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 Sujet du message : Re: L'Affaire Dreyfus
Message Publié : 07 Nov 2019 20:37 
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Bonjour à tous.

J'ai eu la chance d'assister à la première du film J'accuse qui a eu lieu à l'école militaire à Paris lundi dernier.

Je dois dois dire que j'ai été très impressionné par ses qualités, à la fois artistiques et historiques.
C'est un thriller de très haute volée, et force est de constater que les écarts avec la réalité historiques sont minimes.

Ceci allié à l'interprétation magnifique d'une quarantaine de comédiens, dont un certain nombre, sociétaires de la Comédie française, en font un film très hautement recommandé.


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Message Publié : 09 Nov 2019 15:59 
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Merci pour votre retour Hektor. :wink:
Je pense que j'irai également le voir à la lecture de vos remarques.

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Message Publié : 25 Nov 2019 21:43 
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Entendu, une émission spéciale sur France-Cul, très intéressant débat sur Picquart, entre:
Philippe Oriol, historien, auteur de Le faux ami du capitaine Dreyfus : Picquart, l'affaire et ses mythes, Paris, Grasset, 2019
et
Christian Vigouroux, Conseiller d'Etat, auteur de la biographie Georges Piquart, dreyfusard, proscrit, ministre, Dalloz 2008
https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/qui-est-le-colonel-picquart

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Image message du Loire au Dalgonar, oct. 1913


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Message Publié : 26 Nov 2019 7:46 
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Pierma a écrit :
Il faut en revanche se demander pourquoi le ministère de la Guerre, bien qu’ayant changé plusieurs fois de titulaire, va refuser de réparer pacifiquement celle-ci et s’acharner à nier la vérité, puis l’évidence. La question a intrigué Clemenceau (« pourquoi l’État-major avait-il partie liée avec un traître ? ») qui avoue que la réponse lui échappe, l’esprit de corps et l’influence cléricale lui paraissant des explications fondées mais insuffisantes.” (“Histoire politique de l'affaire”, Bertrand Joly).

Effectivement, c'est là que plusieurs explications peuvent être avancées.

Les plus probables se situent au niveau de la mentalité qui régnait à l'intérieur de l'EMA et, plus généralement, au sein du corps des officiers français : l'armée française est, pour l'avenir, la seule à pouvoir réaliser la Revanche (comme le disait Gambetta : "ne jamais en parler, toujours y penser") contre l'Allemagne.
Réformée techniquement depuis 1871, elle est parvenue à s'attacher son homologue russe au début des années 1890, en sortant de l'isolement duquel les Allemands l'avaient placée après 1871. Cette alliance a été conclue de longue haleine, elle demeure fragile pour l'EMA, il faut également éviter de donner une mauvaise image aux Russes.
Qui plus est, la chose a été jugée en son sein, elle ne peut se tromper, sans cela un scandale viendrait l'éclabousser et ternirait son image à l'intérieur, comme à l'extérieur. Ce n'est d'ailleurs pas à des civils ou, pire, à des "politiques" - les officiers généraux sont encore très souvent animés de sentiments monarchistes - de réfuter ses conclusions.
Enfin, comble de l'erreur : défendre un juif, dans le climat antisémite qui règne dans le pays depuis la fin des années 1880.

Une autre explication - plus discutable - a également été avancée par Guillemin et Doise, à savoir qu'Esterhazy aurait été un agent chargé, par Sandherr, d'intoxiquer les Allemands au sujet de l'artillerie française et de débusquer un autre délateur (Saussier ?). Là, les risques, entre autres, auraient été de vexer les Allemands, mais surtout de révéler publiquement des pratiques d'usage de "taupes" à l'intérieur même de l'armée française, finalement moins soudée qu'il n'y parait.

Délicat de trancher, même si le complot antisémite semble devoir être écarté, mais le corps des officiers faisant bloc pour défendre publiquement son honneur, dans le contexte de la Revanche, prime.
La réponse réside sans doute dans les papiers demeurés privés chez certains protagonistes et, peut-être, du côté des attachés militaires d'autres puissances.

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Message Publié : 26 Nov 2019 14:28 
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Il est difficile de croire à l'innocence d Esterhazy. Pourquoi ne pas l'avoir pas mieux protégé dans ce cas ? Pourquoi se serait il suicidé? Pourquoi avoir choisi un vrai faux traître dans un régiment stationné en Normandie et privé d accès aux secrets de l'état major ? Une manipulation du 2 e bureau aurait reposé à mon sens sur un agent double plus crédible !

Et pourquoi s'être acharné sur Dreyfus si l'état major croyait qu'il était innocent : à l'isolement à l'île du Diable! Quand même !


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Message Publié : 26 Nov 2019 16:17 
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Jerôme a écrit :
Il est difficile de croire à l'innocence d Esterhazy. Pourquoi ne pas l'avoir pas mieux protégé dans ce cas ? Pourquoi se serait il suicidé? Pourquoi avoir choisi un vrai faux traître dans un régiment stationné en Normandie et privé d accès aux secrets de l'état major ? Une manipulation du 2 e bureau aurait reposé à mon sens sur un agent double plus crédible !

Et pourquoi s'être acharné sur Dreyfus si l'état major croyait qu'il était innocent : à l'isolement à l'île du Diable! Quand même !

Esterhazy n'a jamais été vraiment inquiété et a terminé paisiblement ses jours en Angleterre - sans se suicider...
Sa proximité (relative) avec, au moins, Henry ne le place pas si en retrait que cela.
Pour le reste, j'ai expliqué que cette théorie de Guillemin/Doise était fort discutable et reposait sur trop de spéculations.

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Message Publié : 26 Nov 2019 18:56 
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Jerôme a écrit :
Il est difficile de croire à l'innocence d Esterhazy. Pourquoi ne pas l'avoir pas mieux protégé dans ce cas ? Pourquoi se serait il suicidé? Pourquoi avoir choisi un vrai faux traître dans un régiment stationné en Normandie et privé d accès aux secrets de l'état major ? Une manipulation du 2 e bureau aurait reposé à mon sens sur un agent double plus crédible !

Et pourquoi s'être acharné sur Dreyfus si l'état major croyait qu'il était innocent : à l'isolement à l'île du Diable! Quand même !

En même temps, la peine normalement prévue pour trahison était la peine de mort. Ont-ils hésité devant une pareille atrocité ? L'ile du Diable c'est pour éviter que Dreyfus puisse trouver un moyen de communiquer vers la métropole. Ce qui donnerait à penser qu'ils l'ont fait condamner en le sachant innocent.

Duc de Raguse, je trouve ton explication par l'alliance russe très étonnante : pourquoi les militaires russes se seraient-ils offusqués que l'Etat-major fasse libérer Dreyfus et enferme Esterhazy ? Ce n'était pas des personnalités connues, ils sont d'un grade modeste, il n'y a pas encore d'Affaire ni de scandale public au moment où Picquart examine le cas d'Esterhazy, bref c'est la cuisine interne des services secrets : le public français s'en serait étonné, mais l'indignation n'aurait pas duré cent ans. De plus, au contraire de Dreyfus, honorablement connu, Esterhazy a mauvaise réputation. En quoi cela aurait-il scandalisé l'état-major russe ? (et puis l'alliance, c'est d'abord une décision du Tsar, il faudrait un évènement cosmique pour qu'une bronca des officiers russes contraigne le Tsar à changer de pied.)

@Jérôme : mais s'il s'agit d'intoxiquer les Allemands, Esterhazy est plutôt bien choisi. Un officier "noceur" (comme on disait à l'époque) joueur, perdu de dettes, qu'il fasse des offres à l'Allemagne pour de l'argent ne choquera pas ceux-ci.

L'hypothèse de Jean Doise (il s'agirait de débusquer un général qui trahit : un général, rien que ça !) me semble farfelue.

Au vrai, on ne sait pas ce que Esterhazy a donné aux Allemands, à part les documents cités dans le bordereau, et encore celui-ci n'est qu'une liste, on n'a jamais eu en main les documents eux-mêmes. (Aurait-on pu disposer des archives allemandes et y examiner ces fournitures qu'on saurait dire si elle contenaient des informations fausses ou pas.) Au passage, cette liste de documents du bordereau n'annonce pas de secrets dramatiques.

Pierre Nord, devenu officier de renseignement vers 1935, raconte que les anciens du service étaient persuadés que l'affaire Dreyfus était une histoire d'intoxication (l'idée s'était conservée depuis l'Affaire) mais n'en savaient pas plus.

Techniquement, il pense que Esterhazy était manipulé à l'initiative personnelle d'un membre de la haute direction militaire (il pense au général Mercier, mais peu importe) qui a commis l'erreur de ne pas informer le contre-espionnage. D'où la catastrophe initiale : le contre-espionnage découvre l'existence de fuites, il mène une enquête et arrête Dreyfus, parmi les cinq stagiaires à l'Etat-Major qui pouvaient avoir disposé des documents cités par le bordereau. Enquête bâclée, il est possible que l'antisémitisme ait joué, passons.

Pour ma part, je constate que l'Etat-Major protège Esterhazy, mais je trouve que cette protection est trop voyante. Cela revient presque à crier sur la place publique que Esterhazy est leur agent, ce qui ne peut que mettre la puce à l'oreille aux Allemands. (Pourquoi protéger un pareil individu ?) De plus, le commandant Henry va jusqu'à prendre le risque fou de fabriquer des faux - il n'y en a pas eu qu'un seul, loin de là - ce qui situe l'importance d'Esterhazy.

Esterhazy avait-il les moyens de les faire danser ? Je ne sais pas. En revanche j'ai tendance à penser que l'enjeu est très important. (on a évoqué le canon de 75, je n'y crois guère : peu après sa mise en production en nombre, que les Allemands ne peuvent ignorer, il est présenté au public au cours du défilé sur les Champs Elysées. En 1897, de mémoire. L'idée du Plan XVII, plan d'offensive de l'armée française en cas de conflit me parait plus solide, mais il faut bien admettre qu'on n'aura jamais le fin mot de l'Affaire.)

Si on reprend l'idée de Duc de Raguse, on pourrait imaginer que l'Etat-Major aurait pu tenter de faire avaler aux Allemands qu'il ne croyait pas à la solidité de l'alliance russe, que les militaires russes lui semblaient peu fiables, susceptibles de changer d'avis, ou incompétents, incapables de monter une offensive sérieuse, que sais-je ? (L'idée serait de minimiser l'importance de cette alliance, alors qu'elle est décisive pour l'avenir.) Là on entrerait effectivement dans des affaires d'état, avec un enjeu très élevé. Mais c'est une simple spéculation de ma part.

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Message Publié : 26 Nov 2019 20:30 
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Citer :
je trouve ton explication par l'alliance russe très étonnante : pourquoi les militaires russes se seraient-ils offusqués que l'Etat-major fasse libérer Dreyfus et enferme Esterhazy ?

Les personnes importent peu, seule l'erreur compte.
Une erreur et un scandale au final, la hiérarchie qui se serait trompée ? Qui plus est au sein d'un service de renseignement réputé en Europe. Tout allié serait en droit de se demander s'il a fait le bon choix. Si on étouffe, il n'en saura rien...

Citer :
il n'y a pas encore d'Affaire ni de scandale public au moment où Picquart examine le cas d'Esterhazy

Effectivement, mais toutes les chancelleries d'Europe - via leurs attachés militaires - sont déjà au courant et ont les détails de l'affaire de cet espion nommé Dreyfus. Or, si ensuite on devait se rendre compte que les Français aient pu faire pareille "boulette", que penserait-on de leur capacité à gérer une affaire plus grave, internationale, s'ils ne sont même pas capable de faire correctement le "nettoyage" en interne ?

Citer :
et puis l'alliance, c'est d'abord une décision du Tsar, il faudrait un évènement cosmique pour qu'une bronca des officiers russes contraigne le Tsar à changer de pied

Oui, mais, qui a réussi à convaincre le Tsar - pendant près d'une décennie... - du côté Français ? Un certain Boisdeffre... invité souvent jusqu'à la table impériale et voyant chaque été son homologue russe, le général Obroutchev (plus Français que les Français). Or, en 1896, Nicolas II (plus versatile que son père au sujet de l'alliance française) est en visite officielle en France pour inaugurer le pont qui porte le nom de son père, entre autres, et les Français souhaitent être bien certain que sa parole sera identique à celle du Tsar défunt.
Il n'est donc pas question de laisser éclater un scandale public.

Citer :
Si on reprend l'idée de Duc de Raguse, on pourrait imaginer que l'Etat-Major aurait pu tenter de faire avaler aux Allemands qu'il ne croyait pas à la solidité de l'alliance russe, que les militaires russes lui semblaient peu fiables, susceptibles de changer d'avis, ou incompétents, incapables de monter une offensive sérieuse, que sais-je ?

Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, c'est plutôt l'inverse - je ne crois à la théorie de Guillemin/Doise ou alors, d'un point de vue internationale, elle est incomplète. Car, franchement, les Allemands savent, par leurs services, que le canon de 75 est meilleur que leur (77) et qu'ils sont à la traine. Ils n'ont pas besoin d'un espion pour cela.
Ce que je voulais dire c'est qu'en gros l'EMA doit étouffer l'affaire pour ne pas prouver son incompétence aux yeux de sa jeune alliée, qui pourrait s'en offusquer et aller voir ailleurs (retourner vers l'Allemagne). Depuis la mort d'Alexandre III en 1894, cette idée d'un risque de fin de l'alliance - Nicolas II, à la différence de son père, est jugé peu fiable par l'EMA - obsède Boisdeffre et le 2nd bureau en général.

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Message Publié : 26 Nov 2019 21:29 
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Sans être un expert, je crois qu'il y a deux affaires Dreyfus. Tout d'abord en 1894 la condamnation scandaleuse de Dreyfus. On peut à ce stade encore admettre un trucage par des officiers de rang moyen (Sandherr et Henry) pour complaire à''un ministre et des généraux demandant des sanctions rapides et sévères. On évoque parfois la réputation de mollesse du général Mercier qui voulait changer son image. On peut aussi mentionner les préjugés alsaciens de Sandherr.

Mais à partir de 1897 et les découvertes de Picquart, il y a un second scandale reflétant l'acharnement absurde non plus d'une poignée d'officiers plus ou moins bornés mais de tout un "establishment" refusant d admettre l'évidence. Il est difficile de voir dans le jugement de Rennes l'exécution d'un plan subtil visant à protéger de mystérieux secrets militaires ...jamais dévoilés, même après 1919 !


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Message Publié : 26 Nov 2019 21:35 
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Duc de Raguse a écrit :
Ce que je voulais dire c'est qu'en gros l'EMA doit étouffer l'affaire pour ne pas prouver son incompétence aux yeux de sa jeune alliée, qui pourrait s'en offusquer et aller voir ailleurs (retourner vers l'Allemagne). Depuis la mort d'Alexandre III en 1894, cette idée d'un risque de fin de l'alliance - Nicolas II, à la différence de son père, est jugé peu fiable par l'EMA - obsède Boisdeffre et le 2nd bureau en général.

A priori, la compétence militaire d'un Etat-Major est à distinguer de celle de son service secret.

Il peut y avoir un risque que la Russie juge qu'une démocratie, qui se montre tributaire de son opinion, est décidément moins fiable qu'un empire, mais je ne suis guère convaincu.

A moins que les Français (et éventuellement leur 2e Bureau) aient des informations sur les oscillations de Nicolas II. Qui prouvera à l'usage son manque de solidité.

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Message Publié : 26 Nov 2019 22:04 
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Il y a une opinion publique en Russie, plutôt favorable à Dreyfus d'ailleurs. Ce n'est pas la paysannerie ni le prolétariat évidemment !

"la justice républicaine ne garantit pas la découverte de la vérité dans les affaires qui braquent l’ensemble des partis. Etant donné qu’en régime républicain, tout le monde appartient à un parti, y compris les juges, comment pourrait-il s’y trouver quelqu’un — situé en dehors et au-dessus des partis — capable de trancher en toute justice, du fait qu’il a été élevé dès l’enfance dans l’idée exaltante qu’il est prédestiné d’en-haut pour donner au peuple qu’il gouverne justice et clémence ?».


Phrase à méditer ...

À lire ici :
https://books.openedition.org/pur/16528


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Message Publié : 26 Nov 2019 23:04 
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Citer :
A priori, la compétence militaire d'un Etat-Major est à distinguer de celle de son service secret

Sauf que les deux sont intiment liés : le 2nd bureau (n'oublions pas les autres pour autant...) est dans l'EMA et sans lui, pas d'informations sur l'étranger. Qui imaginerait un EMA aveugle ?

Citer :
Il peut y avoir un risque que la Russie juge qu'une démocratie, qui se montre tributaire de son opinion, est décidément moins fiable qu'un empire, mais je ne suis guère convaincu.

Je n'ai rien sous la main, mais c'est bien de cela dont il est question et la personnalité même des attachés militaires français à Saint-Pétersbourg - généralement conservateurs et/ou monarchistes - rassurait Alexandre III, au point de laisser les "politiques" de côté lors de certaines discussions importantes.
Ce n'est pas pour rien que la quasi totalité des ambassadeurs français en Russie étaient des officiers généraux entre 1870 et 1900.
Alexandre III ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi les ministres changeaient aussi rapidement, il voulait de la stabilité dans les échanges et surtout le moins possible de Républicains.
A l'époque Freycinet et Ribot durent l'accepter.
Une anecdote sur la visite de Félix Faure en Russie en 1897 : c'est Boisdeffre qui l'introduit dans tous les cercles russes (diplomatie, aristocratie et militaires) et non l'inverse. Même après la démission de Boisdeffre lors du "faux-Henry" en 1898, Nicolas II continua de le rencontrer lorsqu'il venait en France.
L'alliance russe à cette époque c'est un peu le veau d'or de la nation française, trésor de guerre des officiers supérieurs de l'armée française.
En somme, toucher à l'armée - qui a sorti la France de son isolement diplomatique et qui a connu des succès (colonies) après une série de réformes - c'est toucher à l'alliance et à la probabilité de réussir la Revanche contre l'Allemagne. Déjà penser cela est le prélude à une trahison !
L'entêtement d'Henry et, dans une moindre mesure, de Paty de Calm est ici et non ailleurs.
Enfin, leurs supérieurs répondaient d'eux sans sourciller : ces personnes avaient acquis leurs lettres de noblesse en renseignant la France. Henry était la "créature" de Miribel (c'est une sacré carte de visite au début des années 1890 !) et Paty de Boisdeffre.
Ces subalternes jouissaient également d'une très grande autonomie, car jamais leurs supérieurs n'auraient pu douter de leur foi.

Citer :
A moins que les Français (et éventuellement leur 2e Bureau) aient des informations sur les oscillations de Nicolas II.

Il s'agit davantage de craintes que de preuves : mais entre 1894 et 1898, le 2nd bureau (donc les attachés militaires français en Russie) sont obsédés par un risque de revirement de ce monarque jugé comme plus faible de caractère que son prédécesseur.

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Message Publié : 27 Nov 2019 1:23 
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Duc de Raguse a écrit :
Même après la démission de Boisdeffre lors du "faux-Henry" en 1898, Nicolas II continua de le rencontrer lorsqu'il venait en France.

J'ai beaucoup de mal à te suivre. Même si ce sont les militaires qui ont réussi l'alliance russe, ou plutôt précisément pour cela, la continuité était assurée auprès des Russes, qui devaient trouver les moeurs démocratiques plutôt exotiques et ne pas trop se soucier des changements dans le personnel politique.

(ça me fait penser au commentaire de Roosevelt, disant qu'avant guerre il lui était arrivé de ne plus se souvenir du nom de la personne qui dirigeait la France à un moment donné, du fait des changements de président du conseil.)

Hors la réaction de Nicolas II montre qu'ils n'avaient aucun motif de s'alarmer. De Boisdeffre est soupçonné d'avoir tout fait pour perdre Dreyfus, son honneur est entaché et il doit en tous cas démissionner, son 2ème Bureau y apparait à la fois comme incompétent, victime de fuite (la publication du bordereau, qui mettait en première page l'écriture d'Esterhazy) et capable de forger de fausses pièces, qui s'étalent dans la presse, à seule fin de protéger un traitre pour mieux garder au bagne un innocent, bref, on ne pouvait imaginer pire en terme d'image. Tout cela ne fait pas bouger d'un poil un Nicolas II pourtant perçu comme vacillant.

En somme, par crainte de remous limités, ces militaires indignes ont mis la France à feu et à sang et sont tombés victimes d'un scandale épouvantable qu'ils ont eux-même fabriqué ! (C'est même précisément à ce moment là qu'un allié de fraiche date aurait pu se demander à quels zigotos il avait affaire.)

Et pour finir, ce sont les civils, ces hommes politiques insignifiants, qui doivent leur éviter le pire : être trainés devant les tribunaux à leur tour. Une bienfaisante amnistie générale vient recouvrir leurs agissements. (Il est de fait qu'on ne pouvait décapiter l'armée et mettre en cause toute la haute hiérarchie.) J'imagine qu'à Saint Petersbourg, cette amnistie que fait voter Waldeck-Rousseau, a pu montrer que les politiques français étaient capables d'une certaine sagesse.

Cette vision de généraux pétris par l'inquiétude sur l'alliance russe et qui multiplient les erreurs graves pour ne pas laisser entrevoir une erreur bénigne, je trouve que ça évoque Gribouille. Disons qu'ils n'y apparaissent pas sous leur meilleur jour, alors qu'il est difficile de les imaginer tous comme de parfaits imbéciles, à leur rang.

A moins que l'Affaire cache réellement un problème grave, dont on n'aurait rien su. Et dont ils ne pouvaient peut-être pas parler, effectivement.

"L'état-major s'est mis dans la situation ridicule de condamner un innocent pour défendre un coupable" (c'est dans les dialogues du film) ça demande tout de même un motif vraiment sérieux.

(Curieux d'ailleurs, que le film ne pose pas la question évidente : pourquoi ? Mais Polanski s'est strictement polarisé sur l'antisémitisme, supposé tout expliquer.)

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Message Publié : 27 Nov 2019 12:12 
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Localisation : Provinces illyriennes
Citer :
J'ai beaucoup de mal à te suivre. Même si ce sont les militaires qui ont réussi l'alliance russe, ou plutôt précisément pour cela, la continuité était assurée auprès des Russes, qui devaient trouver les moeurs démocratiques plutôt exotiques et ne pas trop se soucier des changements dans le personnel politique.

Alors, en simplifiant : l'alliance est officielle en 1894 (plus de 15 ans auront été nécessaires à l'EMA pour l'obtenir d'un Alexandre III très difficile à convaincre, puisqu'exercrant le régime républicain). Alexandre III décède la même année, avec les incertitudes qui règnent au sujet du respect de la parole donnée du Tsar défunt par son fils. Entre 1895 et 1896, ces doutes subsistent encore - surtout que Guillaume II, changeant de stratégie, tente désormais de lui faire les yeux doux.
A quelle date la connaissance de l'erreur du jugement de Dreyfus ressort au sein de l'EMA ? En 1895-1896, soit dans le contexte international décrit.
Gonse demande à Picquart de fermer les yeux sur cette bévue pour que le prestige de l'armée ne soit pas entamé par un scandale public (oui, en cas d'erreur avérée du jugement de tribunal militaire de 1894, on ne pourrait laisser l'affaire demeurer uniquement au sein de l'armée...). Picquart refusant de fermer les yeux sur cette injustice est alors saqué. Mais le scandale éclate tout de même en 1898, parce que certains - dont Picquart, Zola et Clemenceau - le rendent public.

En fait, nul préjudice ne doit retomber sur cet Etat dans l'Etat : pour des raisons intérieures (Revanche, corps conservant un prestige certain, parfois capable d'imposer ses vues aux politiques) et extérieures (alliance franco-russe, mais aussi crédibilité internationale).
Ce raisonnement me parait très facile à suivre, puisque lié aux éléments factuels rappelés plus haut. La nullité des contre-mesures utilisées contre Picquart et les révélations publiques du scandale prouve bien qu'il n'y avait aucun complot à l'intérieur de l'EMA contre Dreyfus, mais une volonté qu'un scandale public, qui entâcherait l'armée, n'éclate pas.


Citer :
Hors la réaction de Nicolas II montre qu'ils n'avaient aucun motif de s'alarmer.

Mais les signes de très bonne disposition de ce souverain à l'égard de la France n'apparaissent très clairement qu'en 1896-1897, pas avant. Donc il y a doute entre 1894 et début 1896.

Citer :
De Boisdeffre est soupçonné d'avoir tout fait pour perdre Dreyfus, son honneur est entaché et il doit en tous cas démissionner, son 2ème Bureau y apparait à la fois comme incompétent, victime de fuite (la publication du bordereau, qui mettait en première page l'écriture d'Esterhazy) et capable de forger de fausses pièces, qui s'étalent dans la presse, à seule fin de protéger un traitre pour mieux garder au bagne un innocent, bref, on ne pouvait imaginer pire en terme d'image.

Boisdeffre se fichait des affaires internes, il n'a jamais cherché à "perdre Dreyfus". Sandeherr, Paty (avant de se rétracter) et Henry s'en sont chargés tous seuls.

Citer :
En somme, par crainte de remous limités, ces militaires indignes ont mis la France à feu et à sang et sont tombés victimes d'un scandale épouvantable qu'ils ont eux-même fabriqué !

Oui, lorsqu'on tire le vin, il faut le boire jusqu'à la lie. Henry avait la toute confiance de ses supérieurs : soit Gonse lui a demandé de rédiger le faux, soit il l'a fait de lui-même ; vu le personnage je penche pour la 2nde option.

Citer :
Et pour finir, ce sont les civils, ces hommes politiques insignifiants, qui doivent leur éviter le pire : être trainés devant les tribunaux à leur tour. Une bienfaisante amnistie générale vient recouvrir leurs agissements.

Et oui, ce qui est le comble de l'ironie ! On étouffe un scandale présumé, en en fabriquant un encore plus grand... pour être sauvé par le pouvoir civil.
Par contre, tu comprends mieux l'Afffaire dite "des fiches", qui est la suite logique de l'Affaire Dreyfus : il faut se débarasser de cette élite militaire issue d'un autre temps - le plus souvent peu républicaine - qui prétend parfois même se soustraire aux politiques.
La Revanche oui, mais en contrôlant ces militaires un peu trop indépendants.

Citer :
Cette vision de généraux pétris par l'inquiétude sur l'alliance russe et qui multiplient les erreurs graves pour ne pas laisser entrevoir une erreur bénigne, je trouve que ça évoque Gribouille. Disons qu'ils n'y apparaissent pas sous leur meilleur jour, alors qu'il est difficile de les imaginer tous comme de parfaits imbéciles, à leur rang.

Attention, Boisdeffre et Gonse - tout comme Miribel et Boisdeffre jusqu'à la mort du 1er - avaient une confiance absolue envers les officiers supérieurs du 2nd bureau et ils leur laissaient une forte autonomie. Ils ont si bien travaillé jusqu'à présent que le jugement de Dreyfus ne peut être qu'exact. Lorsque Picquart met son nez là-dedans en 1895 et prouve l'erreur judiciaire, Boisdeffre se comporte comme Ponce Pilate ("je suis occupé par l'alliance franco-russe, allez voir Gonse c'est lui le chef du 2ème bureau") et Gonse se meut en complice de crime, disposé à faire fabriquer des faux si Picquart poursuit son entreprise, après, pourtant, avoir avoué devant Picquart que l'armée s'était donc trompée au sujet de la culpabilité de Dreyfus.
Entre l'avouer en interne et l'avouer en public, il y a une différence de taille !

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Un peuple sans âme n'est qu'une vaste foule
Alphonse de Lamartine


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Message Publié : 27 Nov 2019 16:13 
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Pour ma part, je n'ai jamais pensé que l'accusation contre Dreyfus ait pu être un complot. Aucune préméditation. (En revanche, il est possible que l'antisémitisme ait joué, lorsqu'il a fallu "faire un choix" entre les 5 stagiaires à l'Etat-Major susceptibles d'avoir pu se procurer les documents annoncés par le bordereau.)

J'ai bien entrevu ce problème de timing dans un télescopage éventuel entre l'Affaire et la construction, puis l'affermissement de l'alliance russe. Si l'origine est là, Dreyfus aura vraiment joué de malchance du début à la fin.

Il reste malgré tout une circonstance curieuse : le bordereau est en réalité de la main d'Esterhazy, mais celui-ci promet des documents auxquels à priori il ne peut pas avoir accès. (D'où l'idée de l'intoxication : s'il fournit sur ordre des documents à l'ambassade d'Allemagne, ce sont ses chefs qui les lui donnent, sans doute accompagnés d'une explication sur les moyens par lesquels il se les serait procurés.) En tous cas, cela explique pourquoi l'enquête initiale ne pouvait pas tomber sur lui. L'idée d'une intoxication menée sans avertir le 2ème Bureau, ce qui aboutit à une catastrophe, se tient, pour moi.

Mis à part le cynisme des généraux, qui envisagent de garder Dreyfus (éternellement ?) à l'Ile du Diable, ils ont également fait preuve d'un certain aveuglement : comment ont-ils pu s'imaginer, dès l'instant où Picquart démasque Esterhazy, qu'une pareille information allait pouvoir être tenue sous l'étouffoir ? Il y aurait forcément, tôt ou tard, un honnête homme, au 2ème Bureau, pour s'étonner qu'on protège un coupable. (ce que tout officier patriote, et à priori ils le sont tous, devait forcément trouver encore plus choquant que la condamnation de Dreyfus : quoi ? Laisser en liberté un informateur des Allemands ?)

De fait il n'y a pas eu que Picquart : C'est un officier, le commandant Cuignet aide de camp de Cavaignac, président du Conseil, qui découvre, à la lampe, le défaut du quadrillage en filigrane sur le "faux Henry", et le montre à son patron. Lequel Cavaignac vient de brandir ce document à la Chambre, en le proclamant accablant pour Dreyfus : au pire il pourrait éventuellement ne rien dire, mais il n'a aucun motif pour cela, et il n'a pas dû apprécier plus qu'un autre que les militaires lui refilent une preuve trafiquée.

Ce faux est le signe que la panique règne à l'EMA. Je pense aussi tout à fait possible que Henry ait pris sur lui cette initiative, mais par la suite il devient fou : il faut se représenter qu'il ira jusqu'à fabriquer des faux contre Zola, pour appuyer une campagne de calomnie menée par le Petit Journal, je crois, qui accuse Zola d'être le fils d'un escroc. (De la part de Henry, il y a un manque de discernement évident : à quoi bon attaquer Zola, ce qui n'est pas le rôle du 2ème Bureau, à fortiori en fabriquant des faux, ce qui engage la réputation de son service, et surtout, Zola a fait paraître "J'accuse...!" le mal est fait, faire de son père décédé un escroc n'inversera pas le cours de l'Affaire. Henry a perdu la tête !)

Cette histoire de fou est racontée dans l'article de Wiki sur le rôle de Zola :
https://fr.wikipedia.org/wiki/J%27accuse%E2%80%A6!#La_calomnie

En somme, si je vois bien la motivation que tu prêtes aux généraux (dont l'enjeu, l'alliance russe, est colossal) je trouve que pour autant ils ont manqué, au minimum, de réalisme. Et de fait ils se sont mis dans le mur. (l'hypothèse que Henry fasse des faux sans le dire est plausible, mais le malheureux est probablement convaincu d'agir pour le bien de la France, si on lui a fait valoir - ce qui serait logique - que l'alliance russe est en cause.)

Je trouve aussi que dans l'image qu'on donne au public de cet affrontement, on a tendance à opposer "les valeurs de l'armée" (le patriotisme, la discipline...) aux "valeurs démocratiques". (la défense d'un innocent, la justice...) Je trouve que c'est un contresens complet, qui a d'ailleurs été celui de la presse antidreyfusarde : le fait de protéger un traitre, par exemple, n'entre en rien dans les valeurs de l'armée, et d'ailleurs pas davantage le fait d'accabler un innocent. Ce sont ces généraux-là qui ont abouti à cette opposition contre nature. Avec un résultat déplorable : l'affaire Dreyfus alimentera longtemps, par la suite, l'antimilitarisme.

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Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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