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Message Publié : 27 Jan 2016 22:26 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Les papes d'avant 1940 avaient théorisé une doctrine sociale (en réalité plus économique que sociale) fondée sur le rejet de l"individualisme et du libéralisme ainsi que de la lutte des classes et la promotion d'une économie relativement dirigée dans un cadre corporatif assez autoritaire.

Cette doctrine me semble avoir fortement inspiré le Portugal de Salazar (jusqu'en 1974) et l'Autriche de Dolfuss et Schushnigg avantl'anschluss. Elle a eu une certaine influence sur l'Espagne de Franco.

Quand on analyse les performances économiques de ces pays, on note des résultats médiocres - voire catastrophiques dans le cas du Portugal. Ces échecs sont ils exclusivement imputables à cette doctrine ou résultent ils d'autres éléments ?

Inversement peut on voir dans la réussite ouest-allemande d'après 1948 une influence de cette doctrine catholique - je pense à la co gestion et à ce qu'on a appelé le modèle rhénan. Adenauer était catholique fervent ... Mais pas Ehrardt.

Qu'en pense le forum ?


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Message Publié : 27 Jan 2016 23:30 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1052
La doctrine sociale de l'Eglise fut en fait très timide. Si Léon XIII (Rerurm novarum) et Pie XI (Quadragesimo anno) furent assez novateurs et permirent l'émergence de mouvements catholiques sociaux, Pie X, Benoît XV et Pie XII furent des papes très conservateurs. Le Sillon de Marc Sangnier a rencontré la plus vive hostilité de l'épiscopat avant d'être condamné par Pie X pour modernisme. L'expérience des prêtres ouvriers fut interrompue sur l'ordre de Pie XII dans les années 1950.

Je ne crois pas que l'Eglise catholique eût jamais développé de théorie économique. Elle s'est contentée de rappeler la morale chrétienne incompatible avec un pur libéralisme comme avec le marxisme athée.


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Message Publié : 27 Jan 2016 23:53 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 28 Avr 2006 23:02
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Localisation : Val de Marne
Comme d'habitude, il serait souhaitable d'éviter les amalgames.

Le domaine économique n'est pas le sujet principal du catholicisme (tout comme le sujet des relations sexuelles), et donc ce sujet est l'objet de très nombreuses opinions diverses et variées.
L'Eglise catholique n'est pas un bloc monolithique, bien qu'elle ait une hiérarchie et un seul pape.
Tous les courants économiques sont présents dans l'Eglise, que ce soient les plus à droite ou les "curés rouges".

Toutefois, le catholicisme repose en partie sur le Nouveau Testament.
La principale idée que l'on y trouve concernant le domaine économique est le pragmatisme.

Le premier passage du Nouveau Testament à propos de l'économie, est résumé par la célèbre maxime "Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.", que l'on trouve dans Luc 20.25, Marc 12.13, et Matthieu 22.21.

Le second passage est celui de l'épisode de la moisson le jour du Sabbat, décrit notamment dans Luc, 6.1 à 6.12.
Les disciples de Jésus avaient pris la liberté de récolter des céréales et de les manger le jour du Sabbat. Les pharisiens le leur reprochèrent. Jésus répondit qu'il était plus important de sauver des vies, que de les détruire pour respecter une tradition.

Le troisième passage est la parabole des talents décrites dans Mathieu 25.14 à 25.30 ou des mimes décrites dans Luc 19.11 à 19.27.
Un homme confie de l'argent à trois de ses serviteurs. Quand il revient de son voyage, il félicite ceux qui ont fait fructifier l'argent, et condamne celui qui a juste préservé le capital bien qu'il se soit justifié en n'ayant pas voulu prendre de risque. L'important est le résultat.

Les exemples que vous citez (Portugal de Salazar, Autriche de Dolfuss, Espagne de Franco) ne relèvent pas vraiment du pragmatisme économique, et donc ne sont pas des thèses économiques fondamentales du christianisme.


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Message Publié : 28 Jan 2016 1:44 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
Message(s) : 2585
Jerôme a écrit :
Quand on analyse les performances économiques de ces pays, on note des résultats médiocres - voire catastrophiques dans le cas du Portugal. Ces échecs sont ils exclusivement imputables à cette doctrine ou résultent ils d'autres éléments ?

Inversement peut on voir dans la réussite ouest-allemande d'après 1948 une influence de cette doctrine catholique - je pense à la co gestion et à ce qu'on a appelé le modèle rhénan. Adenauer était catholique fervent ... Mais pas Ehrardt.


Ludwig Ehrardt en effet était protestant et admirateur du monde anglo saxon. À ce titre il a imposé à l'économie sociale de marché de la RFA un principe fondamental de lutte contre les cartels absent de la DSE. Il a cependant adhéré à d'autres principes, très proches de la DSE : stabilité monétaire (qui était aussi au centre de la politique de Salazar), conventions collectives très contraignantes mais très différentes selon les branches, issues de négociations indépendantes de l'Etat entre un syndicat patronal et un syndicat de salariés (on est très proche en fait du modèle corporatif).

Je connais mal l'histoire économique du Portugal mais je crois que Salazar a imposé une politique financière malthusienne (refus psycho rigide de l'endettement public et privé) et que son régime était trop autoritaire pour tolérer de vraies négociations corporatives entre employeurs et salariés.

En Espagne (ou en Italie fasciste ou à Vichy) les organisations corporatives furent des marionnettes entre les mains du Gouvernement.


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Message Publié : 31 Jan 2016 21:01 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2234
Localisation : Versailles
Je remercie les contributeurs et ajoute ceci à propos du Portugal

"Pour le nouveau ministre des Finances, la première tâche, en effet, est d'équilibrer le budget et de restaurer la monnaie. La dette en 1928 est de 2 046 000 contós, et la valeur de l'escudo, qui a perdu 65 % de sa valeur-or entre 1891 et 1926, a encore baissé sous la dictature militaire. Dès 1929, au prix de nouveaux impôts et de sévères économies, dont lui-même donne l'exemple, Salazar réussit à présenter un budget en équilibre. En 1931, l'escudo retrouve sa convertibilité en or. En 1934, la dette flottante est résorbée. Quand la Grande-Bretagne suspend la convertibilité de sa monnaie, le Portugal doit l'imiter, mais l'escudo reste quand même une des monnaies les plus fortes du monde. Toutefois, ces résultats sont obtenus au prix d'une politique économique étriquée : refus de grands investissements industriels, refus de grands travaux de génie agricole, refus d'investissements scolaires – ce qui rejoint, il est vrai, des préoccupations politiques. Salazar veut conserver au Portugal son caractère de pays agricole. Pour réduire les importations, l'accent est mis sur la production nationale de blé, et ce au détriment de cultures plus rentables. La stabilité de la monnaie n'est acquise qu'au prix d'une contraction du marché intérieur, et le niveau de vie baisse régulièrement jusqu'en 1939. Par la suite, la prospérité engendrée par une habile neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale ne profite qu'à une minorité."http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/António_de_Oliveira_Salazar/142794


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Message Publié : 04 Fév 2016 11:26 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 05 Oct 2005 20:39
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Localisation : Lyon-Vénissieux
Citer :
Quand on analyse les performances économiques de ces pays, on note des résultats médiocres - voire catastrophiques dans le cas du Portugal. Ces échecs sont ils exclusivement imputables à cette doctrine ou résultent ils d'autres éléments ?


Pas du tout, au contraire, il faut voir les chiffres
- Pour l'Espagne, de 1950 à 1957 la croissance annuelle moyenne a été de 5,5% par an et de 6,2% par an de 1958 à 1973, soit une performance comparable à celle de la France
- Pour le Portugal, la croissance annuelle moyenne a été de 6,4 % par an de 1958 à 1973, soit l'une des plus forte du monde.

Ce n'est qu'à partir de 1974 que les performances de ces pays décrochent, comme pour les autres pays développés.

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


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