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Message Publié : 21 Mars 2016 18:29 
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Grégoire de Tours
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Bonsoir cher Vincent,
vous avez raison de chercher la petite bête ;-)
En fait j'ai utilisé par commodité le plan tiré de G Lenôtre, Les Tuileries, ruines et maléfices d'un palais disparu, paru en 1933 et disponible ici (page "La Cour impériale")
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Tuil ... Lenotre%29

Ce plan est net et permet de montrer clairement le passage MAIS il ne correspond pas avec les informations des autres documents sur les deux points que vous évoquez :
-le plan du début de la Révolution publié dans Fonkenell p 125, dont on peut considérer qu'il est exact en tant que document source, montre un mur plein aussi bien côté salle des gardes que côté galerie de Diane
Vous pourriez me dire : "ces portes que j'ai mentionné ont été créées sous l'Empire", mais le mémoire de Moench qui réalise la restauration des peintures en 1808, ne mentionne que cinq battants de porte repeints (2 côté salle des gardes, 2 côté salon de l'empereur, soit les portes de l'enfilade, la 5e correspondant à la porte sous tenture attestée par le plan du Fonkenell) dans le Premier Salon. Idem pour la salle des gardes : 6 battants de portes (les deux paires sur l'enfilade + la porte sur la galerie de Diane), ce qui tendrait à prouver la pérénisation de l'état d'Ancien Régime.
-le registre 36DD6 qui date de 1847 montre les murs dans un état similaire à l'état Empire. Ces murs sont d'ailleurs couverts de tableaux (tous identifiés dans le 36DD6) comme le montre le tableau de Jacquand publié plus haut. Donc point de portes.
-la vue en coupe de Lefuel (1860) montre par contre une porte sous tenture à droite du miroir, mais cela semble correspondre à un accès "provisoire" à la galerie de Diane, celle-ci devant être fermée dans sa partie sud le temps des travaux de démolition-reconstruction du pavillon de Flore et de l'extrémité sud de la galerie en 1861-1864.

C'est pourquoi je n'ai pas restitué de portes dans le fond du salon.

De même l'état montré par la coupe Lefuel pour le salon suivant (Second Salon de l'Empereur) avec deux paires de portes sur le mur du fond semble dater du second Empire,car Moench ne repeint que 2 paires de portes et le 36DD6 montre le mur du fond couvert de tableaux. En outre, Viollet Le Duc en 1849 ne mentionne que deux peintures en dessus de porte dans ce salon (celles indiquées en 1847 sur l'enfilade côté fenêtres : La gloire et la renommée) ce qui tend à prouver que les deux autres, celles du fond, sont postérieures et datent du second Empire. En outre le cadre de miroir avec couronnement Louis XV n'apparait pas dans l'état de 1847 (où figure encore, sommairement dessiné, l'état Louis XIV restauré par Moench en 1808).

Il y aurait un vrai travail à faire sur les transformations de cet appartement au début du Second Empire (devenu à ce moment-là appartement de l'impératrice Eugénie) car elles semblent avoir été assez importantes (outre la redécoration de la chambre de Napoléon 1er en style "Louis XV").

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Message Publié : 31 Mars 2016 18:22 
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Grégoire de Tours
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Les documents consultés aux archives permettent une approche très précise du décor des pièces en 1808-1809, notamment les mémoires des travaux de menuiserie, de dorure et de peinture.
C'est ainsi que j'ai pu reprendre complètement le décor de la chambre de l'empereur réalisée l'an dernier, qui était "juste" dans les grandes lignes mais qui est maintenant juste scientifiquement et réalisée en suivant les dimensions exactes données par les mémoires.
La pièce est un carré de 9.60 de long sur 9.30 de large. Elle est scandée par 18 pilastres (dont deux tronqués sur la cheminée), simplement moulurés mais dont le fût est orné de guirlandes de fleurs, de feuilles et de fruits (de 3.30m de haut). Alternant avec les pilastres, les panneaux de tenture (4 petits encadrant les miroirs, un grand entre les fenêtres et un autre d'un seul tenant derrière le lit) et les portes dont Fayard, le menuisier, indique qu'elles montent jusqu'aux chapiteaux. Elles sont divisées en 4 panneaux peints par Moench d'arabesques. Une corniche très riche avec une frise peinte en trompe l'oeil ceinture la pièce. Le plafond culmine à 5.70m de haut, ce qui est peu, mais au dessus il y a le petit appartement de l'empereur éclairé par les fenêtres du second étage du pavillon.
En outre, ces documents permettent d'affirmer qu'une porte à double battants s'ouvre sur le grand cabinet, porte qui date de Louis XIV et qui sera supprimée seulement en 1852, lors de la transformation de la chambre pour Eugénie en style Louis XV. L'emplacement de cette porte qui communique avec le salon appelé "des ministres" dans les mémoires, explique la forme de la balustrade qui entoure le lit.
J'ai procédé également à quelques compléments de mobilier fondés sur l'inventaire de 1809 : une paire de candélabres, un guéridon, un paumier et un somno. Enfin, le canapé actuellement au Louvre, provenant de la chambre, a sans doute été agrandi car celui indiqué dans l'inventaire est plus court.

La chambre depuis l'entrée avec dans le fond la porte de l'alcôve donnant sur le Grand Cabinet. On comprend mieux la logique de la disposition de la balustrade avec cette porte ouverte
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La chambre depuis le Grand Cabinet de l'Empereur (le camée d'Auguste (Louvre) et les portes drapeaux ont été réalisés depuis le dernier post concernant ce cabinet).
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Le canapé aux dimensions indiquées par l'inventaire.
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La commode entre les fenêtres avec une paire de candélabre proche du modèle original
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Message Publié : 31 Mars 2016 18:28 
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Fustel de Coulanges
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Il faut encore ne fois remercier et féliciter Hardouin pour son œuvre remarquable.

Juste une question : pourquoi des drapeaux dans un cabinet ? On s'attendrait lu tôt au voir les étendards pris à l'ennemi !


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Message Publié : 31 Mars 2016 18:50 
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Grégoire de Tours
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Merci :wink:
Pour les drapeaux : ce sont les drapeaux des différents corps de la garde impériale que les porte-drapeaux et porte-étendards viennent chercher dans le Grand Cabinet les dimanches de revue. De dimensions modestes (80cm x 80 cm) ils sont disposés dans deux porte drapeaux affectant l'allure de faisceaux de licteurs. En effet, Frédéric Masson indique (p 274 et sq) que l'empereur, alors consul, avait institué une Parade des troupes dans la cour du Palais. Elle avait lieu tous les decadi et parfois les quintidi, puis à partir de 1806 tous les quinze jours. Elle a lieu en début d'après midi en présence de l'empereur et de son état major.

Les drapeaux des ennemis sont aux Invalides. Ils ont été brûlés en 1814 dans la cour d'honneur, peu avant l'arrivée des Alliés dans Paris. Mais d'autres plus récents sont encore présentés dans Saint Louis des Invalides!

Le tableau de Joseph-Louis-Hippolyte Bellangé et Adrien Dauzats "Un jour de revue sous l'Empire, devant l'arc du Carrousel aux Tuileries (1810)" (Musée du Louvre) bien que postérieur (1862) rappelle cette cérémonie en même temps qu'elle montre la façade du palais disparu.

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(c) RMN

Horace Vernet a également représenté cette parade, sous un autre angle, avec dans le fond la galerie nord du palais en construction :
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(c) RMN Musée du Louvre

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Message Publié : 07 Avr 2016 7:23 
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Grégoire de Tours
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A la suite de la chambre de l'empereur, sur l'enfilade donnant sur le jardin, on trouvait le "cabinet de toilette de l'empereur" ou "chambre des bains" ou encore "cabinet aux armoires".
Un étroit passage permettait de rejoindre cette pièce où se trouvaient la baignoire impériale et 10 armoires pour le linge de l'empereur. J'ai commencé la restitution à partir des mémoires du menuisier et du doreur, et ce point de vue permet d'avoir une idée du décor à base de panneautage de baguettes dorées réalisé entièrement à neuf en 1808-1809. La chaise qu'on aperçoit est couverte de l'étoffe de soie à rosette couleur or dont un échantillon est conservé par le mobilier national.

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Cette pièce était entourée d'une série de pièces mentionnées par l'inventaire de 1809 et les mémoires (notamment celui du menuisier). Ce dernier n'y fait que des réparation ce qui laisse supposer que ces pièces datent d'aménagements antérieurs, et pour certains sans doute d'avant la Révolution :
-un cabinet de garde robe (ou d'aisance, selon le mémoire du menuisier)
-une antichambre du cabinet de toilette
-un cabinet pour le garçon de la garde robe d'atours de Sa Majesté
-deux escaliers (dont un à 39 marches).
Or le plan de Lenôtre et celui de Fonkenell qui s'en inspire visiblement ne mentionnent pas ces pièces. Ces espaces ayant été détruits sous Louis Philippe (en 1832) pour faire place à un salon du billard, les plans du milieu du XIXe ne les mentionnent évidemment pas.
Seul le plan de l'époque de Louis XVI (p 124 du Fonkenell) se rapproche de l'état décrit par les inventaires. En le croisant avec les informations données par le menuisier, j'ai tenté cette reconstitution du plan (avec dans le fond le plan Lefuel 1860 du rez de chaussée dont les dispositions avaient conservé un aspect plus proche de l'état Empire)
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L'un des nombreux lecteurs de ce post aurait-il des informations à ce sujet? ou un plan de l"époque Empire/restauration? Merci!

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Message Publié : 12 Avr 2016 10:23 
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Grégoire de Tours
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En attendant une éventuelle réponse à la question posée il y a quelques jours, quelques vues du travail en cours sur le cabinet de toilette de l'empereur, les murs étant maintenant achevés.
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Comme le montre le plan du post précédent, le cabinet de toilette constitue la pièce principale de cette partie de l'appartement intérieur de l'empereur : il fait 4.45 de large sur 6.50 de long et 4,60 m de haut. Il est entouré de plusieurs pièces et escaliers auxquelles mènent les différentes portes du cabinet.
Il est à noter que cette pièce est réalisée à neuf en 1808, sur l'emprise d'une partie de l'ancienne antichambre du roi. Napoléon disposait précédemment d'une salle des bains installée dans l'ancien oratoire de Marie Thérèse, contigüe à sa chambre alors à la suite du troisième salon de l'appartement d'honneur. Après avril 1814, Louis XVIII remet en service cette ancienne salle de bains de Napoléon et fait du cabinet de toilette de l'empereur le "cabinet de veille des Valets de Chambre du Roi" (inventaire de 1816).
Un second plan "maison" pour localiser cela :
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Les mémoires du menuisier, Fayard, du doreur, Chaise, et du peintre, Moench, décrivent donc intégralement le décor de la pièce qu'ils réalisent alors et qui a disparu en 1832 sous Louis Philippe.

En tant que cabinet des bains de l'empereur, il comporte une baignoire, installée dans un renfoncement (de 1.65 m sur 63 cm et 2.70m de haut) sur une estrade en acajou en plusieurs parties. L'estrade est percée d'un emplacement ovale pour la baignoire, qui sera réalisée plus tard. Ce renfoncement est orné d'un panneautage de baguettes dorées sur deux niveaux.
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Cette pièce est appelée aussi le "Cabinet aux Armoires", car se trouvent sur " le mur de la cheminée et celui qui lui fait face" (mémoire de Fayard) 10 armoires de 2.80m de haut sur 60 cm de large et 50 cm de profondeur.
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Leur panneautage est en deux parties : un panneau plein en bas, et en haut une vitre avec un rideau en taffetas vert. Le mémoire de Fayard nous apprend que ces portes vitrées ont été décidées après la réalisation de la pièce ce qui a obligé à une reprise du décor pour insérer les vitres. Elles s'ouvrent deux à deux. Le mémoire permet de comprendre que l'on trouve 4 portes d'armoires sur le mur de la cheminée et 6 sur le mur qui lui fait face, les deux portes à droite de la cheminée étant légèrement plus étroites (l'inventaire indique 8 rideaux de 65 cm de large et 2 de 54) car les emplacements de la cheminée et de la porte préexistaient à la pièce et il a donc fallu tenir compte de l'espace laissé libre pour les dimensions de cette armoire. La cheminée en marbre blanc est surmontée d'un miroir avec un cadre simplement mouluré. Deux "pilastres" encadrent l'ensemble des armoires.
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Les portes sont à un seul battant, avec un panneautage en 4 parties et surmontées également d'armoires. Elle font 90 cm de large sur 2.75 m de haut. Elles ouvrent, à partir de la fenêtre (voir plan) : sur le cabinet de garde robe (le cabinet de la chaise d'affaires de l'empereur),sur le cabinet du garçon de la garde robe ? (à gauche du renfoncement de la baignoire), sur le passage menant à la salle du trône et à un escalier (à droite du renfoncement) et à la chambre de l'empereur.

Sur le mur de l'unique fenêtre, un panneautage identique à celui des armoires. Sur cette vue, le valet se tient à côté de la porte qui s'ouvre sur la chambre de l'empereur (voir vue du message précédent).
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La fenêtre est en réalité plus haute (il manque le carreau du haut) mais la moulure supérieure permet de dissimuler cet entresolement.
Pour mieux se repérer, la fenêtre correspond à celle encadrée en blanc sur la vue ci-dessous.
Image
Cette fenêtre est drapée de deux rideaux, un "en étoffe de soie blanche à rosette couleur d'or et doublée en taffetas, encadrée d'un galon blanc et orangé, et l'autre 15/16 blanc, hauts de 4 m" (inventaire de 1809).
Les chaises et fauteuils qui évoquent pour le moment le mobilier et donnent l'échelle sont couverts de la soie à rosettes d'or (conservée par le MN) et d'une bordure qui sert d'équivalence, l'original n'existant plus. Le cabinet était notamment meublé d'un canapé, deux fauteuils, six chaises et un écran couverts de ce tissu.

La pièce est ceinturée par une corniche à modillons richement sculptée et dorée par Chaise. Elle est couverte par un plafond à voussures peint par Moench et intégrant un tableau de Coypel représentant l'Aurore. La réalisation prochaine de ce plafond permettra d'achever le décor de la pièce.

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Message Publié : 18 Avr 2016 18:29 
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Polybe
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Bonjour,

Les pavillons de Flore et de Marsan faisaient la jonction entre le Louvre et les Tuileries ?
Leurs façades internes étaient donc "vides" puisque les deux palais étaient reliés et afin de circuler dans le nouvel ensemble ? Pourtant aujourd'hui quand on voit les façades internes elles sembles sculptées comme si elles n'avaient jamais été reliées à quoi que ce soit. Cela signifie que les façades internes de ces deux pavillons ont été fermées et décorées après la destruction des Tuileries ?

Ps: quand je parle des façades internes il faut entendre celles qui étaient raccordées aux Tuileries.


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Message Publié : 20 Avr 2016 7:13 
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Grégoire de Tours
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C'est tout à fait cela, cher Ulysse : les pavillons de Flore et de Marsan assuraient la jonction entre le Louvre et les Tuileries, ou plus exactement entre les trois ailes du Palais des Tuileries, comme le montre ce dessin de Visconti (1851)
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Car en effet le Palais des Tuileries comprend l'aile disparue et les deux ailes qui remontent vers le Louvre côté Seine et côté rue de Rivoli. Le Palais de Louvre ne commence qu'à l'endroit où la grande cour se resserre, autour de l'actuelle cour de la Pyramide. Il reste donc encore deux des trois ailes des Tuileries!
Il faut rappeler que la destruction de l'aile manquante a été faite en deux temps :
-en 1873, les deux pavillons à ordre colossal ont été détruits, avec le pavillon de Marsan et la moitié de la façade de l'aile de la rue de Rivoli donnant sur la place du Carrousel ce qui a permis de lancer la restauration du pavillon de Flore et la reconstruction du pavillon de Marsan.
On voit très bien sur cette photo le pavillon de Marsan reconstruit avec dans le prolongement l'aile reconstruite par Lefuel (partie à étages copiant la cour carrée du Louvre) puis à la droite la partie à ordre colossal (réalisée par Fontaine sous Louis XVIII) qui devait être remplacée par une façade dans le même style Lescot mais qui n'a jamais été réalisée.
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-à partir de 1883, c'est la partie centrale du palais (l'ancien palais de Catherine de Médicis) qui est démontée pour être vendue aux enchères (château de la Punta)

Le pavillon de Flore avait été reconstruit au début des années 1860 par Lefuel, et c'est sur le modèle de la façade donnant sur la Seine qu'on a construit la façade qui "bouche" le trou qui donne vers le pavillon de Marsan.
(Vue de la façade sur l'arc du Carrousel du pavillon de Marsan, copiée sur celle du pavillon de Flore sur la Seine, répétée pour la façade du même pavillon vers l'arc)
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J'ai essayé de résumer cela dans l'"infographie" ci-dessous à partir des indications données par G. Fonkenell (Le Palais des Tuileries) et Claude de Montclos (La Mémoire des Ruines)
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Message Publié : 20 Avr 2016 21:09 
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Polybe
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je vous remercie pour ces informations fort intéressantes. je pensais, naïvement, que les Tuileries se résumaient à l'aile disparue et que les deux autres ailes appartenaient au Louvre.
Quelques questions peut être là aussi naïves: est-ce que les Tuileries (donc les 3 ailes) communiquaient avec le Louvre ou y avait-il une "cloison" qui séparaient à l'intérieur les deux ensembles à leurs points de jonctions ? Car, si le Louvre était déjà un musée national au moment de l'achèvement de l'ensemble,les deux palais devaient être dissociés à l'intérieur (même si vue de l'extérieur il ne formait qu'un) ?


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Message Publié : 21 Avr 2016 14:37 
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Cher Ulysse

Il ne faut pas oublier que le musée du Louvre n'occupait pas tout le palais du Louvre, loin s'en faut, sous le Second Empire. Il se limitait à ce qui est aujourd'hui les ailes Denon et Sully. La partie "Richelieu" était dévolue au Ministère de la Maison de l'Empereur (les appartements du Ministre constituant aujourd'hui les appartements "Napoléon III" du Louvre), dont les bureaux sont devenus ceux du ministère des Finances entre 1871 et 1986, ce dernier, rue de Rivoli, ayant été incendié par les Communards.
Côté rue de Rivoli de cette aile Richelieu on trouvait aussi la Bibliothèque impériale (et il me semble aussi l'imprimerie impériale). De même, la partie de l'aile Denon côté Seine était occupée par le manège des Ecuries impériales (aujourd'hui salle des sculpture romaines antiques) et au premier par la salle des Etats (aujourd'hui salle de la Joconde) qui servait aux ouvertures annuelles du Parlement sous la présidence de l'Empereur (cérémonie qui avait lieu entre 1852 et 1858 dans la salle des Maréchaux des Tuileries). Le rez de chaussée de la grande galerie était également occupé par une partie des services des écuries impériales, notamment l'en-cas (c'est-à-dire des voitures attelées prêtes à partir dès que besoin).

Le Palais des Tuileries et le Louvre communiquaient de manière certaine par le premier étage de la grande galerie, puisque c'est par elle qu'Eugénie, après avoir traversé la Galerie de Diane des Tuileries et le pavillon de Flore en travaux, a fui les Tuileries, passant ensuite dans la galerie d'Apollon, le musée Charles X et sortant au pied de la colonnade. Napoléon 1er considérait d'ailleurs la Grande Galerie comme annexe du Palais des Tuileries.

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Message Publié : 24 Avr 2016 8:37 
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Dans le prolongement du post précédent, un plan d'ensemble du premier étage palais en 1818, après les aménagements du Premier Empire, notamment la création de la cour du Carrousel fermée par la grille et dont l'entrée est marquée par l'arc, et à droite l'aile pour les services de la Cour commencée par Napoléon 1er et achevée sous Louis XVIII que l'on voit en travaux sur le tableau de Vernet (cf post du 31 mars). A gauche, la grande galerie du Louvre.

Image

In Legrand, Description de Paris et de ses édifices, 1818, p 236
https://books.google.fr/books/about/Des ... 5AAAAAYAAJ

C'est le plan le plus proche de l'état du Premier Empire que j'ai pu trouver.
Si d'aventure quelqu'un en avait d'autres...

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Message Publié : 06 Mai 2016 21:04 
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J'ai pu enfin trouver le temps d'achever le cabinet de toilette de l'empereur!

Vue depuis la porte donnant sur la chambre de l'empereur :
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Vue d'ensemble depuis la fenêtre :
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Comme je l'ai indiqué dans un post précédent, cette pièce, appelée aussi "cabinet aux armoires" a été créée en 1808 sur l'emplacement de l'antichambre du roi devenue une partie du cabinet topographique de l'empereur. Elle est à la suite de la chambre de l'empereur et communique avec d'autres pièces secondaires (un cabinet de chaise, un cabinet pour le valet de garde robe, un couloir vers la salle du trône et un escalier).
Son décor est connu de manière très complète par les mémoires des artisans intervenus sur le chantier (menuisier, sculpteur, peintre, doreur) ce qui a permis de la reconstituer bien qu'elle ait disparu en 1832 et qu'elle ne figure pas dans les coupes de 1847 (registre 36dd6) et de 1860 (coupe Lefuel).

Voici donc une proposition d'évocation de ce cabinet.
Pour rappel, la pièce a une forme rectangulaire (4.45m sur 6.5m) avec un renfoncement pour la baignoire. Elle est dotée de dix portes pour les cinq armoires sur ses longs côtés et s'ouvre par une fenêtre sur le jardin des Tuileries.
Vue sur le mur de la fenêtre, avec la porte ouverte vers la chambre de l'empereur
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Son mobilier comprend, encastrée dans une estrade en acajou, une baignoire en cuivre étamé, provenant de l'ancienne salle de bains de l'empereur. Je me suis basé sur différents exemples (Vaux, chambre des bains de la Reine à Versailles) pour en reconstituer l'aspect, mais je n'ai pas réussi à trouver ce qu'étaient : un dossier de baignoire en hêtre garni en cuir et toile, une couverture de coton, un surtout de baignoire en toile piquée de coton. A creuser donc!
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Toujours lié à cette fonction, un lavabo en acajou à socle triangulaire et cuvette en porcelaine (un modèle identique livré par Jacob pour la chambre de l'empereur à Compiègne)

Le reste du mobilier est celui d'un salon :
-une table de bureau en acajou, avec son écritoire en ébène et un flambeau de bureau à trois branches et garde vue peint en vert, qui rappelle que l'empereur passant près d'une heure dans son bain, pour que cette heure soit productive,un secrétaire était chargé de prendre en note ce que lui disait l'empereur.
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-un guéridon en acajou à colonne à trois branches isolées.
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J'ai placé autour une partie du mobilier, composé d'un canapé avec deux tabourets de pied, deux fauteuils, six chaises et un écran en bois sculpté et doré couvert en gros de Tours blanc à rosettes d'or dont un échantillon est conservé au mobilier national, avec une bordure blanc et orangé (ici une équivalence). La description de Jacob rapproche ce mobilier de celui du salon bleu du roi de Rome à Compiègne, qui a servi de modèle. Une petite console en acajou à plateau demi circulaire en marbre blanc, de 72 cm de haut, complète l'ameublement.

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-la garniture de cheminée est composé d'une grande pendule de Bréguet en forme de pyramide (un modèle identique à l'hôtel de ville d'Ajaccio), une paire de vases en Sèvres bleu (n'ayant pas retrouvé le modèle, ce sont des vases "standard" aux bonnes dimensions), deux porte-montre en cuivre doré (d'un modèle très simple, évalué 3 francs), une paire de bras de lumières à gaine et vases à trois branches et des chenêts d'un modèle ""en cuivre doré, vases, têtes de boucs et guirlandes, amours bronzés".
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L'inventaire ne signale pas de lustre, ce qui peut s'expliquer par le fait que cette pièce ne sert que le matin.
Au sol, le tapis est une équivalence, en attendant de trouver au MN un tapis proche "un tapis en pied de savonnerie fond brun, dessin à milieu fond vert, entouré d'une bordure fond blanc avec guirlande de fleurs, fruits, ornements à enroulements, palmettes, coupes, rosaces, angle et milieu marqué par médaillon liés ensemble par du dit dessin d'arabesque, long 5.05, lar 4.45"

Je reprendrai bientôt par l'autre extrémité de l'appartement, avec le second salon de l'empereur.

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Message Publié : 18 Mai 2016 21:52 
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Bien qu'il n'y ait pas de réactions à ces posts, quelques vues du Second Salon de l'Empereur achevé. C'est l'ancienne Grande chambre de la reine du temps de Louis XIV dont elle a conservé le décor mural. Le plafond a été réalisé à partir des indications du mémoire de Moench, et la partie centrale représente le Triomphe de Minerve, entourée de figures allégoriques" par Nocret. Seuls les emblèmes impériaux ont remplacé les chiffres royaux. Ce salon se trouve à la suite du Premier salon de l'Empereur et clôt les pièces de "l'appartement d'honneur".

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C'est le salon d'audience de l'empereur, contigu à son cabinet de travail sur lequel s"ouvre la porte de l'enfilade. Il y reçoit notamment le matin les Princes de la famille impériale.
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L'empereur, frileux, se tient ordinairement pendant ces audiences à côté de la grande cheminée en marbre griotte et bronze dorés (réalisée ici d'après le dessin qui en a été fait par Fontaine et conservé au musée des Beaux Arts de Rennes).J'ai placé les deux tables drapées de vert avec un écritoire en acajou et une lampe bouillotte mentionnées par l'inventaire à côté de cette cheminée, comme des tables de secrétaire. La cheminée est ornée d'une très grande pendule datant du règne de Louis XVI, sur le thème de la chasse de Diane qu'on retrouve sur les photographies du Second Empire dans le Salon du Premier Consul.
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L'essentiel du mobilier installé en 1808-1809 existe toujours. Le tapis, en assez mauvais état, est au Mobilier National et a été "restauré" pour cette évocation. Les sièges en bois sculpté et doré réalisés par Jacob Desmalter ont été livrés le 20 juin 1809. Ils sont en grande partie conservés au Mobilier National et c'est leur modélisation qui est "installée" ici. Une table de quadrille circulaire en acajou et une grande console en bois doré (reconstituées à partir des descriptions de l'inventaire) avec deux objets d'art maintenant au Louvre complètent l'ameublement.
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Le mobilier et les murs sont tendus d'un brocart bleu et or livré pour Louis XV, à Versailles ici évoqué par un modèle très proche, l'original n'existant plus que sous forme d'un échantillon partiel. Ce même brocart avait servi à réaliser quatre portières et deux rideaux pour la fenêtre, lesquels étaient complétés par "un bandeau avec frange" tenu par un "baton doré et pommes aux deux bouts". L'éclairage était assuré par quatre appliques (non retrouvées), deux lustres à 24 lumières (mobilier national) et quatre torchères en bois doré (Versailles) avec des girandoles à neuf lumières.
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Comme pour le premier salon, les portraits de la famille impériale sont là pour meubler les murs, en l'absence d'information sur ce qui habillait les murs. Le portrait de Marie Louise est cependant attesté dans ce salon.

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Je m'en vais, mais l'Etat demeurera toujours


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Message Publié : 20 Mai 2016 22:36 
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Inscription : 03 Déc 2015 13:11
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Ce n'est pas parce qu'on ne commente, qu'on est forcément absent ! Je visite plusieurs fois par semaines la page pour découvrir les nouveautés... et comme toujours je suis admiratif, c'est tout simplement splendide, je m'en tiendrais à ce commentaire étant donné que mes connaissances du Palais des Tuileries sont très très limitées... tout ce que j'ai appris depuis peu, c'est grâce à vous cher Hardouin ! ;)


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Message Publié : 21 Mai 2016 10:16 
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Inscription : 25 Juin 2015 18:43
Message(s) : 12
Bravo Hardouin ! :wink: Votre travail est toujours aussi remarquable ! Comme il est dit dans le message précédent je viens sur le blog plusieurs fois par semaine également et j'attends toujours avec impatience vos nouvelles publications qui sont de jours en jours plus parfaites les unes que les autres, félicitations !

Il est vrai que le vert des tentures donne beaucoup plus un sentiment de hauteur et de dignité de la fonction impériale, n'y avait-il pas des tentures bleues comme dans les palais royaux britanniques (Windsor ou Buckingham) ?
Avez-vous également des renseignements plus amples que ceux que fourni le livre de Monsieur Fonkenell à propos de la rénovation de l'escalier d'honneur du palais ainsi que sur l'ouverture sur le salon des Maréchaux ? Merci d'avance et encore bravo pour votre travail accompli !


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