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Message Publié : 25 Août 2022 9:25 
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Jean Froissart
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Ce jour là, Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, arrive à Montparnasse, puis se rend au ministère de la Guerre rue Saint-Dominique ; après une halte à la préfecture de police, il se rend à l'Hôtel de Ville où il prononce un discours à la population dont un extrait est resté célèbre : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Georges Bidault, président du Conseil National de la Résistance, lui demande de proclamer la République. De Gaulle refuse : « La République n'a jamais cessé d'être ! Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu »...
Il se réfère en cela aux termes de l'Ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le
territoire national :
Citer :
ARTICLE 1
La forme du Gouvernement de la France est et demeure la République. En droit celle-ci
n'a pas cessé d'exister.
ARTICLE 2
Sont, en conséquence, nuls et de nul effet tous les actes constitutionnels législatifs ou
réglementaires, ainsi que les arrêtés pris pour leur exécution, sous quelque
dénomination que ce soit, promulgués sur le territoire continental postérieurement au 16
juin 19401 et jusqu'au rétablissement du Gouvernement provisoire de la république française.
Cette nullité doit être expressément constatée.
ARTICLE 3
Est expressément constatée la nullité des actes suivants ;
L'acte dit loi constitutionnelle du 10 juillet 19402 ;
Tous les actes dits : "actes constitutionnel",
Tous les actes qui ont institué des juridictions d'exception,
Tous les actes qui ont imposé le travail forcé pour le compte de l'ennemi,
Tous les actes relatifs aux associations dites secrètes,
Tous ceux qui établissent ou appliquent une discrimination quelconque fondée sur la qualité
de juif. [...]

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Message Publié : 25 Août 2022 11:58 
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De Gaulle n'aimait pas ce discours. il l'avait improvisé dans le feu de l'action (quelle journée !) et ne le trouvait pas à la hauteur.

(Au passage il a fait attendre les représentants de la Résistance à l'Hôtel de Ville toute la journée, pour qu'il soit bien clair qu'ils n'allaient pas prendre un rôle dirigeant. De même pour cette idée de "rétablir la République" : Quoi ? Valider ainsi la parenthèse Vichy ? Ces résistants se laissaient emporter par le romantisme révolutionnaire ! L'un d'eux dira :"Il avait certainement raison, mais ça nous aurait fait tant plaisir !")

Aujourd'hui, le "Paris outragé" fait sourire mes gamins, qui l'ont entendu rabâché chaque fois qu'est évoquée à la télé la libération de Paris ou même de la France, et que cette répétition exaspère. C'est devenu un marronnier médiatique, le discours de De Gaulle qu'on entend le plus souvent.

Hé bien pour moi je le trouve très bien, en particulier dans son début, qui n'est jamais cité, et c'est un tort, c'est la meilleure partie :

Citer :
Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l'émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains.

Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies.

Paris ! Paris outragé...

J'aime ce début parce qu'on y sent la vraie fraternité de ce soir-là (tous ensemble / chez nous) et pour cette phrase magnifique que seul De Gaulle était capable d'improviser, et qui le met au même niveau que chaque participant présent, jusqu'au plus simple des FFI : "Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies."

Le "Paris outragé" me fait sourire : quatre ans après, il n'a toujours pas digéré ce "Paris ville ouverte" de juin 40, qu'il aurait aimé, lui, voir défendu.

La suite est de bonne tenue : on reste dans l'idée de départ, mais il souligne cette fois que c'est la France qui rentre chez elle.
Citer :
Eh bien ! puisque l'ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l'immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits.

Il ne le dit pas, mais c'est en filigrane : depuis juin 40, quel chemin parcouru ! Et comme il revient de loin !

Non vraiment, il est très bien, ce discours ! ;)
https://www.reseau-canope.fr/cnrd/ressource/texte/3948

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Message Publié : 25 Août 2022 16:22 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Je trouve moi aussi que ce discours est très bien. Je ne vois pas pourquoi de Gaulle ne l’aimait pas.

Quant à proclamer la République, il avait raison, ce n’eût pas été cohérent avec la ligne adoptée dès le 18 juin 1940 et confirmée par le CFLN dans l'ordonnance du 9 août 1944. Mais il aurait pu le faire. Cela aurait fait plaisir aux résistants et n’eût pas changé grand-chose.

En fait, de Gaulle se méfiait des résistants et des velléités de certains à rééditer un épisode révolutionnaire que ce fût celui de 1789 ou de 1848 voire d’octobre 1917 (pour les communistes). Son but n'était pas une romantique aventure révolutionnaire mais, sans état d'âme, le rétablissement de la légalité républicaine. A quelqu’un qui lui demandait quel serait désormais le rôle de la Résistance, il répondit (je cite de mémoire) : « Il est terminé. » Il fut très dur. « Ils ont fait leur devoir ». Pour ceux qui avaient pris le risque d'être tués, arrêtés par la Gestapo, torturés, envoyé en déportation, cela passait mal. On peut leur répondre en citant Paul Claudel (Le soulier de Satin) :
- Pour tant de travail et de souffrance, quelle sera la récompense que vous lui réservez ?
- Mon fils, ce sera la seule qu’il attende et qui soit digne de lui : l’ingratitude.


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Message Publié : 25 Août 2022 20:02 
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Barbetorte a écrit :
Son but n'était pas une romantique aventure révolutionnaire mais, sans état d'âme, le rétablissement de la légalité républicaine. A quelqu’un qui lui demandait quel serait désormais le rôle de la Résistance, il répondit (je cite de mémoire) : « Il est terminé. » Il fut très dur. « Ils ont fait leur devoir ». Pour ceux qui avaient pris le risque d'être tués, arrêtés par la Gestapo, torturés, envoyé en déportation, cela passait mal.

A Toulouse, un de ses aides de camp commenta :"Je ne pensais pas que l'ingratitude puisse aller aussi loin." Avec Ravanel, colonel et chef des FFI locaux, le contact fut rugueux, De Gaulle lui reprochant de laisser trop de place aux communistes. (Ce qui ne l'empêchera pas d'en faire un Compagnon de la Libération.)

Et puisqu'on parle de la libération de Paris, dans ses mémoires De Gaulle raconte avoir reproché à Leclerc d'avoir accepté la signature conjointe de Rol-Tanguy (chef des FFI parisiens et communiste) au bas de l'acte de capitulation de Von Scholtitz, signature "qui procédait d'une tendance que je n'approuvais pas." (C'était bien la peine de proclamer que Paris s'était libéré seul ! On pourrait au contraire y voir un beau symbole, cette signature du guerrier le plus représentatif de la France Libre à côté de celle de l'ouvrier parisien en armes.)

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Message Publié : 26 Août 2022 9:46 
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Jean Froissart
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Pour la majorité des résistants, le combat ne s'achevait pas avec la libération du territoire. Après avoir libéré la France, il convenait de la reconstruire. Telle est la tâche que se fixent nombre de ces résistants qui se nourrissent d'une mystique fondée sur le sacrifice et la pureté, et d'une idéologie versant dans un socialisme d'autant plus affirmé qu'il demeure vague. Or nombreux sont ceux qui ne reconnaissent pas, dans le visage de la France libérée, les traits qu'ils avaient imaginés, et qui ne se voient pas non plus attribuer la place qu'ils pensaient avoir méritée. D'où, chez certains, l'impression d'être incompris, voire trahis.

Dès la libération de Paris, la tension fut vive entre les représentants de la Résistance intérieure (Georges Bidault, André Tollet, etc.) et le général de Gaulle. Le 28 août, ce dernier décrète en outre la dissolution des états-majors FFI, et l'interdiction de tout nouveau recrutement au sein des troupes résistantes. Le parti communiste, réagit aussitôt en exhortant la population à rejoindre les FFI, tandis que nombre de combattants refusent d'intégrer l'armée régulière : le phénomène est préoccupant à Paris, mais aussi à Limoges ou à Montpellier. Cette situation explosive durera jusqu'à la mi-septembre 1944, date à laquelle le PC acceptera un compromis tacite avec le gouvernement.

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Message Publié : 26 Août 2022 11:04 
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Les FFI se sont tout de même engagés en nombre dans l'armée de libération ou la 2e DB. (Spécialement dans les régions libérées par ces unités.)

Les FTP ont pu un temps obéir à la consigne de ne pas bouger, encore que je n'ai jamais entendu que le PCF ait donné une telle consigne, mais il est exact que le PCF a fait de l'obstruction et a tenté de maintenir une sorte de "pouvoir de la résistance". (Une partie des résistants espéraient que le CNR - d'ailleurs infiltré par les communistes - aurait un rôle à jouer dans les nouvelles institutions. Pour De Gaulle, l'assemblée avait adopté son programme social, son rôle s'arrêtait là.)

De Gaulle a dû taper sur la table pour obtenir en particulier le désarmement et la dissolution des "milices patriotiques" communistes. (Ces groupes armés qui tenaient la ville ou la campagne en prétendant assurer l'ordre les armes à la main, ce n'était vraiment pas possible.) Cela dit les consignes de Staline au PCF - Staline qui voulait digérer en paix l'Europe centrale et ne voulait pas d'incidents avec les alliés - étaient de ne pas faire de vagues et le PCF est rentré dans le rang. (Remercié entre autres un peu plus tard par l'amnistie de Maurice Thorez, que De Gaulle laisse revenir en France. - Il avait passé la guerre à Moscou. "A votre place je ne le fusillerais pas tout de suite, avait dit Staline à Moscou, c'est un bon Français." )

Mais dans l'ensemble les FFI ont fait leur devoir. Par exemple il y a eu un régiment de Paris formé de FFI. Certains l'ont fait dans des unités qui manquaient d'armes (et ont été jusqu'à réutiliser des armes allemandes de prise, il n'en manquait pas, les Américains refusant d'armer des divisions françaises supplémentaires, sans qu'on sache trop si c'était encore un caprice de Roosevelt ou si cela représentait pour eux un véritable problème logistique.) et ces régiments improvisés se sont donc pour certains battus dans des conditions difficiles.

Ils étaient d'autant plus attendus qu'à l'approche de l'hiver, De Lattre cherchait à "blanchir" ses troupes, en mettant au repos dans le sud des unités "sénégalaises" qui résistaient mal au froid, on en avait l'expérience depuis la Grande Guerre. Ce fut le cas en particulier sur le front des Vosges.

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Message Publié : 26 Août 2022 14:46 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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Pierma a écrit :
Les FFI se sont tout de même engagés en nombre dans l'armée de libération ou la 2e DB

anecdote familiale d'un gd oncle ayant conversé avec De Gaulle : que voulez-vous, malgré tous mes efforts, je n'en ai trouvé que 200 000 !

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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