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Message Publié : 12 Nov 2016 17:54 
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Hérodote
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Inscription : 22 Sep 2016 20:06
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Bonjour à tous,

Questions: à votre avis, dans le cadre d'un quelconque projet de recherche (universitaire ou autre), comment tire-t-on profit d'un document historique inédit, jamais étudié par aucun historien ? c'est-à-dire : comment réussit-on à percevoir les intérêts qui s'en dégagent outre l'aspect "ancien et authentique" ? une fois le document jugé "intéressant", exploitable, quelles sont les étapes à suivre pour écrire une réflexion historienne à ce sujet ? est-ce "simple" de se dire qu'un document n'a pas trop d'intérêt ? Par exemple, à la faculté (3ème année), on nous annonce qu'au deuxième semestre nous aurons un petit dossier de recherche à mener sur un document jamais exploité, au choix, pour nous initier au métier de chercheur. Alors je me questionne. Dans vos expériences personnelles, a-t-il été "facile" de déterminer si un document était opportun ou non ? est-ce que cela se voit au premier coup d'oeil, ou s'acquiert avec le temps et des questionnements ? Pour résumer un peu tout cela: comment interroger, finalement, un document historique ? quelles sont les méthodes ? :-)

Et pour ceux qui ont eu une telle expérience privilégiée : comment se vit la relation de l'historien à son document ? est-ce enrichissant, enthousiasmant ? quelles ont été vos expériences, vos éventuelles déceptions, vos réussites ?

C'est un fil ouvert aux débats, aux témoignages d'expériences, etc. Je pense que cela pourrait beaucoup m'enrichir alors j'espère avoir vos retours! Merci bien


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Message Publié : 13 Nov 2016 18:10 
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Jean Froissart
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Inscription : 28 Avr 2006 23:02
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Localisation : Val de Marne
Tous les documents ont un intérêt pour l'Histoire. Beaucoup sont hors sujet pour un historien en particulier, mais pourront intéresser un autre historien. Donc, la question revient à savoir si le document entre dans votre domaine d'étude. Mais comme vous êtes étudiante, tout ce que vous donne votre professeur en fait partie, et donc est intéressant de facto. Vous n'avez pas le choix de vos sujets pour le moment.

Cependant, les débutants en histoire partent souvent à l'envers, en voulant démontrer une théorie et en l'illustrant par des documents historiques, alors que la bonne démarche consiste à partir de documents pour fonder une théorie. On part donc du réel vers l'abstrait, et non pas le contraire, sinon on ne fait pas de la science historique, mais de la politique ou du mauvais journalisme. Le document est la matière première de l'historien.

Ensuite, quand l'historien présente son étude, il lui arrive de mettre d'abord en avant sa théorie et de l'étayer secondairement par des documents. Cela dépend du style de chaque rédacteur, et des contraintes imposées par l'éditeur. Par exemple, dans le domaine du journalisme, il est fortement conseillé d'écrire en premier les choses les plus importantes, car le lecteur se fatigue vite. Mais dans le domaine universitaire, il est parfois recommandé de présenter les choses selon l'ordre de leur découverte, car le professeur peut alors suivre le chemin de l'étudiant et comprendre sa démarche.

Qu'un document soit inédit ou pas, il faut toujours l'étudier en pensant d'abord qu'il est inédit, et ensuite tenir compte des études faites par d'autres. Sinon, on est forcément influencé par les études des autres, et on risque de recopier des erreurs. De toutes manières un document est toujours un peu inédit comme un fleuve dans lequel on entre n'est jamais tout à fait le même. En effet, le contexte du document évolue, puisque les connaissances historiques évoluent. Et même si ne rien ne changeait, cela n'aurait pas d'intérêt de copier ce qu'un autre historien a écrit. Donc, on regardera un document sous un éclairage inédit, qui lui donnera une nouvelle couleur.

Maintenant, personnellement, quand j'ai rencontré des documents inédits, l'expérience n'a pas été toujours facile à cause de deux problèmes. Le premier est qu'il faut bien comprendre le document. Or il arrive fréquemment qu'il y ait des zones d'ombre ou plusieurs hypothèses possibles. Par exemple, pour savoir qui est l'auteur du document, cela peut se révéler assez compliqué. Même s'il y a son nom, il ne faut pas exclure l'hypothèse que le document soit mal attribué, ou que ce soit l'oeuvre d'un faussaire. Un autre exemple est de ne pas se tromper sur la signification de certains mots rares ou qui ont changé de sens. Le deuxième problème que j'ai rencontré est la contradiction que peut apporter le document inédit par rapport à une théorie courante. Par exemple, lors de mes recherches sur Nicolas Copernic, j'ai découvert que d'autres astronomes faisaient partie du groupe de chanoines vivant avec lui. Cela entrait en contradiction avec la théorie générale qui voulait que Copernic fut un génie solitaire. Les remises en question ne sont jamais faciles, car elles nécessitent un combat contre d'autres historiens. Pour le gagner, il faut avoir le plus de munitions possibles, et pas seulement le document qui est à la source de la contradiction. Dans mon cas, il a fallu que je trouve pourquoi les autres s'étaient trompés. En fait, cela venait de Copernic lui-même qui avait écrit qu'il vivait dans un endroit "le plus reculé de la terre". En fait, c'était un isolement relatif par rapport aux autres savants des grandes villes qui pouvaient avoir plus de moyens. De plus, Copernic avait quelques motivations particulières pour exagérer sa solitude dans ce récit et dans ce contexte. Il a fallu aussi que je trouve d'autres documents qui montrent qu'il n'était pas aussi isolé qu'il le prétendait. Comme toujours, on tire sur le bout d'un fil, et on se retrouve à détricoter tout un pull (d'ailleurs, excusez-moi pour ma réponse trop longue).


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Message Publié : 13 Nov 2016 19:13 
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Hérodote
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Inscription : 22 Sep 2016 20:06
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Oliviert a écrit :
Mais comme vous êtes étudiante, tout ce que vous donne votre professeur en fait partie, et donc est intéressant de facto. Vous n'avez pas le choix de vos sujets pour le moment.


Bonsoir,

J'ai dû mal m'exprimer car, en fait, nous avons véritablement un sujet de recherche à réaliser à partir du document de notre choix sans liste de proposition. C'est à nous de faire les démarches, de nous rendre dans les fonds d'archives, etc. C'est un parcours qui a pour souhait de nous initier à la recherche. Les consignes ne nous ont pas encore été données, je ne peux en dire plus, mais dans ce fil, je m'interroge surtout sur le quotidien, le métier du chercheur, bien davantage que sur ce projet à réaliser dans le cadre de la fac dont j'aurai les réponses à mes questions un peu plus tard :) (Edit- Cela étant, il est vrai que je m'interroge aussi sur la façon dont je vais trouver un document inédit qui soit exploitable...)

Je trouve votre témoignage très important pour moi qui ne connais rien à ce monde et je le trouve par ailleurs fort intéressant, aussi. Et tout d'abord, je vous félicite pour ces trouvailles ! Je me demande comment se résume votre "quotidien", le temps que cela vous prend, les méthodes pour trouver ces autres documents soutenant votre hypothèse. Tout cela m'intéresse beaucoup. Vous vous excusez d'écrire un long message, mais je vous encourage au contraire à m'en dire davantage, pour me délivrer les petits secrets de ce "métier"*, car c'est quelque chose que je trouve vraiment fascinant et enthousiasmant. J'aimerais beaucoup que l'on me donne différents points de vue, différents témoignages des sensations rencontrées, du plaisir que c'est d'être chercheur, du déplaisir aussi, parfois (une petite analyse anthropologique en somme!). Pour le moment, j'ai l'âge et l'expérience d'avoir le point de vue de celle qui assimile l'historien à l'enquêteur (historia...) avec sa loupe et sa casquette, c'est très caricatural pour moi à cet instant et je suis très curieuse d'en avoir des retours (avant de le vivre, peut-être ; je ne sais pas encore).

Très bonne soirée
Kath+

(*Je mets des guillemets car d'une part, je ne sais pas si le terme est juste pour parler du chercheur, et d'autre part, je ne sais pas si c'est votre situation.)


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Message Publié : 13 Nov 2016 20:27 
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Eginhard
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Je pense que la probabilité qu'un historien soit au contact d'un document inédit varie avec la période qu'il étudie.
Pour le XXe siècle, la masse documentaire disponible permet aux historiens de trouver une documentation peu ou pas exploitée, tandis que, pour les périodes plus anciennes, les documents inédits sont très rares. Un chercheur ne travaille pas nécessairement sur des documents inédits : il peut interroger de manière radicalement nouvelle un texte bien connu et rebattu ; ce sont les questions que l'historien pose au document qui renouvellent l'histoire.
Un document n'a donc d'intérêt que par les questions qu'on lui pose. Dès lors, la question que vous posez ("comment un historien évalue-t-il le degré d'intérêt de son document") est valable pour tout document, inédit ou non ; c'est même LA question fondamentale de l'historien, toujours et tout le temps, et il n'est pas possible d'y apporter une réponse unique, en quelques lignes. L'historien se demande tout le temps: quels documents chercher pour trouver une réponse à ma question?

De manière générale, c'est la culture historique du chercheur qui lui permet de savoir si le document est intéressant ou non. Il faut bien connaître le sujet dont parle le document et être familier de ce "type" de documents pour voir s'il apporte des informations nouvelles.
Pour prendre l'exemple d'OlivierT, c'est parce qu'il connaissait bien la vie de Copernic qu'il a été interpelé par un document mentionnant l'existence d'un groupe de chanoines travaillant avec lui ; s'il n'avait pas déjà lu beaucoup de travaux affirmant le caractère solitaire de Copernic, ce document nouveau ne lui aurait sans doute rien apporté.

Par conséquent, lorsque vous devrez choisir un document inédit (je me demande bien comment vous allez faire, si on ne vous guide pas! Vous aurez sans doute plus d'instructions...) et l'analyser, son apport historique ne vous apparaîtra qu'une fois que vous aurez beaucoup lu sur le sujet.


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Message Publié : 13 Nov 2016 22:39 
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Jean Froissart
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Inscription : 28 Avr 2006 23:02
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Localisation : Val de Marne
kath+ a écrit :
C'est à nous de faire les démarches, de nous rendre dans les fonds d'archives, etc. C'est un parcours qui a pour souhait de nous initier à la recherche. Les consignes ne nous ont pas encore été données, je ne peux en dire plus, mais dans ce fil, je m'interroge surtout sur le quotidien, le métier du chercheur, bien davantage que sur ce projet à réaliser dans le cadre de la fac dont j'aurai les réponses à mes questions un peu plus tard :) (Edit- Cela étant, il est vrai que je m'interroge aussi sur la façon dont je vais trouver un document inédit qui soit exploitable...)
J'avais mal compris. C'est plus clair maintenant.

Le quotidien peut varier beaucoup d'un chercheur à l'autre. Voici ce que j'ai retenu du travail d'une historienne professionnelle au CNRS, actuellement à la retraite.

Tout d'abord, elle a fait une thèse dans le cadre de ses études. Elle a été encouragée à la revoir et à la compléter en vue de la publication d'un livre. Je ne sais pas si c'est un éditeur qui lui a passé une commande, ou si c'est un supérieur hiérarchique qui l'a mise en contact avec un éditeur. En tous cas, elle s'est mise au travail sur cet ouvrage en ayant déjà l'assurance d'être publiée. Cela lui a demandé un ou deux ans de recherche. Le sujet était la correspondance entre deux personnes, un peu connues. Elle a trouvé les lettres, qui étaient pour la plupart inédites, en se renseignant auprès d'autres chercheurs, d'archivistes et de bibliothécaires, et en consultant des catalogues.

Ensuite, grâce à sa thèse, son livre, et sa fonction de spécialiste supposée, elle a été invitée à donner des conférences et à écrire des articles. Elle avait donc une communication à faire dans un cadre souvent assez large, par exemple la commémoration d'une date anniversaire. Elle devait faire preuve d'initiative pour trouver quelque chose d'intéressant. Elle s'y préparait plusieurs mois à l'avance. Elle passait la plupart de son temps dans les bibliothèques et les dépôts d'archives, ou bien chez elle quand elle avait accumulé suffisamment de matière première. Elle rendait régulièrement des rapports sur ce qu'elle faisait, mais allait assez rarement dans les locaux du CNRS.

Elle s'était spécialisée dans la présentation de correspondances inédites. Cela lui convenait bien parce qu'elle était douée pour la paléographie, et maîtrisait bien les langues employées, qui étaient le latin et le français, avec aussi un peu de grec, d'italien et d'allemand. Elle faisait une introduction assez longue où elle replaçait ces lettres dans leur contexte. Elle retranscrivaient les lettres en les enrichissaient avec des notes et des éclaircissements, tout en prenant soin de rédiger dans un style assez littéraire. Le fond et la forme comptent. Quelques fois, elle me lisait au téléphone ses versions provisoires, pour se rassurer. Evidemment, je la complimentais, mais perfidement, je lui posais aussi des questions qu'elle n'avait pas prévues. Elle faisait alors semblant de les trouver ridicules et sans intérêt. Mais quelques jours plus tard, elle me rappelait en m'apportant des réponses, qu'elles incluaient de temps en temps dans sa version définitive. Après la publication d'un article, elle en distribuait à certains collègues, qui faisaient de même.


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Message Publié : 15 Nov 2016 21:10 
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Hérodote
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Inscription : 22 Sep 2016 20:06
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Bonsoir,

Merci de m'accorder de votre temps :)

A Hélios,
En tout cas, quelles que soient les consignes, étant donné que nous n'avons que quelques mois pour réaliser ce travail de recherche (à côté des cours), il est certain que je ne pourrai pas adopter la méthode "quels documents chercher pour trouver une réponse à ma question ?" ; je serai sûrement contrainte de faire l'inverse, trouver un document pour mettre en lumière quelque chose, autrement il me faudrait un temps fou (entre trouver les sujets qui m'intéressent vraiment puis lire sur ces sujets puis trouver un document qui apporterait quelque chose de nouveau...).

Si cela vous intéresse, voici un exemple de situation concrète à laquelle je me retrouve confrontée. Ma grand-mère m'a apporté une malle pleine de timbres du monde entier vieux de quelques décennies maintenant (années 1940-1960 je dirais à vue d'oeil). J'ai vu des timbres avec des chefs militaires, certains avec Hitler. J'ai également un album Yvert & Tellier datant de 1943. Et donc je me suis questionnée: est-ce que cela pourrait être historiquement intéressant de se pencher sur ce corpus de documents ? est-ce que je peux éclairer un pan de l'histoire des représentations à travers les images véhiculées par le timbre ? Ce genre de questions peut peut-être paraître ridicule, mais je vous assure qu'à mon niveau d'études et de connaissances, c'est pour moi un véritable questionnement, ah, ah! Cela m'intéressait beaucoup de faire une analyse à ce sujet, mais j'ai peur que cela ne mène pas très loin, vous comprenez ? Quand je parle "d'intérêt" du document, c'est cela, finalement: comment comprendre le degré d'intérêt d'un document; mais vous l'avez très bien compris et votre réponse me paraît très claire. Je ne pourrai sûrement pas mettre cette technique en oeuvre, toutefois, comme je le disais, pour des raisons de temps!

A OlivierT,
Très intéressant ce témoignage, je vous en remercie. J'ignorais par exemple que le chercheur n'est pas souvent au CNRS. Je me demande s'il existe différents types de recherche, aussi. Existe-t-il par exemple des chercheurs, disons, "privés", qui ne travaillent pas pour le CNRS mais pour d'autres organismes, ou bien pour des particuliers, un peu à la manière des généalogistes ? Sinon, d'une distance focale un peu plus précise, y a-t-il des historiens les uns spécialisés par exemple dans "l'éclairage" de documents, justement à la manière de votre connaissance au sujet de ces deux personnages, et d'autres spécialisés plutôt dans les analyses/les conclusions ? comment se définit, finalement ce travail d'historien, est-ce que chaque historien a sa définition personnelle de la profession... Tout ce questionnement autour du métier d'historien m'intéresse beaucoup :)

J'espère avoir d'autres retours sur des témoignages. C'est très intéressant ! Je vous invite grandement à envoyer un lien de ce fil à vos connaissances qui pourraient apporter leurs avis/expériences, si vous en avez le temps.

Très bonne soirée,
Kath+


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Message Publié : 15 Nov 2016 21:43 
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Eginhard
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Inscription : 25 Mai 2004 21:35
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Localisation : Paris
kath+ a écrit :
Si cela vous intéresse, voici un exemple de situation concrète à laquelle je me retrouve confrontée. Ma grand-mère m'a apporté une malle pleine de timbres du monde entier vieux de quelques décennies maintenant (années 1940-1960 je dirais à vue d'oeil). J'ai vu des timbres avec des chefs militaires, certains avec Hitler. J'ai également un album Yvert & Tellier datant de 1943. Et donc je me suis questionnée: est-ce que cela pourrait être historiquement intéressant de se pencher sur ce corpus de documents ? est-ce que je peux éclairer un pan de l'histoire des représentations à travers les images véhiculées par le timbre ? Ce genre de questions peut peut-être paraître ridicule, mais je vous assure qu'à mon niveau d'études et de connaissances, c'est pour moi un véritable questionnement, ah, ah! Cela m'intéressait beaucoup de faire une analyse à ce sujet, mais j'ai peur que cela ne mène pas très loin, vous comprenez ? Quand je parle "d'intérêt" du document, c'est cela, finalement: comment comprendre le degré d'intérêt d'un document; mais vous l'avez très bien compris et votre réponse me paraît très claire. Je ne pourrai sûrement pas mettre cette technique en oeuvre, toutefois, comme je le disais, pour des raisons de temps!

Vos questions ne sont pas du tout ridicules. Cette malle de timbres est un point de départ très intéressant et ce corpus peut être interrogé de plusieurs manières.

Tout d'abord, les timbres ont un intérêt en matière d'histoire politique : je les rangerai dans la même catégorie que la monnaie ou les sceaux. Ce sont des documents d'usage courant, produits par l'Etat (ou un organisme public, la poste) et qui ont une image simple parfois accompagnée d'un texte. C'est donc un très bon outil pour étudier une "idéologie officielle" : comment l'Etat veut-il se représenter, se donner à voir à ses concitoyens et aux pays voisins? Ce n'est pas une approche nouvelle, mais elle peut toujours être intéressante. Vous pouvez lire les tomes du très grand historien Maurice Agulhon sur Marianne : il analyse l'image de Marianne, symbole de la République française, du XIXe au XXe siècle, comme outil d'histoire politique (c'est fascinant) ; et cette figure est très présente sur les bustes officiels, les monnaies et aussi les timbres.

Une autre manière d'interroger ces documents, c'est en tant que corpus fini. Pourquoi votre grand-mère est-elle en possession de tous ces timbres? Il faudrait les classer par origine, par date, voir s'ils sont ou non oblitérés. Cela pourrait donner matière à un essai de micro-histoire : cette collection en elle-même nous renseigne sur l'histoire de votre grand-mère, sur l'histoire de la poste, de la philatélie, etc. Vous découvrirez peut-être comment on s'échangeait les timbres dans les années 1950, avec quels pays on entretenait une correspondance, à quels documents avait accès une enfant de cette époque (si, par exemple, votre grand-mère a fait cette collection enfant, ce que j'ignore) et donc quelle était son image mentale du monde, etc.
Bref, à partir de documents qui ne sont pas en soi d'une originalité folle, je pense que vous pouvez vous poser plein de questions intéressantes.

Citer :
J'ignorais par exemple que le chercheur n'est pas souvent au CNRS. Je me demande s'il existe différents types de recherche, aussi. Existe-t-il par exemple des chercheurs, disons, "privés", qui ne travaillent pas pour le CNRS mais pour d'autres organismes, ou bien pour des particuliers, un peu à la manière des généalogistes ?

La question ne m'est pas adressée, mais je me permets d'y répondre brièvement et OlivierT ou d'autres pourront toujours compléter.
Les historiens professionnels sont pour la majorité d'entre eux soit attachés à l'université (enseignants-chercheurs, c'est-à-dire vos profs), soit dans un organisme public de recherches (le CNRS étant le principal).
Mais on peut être historien non professionnel : n'importe qui a le droit de mener des recherches et de publier des ouvrages d'histoire.
Enfin, il existe des historiens d'entreprise qui s'occupent des archives et de l'histoire de cette même entreprise, mais ça reste rare (et ça ne doit pas être très marrant, avis personnel!).

Citer :
Sinon, d'une distance focale un peu plus précise, y a-t-il des historiens les uns spécialisés par exemple dans "l'éclairage" de documents, justement à la manière de votre connaissance au sujet de ces deux personnages, et d'autres spécialisés plutôt dans les analyses/les conclusions ? comment se définit, finalement ce travail d'historien, est-ce que chaque historien a sa définition personnelle de la profession...

Pour la période que je connais le mieux, l'Antiquité, il y a des historiens spécialisés dans certains types de documents : des épigraphistes éditent et étudient les inscriptions, des papyrologues les papyrus, des numismates la monnaie. Et d'autres historiens sont généralistes. Néanmoins, les premiers produisent quand même des analyses et des conclusions (ils ne seraient pas contents si on disait l'inverse!), mais souvent moins de synthèses que les seconds.
Les archéologues sont également des historiens spécialisés sur un type de sources, les vestiges matériels et non écrits. Mais si vous leur dites qu'ils ne produisent pas d'analyses, ils vont se vexer.


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Message Publié : 16 Nov 2016 21:16 
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Hérodote
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Inscription : 22 Sep 2016 20:06
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Bonsoir,

Effectivement, le corpus de timbres a suscité chez moi les mêmes idées (surtout pour l'association avec la monnaie, en pensant à mes cours d'histoire ancienne). Mais vous le dites : ce n'est pas une approche nouvelle, et mon travail de recherche doit avant tout être intéressant dans le sens où il éclaire une zone d'ombre de l'histoire. Je suis donc perplexe à ce sujet, même si ces timbres sont très intéressants, je le reconnais ! J'aurais des choses à dire, mais elles ne seraient pas forcément très pertinentes, vous comprenez ? Enfin, je m'interroge. Par exemple, l'album est intéressant parce qu'il montre des timbres de tous les "pays du monde", c'est donc un témoignage des perceptions : comment voyait-on le monde, comment voyait-on la France, l'Allemagne, en 1943 ? dans quelle catégorie classe-t-on tel ou tel pays... Mais est-ce suffisant pour en faire tout un sujet... J'en parlerai en temps voulu avec l'enseignant responsable du projet.

C'est fort dommage qu'il n'existe pas de solution pour que des historiens proposent leurs services aux particuliers! Certaines personnes ont des trésors fous dans leurs greniers qui sont abîmés par le temps qui passe, ou oubliés alors qu'ils pourraient révéler de véritables perles pour l'histoire! Et comme vous le dites, travailler pour une entreprise n'est pas forcément stimulant pour tout le monde (c'est mon cas...), alors que découvrir des petits trésors à la manière des archéologues et des généralistes, se les "approprier" un temps pour leur donner du sens, éclairer la vie des privés, leur donner le goût de l'histoire à travers les documents qu'ils conservent, je trouve cela tellement intéressant !


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Message Publié : 24 Nov 2016 20:30 
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Hérodote
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Inscription : 22 Sep 2016 20:06
Message(s) : 16
Après avoir eu les premières consignes, je confirme : pour ce projet de "dossier de recherche", les enseignants nous demandent de trouver un document inédit, évidemment authentique, mais également "intéressant" pour les connaissances historiennes. Pas de précision au niveau de l'ordre (s'il est mieux de s'interroger sur un sujet puis de trouver un document pour illustrer une idée ; ou l'inverse). Je pense qu'il sera pour ce devoir plus rapide de trouver un document, de m'interroger sur son "degré" d'intérêt pour ce travail, et de faire des lectures à ce sujet ensuite s'il est validé par l'enseignant. Pas davantage d'informations sur "comment trouver une document inédit". On nous a juste dit de nous rendre dans les archives, familiales ou publiques, et de demander aux archivistes quels documents n'ont pas encore été exploités... Je me suis demandé s'il existait un outil numérique pour que les historiens soient mis en contact avec des particuliers qui disposent de documents historiques dans leurs greniers ; j'ai l'impression qu'il n'en existe aucun (je lance un appel à la communauté des historiens pour que celui, celle ou deux qui en auront les moyens créent un tel outil d'avenir pour la recherche). Je me suis aussi dit qu'éventuellement, je pourrais écrire aux familles possédant des châteaux ou autre patrimoine historique dans la région pour leur demander s'ils ne disposent pas de documents inédits, ou d'amis d'amis d'amis qui... Fastidieux. J'en ai pour un temps ! Je ne m'en plains pas, j'espère juste trouver quelque chose de passionnant et d'exploitable en si peu de temps :rool: Pour les timbres, on m'a cordialement répondu qu'il existait déjà des analyses d'historiens à ce sujet (non pas comme miroir des mentalités mais comme celui du contrôle/de la communication de l'Etat). Je ne pense pas que l'album Yvert & Tellier ait fait l'objet d'une analyse mais apparemment, on ne me conseille pas de me lancer là-dedans - bon...
Bonne soirée,
Kath+


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