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 Sujet du message : Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 12:14 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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La difficulté principale de la production manufacturière ne serait pas tellement due aux compétences scientifiques et technologiques mais à la complexité tenant à la nécessité de combiner de très nombreuses pièces détachées.

Un ingénieur de l'automobile m'expliquait que pour les pays communistes, le point faible n'était pas l'insuffisance de la recherche scientifique mais bien l'impossibilité d'organiser la production industrielle car sa complexité défie les moyens d'une autorité centrale.

Pourtant l'économie planifiée fonctionnait plus ou moins bien mais fonctionnait quand même.

Alors ?


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 14:02 
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Philippe de Commines
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Bizarre ce que vous a dit cet ingénieur...
L'URSS a produit, en particulier durant la guerre un matériel militaire d'excellente qualité en quantité phénoménale.
Je dirais plutôt que le problème de l'économie planifié vient du manque de concurrence..

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Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
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La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 14:47 
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marc30 a écrit :
Pourtant l'économie planifiée fonctionnait plus ou moins bien mais fonctionnait quand même.

Alors ?

Toute la question se résume à votre "quand même".

Si on établissait (il faudrait encore dire à quelle période) à moyens de production comparables, l'écart de production entre deux entreprises identiques, l'une à l'ouest, l'autre en URSS, le résultat aurait fait sourire un patron français. Et je parle de production, je n'ose même pas envisager la question de la productivité.
(En fait, stricto sensu, la notion de productivité n'existait pas - au moins comme objectif, parce que tout patron d'usine, fut-il soviétique, sait compter - c'est à dire qu'on ne demandait pas à ce patron de rendre compte du rapport entre les moyens engagés et la production obtenue. Dans des limites d'inefficacité raisonnables, disons : c'est à dire sauf à chercher du "sabotage", en fait du coulage, ou du marché noir. Cela saute aux yeux dans le fait qu'il n'y avait pas de chômage en URSS, l'état se chargeant de fournir un travail à chacun, même en surnombre, avec le corollaire "faites semblant de travailler, nous ferons semblant de vous payer".)

Deux remarques associées :

- lorsqu'elle le voulait, l'Union Soviétique était capable de produire beaucoup, avec une productivité acceptable liée à la grande série. En gros ce fut toujours le cas du secteur de l'armement. (je ne parle même pas des années de guerre, où la production est considérée comme un "front" intérieur, avec des horaires et des conditions de travail insensées.) Peut-être parce que cet enfant chéri du régime faisait l'objet d'une planification plus serrée et mieux coordonnée.

- La production planifiée ("administrée" serait plus juste : à l'ouest aussi on planifie) a pu avoir dans les années cinquante un rendement à peu près acceptable, parce qu'après tout, à l'ouest aussi on devait gérer une usine avec des moyens de gestion industrielle rudimentaires, reposant sur une gestion papier des besoins en approvisionnement et des lancements en production. Aussi bien, tous ceux qui ont grandi pendant les années 50 (et c'était encore très sensible pour moi qui suis né en 60) se souviennent qu'on trouvait les mêmes produits, les mêmes meubles et la même vaisselle dans toutes les familles : chez le vendeur du coin, il n'y avait pas 36 sortes de verres et d'assiettes. Dans les années 70 et au delà, ces produits de base étaient encore la règle dans les collectivités, comme les cantines ou les colonies de vacances : ils restaient les moins chers en grande série.

Mais dès cette époque apparaît dans les usines occidentales une méthode rationnelle de gestion de la production, inventée pendant la guerre aux USA pour résoudre les problèmes posés par la mise en production rapide de produits très complexes (les avions, typiquement) qui posaient des problèmes d'approvisionnement par une multitude de sous-traitants produisant les composants, entre autres.

il s'agit de la méthode MRP ("manufacturing requirements planning" : planification des besoins de fabrication), basée sur deux descriptifs cohérents :
- la nomenclature d'un produit fini, décomposé en sous-ensembles, eux-mêmes décomposés en composants achetés ailleurs et en composants fabriqués sur place, dans des ateliers proches de l'assemblage.
- la gamme d'un produit (ou d'un composant) décrivant toutes les opérations, réparties par postes de travail, nécessaires à son élaboration, avec les délais associés.
Je passe sur la façon de mouliner tout ça : le coeur du travail est le "calcul des besoins", qui part de la liste des commandes et établit à la fois la quantité des composants (internes ou externes) nécessaires, et le planning selon lequel ils peuvent être fabriqués ou commandés.

Géré au départ sur papier - ou sur fiches perforées - cette méthode n'en est pas moins rationnelle et fiable, évitant les délestages (arrêt de production lié à un composant manquant) et même les à-coups (heures supp, recrutement de renfort) du fait d'un planning établi de façon "scientifique", en tous cas réaliste et faisable.

Née dans l'industrie de l'armement aux USA, cette méthode diffuse peu à peu dans les industries civiles et dans l'ensemble du monde occidental, et c'est un outil décisif. Mieux encore, dès la fin des années 50, elle commence à être gérée sur ordinateur, et - c'est là que je voulais en venir - là elle laisse loin derrière elle la production "administrée" des pays communistes, "administration manuelle" qui ne fait pas la maille en comparaison.

Elle induit un saut d'efficacité et de productivité qui n'aura pas lieu derrière le Rideau de Fer. (Sauf peut-être exception dans des usines commandées à l'ouest - comme la Fiat 124 qui devient la berline Lada - ou des opérations pilote dans des usines privilégiées : les ingénieurs soviétiques ne sont pas totalement à l'écart des savoirs occidentaux.)

La gestion MRP informatisée va même permettre de multiplier les produits, les modèles, les options et les variantes qui nous semblent si naturels aujourd'hui. (De plus l'informatique va gagner peu à peu toutes les fonctions, de la comptabilité à la gestion commerciale - démarchage et prise de commande.)

Je disais que dans les années 50 il y avait déjà un écart très net - à moyens industriels identiques - entre l'est et l'ouest, lié au fait qu'à l'ouest la question de la productivité est essentielle (ignorer cette notion est le péché originel du système communiste) mais quand on passe aux années 70, cet écart est devenu un gouffre : la production "administrée" a deux décennies de retard intellectuel.

En fait c'est resté un autre monde, pendant que l'occident évoluait à toute vitesse.

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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 14:49 
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Il y avait aussi le respect du Plan. Pour réussir, il fallait produire autant que l'imposait le Plan. Donc, les contrôles qualités étaient laxistes, car toute pièces rebutées était une pièce en moins de produite...


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 18:14 
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Jean Mabillon
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Oui, dans la production civile, j'ai tendance à penser (par expérience personnelle) que ces contrôles étaient proches du néant (j'avais acheté un véhicule "Citroën" conçu en France mais "fabriqué" en Roumanie......). Voiture achetée neuve : première panne sur un passage à niveau après 800km : bobine naze...... tous les 2000 km un organe s'avérait défectueux: un véritable sabotage :rien n'avait été sans doute testé... J'ai liquidé à 26 000 km suite à des fuites répétées sur le joint "Spi" :en fait l'arbre de transmission était couvert de griffures profondes... Le garage qui m'avait vendu le véhicule par ailleurs ne s'était pas rendu compte, en dépit de mes demandes réitérés de l'origine de l'odeur d'essence dans l'habitacle après environ une demi-heure de fonctionnement... C'est moi même qui m'étais rendu compte après observation minutieuse que l'ensemble du corps de carburateur était poreux.... on voyait le suintement au travers du métal qui commençait environ 20 minutes après la mise en route.....
En revanche, pour mes tirs de compétition j'avais acquis une carabine et de l'optique soviétiques...des merveilles.........


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 19:04 
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Hérodote
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Non seulement l'économie était planifiée mais de surcroît par un organisme central.
Face à la complexité croissante des biens à produire et la coordination que cela nécessite je ne vois pas trop comment cela pouvait se gérer aisément, surtout sans système d'information unique et performant.

J'ai tout de même une question, concrètement, comment cela se passait si par exemple une livraison d'un produit X nécessaire à la fabrication d'un produit Y n'arrivait pas à temps dans l'usine du produit Y.
Les responsables Y téléphonaient-ils à l'usine X? Ou se référaient-ils à un organe supérieur qui se chargeait de voir ce qui n'allait pas?
Dans Goodbye Lenine il y a une scène où la mère de famille dicte une lettre pour se plaindre que les nouvelles tenues de travail reçues étaient trop grandes (ou petites je ne sais plus). Il me semble que cette lettre était destinée à une administration et pas à l'entreprise qui avait fabriqué ces tenues.

De plus, en effet les employés ne semblaient pas être incités à l'initiative. Pourtant les innovations furent nombreuses à l'Est, grâce à des scientifiques et ingénieurs très qualifiés. Il existait de nombreux bureaux d'études. Rien que dans l'aviation il y a ceux de Mikoyan-Gourevich, Sukhoi, Tupolev etc...
Attendaient-ils de se voir assigner des taches pas un organe supérieur ou pouvaient-ils travailler sur des projets de façon autonome et les soumettre ?


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 20:22 
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Othy a écrit :
J'ai tout de même une question, concrètement, comment cela se passait si par exemple une livraison d'un produit X nécessaire à la fabrication d'un produit Y n'arrivait pas à temps dans l'usine du produit Y.
Les responsables Y téléphonaient-ils à l'usine X? Ou se référaient-ils à un organe supérieur qui se chargeait de voir ce qui n'allait pas?

Je ne suis pas spécialiste de cette économie, dans les détails, mais pour avoir beaucoup travaillé sur l'organisation des flux, il me semble qu'un tel système - même s'il n'est pas piloté d'aussi loin que vous le dites - ne peut fonctionner en continu qu'à la condition d'accumuler des stocks de sécurité en quantité.

L'idée, c'est que l'usine Y stocke une quantité faramineuse du composant X, et donc qu'elle n'est jamais à court. Cela permet de couvrir tout à la fois l'absence de fiabilité de la planification (qui ne peut guère planifier "qu'à grosses mailles") et l'incertitude sur la production effective (en quantité et délai) de l'usine X.

Evidemment tout ça a un coût caché : un stock, c'est de l'argent immobilisé, d'une part, et un coût logistique, d'autre part : des emplacements dans un entrepôt et le personnel pour la gestion et la manutention. En prime, si vous faites évoluer le produit et que le composant X est modifié, tout ce stock X est bon à jeter. (C'est ce qu'on appelle le coût d'obsolescence.)

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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 20:42 
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Eginhard
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Pierma a écrit :
Othy a écrit :
J'ai tout de même une question, concrètement, comment cela se passait si par exemple une livraison d'un produit X nécessaire à la fabrication d'un produit Y n'arrivait pas à temps dans l'usine du produit Y.
Les responsables Y téléphonaient-ils à l'usine X? Ou se référaient-ils à un organe supérieur qui se chargeait de voir ce qui n'allait pas?

Je ne suis pas spécialiste de cette économie, dans les détails, mais pour avoir beaucoup travaillé sur l'organisation des flux, il me semble qu'un tel système - même s'il n'est pas piloté d'aussi loin que vous le dites - ne peut fonctionner en continu qu'à la condition d'accumuler des stocks de sécurité en quantité.

L'idée, c'est que l'usine Y stocke une quantité faramineuse du composant X, et donc qu'elle n'est jamais à court. Cela permet de couvrir tout à la fois l'absence de fiabilité de la planification (qui ne peut guère planifier "qu'à grosses mailles") et l'incertitude sur la production effective (en quantité et délai) de l'usine X.

Evidemment tout ça a un coût caché : un stock, c'est de l'argent immobilisé, d'une part, et un coût logistique, d'autre part : des emplacements dans un entrepôt et le personnel pour la gestion et la manutention. En prime, si vous faites évoluer le produit et que le composant X est modifié, tout ce stock X est bon à jeter. (C'est ce qu'on appelle le coût d'obsolescence.)


Outre la productivité et la question de l'obsolescence que vous évoquez, la planification centralisée est aussi confrontée à une autre difficulté : définir ce qui doit être produit et en quelles quantités est une chose mais, avant cela, il faut que cette autorité centrale sache ce qui doit être produit. C'est pour cela que l'armement, et aussi l'aérospatiale, étaient des secteurs qui fonctionnaient bien. Parce que, dans ces secteurs-là, l'acheteur est le producteur. Donc savoir quoi produire est facile. En revanche, dès qu'il est question de la production agro-alimentaire, de transports, d'équipements, là, c'est nettement plus dur. Surtout avec une planification quinquennale qui n'est pas un modèle de réactivité si jamais vous vous plantez. A une production parfois inadaptée, vous rajoutez la question de la productivité et de l'obsolescence des stocks. Vu que l'Etat va privilégier les secteurs vitaux (alimentaire, logements, etc.), la planification intégra plus difficilement, voire pas du tout l'équipement électroménager, ce qui explique le décalage au début des années 1980 entre l'équipement moyen d'un foyer occidental et celui d'un foyer soviétique.
La planification limite aussi l'innovation par sa lenteur bureaucratique, là où n'importe quel chef d'entreprise privée peut décider du jour au lendemain de changer tel outil de production ou telle méthode d'organisation. C'est un système plus adaptatif, plus réactif que le système planifié.


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 20:42 
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Hérodote
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Pierma a écrit :
Evidemment tout ça a un coût caché : un stock, c'est de l'argent immobilisé


Et c'est donc mauvais pour le BFR :wink:


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 20:52 
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Eginhard
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Il faudrait quand même savoir si les concepts comptables et d'analyses financières d'une économie de marché ont un réel intérêt dans une économie planifiée étatisée. Je ne suis pas convaincu en tout cas.


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 29 Déc 2018 21:00 
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Philippe de Commines
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Pierma a écrit :
Othy a écrit :
J'ai tout de même une question, concrètement, comment cela se passait si par exemple une livraison d'un produit X nécessaire à la fabrication d'un produit Y n'arrivait pas à temps dans l'usine du produit Y.
Les responsables Y téléphonaient-ils à l'usine X? Ou se référaient-ils à un organe supérieur qui se chargeait de voir ce qui n'allait pas?

Je ne suis pas spécialiste de cette économie, dans les détails, mais pour avoir beaucoup travaillé sur l'organisation des flux, il me semble qu'un tel système - même s'il n'est pas piloté d'aussi loin que vous le dites - ne peut fonctionner en continu qu'à la condition d'accumuler des stocks de sécurité en quantité.

L'idée, c'est que l'usine Y stocke une quantité faramineuse du composant X, et donc qu'elle n'est jamais à court. Cela permet de couvrir tout à la fois l'absence de fiabilité de la planification (qui ne peut guère planifier "qu'à grosses mailles") et l'incertitude sur la production effective (en quantité et délai) de l'usine X.

Evidemment tout ça a un coût caché : un stock, c'est de l'argent immobilisé, d'une part, et un coût logistique, d'autre part : des emplacements dans un entrepôt et le personnel pour la gestion et la manutention. En prime, si vous faites évoluer le produit et que le composant X est modifié, tout ce stock X est bon à jeter. (C'est ce qu'on appelle le coût d'obsolescence.)
Il y a une autre possibilité : le responsable de la production de Y négocie avec ses homologues des usines Y' qui ont peut-être des surplus, en les troquant contre d'autres produits intrants dont il a lui-même des stocks. J'avais lu quelque part que la compétence des directeurs d'usines consistaient justement à savoir négocier dans leur réseau personnel ces échanges de matériaux qui permettaient de réajuster les errements de la planification.

Pour l'industrie d'armement, l'incitation à l'innovation pouvait venir de concours, tel celui qui lança la carrière de Mickael Kalashnikov.

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Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 30 Déc 2018 1:25 
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Nebuchadnezar a écrit :
Il y a une autre possibilité : le responsable de la production de Y négocie avec ses homologues des usines Y' qui ont peut-être des surplus, en les troquant contre d'autres produits intrants dont il a lui-même des stocks. J'avais lu quelque part que la compétence des directeurs d'usines consistaient justement à savoir négocier dans leur réseau personnel ces échanges de matériaux qui permettaient de réajuster les errements de la planification.

Attention, cette solution ne marche que pour les approvisionnements "matière". Typiquement pour de l'approvisionnement en rouleaux ou plaques de tôles - avec toutes les qualités et épaisseurs possibles - dans des usines de produits manufacturés.

C'est moins évident pour l'approvisionnement en composants, parce que, disons, les composants nécessaires pour une 2CV Citroën ne sont pas les mêmes que pour une 4L Renault. Encore que deux usines automobiles occidentales se fournissent en bougies, alternateurs, allumeurs, pneus, etc... parmi un nombre limité de fabricants.

Mais il est possible que des usines "soeurs" en URSS aient utilisé davantage de composants communs standardisés, issus des mêmes fournisseurs, qu'entre deux concurrents occidentaux, je vais expliquer pourquoi :

Les ingénieurs soviétiques avaient la religion des économies d'échelle. Ils n'avaient pas attendu la guerre pour cela, mais pendant la guerre, ils avaient réussi des miracles en se concentrant, pour simplifier, sur deux, puis trois modèles de chars, et trois modèles d'avions.

Après guerre, le choix a été fait, de façon assez systématique, de spécialiser chaque bassin industriel et même agricole, sur une catégorie de produits. L'idée était de produire en masse, dans une seule région et pour toute l'URSS, le produit, ou la famille de produits, en question. Ce qui permettait à une ou plusieurs usines géantes de faire de la production en très grande série.

Cette politique s'étendait même à l'ensemble du COMECON (les pays de l'est) avec par exemple les usines Bata, en Tchécoslovaquie, en fait un conglomérat d'usines qui fabriquaient une grande partie des chaussures pour ce gigantesque marché.

Récemment, dans la discussion sur Tchernobyl, Dalgonar signalait l'industrialisation de l'Ukraine, entreprise après guerre, qui ciblait la production de camions avec 5 ou 6 marques différentes, pas forcément concurrentes mais plutôt consacrées chacune à un type de véhicule, disons du plus léger au plus lourd, pour simplifier. Si on regroupe dans la même région des sous-traitants proches géographiquement, et fournissant en partie des sous-ensembles ou composants pour camions (radiateurs, durites, alternateurs, amortisseurs, ressorts à lames, pneumatiques, etc...) utilisables par plusieurs usines clientes, on obtient un tissu industriel très cohérent et tourné vers la grande série.

D'où ce que dit Nebuchadnezar de l'importance du relationnel pour pallier ou prévenir des ruptures d'approvisionnement liées à une planification approximative. Soit en se dépannant auprès d'une usine soeur utilisant le même composant (mais ça c'est l'argument alibi qu'on répète toujours et qu'on ne pratique jamais) soit, plus froidement, en obtenant du sous-traitant qu'il traite votre besoin en priorité en shuntant les copains. (Et là on rentre dans toutes les variantes de la "négociation industrielle", allant de la force de conviction aux petits cadeaux qui entretiennent l'amitié, voire à la corruption pure et simple. Osons le dire, des fournisseurs jusqu'aux clients, dans une économie mal gérée et connaissant des pénuries, il faut bien un peu de "lubrifiant", et pour une part il arrive même qu'une usine ne travaille pas que pour le plan. Passons...)

Un autre exemple connu de spécialisation régionale est la mise en culture de l'Azerbaïdjan, couverte de champs de coton (destiné à l'industrie textile) dont l'irrigation massive a provoqué l'assèchement de la mer d'Aral.

Sauf que...

1. Rien ne sert de produire, il faut encore distribuer :
Si ce système de spécialisation par conglomérats régionaux est vraiment très rationnel en terme d'optimisation industrielle, il présente en aval un inconvénient majeur : cette production doit être distribuée sur une zone géographique immense, ce qui suppose un réseau de transport et d'entrepôts de distribution très complexe, avec des arbitrages sur les quantités pour chaque zone de distribution (j'imagine que Moscou est mieux servie que Tbilissi, au hasard) et là on tombe sur un problème logistique global que l'économie administrée est bien incapable de gérer finement, d'où les à-coups et les arrivages aléatoires dans les magasins.

De plus, et là c'est meurtrier, cette spécialisation par régions se heurte au problème n°1 de l'URSS : le transport ! (A savoir l'absence de routes, le fait qu'elles soient impraticables à certaines périodes, le réseau ferré insuffisant, etc...)
Très séduisante sur le papier, cette idée de regrouper les productions pour faire de la grande série n'est pas adaptée au pays et à ses contraintes de transport, ce qui donne l'explication finale des pénuries locales récurrentes, entrecoupées d'arrivages inattendus, qui constituent le quotidien des Soviétiques, dont le métier des ménagères consiste à faire la queue.

2. LA catastrophe : l'éclatement de l'URSS.
En gros, chaque nouvelle nation soudain indépendante se découvre être l'heureuse propriétaire d'une industrie unique (je simplifie, ce n'est pas systématique à ce point) destinée à un immense marché... qui n'existe plus.
Eltsine tentera de recréer ce marché - et un ensemble géopolitique cohérent - en créant la CEI (Communauté des Etats Indépendants) mais il sera difficile de s'y tenir, à cause de la concurrence venue de l'ouest, entre autres.

Une pensée pleine de compassion pour l'Ukraine, que sa volonté d'indépendance par rapport à Moscou amène à vouloir sa propre monnaie, et qui va se retrouver avec ses camions invendables, une monnaie qui ne vaut plus rien, et une agriculture qui s'effondre faute de capitaux à investir dans les terres et les machines agricoles. L'Ukraine, potentiellement une des premières puissances agricoles mondiales (elle y vient doucement) qui va se retrouver en friche et réduite à une économie de subsistance.
Je pense que c'est la république d'URSS qui a trinqué le plus cher à la fin de celle-ci.

J'ai un peu caricaturé (en réalité, aucun conglomérat régional ne couvrait 100% de l'URSS - et à fortiori du Comecon - pour les produits courants, il existait toujours des petites usines dans d'autres régions) mais ce concept de regroupement a bien été appliqué, et il est une des causes de l'effondrement économique qui a accompagné la fin de l'URSS.

(Pour ceux que ça intéresse, il y a une discussion assez récente sur la fin de l'économie soviétique, où nous avions dépassé la limite de 1991 pour décrire les 10 années suivantes, la période Eltsine.)

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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 30 Déc 2018 10:19 
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Jean Mabillon
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Merci cher Marc d'avoir ouvert ce beau sujet.
Félicitations à vous Thierry, Pierma, Nebuchadnezar et autres contributeurs pour vos réponses.

Je voudrais à partir de mon expérience personnelle (les années 1980) mettre en avant deux élément clef .

En premier lieu, l'economie socialiste reposait sur une loi de simplicité. En gros une usine ne fabriquait qu'un seul produit, avec très très peu de variantes. Le modèle fondateur c' est la Ford T :wink:
Le principe "Une usine = un produit" facilitait la gestion des flux ... Et celle des stocks.

Seconde loi : la fraude généralisée. Le plan ? on s'en moquait un peu (au moins après 1956) car il suffisait de mentir dans les rapports envoyés au GOSPLAN. Il y avait peu de contrôles - et les inspecteurs étaient corruptibles très facilement. Mais en revanche un directeur d'usine qui ne voulait pas que son usine fût à l'arrêt un jour sur deux devait effectivement organiser des contacts directs avec ses fournisseurs (et ne pas lésiner sur ces petits cadeaux qui entretiennent l'amitié). C'etait facile car pour chaque élément il n'y avait qu un fournisseur ...


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 30 Déc 2018 11:35 
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Pierma a écrit :
Sauf que...

1. Rien ne sert de produire, il faut encore distribuer :
Si ce système de spécialisation par conglomérats régionaux est vraiment très rationnel en terme d'optimisation industrielle, il présente en aval un inconvénient majeur : cette production doit être distribuée sur une zone géographique immense, ce qui suppose un réseau de transport et d'entrepôts de distribution très complexe, avec des arbitrages sur les quantités pour chaque zone de distribution (j'imagine que Moscou est mieux servie que Tbilissi, au hasard) et là on tombe sur un problème logistique global que l'économie administrée est bien incapable de gérer finement, d'où les à-coups et les arrivages aléatoires dans les magasins.


Cela regroupe les témoignages de nombreux contemporains qui relatent que tout à coup la rumeur indiquait un arrivage massif de tel ou tel produit. Si j'en croit certaines lectures, il pouvait arriver d'un coup des dizaines de milliers de paires de chaussures d'un seul modèle et d'une seule taille... Et là, tout le monde en achetait, même ceux qui n'avaient pas la bonne taille. En fait, l'idée est qu'on allait pouvoir en troquer avec quelqu'un qui avait un autre produit nécessaire que l'on n'avait pas, ou en échange d'un service ... Bref, une économie parallèle qui corrigeait les manquements de l'économie officielle tout en en aggravant les dysfonctionnements.

PS, je voulais ajouter une précision... En fait, quand je lisais ces témoignages ce fait m'avait frappé, ces arrivages soudains de produits... Et c'est vrai que cela s'explique aisément quand on finit par comprendre comment cela fonctionnait. Merci à tous


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 Sujet du message : Re: Économie planifiée
Message Publié : 30 Déc 2018 14:11 
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Allez, à propos de livraisons erratiques et de pénuries, quelques blagues soviétiques de "la belle époque", de celles qui se chuchotaient sur les trottoirs de Moscou :

- A Paris se rencontrent un Américain, un Français et un Russe. Le Français arrive en retard en s'excusant :"Désolé, mais j'ai dû faire la queue pour acheter du jambon". L'Américain demande :"c'est quoi, faire la queue ?" et le Russe :"C'est quoi, du jambon ?"

- Savez-vous quelle différence la glorieuse révolution prolétarienne a apporté aux boucheries ? Hé bien avant il y avait une devanture, sur laquelle figurait le nom du propriétaire, Vassili Ivanovitch, et à l'intérieur il y avait de la viande. Aujourd'hui, le nom du propriétaire a disparu, sur la devanture est écrit VIANDE, et à l'intérieur... il y a Vassili Ivanovitch !

- Enfin n'oublions jamais cette distinction essentielle : le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, le communisme c'est le contraire !

Othy a écrit :
Pierma a écrit :
Evidemment tout ça a un coût caché : un stock, c'est de l'argent immobilisé


Et c'est donc mauvais pour le BFR :wink:

Besoin en Fonds de Roulement, merci pour vos lecteurs ! :wink:

Ou en plus simple, la trésorerie. En réalité cette "avance de trésorerie" que constitue la création d'un stock intermédiaire (il faut compter le coût des heures de travail qu'il représente, ainsi que le coût de la matière, ou des composants utilisés.) est tout simplement une perte de capital : cet argent immobilisé aurait pu être investi ailleurs.

Au passage, pour info, c'est en mettant au point des méthodes pour lutter contre les "coûts cachés" - ce qu'ils ont baptisé "l'usine fantôme" - que les Japonais, aux alentours des années 75, ont réussi à mettre au point les méthodes industrielles qui leur ont permis d'arriver sur les marchés occidentaux avec des voitures (entre autres) 30% moins chères.

Pour reprendre une illustration en forme de slogan, ils parlaient de zéro stock, zéro défaut (pièce rebutée ou nécessitant une retouche), zéro manutention inutile, en bref tout ce qui coûte de l'argent sans apporter de plus-value au produit. L'épée dans les reins, les industriels occidentaux ont dû adopter à leur tour ces méthodes, qui font maintenant partie des bonnes règles. (Juste à Temps, Qualité totale, fabrication si possible à la commande, ou au minimum par lots de quantité réduite, etc...)

A noter, d'un point de vue historique, que l'aversion pour les stocks est née chez eux lorsque l'industrie japonaise sinistrée par la guerre, misérable sur son ile, et pour qui toutes les matières premières devaient être importées à prix d'or, s'est mise à essayer de faire la chasse aux stocks inutiles. A ce jeu imposé par la pénurie (et qui constitue un sport complet, croyez-moi) ils ont découvert peu à peu, au fil des ans, de nouvelles méthodes industrielles, qui se sont avérées décisives à la fin des Trente Glorieuses, cette époque industrielle bénie où il suffisait de produire pour vendre. (Et pendant laquelle un stock était plutôt rassurant, parce qu'il garantissait la disponibilité du produit, et donc la certitude de ne pas manquer des ventes.)

_________________
Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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