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Message Publié : 17 Mai 2016 14:16 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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Sur le mode de scrutin qui a été utilisé aux législatives de 1919, je ne parviens pas à comprendre ce que je lis sur wikipedia, que je trouve par ailleurs contradictoire avec ce que je lis dans "La République souveraine" de René Rémond. Quelqu'un peut-il m'éclairer ?


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Message Publié : 17 Mai 2016 15:30 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 23 Déc 2010 13:31
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Voilà ce que je comprends du texte de loi (https://fr.wikisource.org/wiki/Loi_du_12_juillet_1919).

Le vote se fait à l'échelle du département (en remplacement des arrondissements). Le nombre de députés d'un département est égal à sa population divisée par 75 000 avec un minimum de 3 députés.

Je vais prendre comme exemple un département avec 5 députés

Les candidats forment des listes de 1 au nombre de députés du département (donc 5 dans mon exemple).
Bien que ces listes existent, l'électeur vote pour 1 député nominativement. Donc, l'électeur piochait dans les listes le nom qui lui plaisait.
A ce moment-là, on a deux solutions :
- soit un candidat a la majorité absolue à lui tout seul (soit 50% des suffrages exprimés + 1 voix) : lui, il est élu. Et il reste alors N-1 sièges à répartir.
- soit aucun candidat n'atteint cette majorité absolue et il y a donc toujours N sièges à répartir.

Etape 1 : on calcule le quotient électoral : c'est-à-dire le nombre de suffrages exprimés (donc exclusions des nuls et des blancs) par le nombre de députés restant à élire.
Etape 2 : on additionne le nombre total de suffrages de chaque liste (c'est-à-dire le nombre de suffrages de chacun des candidats de la liste).
Etape 3 : on calcule la moyenne des suffrages de chaque liste ; c'est-à-dire le total précédent de chaque liste divisé par le nombre de ses candidats
Ensuite, on attribue les sièges en fonction du nombre de fois que la moyenne d'une liste contient le quotient électoral. Les sièges restants sont attribués à la liste qui a la plus forte moyenne et, au sein de chaque liste, au candidat selon leur nombre de suffrages.

Comme j'ai peur que cela reste très théorique, voici un petit exemple fictif :

Le département du Haut-Gard qui a 500 000 habitants ; il a droit a 7 députés (6 par tranche de 75 000 habitant + 1 puisqu'il reste 50 000 habitants, donc plus que 37500).

Le corps électoral est de 375 000 électeurs. Je prends le taux de participation du scrutin, ce qui fait 263 325 électeurs. Il n'y a pas de blancs, il n'y a pas de nuls ; la majorité absolue est donc à 131 663 suffrages

Il y a 4 listes : A, B, C, D. A et B ont 7 candidats, C en a 4 et D en a 6.
Voilà les résultats

Liste A :
Candidat 1 : 2000
Candidat 2 : 2500
Candidat 3 : 3500
Candidat 4 : 132 625
Candidat 5 : 2500
Candidat 6 : 1800
Candidat 7 : 700

Liste B
Candidat 1 : 11000
Candidat 2 : 4500
Candidat 3 : 3800
Candidat 4 : 2000
Candidat 5 : 3000
Candidat 6 : 1200
Candidat 7 : 1000

Liste C
Candidat 1 : 16000
Candidat 2 : 40000
Candidat 3 : 14000
Candidat 4 : 15000

Liste D
Candidat 1 : 2000
Candidat 2 : 500
Candidat 3 : 700
Candidat 4 : 1500
Candidat 5 : 1100
Candidat 6 : 400

On a un candidat qui a la majorité absolue : il est élu.
Reste 6 sièges à pourvoir.
On calcule les moyennes de chaque liste :

Liste A : 145625 suffrages, 7 candidats, moyenne = 20 803
Liste B : 26500 suffrages, 7 candidats, moyenne = 3785
Liste C : 85000 suffrages, 4 candidats, moyenne = 21250
Liste D : 6200 suffrages, 6 candidats, moyenne = 1033

La plus forte moyenne est celle de la liste C ; elle a 4 candidats, il y a 6 sièges à pourvoir ; tous ces candidats sont élus. Il reste encore 2 sièges.
La moyenne suivante est celle de la liste A, donc les 2 derniers sièges sont pour elle. Le premier est le candidat n°3 (qui a le plus de voix) puis on en a 2 à 2500 voix ; on prend alors le plus vieux.
Et voilà,4 :7 sièges pourvus !

Maintenant, je précise de nouveau que c'est ma compréhension personnelle du texte. Donc, je ne prétends pas à la vérité.

PS : je n'ai pas lu René Rémond, donc je ne peux pas me prononcer par rapport à ce qu'il a écrit.


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Message Publié : 19 Mai 2016 14:17 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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Je vous remercie beaucoup de cette réponse très fouillée, qui m’a beaucoup fait progresser.

1° Il me semble que vous commettez deux erreurs.
1.1 Vous oubliez la notion de quotient électoral. Article 10 : « On détermine le quotient électoral en divisant le nombre des votants, déduction faite des bulletins blancs ou nuls, par celui des députés à élire. On détermine la moyenne de chaque liste en divisant par le nombre de ses candidats le total des suffrages qu'ils ont obtenus. Il est attribué à chaque liste autant de sièges que sa moyenne contient de fois quotient électoral [quatrième alinéa]. Les sièges restants, s'il y a lieu, seront attribués à la plus forte moyenne [cinquième alinéa] » .
Dans votre exemple. QE = 263 325 / 7 = 37 617. Selon le premier alinéa de l’article 10 (« Tout candidat qui aura obtenu la majorité absolue est proclamé élu dans la limite des sièges à pourvoir »), on a déjà attribué un siège à la liste A.
Liste A : moyenne = 20 803
Liste B : moyenne = 3 785
Liste C : moyenne = 21 250
Liste D : moyenne = 1 033

Aucune des listes ne reçoit un des six sièges restant à attribuer selon la règle du quatrième alinéa.

1.2 On suit donc alors la règle du cinquième alinéa (ne pas l’avoir vu est votre deuxième erreur). Cette règle est la règle de plus forte moyenne, bien connue (mais pas explicitée ici), qu’on appelle méthode d’Hondt (cf wikipedia : « scrutin proportionnel plurinominal », auquel je vous renvoie). (Elle peut se résumer ainsi : pour chaque nouveau siège à attribuer, on calcule pour chaque liste, quelle serait la moyenne du nombre d’électeurs par député si ce siège lui était attribué. La liste ayant la plus forte moyenne reçoit ce siège.)

2° Si mon interprétation est bonne, je rencontre deux problèmes, voire trois.
2.1 Le premier alinéa de l’article 10 est inutile.
2.2 Le quatrième est à peu près inutile.
2.3 Le cinquième est incroyablement elliptique…
Je suppose que l’explication est que la RP à la plus forte moyenne n’était pas très bien comprise, et que les rédacteurs de la loi ont jugé leur formulation pédagogique.

3° René Rémond a écrit dans son livre :
Si une liste a la majorité absolue, elle emporte tous les sièges. Sinon, ils sont attribués à la proportionnelle selon la règle de la plus forte moyenne.
Il m’est maintenant évident qu’il s’est trompé, ce que je ne parvenais pas à croire.

4° En résumé : c’était une proportionnelle, à l’échelon du département ou du demi-département, à la plus forte moyenne, avec possibilité de présenter des listes incomplètes (présentant moins de candidats qu’il n’y avait de députés à élire).


5° Sur les listes incomplètes.
Je reprends votre exemple de sept sièges, soit un siège pour 14,28% des voix.
Soit un parti qui s’attend à recevoir environ 15% des voix. Supposons qu’il s’attend à ce que le nombre de voix reçues ne varie pas avec le nombre de candidats. Dans ce cas-là, le nombre de candidats qu’il présente est indifférent.
En fait, il est probable que, plus on présente de candidats, plus on a de voix (même si le gain peut être faible). Les partis ont donc intérêt à présenter des listes complètes.
Pourquoi cette possibilité, donc ?
Je pense qu’elle visait à favoriser les candidatures indépendantes.
Un grand nombre des députés élus à la dernière élection avant 1919 – à savoir 1914 – étaient des indépendants (au sens où ils n’étaient pas membres d’un parti). La liste incomplète permettait au député X, élu en 1914 de la circonscription n du département, de se présenter en 1919 sans être forcé de se mettre sur une liste avec des hommes de paille qui auraient très peu augmenté son nombre de voix. Par exemple X était un socialiste indépendant, en 1914 dans toutes les autres circonscriptions du département l’essentiel des voix socialistes étaient allé au candidat membre du parti – en 1919 le parti refusait de le mettre dans la liste, il se présentait seul.

6° A part cela, donc, le mode de scrutin était celui de la IVème avant l’introduction de la règle des apparentements, mode de scrutin utilisé aussi en 1986 (à la réserve de la division des départements les plus peuplés ; cette division accentue l’avantage donné aux grandes listes par la règle de plus forte moyenne).


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Message Publié : 19 Mai 2016 14:47 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 23 Déc 2010 13:31
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S'il n'y a que 2 erreurs, je m'en sors pas mal vu la simplicité du mode de scrutin. lol

La première : vous voulez dire que j'ai oublié l'attribution de sièges selon le quotient électoral ? Alors, oui, effectivement, en relisant le message, je zappe cette étape. Vu que j'ai modifié plusieurs fois mon message (notamment les tableaux pour les scores etc. ne passaient pas bien sur le forum), j'ai probablement effacé la phrase qui en parlait parce que je me souviens bien avoir noté qu'avec mes chiffres d'exemple, aucune n'avait de sièges selon cette méthode d'attribution. Dont acte.
Si jamais c'est une autre erreur, je ne comprends pas le point que vous soulèveriez.

La seconde : en fait, je me suis posé la même question que vous parce que, oui, avec la méthode de Hondt, les alinéas 1 et 4 sont d'un intérêt nul ou limité. J'ai donc supposé qu'il était question d'autre chose, d'où les résultats que présente mon exemple. D'autant que l'alinéa 3 définit clairement une moyenne justement ; j'en ai tiré la conclusion que la plus forte moyenne de l'alinéa 5 faisait référence à celle du présent texte de loi plutôt que le concept de "plus forte moyenne" tel qu'on l'entend habituellement. Ceci redonnait alors un sens aux alinéas 1 et 4. Mais, tout ceci ne repose sur rien d'autre que mon propre raisonnement. je n'ai aucun moyen d'affirmer que c'est ce que le législateur avait vraiment pensé.

En tout cas, il est clair que ce texte n'était justement pas du tout clair. Et qu'il est facile d'avoir plusieurs interprétations sur le fonctionnement du scrutin.

Pour Rémond, oui, là, je pense qu'il est quand même clair qu'il n'est pas question d'attribuer tous les sièges du département (ou de la circonscription) à la même liste puisqu'il est bien question de candidat et pas de liste dans l'alinéa 1.

Quant aux liste réduites, je me demande aussi si ce n'était pas l'effet des morts de la Première Guerre. Je pense que le gouvernement a aussi voulu s'assurer que toutes les tendances puissent s'exprimer et qu'aucune ne puisse être pénalisée parce que, par les hasards de la guerre, ses partisans avaient été plus victimes qu'une autre de la boucherie de la guerre.


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Message Publié : 19 Mai 2016 21:45 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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La lecture de votre dernier message me confirme dans le sentiment qu'est exacte l'interprétation donnée dans mon message précédent (à laquelle j'ai abouti grâce à votre premier jet).
Serait donc erroné l'article de wikipedia "Les élections législatives de 1919)" : " Il a été demandé à l'électeur de voter pour un candidat membre d'une liste. Il y a ensuite trois moyens d'être élu. D'une part, les candidats ayant rassemblé une majorité absolue de suffrages exprimés sur leur nom sont élus. Les sièges non-pourvus ainsi ont ainsi été répartis à la représentation proportionnelle, au quotient, entre les différentes listes (le score d'une liste étant bien entendu égal à l'addition des voix recueillies individuellement par les candidats qui y figurent). Enfin les sièges restants ont été tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix."
(C'est donc la dernière phrase qui serait inexacte).

Je ne suis pas tellement convaincu par votre hypothèse quant à l'origine du droit de présenter des listes incomplètes : tout parti trouvait quand même des gens pour se présenter.
(Dix-sept députés sont morts au champ d'honneur, sur six cents seize, soit 2,7%.)


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Message Publié : 20 Mai 2016 5:11 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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1° Comment comprendre le cinquième alinéa de l'article 10 ("Les sièges restants, s'il y a lieu, seront attribués à la plus forte moyenne") ?
J'ai écrit qu'il fallait le comprendre « seront attribués selon la méthode de la plus forte moyenne », plus précisément « seront attribués selon la méthode dite de la plus forte moyenne », plus précisément « seront attribués selon la méthode (dite d’Hondt) de la plus forte moyenne ».
Mais on peut le comprendre aussi « seront attribués à la liste ayant la plus forte moyenne. » (et c’est l’interprétation que vous avez donnée de ce cinquième alinéa, en omettant cependant l’étape 2, du quatrième alinéa (quotient électoral)).
À la réflexion, je pense que je me suis trompé.
Pourquoi ?
a) C’est une interprétation qui est plus proche du texte.
b) Je sais que, à l’élection de 1919 et à celle de 1924 (qui a eu lieu selon le même mode de scrutin) l’effet majoritaire a été important.
c) Avec cette interprétation, l’erreur commise par wikipedia et celle commise par René Rémond sont moins importantes qu’elles ne le sont avec ma première interprétation.

2° Pourquoi le quatrième alinéa ? Prenons des exemples.
Cinq sièges à pourvoir. 100 000 suffrages exprimés. QE : 20 000. Aucun siège attribué selon le premier alinéa.

3° Exemple 1.
Liste A. 5 candidats. Total 15 000. Moyenne : 3 000.
Liste B. 2 candidats. Total 80 000. Moyenne : 40 000.
Liste C. 5 candidats. Total 5 000. Moyenne : 1 000.

Par l’étape 2, du quatrième alinéa, deux sièges sont attribués à la liste B, puisque sa moyenne contient deux fois le QE.
Comment attribuer les trois sièges restants, selon l’étape 3, du cinquième alinéa (« Les sièges restants, s'il y a lieu, seront attribués à la plus forte moyenne. ») ?
Stricto sensu, il faudrait les attribuer à la liste B. Or elle a déjà deux élus pour deux candidats… Il est évident qu’il faut les attribuer à la liste A. Le texte doit donc être compris comme signifiant « à la plus forte moyenne des listes dont tous les candidats n’ont pas déjà reçus un siège par les étapes précédentes ».


4° Exemple 2.
Liste A. 5 candidats. Total 49 000. Moyenne : 9 800.
Liste B. 1 candidat. Total 20 000. Moyenne : 20 000.
Liste C. 2 candidats. Total 30 000. Moyenne : 15 000
Liste D. 5 candidats. Total 1 000. Moyenne : 200.
Par l’étape 2, du quatrième alinéa, un siège est attribué à la liste B.
Par l’étape 3, du cinquième alinéa, comment attribuer les sièges restants ?
Deux sièges sont attribués à la liste C.
Restent deux sièges à attribuer.
On ne peut que les attribuer à la liste A.

5° Exemple 3.
Liste A. 5 candidats. Total 80 000. Moyenne : 16 000.
Liste B. 5 candidats. Total 20 000. Moyenne : 4 000.
Par l’étape 2, du quatrième alinéa, aucun siège n’est attribué.
Avec 80% des voix, la liste A emporte donc 100% des sièges.

6° Exemple 4.
Liste A. 5 candidats. Total 50 001. Moyenne : 10 000,0002.
Liste B. 5 candidats. Total 49 999. Moyenne : 9,9998.
Par l’étape 2, du quatrième alinéa, aucun siège n’est attribué.
Avec 50% des voix plus une, la liste A emporte donc 100% des sièges.
(wikipédia est vérifié : « Enfin les sièges restants ont été tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix. »)

7° Exemple 5.
Liste A. 5 candidats. Total 20 001. Moyenne : 4,0002.
Liste B. 5 candidats. Total 20 000. Moyenne : 4 000.
Liste C. 5 candidats. Total 20 000. Moyenne : 4 000.
Liste D. 5 candidats. Total 20 000. Moyenne : 4 000.
Liste E. 5 candidats. Total 19 999. Moyenne : 3,99998.

Par l’étape 2, du quatrième alinéa, aucun siège n’est attribué.
Avec 20% des voix plus une, la liste A emporte donc 100% des sièges.

8° Avec tous ces exemples, on voit que reste inutile le premier aliéna (« Tout candidat qui aura obtenu la majorité absolue est proclamé élu dans la limite des sièges à pourvoir »).

9° Comment qualifier ce mode de scrutin ?
En cas de listes complètes, c’était un scrutin départemental (ou semi-départemental) de liste majoritaire (la liste ayant le plus de voix emporte tous les sièges) (comme le scrutin de 1885). Il y a possibilité de présenter des listes incomplètes, qui remportent autant de fois un siège que leur moyenne contient le QE.


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Message Publié : 20 Mai 2016 6:24 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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Contrairement à ce que j’ai écrit dans mon message précédent, je pense maintenant qu’il est invraisemblable que premier alinéa doit inutile.
Trouver un cas où il ne l’est pas est cependant difficile…

Exemple.
Trois sièges à pourvoir. 30 000 suffrages exprimés. QE : 10 000.

Liste A. 3 candidats. Total 15 000. Moyenne : 5 000.
Candidat 1 : 15 000 voix. Candidat 2 : zéro voix. Candidat 3 : zéro voix.
Liste B. 1 candidat. Total 5 000. Moyenne : 5 000.
Liste C. 1 candidat. Total 5 000. Moyenne : 5 000.
Liste D. 1 candidat. Total 5 000. Moyenne : 5 000.

On pourrait croire qu’on se trouve dans ce cas. Pour éviter d’avoir à départager selon le premier alinéa de l’article 12 (« En cas d'égalité de suffrages, l'élection est acquise au candidat le plus âgé»), le premier alinéa de l’article 10 jouerait et ferait attribuer le premier siège au candidat 1 de la liste A. Mais en fait, non. Car en ce cas jouerait l’article 11 (« Le candidat unique, s'il n'a pas la majorité absolue, n'entrera en ligne pour la répartition des sièges que lorsque les candidats appartenant à d'autres listes, et ayant obtenu plus de suffrages que lui, auront été proclamés élus. »)

Bref, je cale. Cela dit, il est évident que les cas où le premier alinéa doit jouer doivent être rarissimes, voire même invraisemblables et qu’il n’est là que pour des raisons purement théoriques.


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Message Publié : 20 Mai 2016 9:50 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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Une des beautés de la loi m’avait échappé. Elle est contenue dans le dernier alinéa de l’article 10 : « Les sièges seront, dans chaque liste, attribués aux candidats qui auront réuni le plus de suffrages. »
Nous sommes habitués à ce que les sièges attribués à une liste soient attribués aux candidats de cette liste dans l’ordre de présentation des candidats. Ordre fixé par le parti (au niveau national ou au niveau local). Là, l’ordre est fixé par les électeurs.
Avec cette disposition, on perd ce que d’aucuns trouvent un avantage de la RP : les députés sont disciplinés parce que c’est le parti qui les choisit. Et on gagne ce que d’aucuns trouvent un avantage du scrutin uninominal : ce sont les électeurs qui choisissent entre les candidats.

Cette disposition du dernier alinéa est évidemment cohérente avec le vote des électeurs pour un candidat dans une liste et non leur vote pour une liste de candidats. Tout ceci étant évidemment un héritage du scrutin uninominal en vigueur précédemment. Gageons que, dans un département qui, dans le scrutin précédent (en vigueur des élections de 1889 à celles de 1914, tous deux incluses), comprenait quatre circonscriptions et qui, avec ce scrutin de 1919, élisait quatre députés, les quatre candidats d’une liste complète « se partageaient » le département et que chacun faisait campagne dans une des anciennes circonscriptions, disant aux électeurs de cette circonscription qu’il les représenterait, eux, et non les électeurs des autres circonscriptions.


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Message Publié : 20 Mai 2016 10:12 
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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L’effet majoritaire de cette loi électorale était évidemment très fort.
Cela explique les résultats.
En 1919, dans le département moyen essentiellement une liste socialiste (comprenant aussi les futurs communistes, puisque la scission ne s’était pas encore produite) (21% des voix au niveau national), une liste radicale (17% des voix au niveau national), et une liste Bloc national (53% au niveau national, comprenant d’ailleurs des radicaux ayant préféré s’allier à la droite (6%)). Le Bloc national remporte donc une victoire écrasante.
En 1924, dans le département moyen essentiellement une liste unie socialiste et radicale (Cartel des gauches) (38% des voix au niveau national), une liste communiste (10% des voix au niveau national), et une liste de droite (35%). La coalition de Cartel des gauches l’emporte haut la main en nombre de sièges.


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Message Publié : 22 Mai 2016 20:27 
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Inscription : 17 Juin 2013 18:20
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Je vois que dans son "Léon Blum" (2006) Serge Berstein pense comme René Rémond : il affirme que, si une liste reçoit la majorité absolue des suffrages exprimés dans une circonscription, elle emporte tous les sièges, sinon ils sont attribués à la proportionnelle (p 198). De même pour les élections de 1924 il parle "de la prime à la majorité absolue et du système de répartition des restes à la plus forte moyenne'.

Je suis parvenu à trouver les résultats d’un bon nombre de circonscriptions. http://images.expressdumidi.bibliothequ ... _11_19.pdf.

J’en extrais :
Savoie
Inscrits, 70.081 ;
suffrages exprimés, 50.467 ;
majorité absolue, 26.220 ;
quotient électoral, 10.091
. Liste républicaine indépendante : Delachenal, 20.133 ; Richard, 19.164 ; Thibiercz, 18.711 ; Sibuet 18.816 ; Léger, 19.012.
Total : 95.838 [en fait 95 836]. Moyenne : 19.167. Soit 13,34 % des exprimés.
. Liste républicaine des anciens combattants : Gotteland, 7.330 ; Monard, 7.074 ; Bocoacie, 6.471 ; Sarraz-Bourmet, 6.503 ; Bozon-Verduraz, 6.288.
Total : 33.666. Moyenne : 6.733. Soit 13,34 % des exprimés.
. Liste d'Union républicaine : Borrel, 18.732 ; Dussuel, 16.736 ; Falcoz, 16.606 ; Mariât, 16.675 ; Praigollet, 17.524.
Total : 86.275. Moyenne : 17.255.
. Liste du parti socialiste unifié : Bévillard, 5.751 ; Dumallard, 5.827 ; Favre, 5.179 ; Finas, 5.362 ; Thomas, 5.542.
Total : 27.641. Moyenne : 5.532

Elus au quotient : Delachenal, Borrel.
A la plus forte moyenne : Richard, Léger, Sibuet.

1° Il y avait cinq députés à élire.
Chaque liste contient cinq noms et est donc complète.

2° Je ne comprends pas pourquoi la majorité absolue ( - 1) multipliée par deux est supérieure au total des suffrages exprimés : 26 219 x 2 = 52 438. La différence est de 52 438 – 50 467 = 1971.
En Loire-Inférieure, le nombre de votants est aussi indiqué :
Inscrits, 87.365; votants, 57.711 ; suffrages exprimés, 55.691; majorité absolue, 27.801.
27 800 x 2 = 55 600. Donc, ici la majorité absolue (– 1) multipliée par deux est INFERIEURE au total des suffrages exprimés. Différence : 91 voix.
C’est à dormir debout…

3° 50 467 / 5 = 10 093,4. Le QE devrait donc être de 10 093. Ils annoncent 10 091. Bizarre…

4° Il est clair que chaque électeur ne votait pas pour un seul nom…
Faisons la somme des sommes des voix pour chaque liste.
RI : 95 838
RAC : 33 666
UR : 86 275
PSU : 27 641
TOTAL 243 420
Or, exprimés : 50 467.
243 420 / 50 467 = 4,823.
Donc, en moyenne, un électeur a voté pour 4,823 candidats. 4,823 / 5 = 0,96 = 96%.
Comment ? Je suppose qu’il fallait cocher chaque nom, et que certains électeurs cochaient seulement certains noms.
Exprimons les résultats en pourcentages.
RI : 95 838 / 243 420 = 39,37%
RAC : 33 666 / 243 420 = 13,83%
UR : 86 275 / 243 420 = 35,44%
PSU : 27 641 / 243 420 = 11 ,35%
TOTAL 100%


3° Pourquoi Delachenal (20 133) et Borrel (18 732) sont-ils élus au quotient ? Et pourquoi Richard (19 164) ne l’est-il pas ?
« Il est attribué à chaque liste autant de sièges que sa moyenne contient de fois quotient électoral. »
QE : 10 091 (ou 10 093 ?)
Moyenne liste RI : 19 167
Moyenne liste UR 17 255.
Les deux autres listes ont des moyennes inférieures au QE :
RAC : 6 733
PSU : 5 532
En exprimant cela en termes de moyenne : le QE étant de 20%, deux sièges ont été attribués au titre du QE : 1 siège à la liste qui a eu 39%, et 1 à celle qui a eu 35%. Il y a eu donc 60% de restes, attribués tous à la liste qui a eu 39%.


4° Les trois sièges restant sont bien tous attribués dans la liste ayant la plus forte moyenne. Et, dans cette liste, aux trois candidats ayant le plus de voix parmi ceux non déjà élus par QE.
« Il est attribué à chaque liste autant de sièges que sa moyenne contient de fois quotient électoral. Les sièges restants, s'il y a lieu, seront attribués à la plus forte moyenne. »


CONCLUSION (provisoire).
Apparemment :
1° Un électeur ne votait pas pour un nom d’une liste, ni nécessairement pour tous les noms d’une liste, mais pour au moins un nom d’une liste. Ici, les bulletins ont été remplis à 96%.
2° Dans le cas de listes complètes (cas le plus fréquent, j’imagine) :
On attribuait à chaque liste autant de sièges qu’elle comprenait de fois le QE.
Puis tous les sièges restant allaient à la liste ayant eu le plus de voix (et donc la plus forte moyenne).
3° Pour le moment, je continue donc de penser que Rémond et Berstein se trompent.
Qu’en est-il de wikipedia ? « Il a été demandé à l'électeur de voter pour un candidat membre d'une liste. Il y a ensuite trois moyens d'être élu. D'une part, les candidats ayant rassemblé une majorité absolue de suffrages exprimés sur leur nom sont élus. Les sièges non-pourvus ainsi ont ainsi été répartis à la représentation proportionnelle, au quotient, entre les différentes listes (le score d'une liste étant bien entendu égal à l'addition des voix recueillies individuellement par les candidats qui y figurent). Enfin les sièges restants ont été tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix . »
C’est la première phrase qui est erronée. Les autres seraient exactes.
4° J’ai un petit problème avec le calcul de la majorité absolue.
Et un tout petit avec le calcul du QE.


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Message Publié : 22 Mai 2016 23:21 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Juin 2013 18:20
Message(s) : 527
Quelques résultats, avec mon commentaire précédé d’un « µ ».

SEINE-INFERIEURE.
Inscrits. 222.360 ; votants, 148.300 ; bulletins blancs et nuls, 7.067 ; suffrages exprimés, 141.233.
. Liste d'Union nationale républicaine et démocratique : Siegfried, 96.804; Paul Bignon 95.984 ; Bureau 96.210 ; Aneel 96.246 ; de Bagneux 94.757 ; Lavoine 93.721 ; Nibelle 95.506 ; Peyroux 95.167 : Maiiaard 95.583. Thouniyre 95.598 ; Anquetil 95.504.
. Liste socialiste unifiée : MM. Bazin, 40.772 ; Bazire, 39.516 ; Courage. 40.918 ; Descheerder, 40.246 ; Gille, 40.544 ; Hauchecorne, 40.331 ; Le Chapelain, 41.333 ; Montagne. 40.783 ; Poisson, 41.649.; Tilloy, 42.581 ; Waroquier, 40.915.
. Liste libertaire anarchiste ; cette liste obtient 25 suffrages.
Toute la liste d'Union républicaine nationale et démocratique est élue à la majorité absolue : MM. Siegfried, Paul Bignon Bureau. Aneel, de Bagneux, Lavoine,. Nibelle, Peyroux, Maillard. Thoumyre et Anquetil.

µ Majorité = (141 233 / 2) + 0,5 = 70 617.
En effet, le candidat de la liste UNRD qui a eu le moins de voix en a quand même eu 66%.
Chaque candidat de cette liste a donc eu la majorité absolue.
Ils sont donc tous élus. 66 à 68% des voix font donc 100% des sièges.

DEUX-SÈVRES
Inscrits 73.300 ; suffrages exprimés, 51.555
Liste d'Union nationale républicaine. — Sont élus à la majorité : MM. About (p.), 27.191 Causeret (p.), 26 711. ; Gay (p.). 26.605 ; de Menthou (p.), 26.701.
Liste d'Union républicaine : MM. René Re noult (r. s.), d. s.. 18.967 ; Paul Morel. sous secrétaire d'Etat à la liquidation des stocks (] s., 18.768 : Peureux .(r. r.), 18.470 ; Préboir (r. r.), ISJSÎS?.
Liste socialiste : MM. Lagelée. 6.273 ; Boss 4.253 : Grosjean, 5.048 ; Fillon, 4.937.

µ Ici, ce sont 51% à 52% des voix qui donnent 100% des sièges.

SAONE-ET-LOIRE
Inscrits. 176.958 ; votants, 120.277 ; suffrage exprimés, 117 865.
Liste de concentration républteaine : MM Simyan (r. s.), d. s., 63.465 ; Faisant (r. s d s ,62.261 : Maître (s. i.), d. s., 62.733 ; Ponce (r s ) d. s.. 63.051 ; Jamln (r. g.). 63.824 ; Cor délie (p.). 62.639 ; Tisseyre (p.), 63.394 ; Decoè ne-Bacouchot (r. g.), 63.461 ; Lavau. 63.749. Moyenne. 63.064.
. Liste socialiste unifiée : MM. Bouveri, d. s 38 142 ; Théo-Bretin, 36.363 : Bras, d. s., 35.223 David 34.608 ; Girard. 34.541 ; Sabre, 35.400 Merle' a d., 34.752 : Duragiion, 34.596 ; Gen dre 34 404. Moyenne, 36.338.
. Liste d'alliance républicaine pour l'ordre contre La désordre ; MM. Lagier (r. «J. 4.544 ; Pesroches (r. g.). 4,526 ; Marchand (r. g,), 4.278 ; Maillet (r. g.). 4.526 ; Goetz (r. g.). 4.503 Moyenne. 4.475.
. Liste républicaine des mutilés et anciens combattants et des réformes économicfues et .sociales : MM. Blanchard (r. s.), 18.601 ; Painaud (r. s.), 12.324 : Couillerot (r. g.), 14.041 ; Dionuet Cr. s.). 12.181 ; Joly (r. g.), 12.790 Michelot (r. g.). 12.979 ; Robert (r. g.). 12.616. Moyeime, 12.933.

Sont élus : Simyan, Faisant, Maître, Poncet, Janin, Cordelle, Tisseyi-e. Decoène-Racouohot, Lavau.

µ 9 députés à élire.
Majorité absolue : (117 865 / 2) + 0,5 = 58 933.
Tous les candidats de la liste CR ont la majorité absolue et sont élus
Total des voix reçues par des candidats : (63 064 + 36 338 + 4 475 + 12 933 ) x 9 = 116 810 x 9 = 1 051 290.
Moyenne de la liste CR exprimée en pourcentage :
CR : 63 064 / 1 051 290 = 59%.
Avec 59%, elle a tous les sièges.


CONCLUSION.

1° Contrairement à ce que j’ai écrit Rémond et Berstein ne se trompent pas (même s’ils simplifient un peu – d’ailleurs légitimement) : une liste qui a la majorité absolue remporte tous les sièges (plus exactement : une liste dans laquelle chaque candidat a la majorité absolue remporte tous les sièges).

2° Normalement, par ce premier procédé, soit tous les sièges sont attribués, soit aucun.

3° Si aucun siège n’a été attribué, alors une liste reçoit autant de sièges que son résultat contient de fois le QE.

4° Puis tous les sièges non attribués (qui peuvent être nombreux : par exemple, en Saône et Loire, circonscription à 5 députés, les résultats ont été 39%, 36%, 13% et 11%, si bien que seuls 2 sièges sur 5 ont été attribués au titre du QE) vont à la liste qui a eu le plus de voix (plus exactement : qui a eu la plus forte moyenne).


CONSEQUENCE.

1° Donc, les partis ont intérêt à intégrer une coalition qui aura la majorité absolue : cette coalition se partagera alors tous les sièges.
Faute de cela, ils ont intérêt à intégrer la coalition qui aura le plus de voix : cette coalition recevra tous les restes non attribués par QE.

2° Ce type de scrutin favorise donc le regroupement des partis devant les électeurs, et ultimement pousse au regroupement de tous les partis en deux alliances.

3° C’est la droite qui a voté cette loi électorale en 1919, pour isoler le parti socialiste (qui incluait les futurs communistes puisque la scission n’avait pas encore eu lieu). Effectivement, les socialistes n’ont pas constitué de listes communes avec les radicaux. Il y a donc eu essentiellement trois listes par circonscriptions.
. Socialistes.
. La majorité des radicaux et certains modérés de gauche.
. Bloc national : Certains radicaux + droite.
En 1924, il y a essentiellement eu :
. Communistes.
. Socialistes + radicaux.
. Droite.
C’est l’alliance socialistes + radicaux qui l’a emporté.
Les socialistes détestaient être contraints de faire liste commune avec les radicaux : cela altérait leur pureté.
La coalition victorieuse en 1924 a donc rétabli le scrutin uninominal majoritaire à deux tours (le même que nous connaissons maintenant). Il y avait désistement entre socialistes et radicaux. Les communistes se maintenaient partout où ils pouvaient. Quand le communiste arrivait en tête, le socialiste se désistait pour lui (unilatéralement). En 1936, les communistes sont entrés dans l’alliance électorale de gauche.

4° La droite a donc pesé pour un mode de scrutin poussant à des alliances liant assez étroitement les partis alliés (puisque présents sur une liste commune), la gauche pesé dans le sens d’un mode de scrutin permettant des alliances bien moins fortes (simple retrait du candidat de gauche distancé par un autre candidat de gauche).
La droite a donc pesé dans le sens de la constitution de majorités parlementaires plus solides.


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Message Publié : 22 Mai 2016 23:21 
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Quelques résultats, avec mon commentaire précédé d’un « µ ».

SEINE-INFERIEURE.
Inscrits. 222.360 ; votants, 148.300 ; bulletins blancs et nuls, 7.067 ; suffrages exprimés, 141.233.
. Liste d'Union nationale républicaine et démocratique : Siegfried, 96.804; Paul Bignon 95.984 ; Bureau 96.210 ; Aneel 96.246 ; de Bagneux 94.757 ; Lavoine 93.721 ; Nibelle 95.506 ; Peyroux 95.167 : Maiiaard 95.583. Thouniyre 95.598 ; Anquetil 95.504.
. Liste socialiste unifiée : MM. Bazin, 40.772 ; Bazire, 39.516 ; Courage. 40.918 ; Descheerder, 40.246 ; Gille, 40.544 ; Hauchecorne, 40.331 ; Le Chapelain, 41.333 ; Montagne. 40.783 ; Poisson, 41.649.; Tilloy, 42.581 ; Waroquier, 40.915.
. Liste libertaire anarchiste ; cette liste obtient 25 suffrages.
Toute la liste d'Union républicaine nationale et démocratique est élue à la majorité absolue : MM. Siegfried, Paul Bignon Bureau. Aneel, de Bagneux, Lavoine,. Nibelle, Peyroux, Maillard. Thoumyre et Anquetil.

µ Majorité = (141 233 / 2) + 0,5 = 70 617.
En effet, le candidat de la liste UNRD qui a eu le moins de voix en a quand même eu 66%.
Chaque candidat de cette liste a donc eu la majorité absolue.
Ils sont donc tous élus. 66 à 68% des voix font donc 100% des sièges.

DEUX-SÈVRES
Inscrits 73.300 ; suffrages exprimés, 51.555
Liste d'Union nationale républicaine. — Sont élus à la majorité : MM. About (p.), 27.191 Causeret (p.), 26 711. ; Gay (p.). 26.605 ; de Menthou (p.), 26.701.
Liste d'Union républicaine : MM. René Re noult (r. s.), d. s.. 18.967 ; Paul Morel. sous secrétaire d'Etat à la liquidation des stocks (] s., 18.768 : Peureux .(r. r.), 18.470 ; Préboir (r. r.), ISJSÎS?.
Liste socialiste : MM. Lagelée. 6.273 ; Boss 4.253 : Grosjean, 5.048 ; Fillon, 4.937.

µ Ici, ce sont 51% à 52% des voix qui donnent 100% des sièges.

SAONE-ET-LOIRE
Inscrits. 176.958 ; votants, 120.277 ; suffrage exprimés, 117 865.
Liste de concentration républteaine : MM Simyan (r. s.), d. s., 63.465 ; Faisant (r. s d s ,62.261 : Maître (s. i.), d. s., 62.733 ; Ponce (r s ) d. s.. 63.051 ; Jamln (r. g.). 63.824 ; Cor délie (p.). 62.639 ; Tisseyre (p.), 63.394 ; Decoè ne-Bacouchot (r. g.), 63.461 ; Lavau. 63.749. Moyenne. 63.064.
. Liste socialiste unifiée : MM. Bouveri, d. s 38 142 ; Théo-Bretin, 36.363 : Bras, d. s., 35.223 David 34.608 ; Girard. 34.541 ; Sabre, 35.400 Merle' a d., 34.752 : Duragiion, 34.596 ; Gen dre 34 404. Moyenne, 36.338.
. Liste d'alliance républicaine pour l'ordre contre La désordre ; MM. Lagier (r. «J. 4.544 ; Pesroches (r. g.). 4,526 ; Marchand (r. g,), 4.278 ; Maillet (r. g.). 4.526 ; Goetz (r. g.). 4.503 Moyenne. 4.475.
. Liste républicaine des mutilés et anciens combattants et des réformes économicfues et .sociales : MM. Blanchard (r. s.), 18.601 ; Painaud (r. s.), 12.324 : Couillerot (r. g.), 14.041 ; Dionuet Cr. s.). 12.181 ; Joly (r. g.), 12.790 Michelot (r. g.). 12.979 ; Robert (r. g.). 12.616. Moyeime, 12.933.

Sont élus : Simyan, Faisant, Maître, Poncet, Janin, Cordelle, Tisseyi-e. Decoène-Racouohot, Lavau.

µ 9 députés à élire.
Majorité absolue : (117 865 / 2) + 0,5 = 58 933.
Tous les candidats de la liste CR ont la majorité absolue et sont élus
Total des voix reçues par des candidats : (63 064 + 36 338 + 4 475 + 12 933 ) x 9 = 116 810 x 9 = 1 051 290.
Moyenne de la liste CR exprimée en pourcentage :
CR : 63 064 / 1 051 290 = 59%.
Avec 59%, elle a tous les sièges.


CONCLUSION.

1° Contrairement à ce que j’ai écrit Rémond et Berstein ne se trompent pas (même s’ils simplifient un peu – d’ailleurs légitimement) : une liste qui a la majorité absolue remporte tous les sièges (plus exactement : une liste dans laquelle chaque candidat a la majorité absolue remporte tous les sièges).

2° Normalement, par ce premier procédé, soit tous les sièges sont attribués, soit aucun.

3° Si aucun siège n’a été attribué, alors une liste reçoit autant de sièges que son résultat contient de fois le QE.

4° Puis tous les sièges non attribués (qui peuvent être nombreux : par exemple, en Saône et Loire, circonscription à 5 députés, les résultats ont été 39%, 36%, 13% et 11%, si bien que seuls 2 sièges sur 5 ont été attribués au titre du QE) vont à la liste qui a eu le plus de voix (plus exactement : qui a eu la plus forte moyenne).


CONSEQUENCE.

1° Donc, les partis ont intérêt à intégrer une coalition qui aura la majorité absolue : cette coalition se partagera alors tous les sièges.
Faute de cela, ils ont intérêt à intégrer la coalition qui aura le plus de voix : cette coalition recevra tous les restes non attribués par QE.

2° Ce type de scrutin favorise donc le regroupement des partis devant les électeurs, et ultimement pousse au regroupement de tous les partis en deux alliances.

3° C’est la droite qui a voté cette loi électorale en 1919, pour isoler le parti socialiste (qui incluait les futurs communistes puisque la scission n’avait pas encore eu lieu). Effectivement, les socialistes n’ont pas constitué de listes communes avec les radicaux. Il y a donc eu essentiellement trois listes par circonscriptions.
. Socialistes.
. La majorité des radicaux et certains modérés de gauche.
. Bloc national : Certains radicaux + droite.
En 1924, il y a essentiellement eu :
. Communistes.
. Socialistes + radicaux.
. Droite.
C’est l’alliance socialistes + radicaux qui l’a emporté.
Les socialistes détestaient être contraints de faire liste commune avec les radicaux : cela altérait leur pureté.
La coalition victorieuse en 1924 a donc rétabli le scrutin uninominal majoritaire à deux tours (le même que nous connaissons maintenant). Il y avait désistement entre socialistes et radicaux. Les communistes se maintenaient partout où ils pouvaient. Quand le communiste arrivait en tête, le socialiste se désistait pour lui (unilatéralement). En 1936, les communistes sont entrés dans l’alliance électorale de gauche.

4° La droite a donc pesé pour un mode de scrutin poussant à des alliances liant assez étroitement les partis alliés (puisque présents sur une liste commune), la gauche pesé dans le sens d’un mode de scrutin permettant des alliances bien moins fortes (simple retrait du candidat de gauche distancé par un autre candidat de gauche).
La droite a donc pesé dans le sens de la constitution de majorités parlementaires plus solides.


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