIIe en Europe occidentale, plus tard en Scandinavie, plus volontiers pour les fils cadets (l’aîné et héritier devant transmettre le prénom dynastique distinctif de sa lignée) mais bientôt sur le devant de la scène aussi.
-La Renaissance change pas mal la donne et renouvelle, parfois de façon surprenante voire extrême, les stocks de prénoms, en raison de la redécouverte des textes de l’antiquité qui mène à un engouement pour les prénoms grecs et latins tels Antoine, Auguste, et de la nouvelle pratique de donner à l’enfant le prénom de son parrain.
-C’est également à la Renaissance que le phénomène du prénom composé, commun autour de la Méditerranée au Moyen-âge mais peu à peu abandonné, réapparaît, cette fois plutôt dans la sphère germanique. Mais le phénomène n’est alors plus le même qu’au Moyen-âge. Au moyen-âge, il était surtout question d’accoler au prénom du fils celui de son père pour lui faire comme un état-civil, avant que ces séquences prénom propre+prénom du père se figent pour faire un prénom composé à part entière ; à la renaissance, ce ne sont plus le prénom propre et celui du père accolés mais bien des prénoms composés à part entière et choisis indépendamment des prénoms du père et des aïeux qui apparaissent, souvent composés il est vrai de prénoms de saints ou de héros mythologiques. Ça, nous en avions débattu dans un autre sujet, pour lequel je vous remercie d'ailleurs.
-Il me semble que le phénomène se poursuit mais en s’estompant au XVIIe, et qu’aux XVIIIe et XIXe siècles les enfants de grandes familles nobles ont, certes, plusieurs prénoms (et d’ailleurs de plus en plus au cours du XIXe) mais dans l’ensemble n’en choisissent qu’un seul comme nom de règne. Ce choix d’un seul prénom entraîne une espèce de marche arrière et un retour à des prénoms plus classiques et plus sobres, tendance qui se poursuit jusqu'à nos jours.

Bien entendu, 1) la chronologie n’est pas la même partout, et il me semble notamment qu’il y a fréquemment un décalage d’un siècle entre Méditerranée et Europe du Nord et encore un entre Europe du Nord et Scandinavie, 2) Philippe Ier de France, Étienne et Eustache de Blois ou encore Amédée de Savoie sont des exceptions de taille à ma théorie générale, et 3) je n’ai en revanche aucune idée de où et quand on donne à son fils le prénom de son père pour créer une alternance A-B-A-B-A-B et où et quand on donne à son fils son propre prénom pour créer une suite ininterrompue de A1-A2-A3-A4-etc.

Donc, vous l’aurez compris, c’est maintenant à vous de confirmer, infirmer, corriger et préciser !
Merci d’avance !

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Message Publié : 18 Juil 2016 11:17 
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Tite-Live
Tite-Live

Inscription : 05 Sep 2010 13:22
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Localisation : Belsa
La mutation principale est celle ayant affectée la famille, avec le passage d'une famille large, indifférenciée, à une famille étroite, lignagère. Dans la famille large, l'individu prend le nom d'un oncle, d'ancêtre ou d'un collatéral, de façon indifférenciée (oncle, grand-père, grand-oncle, arrière-grand-père, cousin, tant paternel que maternel). Avec l'affirmation de la famille lignagère, le nom provient principalement de la famille paternelle, donc le choix se réduit fortement, ce qui explique que deux ou trois noms dominent dans les familles princières : Guillaume et Robert chez les ducs de Normandie, Raimond chez les Toulouse, Guillaume en Provence, Thibaud et Eudes chez les Blois-Champagne, etc...


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Message Publié : 18 Juil 2016 12:30 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Deux détails pour compléter ces intéressantes recherches.

Le prénom de Louis ( évolution de Clovis) fait un retour tardif chez les Capétiens avec le fils de Philippe Ier et reflète probablement une volonté de la dynastie de réaffirmer sa qualité de roi de l'ensemble du Royaume en référence aux mérovingiens.

Celui de Philippe n'est pas arrivé par hasard mais a été introduit par Anne de Kiev, épouse de Henri Ier, et prétendue princesse russe d'origine byzantine ! Y a t il une démarche idéologique ou symbolique en voulant rehausser la dignité des capétiens par l'emploi d'un prénom grec ? Ce prénom n'a pourtant jamais été retenu par les Byzantins ni par les empereurs germaniques !


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Message Publié : 18 Juil 2016 13:34 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 09 Déc 2013 19:33
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Localisation : Mon blason devrait vous en donner une petite idée...
Merci pour vos réponses.
Laurent Frédéric a écrit :
passage d'une famille large, indifférenciée, à une famille étroite, lignagère
aaah, oui, voilà justement le phénomène qui me manquait pour comprendre. J'aurais dû y penser, c'est particulièrement flagrant avec l'exemple des Mérovingiens et des Carolingiens : on voit bien que les premiers sont exactement ce que vous appelez une famille large et indifférenciée (où n'importe qui succède à n'importe qui n'importe où), alors qu'on peut voir la transition d'un modèle à l'autre s'effectuer chez les seconds (où on commence sur le modèle de la famille large avec Charles et son frère puis les fils de Charles qui se partagent le regnum avant d'arriver au modèle de la famille étroite avec les 3 petits-fils qui deviennent les auteurs de 3 dynasties distinctes).
Jerôme a écrit :
Le prénom de Louis ( évolution de Clovis) fait un retour tardif chez les Capétiens avec le fils de Philippe Ier et reflète probablement une volonté de la dynastie de réaffirmer sa qualité de roi de l'ensemble du Royaume en référence aux mérovingiens.
Celui de Philippe n'est pas arrivé par hasard mais a été introduit par Anne de Kiev, épouse de Henri Ier, et prétendue princesse russe d'origine byzantine !
Oui, l'origine du prénom Philippe, par Anne de Kiev, est bien connue. Je m'étais interrogée il y a quelques temps sur pourquoi Louis, je crois qu'on n'a pas de réponse officielle et définitive, mais la vôtre n'est pas invraisemblable, c'est vrai que les Capétiens avaient du respect pour les Mérovingiens (surtout dans la mesure où se revendiquer d'eux leur permettait de s'opposer aux prétentions des Carolingiens de Germanie sur la Francie occidentale!)
Mais ma question ne portait pas tant sur l'origine de chaque prénom que sur la chronologie des pratiques et des "modes" d'attribution des prénoms, partout en Europe : ma chronologie vous semble-t-elle exacte où à revoir?
J'attends vos remarques!
Je me disais par exemple que les prénoms composés culminent aux XVIIe et XVIIIe pour décliner mi-XIXe, plutôt qu'au seul XVIIe avec un déclin dès le XVIIIe comme je l'ai écrit initialement.

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