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Message Publié : 17 Août 2015 7:00 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Eh bien en toute cordialité je suis en désaccord avec vous sur la prétendue faiblesse de l'esprit d'entreprise des français. Un bon bouquin d'Histoire économique française vous montrera le contraire. Et si on se penche sur les grands entrepreneurs, les années qui vont du milieu du second empire à la 1ère guerre mondiale sont une période exceptionnelles d'innovation et d'entreprise. La France se place vraiment à la pointe de pas mal de nouveaux secteurs de la 2ème révolution industrielle.

Le problème de la France est partiel mais importa : l'arriération relative de son secteur agricole, le retard relatif de son urbanisation, qui résultent d'un malthusianisme rural par attachement au terroir. Beaucoup préfèrent rester au pays et y vivre chichement en limitant les naissances. A tel point que la France a besoin d'importer de la main d'œuvre étrangère pour soutenir son développement industriel dans le Nord et dans l'est.

Après, que les micro-entreprises de l'artisanat et de l'industrie aient gardé des processus archaïques, cela n'a rien de spécifiquement français dans l'Europe de l'ouest, en particulier en zone rural.


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Message Publié : 17 Août 2015 12:33 
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@ Caesar

J'ai du mal m'exprimer. Je suis parfaitement en accord avec vous sur les causes du "retard" français jusqu'en 1939. Pas de charbon, pas d'industrie, la causalité est inévitable. Les rares exceptions s'expliquant relativement facilement grâce à des facteurs secondaires. La question des voitures par exemple s'explique facilement par le fait de l'importance du coût de la main d'œuvre avant le fordisme et par la faible attractivité des systèmes de chemin de fer français (contrastés aux allemands).
Le problème c'est la période 45-71. Comment expliquer l'envolée industrielle des 30 Glorieuses. Comment, alors qu'on se faisait damner le pion avec régularité par pratiquement tous nos voisins se transforme-t-on en puissance industrielle du jour au lendemain???
La réponse simple c'est qu'on a triché à la fois au niveau protectionniste (ce n'était pas nouveau, comme vous le remarquez) et au niveau financier (ça par contre c'est nouveau parce que avant il y avait le très inflexible étalon-or). On se retrouve donc avec des frontières fermées qui entraînent une misallocation des investissements et une répression financière qui entraîne un sur-investissement. Quand le système se plante en 1971, on se retrouve comme deux ronds de flancs en porte à faux. D'où crise.
Quant à des "bonnes politiques" intelligentes, à mon avis c'est de la fantaisie pure.

@ Babertorte
C'est juste qu'il n'y a peut-être pas qu'une crise de 1973 à 2015, mais probablement deux (ce qui va dans mon sens d'ailleurs).
La Suisse s'est spécialisée dans des secteurs qui consomment relativement peu d'énergie et pour lesquels les coûts de transports sont minimes (ligne Zurich-Shangai en avion pour amener des produits chimiques dès 1937...) et évidemment des secteurs qui demandent de gros et longs crédits (ça tombe bien les banques sont à côté). Ce n'est pas un contre exemple.
L'ouvrage de Piketty n'aide pas à comprendre cette question. Pour toute ses qualités et ses défauts, son but est de décrire une évolution sociale, pas vraiment de l'expliquer.

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Labore Fideque


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Message Publié : 17 Août 2015 16:35 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 17 Mars 2004 23:16
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Mais non, on n'a pas triché par protectionnisme. Ou sinon il vous faudra arriver à la même conclusion pour le Japon, la Corée du Sud ou la Chine et autres tigres asiatiques qui protègent relativement bien leur marché intérieur pour s'y faire autant que possible des chasses gardées.

Vous vous placez au début des années 70, et la France est le pays le plus dynamique d'Europe : devant l'Allemagne. Il y a eu un effet reconstruction, mais pas seulement. Ce qui explique selon moi le décrochage de la France, ce sont les erreurs et revirements stratégiques que Beffa a mise en avant.

J'ajouterai que c'est aussi la démagogie, le clientélisme, la politique de l'autruche. Dans la gestion des restructurations frappant les secteurs en déclin, la France des années 1970 au début des années 90 traite le passé au lieu de préparer l'avenir. 90% du coût des grandes restructurations est allé au traitement social des salariés touchés par les restructurations au lieu de l'investissement pour développer les métiers et secteurs d'avenir.

Et à partir des annees 90, on a commencé les politiques de baisse de charges.
En soi ce n'est pas une mauvaise chose, sauf qu'on les a mal ciblées. On les a ciblées sur les bas salaires et donc on a incité les entreprises à créer des emplois peu qualifiés, ceux qui sont de toute façon les plus menacés par la robotisation/mécanisation ou par la concurrence des pays émergents à bas salaires. Alors que l'intérêt aurait été de les faire porter aussi sur les hauts salaires puisque les centres de décision et les métiers à forte valeur ajoutée entraînent dans leur sillage la création des autres emplois moins qualifiés.
Et pour corser le tout, on a engagé une politique de baisse subventionnée du temps de travail, d'abord le scandale localisé des 32 heures de Robien sous le gouvernement Juppé, puis la folie généralisée des 35 heures de Jospin/Aubry qui nous coûtent chaque année de l'ordre de 17 milliards d'euros de compensation d'allègements de charges (pour compenser le fait qu'on soit passé à 35 heures payées 39, et contrairement à ce qu'on prétend sans réelle modération salariale). Calcul vite fait : de l'ordre de 270 milliards d'euros de nos 2000 milliards de dette publique sont dus aux 35 heures généralisées depuis l'an 2000.

Ajoutez y des lois stupides et une fiscalité punitive, et les entreprises préfèrent développer leurs activités ailleurs qu'en France. Les prétendus investissements étrangers importants en France, avant qu'ils ne s'effondrent à partir de 2013, étaient très peu créateurs d'emplois parce que pour l'essentiel c'etaient des rachats d'entreprises deja existantes, des achats immobiliers, ou des achats d'actions ou d'obligations déjà cotées.
A contrario, les centres de recherche et de production d'activités nouvelles sont beaucoup plus installés dans d'autres pays que la,France qui a pourtant l'avantage d'une situation géographique parfaite.


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Message Publié : 17 Août 2015 22:52 
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Jean Froissart
Jean Froissart

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Citer :
Je suis parfaitement en accord avec vous sur les causes du "retard" français jusqu'en 1939. Pas de charbon, pas d'industrie, la causalité est inévitable.
C'est un peu court comme explication. Voilà ce qu'on peut lire dans un article de la Revue Economique au sujet de l'industrie aéronautique française en 1936 (1980, n° 4, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1980_num_31_4_408550) :

Pauvreté des équipements et des investissements.

La première des ces entraves est l'inadaptation des outillages et des installations. Les équipements des usines Schneider sont affectés d'un coefficient de 80% de vétusté par la commission paritaire d'évaluation au moment de la nationalisation et les machines ont fréquemment trente ans d'âge. Daladier est "stupéfait" pendant ses visites d'usines d'armement de constater que "très souvent le travail à la lime avait une importance plus considérable que le travail des machines".
En 1936 le firme Dewoitine ne dispose que de sept tours, trois fraiseuses et deux étaux-limeurs. D'une façon générale, chez les avionneurs, les pièces chaudronnées ne sont pas fabriquées à la machine mais découpées à la cisaille et formées au marteau sur des formes en bois.


Je ne pense pas que s'il n'y avait que deux étaux-limeurs chez Dewoitine, ce soit par manque de charbon.


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Message Publié : 18 Août 2015 7:09 
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@ Caesar

Je ne dis pas que les autres pays n'ont pas triché aussi. On le sait l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats Unis ont sans doute triché plus et plus tôt que les Français.

Mais! La différence est que protection ou pas, les mines de charbons de Newcastle et de Dorum allaient un jour ou l'autre donner un énorme avantage comparatif à l'Angleterre et à l'Allemagne. L'industrie française, elle, ne pouvait que se développer à l'abris de barrières protectionnistes. Ils ont triché mais ils n'en avaient pas besoin.

C'est un peu comme si l'ES Romorantin se faisait étriller par le Real Madrid, puis accusait les Espagnols d'avoir tricher. Ce n'est pas forcément faux, mais triche ou pas les Solognots se seraient fait décalquer de toute façon.

Pour moi, l'explosion du système planifié sous perfusion grâce à la répression financière explique les 20-25 premières années de la crise en France. Pour la suite, je dois bien admettre qu'en bon historien, je suis comme un médecin légiste, je n'aime pas quand le sujet est trop frais.

Cependant, il est rare que des décisions gouvernementales puissent avoir un effet important à long terme sur le destin d'une nation qui soit totalement en contradiction avec les fondamentaux de l'économie. Il y a des exceptions (Corée du Nord...) mais c'est comme les poissons volants (ça existe, mais c'est pas la majorité). ;) A la limite, si vous me donniez une raison pour leur inaptitude (je ne pense pas que nos hommes politique soient nécessairement plus bêtes que ceux des autres pays).

Pour en revenir au début des années 70, il faut noter que les années 50 ont été plutôt moins glorieuses en France qu'ailleurs en Europe alors que les années 60 ont vu un rattrapage accéléré, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la France commence la décennie en trombe. Mais encore une fois, la crise financière de 1971-4 est particulièrement durement ressentie en France parce que les fondamentaux du pays étaient d'autant plus éloignés de l'idéal industrialiant de l'époque.


Barbetorte a écrit :
Je ne pense pas que s'il n'y avait que deux étaux-limeurs chez Dewoitine, ce soit par manque de charbon.


Et pourtant...

Si vous suivez le raisonnement suivant, ça peut aider à comprendre le faible niveau de mécanisation de l'industrie française:
L'absence de charbon a un impact négatif sur la productivité moyenne des ouvriers français (moins d'énergie par travailleur, moins de fours et moins de tout). La productivité étant faible, les salaires restent faibles aussi. Les travailleurs à bon marché ne créés pas les incitations suffisantes pour mécaniser. Les patrons français se retrouvent donc devant trois problèmes:
1. Des bas salaires qui limitent l'intéret de la mécanisation au niveau comptable (pourquoi acheter un étau-limeur à 10.000frs quand un ouvrier coûtent 100frs l'an).
2. Un prix de l'énergie qui limite aussi l'intéret de la mécanisation.
3. Un niveau de mécanisation limité dans l'industrie qui rend le passage aux machines pour chaque compagnie plus onéreux (pas d'effet d'entrainement, pas d'économie d'échelle).

Je ne peux pas garantir au niveau de la firme individuelle, peut-être que les patrons de Dewoitines sont effectivement des idiots, mais pour l'industrie en général, c'est rare que des centaines de patrons et des milliers de managers fassent la même erreur sans raison. 1936, c'est aussi le moment où le syndicat national des meuniers publie des chiffres qui indiquent que 50% de ses membres utilisent toujours la force hydraulique plutôt que la machine à vapeur. A certains égards, la France n'est pas sortie du Moyen Age!

Ce refus de mécaniser a un rapport avec quelque chose de fondamental dans l'économie, ce n'est pas un cas d'aveuglement collectif.

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Labore Fideque


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Message Publié : 18 Août 2015 9:07 
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Salluste
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Je retranscris là l'avis d'un vieux court d'économie (de quand j'étais encore étudiant, ça commence à dater un peu...)

Grosso modo le professeur de l'époque ajoutait à ce qui a été dit précédement l'étrange démographie française en complet décalage avec ses voisins depuis 1840.

En gros, à la fin du XIX et debut du XX contrairement à tous ses vosins la France voit sa population stagner et en plus malgré le début de l'ubanisation rester très importante dans les campagnes. Les besoins des campagnes sont plus faibles en termes de biens de consommation et souvent produits sur place. Au contraire les villes en pleine expansion demandent la fabrication de beaucoup de biens pour habiller (textiles) se nourrir (création des industries agro-alimentaires pour transfirmer afin de pouvoir transporter loin les produits agricoles) et entretenir la population (même si elle a pour la plupart un pouvoir d'achat faible) entretenant le système.

Dernier tiers du XXeme siècle là encore la France est en décalage avec la plupart des voisins en termes d'augmentation démographiuqe et de pyramide des âges. La population française augmente aussi bien en terme d'accroissement naturel que du fait des flux migratoires. ce serait une cause (aggravante), pas la seule loin de là, au chômage chronique en France, d'autant plus que désormais les produits d'équipement ne sont plus produits en France (voire même en Europe) donc ne peuvent absorber ces nouveaux "jeunes" sur le marché du travail.

La volonté aussi de baisse des coûts, que ce soit en matière de coût du travail que du coût d'acaht des produits (opar les citoyens aussi bien que les entreprises) a aussi fait préférer des produits soit considérer de meilleure qualité (un peu plus cher) ou des produits de qualité inférieure à égale (et ceux qui se souveinnet de l'époque du france et de la lire peuvent se souvenir quen les italiens étaient trèsv aggessifs entermes de dévaluation..) qui ont tué les industries françaises. Ainsi dans le domaine des machines outils cela a été terrible.


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Message Publié : 18 Août 2015 9:12 
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Absence de charbon !

Pourrait-on être sérieux ?

La France n'a pas de charbon (Germinal de Zola, c'est totalement imaginaire, il n'y avait pas de mines dans le nord) et ne peut donc avoir d'industrie. La Suisse a encore moins de charbon, a néanmoins développé une industrie, mais ce n'est pas pareil.

Et le Japon, il avait beaucoup de charbon et d'acier lorsqu'il est devenu une puissance industrielle ? Dans les années 1980 il était devenu le premier exportateur mondial d'acier en n'ayant sur son sol ni houille ni minerai de fer. Mais, bien sûr, c'est comme la Suisse, ce n'est pas pareil. Ben voyons.

Je préfère arrêter de perdre mon temps d'autant plus que la question est sans objet : dans les années 1980 la France s'était très bien remise de la crise de 1974.


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Message Publié : 18 Août 2015 10:00 
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Barbetorte a écrit :
Absence de charbon !

Pourrait-on être sérieux ?

La France n'a pas de charbon (Germinal de Zola, c'est totalement imaginaire, il n'y avait pas de mines dans le nord) et ne peut donc avoir d'industrie.


Je ne veux pas, bien sûr, vous énerver. Il s'agit évidemment d'une grosse simplification. Il y a du charbon et des mines en France. A la louche la France en 1900 avait un dizième de la production de charbon de l'Angleterre. En 1960 on était passé à un tiers, mais s'était le chant du cygne. Et encore, les mines en France sont généralement petites (d'où fort coût d'exploitation) et la houille extraite est de mauvaise qualité.

Donc il y a du charbon en France mais peu, cher et de mauvaise qualité... En fait, la plupart des industries françaises importent du charbon de l'étranger. Nantes, Bordeaux, Marseille fonctionnaient au charbon allemand, anglais et belge. Ce n'est pas faire offence à Zola que de dire que Montsou est une exception en France et la règle en Angleterre.

Citer :
La Suisse a encore moins de charbon, a néanmoins développé une industrie, mais ce n'est pas pareil.

Deux choses importantes:
1. La Suisse est parfaitement placée pour importer le charbon de la Rhur via le Rhin. Donc elle a accès à du charbon à pas cher (comme certaines régions françaises qui peuvent importer), ce n'est pas une question de barrière nationale autant qu'un problème de coût des transports. Et malgré tout, la Suisse aura de gros problèmes d'approvisionnement, pendant les guerres en particulier.
2. L'industrie suisse, bien qu'importante, n'est pas une énorme consommatrice d'énergie. Pas d'acier, pas de ciment, pas de construction navale, etc. La chimie est peut-être la seule exception. Il y a industrie et industrie, faire des robes et des chaussures comme l'industrie italienne ça ne demande pas beaucoup d'énergie, faire de l'acier oui, d'où ma remarque que les politiques françaises ont créé une misallocation des ressources dans le pays en favorisant le développement de l'industrie lourde.

Citer :
Et le Japon, il avait beaucoup de charbon et d'acier lorsqu'il est devenu une puissance industrielle ? Dans les années 1980 il était devenu le premier exportateur mondial d'acier en n'ayant sur son sol ni houille ni minerai de fer. Mais, bien sûr, c'est comme la Suisse, ce n'est pas pareil. Ben voyons.

Je connais mal le cas japonais mais les problèmes énergétiques sont récurrants dans l'histoire du pays, depuis le blocus américain de 1941 jusqu'à Fukushima. L'industrialisation du pays s'est opéré sur des produits ne demandant pas trop d'énergie dans les années 1900-1940 (textiles).

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Labore Fideque


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Message Publié : 18 Août 2015 23:25 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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D'accord avec vous sur le fait que la France n'a pas bénéficié des mêmes ressources en charbon que l'Angleterre et que cela a pu constituer un handicap. Je veux bien vous aussi croire qu'après la seconde guerre mondiale on a accordé une importance excessive aux industries lourdes.

Vous le dites vous-mêmes, il y a industrie et industrie. Le charbon, même au début de la révolution industrielle, ne conditionnait pas tout. Le démarrage industriel s'est fait avec le coton et les premières usines utilisaient l'énergie hydraulique.

Je reste convaincu que les causes principales du retard indéniable de la France dans l'industrie par rapport à l'Angleterre et à l'Allemagne sont purement humaines, à commencer par une désaffection de l'investissement dans les entreprises. Le petit bourgeois dans la France du dix-neuvième siècle plaçait son épargne en emprunts d'Etat, en terres ou immeubles de rapport, souvent aussi en pièces de vingt francs-or thésaurisées. C'est encore vrai aujourd'hui. Nombreux sont les particuliers à n'envisager comme placement que l'assurance-vie ou l'immobilier. La bourse fait peur et peut s'y lancent alors que ce n'est pas forcément plus risqué qu'un placement immobilier.

J'ai donné un exemple d'anomalie dans l'industrie aéronautique des années 1930. Vous en avez donné un autre, celui de la lente mécanisation des moulins. Je peux encore en ajouter une troisième : en 1913 30% des navires de la flotte marchande française étaient encore des voiliers alors que ceux-ci avaient quasiment disparu des flottes des pays industrialisés. Ce n'est pas que les patrons français fussent particulièrement idiots, mais, probablement du fait de leur éducation et de leur environnement étaient-ils plus conservateurs et avaient-ils moins d'esprit pratique que le patronat dans d'autres pays. En ce qui concerne l'industrie aéronautique des années 1930, le patronat n'était d'ailleurs pas seul responsable. Une politique pacifiste et déflationniste entraînant une réduction drastique des budgets militaires avant qu'on ne se rende compte, tardivement, de la menace hitlérienne a dissuadé d'investir. Les lenteurs des paiements par le Trésor ainsi que la frilosité des banques entraînaient de plus des problèmes de trésorerie. Tout cela révèle un pays dans l'ensemble peu conscient de certaines réalités économiques. Je ne pense pas que cela se passait ainsi aux Etats-Unis parce que l'état d'esprit des patrons, des gouvernants, des fonctionnaires et des banquiers y était, je pense, sensiblement différent.

Le Japon n'était pas dépourvu de charbon ni de minerai de fer ce qui lui a permis très tôt de développer une industrie sidérurgique. Mais assez vite ces ressources se sont révélées insuffisantes et il a fallu recourir à l'importation de matières premières. Cela n'a pas freiné l'essor de la sidérurgie japonaise qui, dès les années 1920, était devenue exportatrice.


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Message Publié : 18 Août 2015 23:39 
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Je ne partage pas cette vision incroyablement négative. La France de 1930 était incomparablement plus industrialisée que l'Italie ou l'Espagne. Elle avait certes encore des faiblesses mais qui n'avaient rien à voir avec la plupart des pays d'Europe du sud ou de l'est. La situation est différente selon les territoires : la région parisienne, le Nord ou la Lorraine étaient tout à fait comparable à l'Angleterre, à l'Allemagne du Nord ouest ou à la Belgique. Le massif central ou la Bretagne étaient t comparables à la Bavière ou à l'Ecosse...

L'industrie aéronautique ou automobile était au moins aussi avancée en France qu'au royaume Uni ou en Allemagne en 1930.

Quant à la France des 1970 elle était en train de rattraper les États Unis dans plusieurs secteurs clefs : le nucléaire, l'astronautique, l'aéronautique, le téléphone, les satellites, le TGV ...


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Message Publié : 19 Août 2015 9:17 
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Ça n'a rien de négatif, il n'y a pas que l'industrie lourde dans la vie, nous ne sommes pas dans l'Oural en 1937... Dans les années 30, la France brillait avec des marques comme Chanel, L'Oréal, Louis Vuitton, etc. Ses produits agricoles de luxe envahissaient la planète et elle se forgeait une réputation sans parrallèle dans le secteur naissant du tourisme de masse. Le manque d'acier risquait de poser un problème au complexe militaro-industriel mais le vulgum pecus, il s'en battait l'œil.

Alors oui, il y a avait bien pire dans ce registre. Malgré, elles aussi de belles régions industrielles comme le Pays Basque, la Lombardie, la Ligurie et la Catalogne, l'Espagne et l'Italie étaient encore moins industrialisées. Je comparais avec le peloton de tête. Quant aux régions "avancées" en France il faut aussi savoir relativiser. La Lorraine est une exception somme toute assez limitée qui compta jamais plus de 2% de la population nationale à cette époque, le Nord c'est de l'industrie légère, plus comparable à Hambourg avec ses textiles qu'à Dortmund et ses hauts fourneaux. Paris, elle, est avant tout un centre de consommation qui attire les productions mais exporte peu. Le meilleur exemple, ici, étant celui de l'industrie automobile.

La France à bien des égard est un leader mondial, même en 1930 il y a un taux d'équipement en voitures relatif au PIB qui est plus important que celui des Etats Unis (Bonnot c'est 20 ans avant Dillinger). En nombre absolu, il y a plus de voitures en France qu'en Allemagne. Mais le gros problème de l'automobile c'est que dans 99% ce n'était pas un produit exportable (trop lourd). Dès que le marché international s'ouvrira la France sera confronté à la concurrence allemande (pour l'énergie) et italienne (pour les salaires) et elle perdra sa prééminence.

Vous citez un certain nombre de secteurs dans lesquels la France tient la corde dans les années 1970. Evidemment ils sont d'importance variée mais regardez la liste que vous dressez:
  • nucléaire
  • astronautique
  • aéronautique
  • téléphone
  • satellites
  • TGV
Tous ces secteurs, sauf les téléphones, sont des secteurs qui ont un seul client: l'Etat. Quand il n'y a qu'un seul client et que ce client a un intérêt clair à acheter localement et qu'il peut se financer grâce aux impôts ou à la planche à billet, on est loin d'un succès simple et franc qui puisse s'expliquer par les règles simples du marché. En conséquence, on est aussi loin d'un succès qui ait beaucoup de chances de durer.

La France a traditionnellement trois problèmes: 1. l'énergie y est chère, 2. l'accès aux grandes routes commerciales de la majorité du territoire est relativement mauvais, 3. la demande est variée et dispersée ce qui limite la construction d'un marché unifié (ce n'est pas un hasard si les deux plus grands ports d'Europe sont Rotterdam et Anvers qui ouvrent sur l'immense marché du bassin du Rhin et de la Meuse d'Amsterdam à Francfort et Bâle). Ça n'a rien d'un jugement négatif, ce sont des faits. Ce qui est plutôt fantastique c'est que les Français malgré ces obstacles aient réussit à développer des secteurs dans lesquels ils sont des leader mondiaux, mais le fait est ce n'est pas de l'industrie lourde.

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Labore Fideque


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Message Publié : 19 Août 2015 10:00 
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Maharbbal a écrit :
Vous citez un certain nombre de secteurs dans lesquels la France tient la corde dans les années 1970. Evidemment ils sont d'importance variée mais regardez la liste que vous dressez:
  • nucléaire
  • astronautique
  • aéronautique
  • téléphone
  • satellites
  • TGV
Tous ces secteurs, sauf les téléphones, sont des secteurs qui ont un seul client: l'Etat. Quand il n'y a qu'un seul client et que ce client a un intérêt clair à acheter localement et qu'il peut se financer grâce aux impôts ou à la planche à billet, on est loin d'un succès simple et franc qui puisse s'expliquer par les règles simples du marché. En conséquence, on est aussi loin d'un succès qui ait beaucoup de chances de durer.

Et pourtant ils tournent, sauf pour la fabrication de téléphones.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 19 Août 2015 23:02 
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On a tendance à se méprendre en pensant que les entreprises sont subventionnées parce qu'elles sont publiques. Historiquement, France Télécom et EDF ont été de véritables vaches à lait pour le gouvernement, et non pas des goufres à subventions.

Et l'autre erreur, c'est d'oublier que la France de 1945 aux années 1990 avait nationalisé une large part de ses entreprises industrielles et de ses banques et compagnies d'assurance. Or ce n'est pas parce qu'une entreprise est contrôlée par l'Etat qu'elle est artificielle et qu'elle ne tient que grâce à des subventions ou n'est pas capable de faire face à ses concurrents.

Pour remettre les choses en perspective, il suffit de regarder l'histoire de Volkswagen qui a été fondée en très étroite concertation avec Hitler himself et où le land de Basse-Saxe garde une capacité de blocage par sa forte présence au capital.
On peut aussi regarder l'histoire du décollage industriel du Japon qui a été en large partie piloté par l'autorité politique.

En économie, il n'y a pas de modèle unique : il y a des stratégies et l'art d'exécuter ces stratégies.


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Message Publié : 20 Août 2015 8:45 
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Caesar Scipio a écrit :
On a tendance à se méprendre en pensant que les entreprises sont subventionnées parce qu'elles sont publiques. Historiquement, France Télécom et EDF ont été de véritables vaches à lait pour le gouvernement, et non pas des goufres à subventions.


L'Etat garantissait leur monopole... C'est la plus grosse subvention imaginable.

Citer :
On peut aussi regarder l'histoire du décollage industriel du Japon qui a été en large partie piloté par l'autorité politique.


En pratique, aucun pays ne s'est industrialisé sans l'aide de son gouvernement. L'Angleterre, les Etat-Unis et l'Allemagne ne font pas exception. Mais il y a eu aussi des dizaines de pays "pilotés" et qui se sont pris le mur. L'Argentine et le Brésil aussi étaient piloté, ça ne les a pas empêché de dévisser complètement. La question est à mettre au conditionnel. Quel pays aurait pu s'industrialiser sans l'aide de son gouvernement?

A mon sens, la bulle industrielle de 44-73 montre que la France, en raison de l'action de son gouvernement, a été sur-industrialisée et mal-industrialisée. Evidemment, je ne dis pas que la France "normalement" ne devrait avoir que des champs et des vignes, il va de soit qu'un pays comme la France allait toujours avoir des industries importantes à la fois pour exploiter ses avantages comparatifs et pour produire ce qui ne peut pas être importé (BTP).

Dans un livre brillant, Seeing like a state, James C. Scott développe la notion de "aesthetic thinking" c'est à dire la tendance que certains grands décideurs publics et privés ont d'essayer à tout prix d'imiter des modèles reconnus même si ces modèles sont totalement innapropriés pour la situation.

A mon sens, c'est ce qu'il s'est passé Après-Guerre. Le but était de ressembler aux Etats-Unis avec les grosses usines, les haut-fourneaux et tout le tralala. Comme si l'industrie lourde était nécessairement synonyme de modernité.

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Message Publié : 20 Août 2015 19:58 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Pour la modernité,il faut une industrie lourde de pointe donc elle même moderne dans sa conception et ses procédés de fabrication mais elle demeure indispensable.Sinon,fatalement, toute fabrication finira par aller s'installer ailleurs.


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