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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 23 Mai 2019 18:24 
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Grégoire de Tours
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Jerôme a écrit :
Certes...mais nul n à d avis sur la thèse de Gauchet ?

Le résumé que vous en faites est intéressant mais il faudrait lire la thèse. Chacun a une approche parfois différente.
Par exemple je ne comprends pas que l'on puisse écrire "... le développement logique de la pensée personnelle de Robespierre".
Il faudrait déjà :
1- Avoir une idée nette de la pensée de Robespierre, autant dire que...
2- une idée nette de son développement... et là aussi...
3- sur quels critères va-t-on estimer que cette pensée est "logique" : les événements, ceux qui les créent, les options et choix de Robespierre, à partir de quel moment semble-t-il "logique" etc.

Que l'on veuille se faire plaisir avec une vision de "pas de ceci ou cela sans ceci ou cela" est une chose ; que l'on appose cette vision comme étant non pas "un" mais "LE" déroulement "logique" -en pleine période houleuse, peut-on être logique ?- et bien tout ceci me parait assez aléatoire.

Darwin a écrit :
Il faut saluer un livre qui écarte les légendes, la légende noire et la légende dorée. Entre les deux, il y a comme le début d'une espèce de troisième légende: celle de "l'homme sans importance",...

Je pense qu'un jour on s'est réveillé et on a secoué une vieille couverture, celle de la légende noire ou alors, il faut admettre que pendant des décennies les profs d'histoire ont mal fait leur travail, ont entretenu une vison clivante noire ou "dorée".
Il a fallu voir le travail intense voire forcené de pub lors de certaine(s) sortie(s). Le fil ayant été vidé, il a fallu opter pour une voie médiane : celle du type qui agit en collégialité et là pfffuittt ! Au final, il aurait semblé que tout le monde se soit monté le bourrichon, à commencer par les proches d'il fut un temps de Robespierre.
Je n'y vois rien d'autre qu'une opération mercantile.

Maintenant, pour les purges, je m'interroge : ils sont déjà purgés les Hébert, Roux etc. Alors le coup du petit carnet de Robespierre style "j'ai les noms", ceci aurait touché qui au final ? Des athées ? Des déistes ?
Ce que je constate est que la plupart sauront s'adapter au pouvoir qui va venir : il faut croire que ces hommes pouvaient donc composer avec une politique médiane par rapport à une "religion". Et puis qui peut dire celui-ci en est ou celui-ci fait mine d'en être (de croire, peu importe le support) ? Là encore on tombe dans l'appréciation très personnelle qui rejoint les campagnes de délations d'avril 93 et juin 94. Que faire ? Juger selon les mêmes critères et purger ?
C'est à dire se baser -au nom d'une idéologie, appelons la "religion"- nouvelle et, compter sur le vertueux -selon quels critères- citoyen pour faire du prosélytisme ? Puis : la délation ? Parce-que j'ai comme un doute sur la compréhension philosopho-mystico tout ce qu'on veut de "l'être suprême" par le sans-culotte de la section des Piques ou autre(s) pour savoir/connaitre/appréhender ce qui tient de l'intime -la nouvelle religion-. A moins que là encore, il y ait des flambées de conversions mais sur quelles bases, quels textes, quelle "liturgie" ? Et puis, au bout d'un moment quid des ballades en groupe ? Ceci va bien quand le ventre est plein et l'ennemi chez lui mais bon : ce n'est pas le cas et en plus il y a péril intérieur.

On en revient à ce que présente Jérôme, Robespierre jouait le "collectif" contre l'individuel : ne serait-ce pas un peu "gros" ? Une sorte de vision vraiment facile -qui me rappelle certaines idéologies à la purge aisée- ou faut-il constater que Robespierre faute d'une connaissance/évaluation de l'intime : après tout, sa vie ---> la révolution, il mange peu, boit peu, personne ne lui connait de liaison alors que sait ce trentenaire de ce qui fait "la vie" ? Et par là l'intime ? Où met-il la barre ? C'est quoi son problème ? Il ne vit pas... Là aussi, on peut comprendre mais au bout d'un certain temps force est d'évaluer que ce n'est pas la "normalité" d'où mon interrogation sur un déroulement "normal" de sa pensée.

Le problème est qu'avec cette vision, on en arrive comme le démontre Jérôme à de nouvelles coupes franches et -pour être un "théoricien" selon G-, Robespierre a dû anticiper qu'à force de purger il ne resterait plus grand monde. Ajoutons à ceci le "collectif" moi je veux bien mais enfin, le type ne raffole pas du "populaire" : à qui vendra-t-il sa soupe ?

Evoquer Arendt pour comprendre Robespierre ? Je doute ou alors il faut poser le problème sur le bon topic, celui de la philosophie car Arendt n'a jamais fonctionné en historienne, nous le saurions.
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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 23 Mai 2019 21:22 
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Rebecca West a écrit :
Evoquer Arendt pour comprendre Robespierre ? Je doute ou alors il faut poser le problème sur le bon topic, celui de la philosophie car Arendt n'a jamais fonctionné en historienne, nous le saurions.
.


Arendt est là une politologue davantage que philosophe, "Les Origines du Totalitarisme" est le premier essai définissant et retraçant l'histoire des origines du totalitarisme depuis le 19es. L'historien François Furet a repris son concept pour s'interroger au sujet de la Révolution Française. Si vous préférez, remplaçons Arendt par Furet, à qui l'étiquette "historien" ne peut être contestée. De nombreux autres historiens (Mona Ozouf, George Mosse...) ont fait cette évocation pour noter les différences et spécificités, par rapport justement au couple idéologie-terreur. L'évocation est donc pertinente et donne lieu à des articles et débats historiques intéressants.

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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 23 Mai 2019 21:52 
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Un article de 2016 sur ce point: http://est-et-ouest.fr/revue/HL058_articles/058_073.pdf

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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 24 Mai 2019 5:59 
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Jules Michelet
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Je remercie Darwin pour son argumentation que je trouve intéressante mais pas entièrement convaincante.

Cette phrase de Kohn offre une bonne synthèse : « Bien que les dictatures fascistes soient un phénomène historique nouveau et, à plusieurs égards, la véritable antithèse de la Révolution française et du XIXe siècle, elles poursuivent et approfondissent trois éléments parmi les plus importants de cette Révolution : son esprit laïc, son nationalisme et sa démo- cratie de masse, trois éléments étroitement liés du point de vue de leur origine idéolo- gique».

Cette analyse n est pas complètement suffisante à mes yeux pour qualifier de totalitaire le phénomène révolutionnaire. En plus je ne crois pas à l "esprit laïc". Esprit anticlérical c est certain. Mais pas laïc car les révolutionnaires sont passionnés par la religion : constitution civile du clergé, être suprême, theo philanthropie, etc ...de même la "démocratie de masse" aurait reposé sur le libre suffrage universel - pas sur sa caricature qu était le candidat unique communiste ou le meeting fasciste !

D abord parce que , à long terme, Robespierre et ses amis rêvaient d une société libérale de petits propriétaires paisibles. Certes dans cette société l'Etat aurait dominé l Ecole et la religion. Mais pas dans l'idée consciente et explicite d en faire des instruments de contrôle social.

Ensuite, à court terme, la Terreur n est pas issue d un plan d ensemble, bien Préparé et bien exécuté. Il s agirait plutôt, à mon avis, de l'initiative spontanée de la plèbe parisienne (les sans culottes) élargie et judiciarisée par des conventionnels aux abois, eux mêmes terrifiés par la possible victoire des coalisés et des diverses révoltes intérieures.


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 24 Mai 2019 12:46 
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Furet parle de "dictature personnelle", Gauchet parle d'une "dictature des douze", où l'ascendant de Robespierre "est incontestable". (Ce n'est pas mon argumentation, je ne fais que présenter des textes. Par ailleurs, il ne semble pas qu'un de ces auteurs ait dit que Robespierre ou la Terreur étaient totalitaires, mais évoquent le gouvernement révolutionnaire comme une des sources historiques du totalitarisme, avec beaucoup de différences soulignées).
__

“Au sein du Comité, les événements intérieurs de l’hiver et les deux épurations des hébertistes et des dantonistes ont définitivement tourné la page d’un exécutif collégial : c’est Robespierre, en fait, le chef du gouvernement de la République. (...) Dans cette dictature personnelle, le vieux dilemme révolutionnaire de la « représentation » du peuple souverain trouve une solution inédite : la magistrature robespierriste trouve sa source à la fois dans la Convention et dans la souveraineté du peuple. On peut le dire mieux en vocabulaire monarchique, à condition de substituer « révolution » à « royaume » : l’Incorruptible a fini par incarner la Révolution.”
François Furet. “La Révolution Française”, Hachette, coll. Pluriel, t.1, p.470
__

“Ce singulier dictateur était complètement inconscient d’en être un et s’indignait même que l’on puisse le tenir pour tel. Cette étrangeté n’a pas échappé à certains observateurs de l’époque. Un article étonnant de pénétration, exhumé par Gérard Walter, d’un obscur journaliste de Lausanne, Cassat l’aîné, souligne ainsi, à chaud, le 16 août 1794, le vivant paradoxe de ce despotisme qui s’ignorait : « Il est constant que Robespierre exerçait une tyrannie très réelle et qu’il ne se doutait pas lui-même qu’il fut tyran. ”
Marcel Gauchet. “Robespierre : L'homme qui nous divise le plus”, Gallimard, p. 368.

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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 24 Mai 2019 14:49 
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Grégoire de Tours
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Darwin1859 a écrit :
Arendt est là une politologue davantage que philosophe, "Les Origines du Totalitarisme" est le premier essai définissant et retraçant l'histoire des origines du totalitarisme depuis le 19es.

Vous prêchez une convaincue mais relisez en amont... Déjà évoquer Sémelin fut un grand pas sur certain(s) sujet(s).

Citer :
Furet parle de "dictature personnelle", Gauchet parle d'une "dictature des douze", où l'ascendant de Robespierre "est incontestable". ... “Au sein du Comité, les événements intérieurs de l’hiver et les deux épurations des hébertistes et des dantonistes ont définitivement tourné la page d’un exécutif collégial : c’est Robespierre, en fait, le chef du gouvernement de la République. (...) On peut le dire mieux en vocabulaire monarchique, à condition de substituer « révolution » à « royaume » : l’Incorruptible a fini par incarner la Révolution.”

https://www.youtube.com/watch?v=PHcJ_95WgNw
et d'un, c'est fait.
Je suis toujours un peu ahurie que ceci apparaisse comme une "découverte". Robespierre a été "mené" à ce stade par ses amis comme ses ennemis. C'est le besoin (je songe à Obligi) de se trouver une "figure", une "représentation" de la Révolution. Et là, on peut reprendre l'approche de "l'Etre suprême" : c'est un besoin, il faut une représentation qui soit/s'inscrive dans un absolu et là, l'Etre suprême, c'était un peu court. Et qui serait le "pape" à venir ? Ce fut l'erreur.

Une constante : la hiérarchie reste verticale. On peut mettre les mots que l'on veut "dictature de ceci ou cela" et même du "peuple" si ceci peut lui faire plaisir, il n'en reste pas moins que le pouvoir réel/temporel est confisqué par une collégialité/un triumvirat/un seul etc. Il est préférable de la jouer collégiale (et puis on est étonné d'avoir "réussi", :rool: on est encore au stade de l'ébahissement, du tout nouveau, des idéaux) -un peu comme en amour au début-, après on dégraisse.
Ajoutez là-dessus une ou deux figures "tutélaires" et le tour est joué pour la "masse".
Ce n'est jamais qu'un phénomène créé non par la raison/vertu mais par une parodie. On se heurte très vite au pragmatique et là, les mots ne sonnent plus de la même manière, les actes s'adaptent et c'est l'effet papillon...

Citer :
“Ce singulier dictateur était complètement inconscient d’en être un et s’indignait même que l’on puisse le tenir pour tel. Cette étrangeté n’a pas échappé à certains observateurs de l’époque.

Bien sûr. Mais c'est déjà faire entrer un paramètre nouveau : celui de l'introspection (de Robespierre) et de la vision de son entourage et là on n'avance sur des oeufs. On touche à la psychologie d'un personnage et sa place. D'où mon interrogation : quid de Robespierre et de la "normalité" ? Danton était aussi "normal" mais d'une "normalité" estimée différente puisqu'on est arrivé à s'en défaire... Alors ? Où est le problème ? Deux hommes, deux logiciels. Une des différences est que Danton, ceci s'inscrit dans son "logiciel" n'a pas vu venir le "truc" parce-qu'il avait soudain un temps de retard : celui du balayage d'Hébert (et un certain rapport à sa propre popularité/assise etc.).
Robespierre ne pouvait comprendre le mot "tyran" parce-que sa définition personnelle du "tyran" était restée celle du roi, les autres étaient des "contre révolutionnaires" etc. Chaque "déviance" ayant un mot et un seul, Robespierre pouvait entendre/comprendre la superposition mais lui expliquer qu'un contre-révolutionnaire n'était pas forcément ou un "tyran en puissance" ou "un traître à la vertu", là ça coince (son esprit ne peut pas). D'où ma difficulté à le placer comme un théoricien.

Citer :
Un article étonnant de pénétration

L'expression est parlante. L'altérité peut se sentir "terrorisée" ou "tyrannisée" par un silence, tout dépend de qui vient ce silence. C'est tout. Un fois le personnage posé, un enchaînement des faits, une collégialité "marquée", c'est plié !
Il suffit d'un peu se pencher sur le 9 Thermidor. Robespierre avait été absent, cette absence -silence- a été la source de supputations multiples et comme souvent dans ce cas, les pires. Alors déjà, chacun a numéroté ses abattis ; lorsque le quidam revient (on a tiré les leçons de ce que fut le silence obligatoire de Danton pour son "procès") : surtout ne pas laisser parler l'homme, c'est fichu...
Robespierre avait obtenu -conscient ou non peu importe- une sorte de communication à la "pile je gagne, face tu perds". Vu la période, ses convulsions, ses craintes, ses attentes -le tout fondé ou pas/plus- et ce qu'engendrent la terreur/la Terreur/la justice par délation etc., la France était arrivée à un attentisme, plongée qu'elle était à savoir l'image que renvoyait chacun au voisin.

Jerôme a écrit :
« Bien que les dictatures fascistes soient un phénomène historique nouveau ... son esprit laïc, son nationalisme et sa démo- cratie de masse, trois éléments étroitement liés du point de vue de leur origine idéolo- gique».

Le problème est que ce mot "dictature" qui était un choix par des représentants, choix s'inscrivant dans une légalité (même si on avait pu apprécier combien la captation du pouvoir était aisée en ces moments), l'erreur a été -lors de la continuation de l'analyse de ce phénomène/choix et de ses dérives- de poser des adjectifs : fasciste etc. dont la connotation biaise l'approche, nous renvoyant à des "figures/visages" et là, notre appréhension des choses est impactée/biaisée. Comme l'évoquait Pascal : "Vétrité au-delà des Pyrénées, erreur au-deça...".

Je pense que les trois exemples donnés qui feraient la différence ne tiennent pas la route : esprit laïc, nationalisme, démocratie de masse.
Je suis comme vous : je ne crois pas à l'esprit laïc, déjà la construction de l'expression avec "esprit" en dit long. Alors oui lorsque l'on met le bon mot : anticlérical. Et la nuance est grande. Déjà aussi vaste que ce qu'un "esprit" peut embrasser alors vous démultipliez par le nombre d'esprits, la qualité, le niveau, le vécu, le personnel etc.

Citer :
D abord parce que , à long terme, Robespierre et ses amis rêvaient d une société libérale de petits propriétaires paisibles. Certes dans cette société l'Etat aurait dominé l Ecole et la religion. Mais pas dans l'idée consciente et explicite d en faire des instruments de contrôle social.

Ceci n'engage que moi et ce n'est pas un jugement mais je pense que Robespierre avait un logiciel qui se plaisait voire se complaisait tout de même à la "vigilance" -disons le comme ceci-... De vigilance à hypervigilance, il n'y a qu'un pas et comment entretenir ce réseau ? Déjà avec la mise en mode "normalité" de la délation, plus de liberté -individuelle ceci faisait longtemps qu'elle était fossoyée- mais même collégiale : on ne pouvait arriver nulle part dans cette ambiance...

Citer :
Ensuite, à court terme, la Terreur n est pas issue d un plan d ensemble, bien Préparé et bien exécuté. Il s agirait plutôt, à mon avis, de l'initiative spontanée de la plèbe parisienne (les sans culottes) élargie et judiciarisée par des conventionnels aux abois, eux mêmes terrifiés par la possible victoire des coalisés et des diverses révoltes intérieures.


C'est la terreur (non commun) d'un maximum (et là il faut décortiquer le comment, la diffusion etc.) qui a amené l'évidence de la Terreur. Comme il était difficile d'aller plus loin et bien on en arrive à un paradoxe : les "meneurs" d'une minorité ayant le pouvoir se "suicident" politiquement et pas que politiquement pour certains...
Il y a encore peu, on a vu des suicides politiques dus à des personnalités s'accrochant comme des berniques à des évidences qu'elles ne voulaient pas voir et ce, à tous niveaux, de tous côtés et depuis la nuit des temps.
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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 7:59 
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Polybe
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Jerôme a écrit :
Certes...mais nul n à d avis sur la thèse de Gauchet ?


C'est plus ou moins celle de Furet dans les années 60. Gauchet dissimule un peu mieux son antirobespierrisme. Je crains que son ouvrage n'aide pas à réconcilier les partisans et les détracteurs de Robespierre, ce qui était pourtant son ambition. Je l'ai parcouru rapidement, et il m'a semblé qu'il n'y avait rien de neuf sous le soleil. La Révolution dévoyée par une minorité d'activistes, le danger de la souveraineté populaire, Robespierre dictateur exalté et narcissique, qui fait tellement peur à ses camarades qu'ils décident de le renverser, bon. Pourquoi pas. Les historiens libéraux nous l'avaient déjà expliqué en long, en large et en travers.


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 8:23 
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Polybe
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J'ajoute que je pense que la focalisation sur Robespierre est un vrai problème pour comprendre la Révolution. Les meilleurs bouquins sur la période sont ceux qui rendent sa vraie place à Robespierre : celle d'un homme politique parmi d'autres, et certainement pas la principale clé d'interprétation de la période 1792-1794.

Ce fil tout entier est un exemple de ce biais : Robespierre devient bien souvent une sorte de synecdoque (ou métonymie, mes cours de lettres datent un peu), dans laquelle on prend la partie pour le tout, ce qui entraîne tout un tas d'approximations, voire de contre-vérités.


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 8:49 
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Jules Michelet
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Elzevir a écrit :
Jerôme a écrit :
Certes...mais nul n à d avis sur la thèse de Gauchet ?


C'est plus ou moins celle de Furet dans les années 60. Gauchet dissimule un peu mieux son antirobespierrisme. Je crains que son ouvrage n'aide pas à réconcilier les partisans et les détracteurs de Robespierre, ce qui était pourtant son ambition. Je l'ai parcouru rapidement, et il m'a semblé qu'il n'y avait rien de neuf sous le soleil. La Révolution dévoyée par une minorité d'activistes, le danger de la souveraineté populaire, Robespierre dictateur exalté et narcissique, qui fait tellement peur à ses camarades qu'ils décident de le renverser, bon. Pourquoi pas. Les historiens libéraux nous l'avaient déjà expliqué en long, en large et en travers.


je crains que vous n'ayez pas bien lu ce livre.

Gauchet insiste beaucoup au contraire sur le fait que Robespierre domine la convention non par la peur mais d'abord par son talent oratoire, par sa capacité à conceptualiser à haut niveau des enjeux politiques, sociaux ou économiques assez terre à terre, et par sa capacité à réunir la majorité en maniant habilement récompenses et menaces. Il n'est donc pas un "vrai" dictateur qui s'appuie uniquement sur sa police ! Evidemment sans les sections et les sans culottes ses qualités intellectuelles auraient peut-être été moins efficaces.

Exalté ? peut-être mais ce n'est pas ce que note Gauchet qui relève surtout que l'homme est surtout habité par une froide rationalité : pas de république sans vertu - pas de vertu sans religion. La guillotine n'est pas au centre de la démarche robespierriste- elle n'est qu'un épisode qui n'a pas vocation à perdurer lorsque les hommes impurs auront disparu.

On est très loin vraiment très loin de Hitler ou Staline !

Ce n'est pas uniquement la peur qui provoque le 9 thermidor - c'est aussi le refus d'un régime monacal !

darwin a bien rappelé que Gauchet avait souligné ce paradoxe d'un homme qui se croyait un guide désinteressé mais que beaucoup prenaient pour un tyran !


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 10:06 
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J'entends bien. Vous remarquerez que je n'ai absolument pas parlé de dictature au sens d'Hitler ou Staline, ni même de guillotine. Je ne fais pas du tout ce genre de rapprochements. Et Gauchet non plus, heureusement. Quoiqu'il était un peu limite dans son intervention à la Grande Librairie, tout de même.

Mais c'est bien Gauchet qui évoque l'orgueil flagrant de Robespierre, son narcissisme mortifère, son culte du moi, son égolatrie, son exhibitionnisme victimaire, son obsédante mise en scène de soi (je ne mets pas de guillemets, mais je cite bien Gauchet).

Et c'est bien Gauchet qui parle de "dictature", en écrivant que c'est le "verbe" de R qui est dictatorial, plus que sa personne. Je reconnais que la nuance est là, mais l'idée est sur la table.

Et c'est bien Gauchet qui évoque, p. 273 : "l’oubli sélectif d’une minorité activiste qui entend cultiver l’inspiration radicale d’un moment fondateur et de sa figure emblématique, mais qui tend pour ce faire à minorer, à estomper, voire à escamoter, la politique de terreur dans laquelle le culte des principes et le dogme de l’infaillibilité du peuple se sont perdus".

Robespierre incarne du coup cet idéal révolutionnaire qui a fait basculer la RF vers la tyrannie et la Terreur en fondant la politique sur la souveraineté populaire.

C'est bien en ce sens que j'écris : "Rien de nouveau sous le soleil".

Je veux bien croire que cet thèse est soutenable (bien que nombre d'historiens la croient fausse), mais c'est le très classique de l'historiographie libérale, voire une reprise de quelques vieux clichés de l'historiographie contre-révolutionnaire, tout en prétendant rénover le débat.

Ce qui n'est pas très honnête. Je veux bien que l'histoire résonne dans le présent, mais les saillies de Gauchet ont parfois plus à voir avec ses propres postulats sur la souveraineté populaire qu'à la réalité de l'époque qu'il entend traiter.

C'est tout au moins mon avis.


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 17:54 
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Elzevir a écrit :

Je veux bien croire que cet thèse est soutenable (bien que nombre d'historiens la croient fausse), mais c'est le très classique de l'historiographie libérale, voire une reprise de quelques vieux clichés de l'historiographie contre-révolutionnaire, tout en prétendant rénover le débat.

Ce qui n'est pas très honnête. Je veux bien que l'histoire résonne dans le présent, mais les saillies de Gauchet ont parfois plus à voir avec ses propres postulats sur la souveraineté populaire qu'à la réalité de l'époque qu'il entend traiter.

C'est tout au moins mon avis.


il serait intéressant de nourrir le débat en développant les thèses alternatives défendues par " nombre d'historiens".

En particulier sur la question religieuse car, franchement, sur ce point particulier, la lecture de Gauchet me semble très cohérente !


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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 06 Juin 2019 19:13 
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Grégoire de Tours
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Jérôme a écrit :
Gauchet insiste beaucoup au contraire sur le fait que Robespierre domine la convention non par la peur mais d'abord par son talent oratoire, par sa capacité à conceptualiser à haut niveau des enjeux politiques, sociaux ou économiques assez terre à terre, et par sa capacité à réunir la majorité en maniant habilement récompenses et menaces. Il n'est donc pas un "vrai" dictateur qui s'appuie uniquement sur sa police ! Evidemment sans les sections et les sans culottes ses qualités intellectuelles auraient peut-être été moins efficaces.


Pour la capacité à conceptualiser etc. rien que ceci pourrait faire l'objet d'un sujet. Déjà pour évoquer les enjeux politiques, sociaux et économiques.
1- si ces enjeux sont "terre à terre" : la conceptualisation ne doit pas en être si difficile.
2- quelle est la définition d'un "vrai" dictateur ?
3- quelles sont les récompenses ? Quelles furent les menaces ? Lors du 9 thermidor, c'est clair mais avant ? Sinon s'inscrire dans le leitmotiv du moment (dénonciation des comploteurs de tous types, toutes origines etc.) ---> on sait, Robespierre est vu comme "le gardien de la Révolution"
4- quelle police ? Parce-que si vous évoquez le CSG, j'ai un doute.
5- Là, je n'ai pas compris : les sections n'étaient-elles pas formées de sans-culottes ?

Gauchet p. 54
[… c'est un orateur, ce n'est certes pas un tribun (à nous de faire la différence car là-dessus Gauchet est muet et pourtant à ce moment, c'est bien le verbe qui l'emporte). Il n'a ni la prestance ni l'organe ni surtout le style … contraire d'un démagogue ordinaire … sa rhétorique implacable et … n'étaient pas de nature à remuer et soulever les foules.]
Des divergences de lecture, compréhension apparaissent, nous ne sommes qu'à la page 54, encore dans le "léger".
En lisant les 24 premières pages, certains historiens sont évoqués, ajoutez à ceci d'autres sujets où Robespierre apparaît.
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 Sujet du message : Re: Maximilien de Robespierre.
Message Publié : 07 Juin 2019 9:26 
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Jerôme a écrit :
Elzevir a écrit :

Je veux bien croire que cet thèse est soutenable (bien que nombre d'historiens la croient fausse), mais c'est le très classique de l'historiographie libérale, voire une reprise de quelques vieux clichés de l'historiographie contre-révolutionnaire, tout en prétendant rénover le débat.

Ce qui n'est pas très honnête. Je veux bien que l'histoire résonne dans le présent, mais les saillies de Gauchet ont parfois plus à voir avec ses propres postulats sur la souveraineté populaire qu'à la réalité de l'époque qu'il entend traiter.

C'est tout au moins mon avis.


il serait intéressant de nourrir le débat en développant les thèses alternatives défendues par " nombre d'historiens".

En particulier sur la question religieuse car, franchement, sur ce point particulier, la lecture de Gauchet me semble très cohérente !


Loin de moi l'idée de dire que M. Gauchet n'écrit que des bêtises. J'ai lu l'introduction et la conclusion, parcouru l'ouvrage rapidement, et c'est la thèse en général qui me semble tout à fait dans la lignée de Furet, avec évidemment une mise à jour historiographique bienvenue.

Je lis le bouquin de bord à bord ce week-end et je vous fais une réponse plus étoffée pour poursuivre cet intéressant débat.


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