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Message Publié : 09 Juin 2021 16:33 
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Plutarque
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En lisant un roman se déroulant dans les marigots de la IVè (pardon, 4è) République, je me suis posé la question en titre.

En effet, à défaut de tout savoir sur Papon, son passé de secrétaire général de la préfecture de Gironde était je suppose connu. Or, il ne devait pas manquer d'anciens résistants et français libres, des hauts placés eux-même ou proche de hauts placés, qui devaient voir d'un mauvais oeil ce genre d'individu à de tels postes. Pourquoi le pouvoir (Debré ?, De Gaulle ?) l'a-t-il nommé là, au risque de déplaire à d'anciens compagnons d'armes ?
A moins que je me trompe et que tout le monde s'en foutait...


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Message Publié : 09 Juin 2021 17:50 
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Papon à l'époque a dû être estimé bon haut-fonctionnaire et non mouillé politiquement avec Vichy - il avait des amitiés dans la Résistance à qui il avait rendu des services en 1943-1944.
Le fait qu'il fut nommé préfet de Corse en 1946 illustre cela.

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Alphonse de Lamartine


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Message Publié : 09 Juin 2021 18:59 
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Salluste
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C'est ce que Gérard Guicheteau a appelé la "continuité de l'État" ( son livre s'appelle : Papon Maurice ou la continuité de l'État)


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Message Publié : 09 Juin 2021 19:03 
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Papon est sorti de son poste de secrétaire général de la préfecture de Bordeaux blanc comme neige et même avec des titres de résistance.

C'est aussi simple que cela. Mais ça demande quelques explications :
- Bordeaux est la seule région où le chef du principal réseau de résistance, l'OCM, ait tout bonnement trahi en concluant un accord de non-agression avec le responsable local de la Gestapo, un certain Dohse, qu'il est permis de trouver très futé... et tordu.

L'idée commune était de garder la Résistance intacte pour faire face - après notre départ, disait Dohse, qui expliquait que pour eux la guerre était perdue de toute façon - à la puissance des communistes, très réelle dans les régions voisines. (Toulouse, Limousin...)

Commencez donc par lire ce qu'a provoqué l'affaire Grandclément. Un cauchemar ! A Bordeaux un résistant ne pouvait plus en aborder un autre sans savoir dans quel camp il se situait.

- Dans ces conditions, la Résistance a été peu présente au moment de la Libération de Bordeaux. Quelques combats pour prendre les principaux édifices de la ville, et la base sous-marine (sans doute à peu près vide) mais les Allemands s'en allaient, de toute façon.

- Dans ce merdier (passez-moi le mot) il y a eu des résistants authentiques et motivés qui ont fait ce qu'ils ont pu, mais pour Papon, rendre des services à la résistance n'était pas difficile. La moitié des "résistants", parfaitement identifiés par la Gestapo, se baladaient paisiblement en ville, clamant que "ça ne risquait rien. Tu parles ! (Lorsque De Gaulle envoie clandestinement des préfets pour prendre le poste de préfet le jour venu, on recommande à l'envoyé bordelais d'aller se faire loger chez Papon, qui donne toutes garanties de sécurité.)

- Dans un tel climat, il apparait même des mythomanes, dont un individu se faisant passer pour chef d'un réseau (parfaitement fictif, mais il réussira à prendre langue avec le SOE local.) Et en 44, ce type - dont j'ai oublié le nom - vendait des certificats ou des cartes de résistant de son "réseau". Mais je pense que Papon n'en a pas eu besoin, parce que...

- dernier point, Papon prudent et lucide, ne signait jamais de sa main un ordre d'arrestation d'un Juif. Il déléguait cette tâche salissante à ses subalternes moins futés, et faisait donc tout oralement. Il avait malgré tout signé au moins une directive générale concernant les modalités de transfert des Juifs arrêtés, parce que c'est des années plus tard (plus de 30 ans, je pense, il faudrait regarder) qu'un chercheur en histoire est tombé dessus dans les archives et a pu mettre en lumière le rôle réel de Papon.

Au passage, Papon a été également préfet en Algérie (Constantine, sauf erreur) où il a eu la main lourde, mais dans le contexte de la guerre d'Algérie, rien qui justifie une mise en question par ses supérieurs ou par les militaires.

Itinéraire d'un authentique salaud, pour conclure.

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Message Publié : 09 Juin 2021 19:09 
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Marc Bloch
Marc Bloch

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Localisation : Versailles
Il n'a été nommé ni par De Gaulle ni par Debré mais par la IVe République.

Ci-dessous l'analyse de Wikipedia :

En mars 1958, Maurice Papon est nommé préfet de police sur la recommandation de Maurice Bourgès-Maunoury, alors ministre de la Défense nationale, qui avait été Commissaire régional de la République à Bordeaux en 1945.

Quand il descend de l'avion qui le ramène de Constantine, il passe pour un homme qui connaît particulièrement bien le problème de l'Algérie et sur lequel on peut compter pour faire face à une crise qui menacerait la République

. À la chute du gouvernement Félix Gaillard, il refuse à Pierre Pflimlin le ministère de l'Algérie, refus jugé inquiétant par la classe politique. Ce refus, mais plus encore le soutien de Jules Moch, ministre de l'Intérieur juste avant l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, lui valut son maintien en fonction par la Ve République.


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Message Publié : 09 Juin 2021 20:49 
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Salluste
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Inscription : 13 Fév 2010 8:36
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Pierma a écrit :
- dernier point, Papon prudent et lucide, ne signait jamais de sa main un ordre d'arrestation d'un Juif. Il déléguait cette tâche salissante à ses subalternes moins futés, et faisait donc tout oralement. Il avait malgré tout signé au moins une directive générale concernant les modalités de transfert des Juifs arrêtés, parce que c'est des années plus tard (plus de 30 ans, je pense, il faudrait regarder) qu'un chercheur en histoire est tombé dessus dans les archives et a pu mettre en lumière le rôle réel de Papon.

Il faut préciser que l'adjoint de Papon qui s'occupait de la "question juive" , Pierre Garat,et qui pour le coup signait les ordres de ses mains, est nommé sous-préfet de Dax puis de Blaye à la Libération.

Jerôme a écrit :
Il n'a été nommé ni par De Gaulle ni par Debré mais par la IVe République.

Gaston Cusin, commissaire régional de la République, titularise Papon préfet des Landes en août 1944.
Ensuite il travaille dans différents sous-secretariat puis devient préfet de Corse en janvier 1946.

Quant à son rôle en Algérie, voici témoignage du général Raiffaud:
Citer :
à l'époque c'était le général Noiret, commandant le corps d'armée de Constantine, qui tenait en main le territoire [dont les zones, secteurs et quartiers constituaient] une administration militaire d'ensemble qui avait complètement remplacé l'administration civile ; celle-ci n'existait plus qu'en théorie, dans les archives de la préfecture. Si M. Papon a déclaré au conseiller d'État qu'il tenait en main le territoire, il s'est paré des plumes du paon


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Message Publié : 09 Juin 2021 22:29 
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Plutarque
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Je me permets de vous indiquer cette ressource en ligne très intéressante et en lien direct avec le sujet :
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... sonne.html
C'est l'universitaire Michel BERGES qui avait "soulevé le lièvre" des archives de Bordeaux et qui a constaté qu'en définitive, sa démarche n'intéressait les plaignants que dans la mesure où elle permettait d'instruire à charge. Or il en était arrivé à une analyse plus nuancée mais inaudible.
Bonne lecture.
JD


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Message Publié : 10 Juin 2021 6:21 
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Marc Bloch
Marc Bloch

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Localisation : Versailles
Pour revenir au sujet, il faut insister sur deux points. Papon a été nommé par la IVe République dans le contexte de la guerre d'Algérie. Certainement pour tenir la capitale face aux risques d'attentats du FLN sans exclure le risque d'un coup d'état !

D autre part sous l'occupation, ses responsabilités étaient purement administratives, ce qui limitait considérablement ses rapports avec les Allemands ou avec la police ! Même si les aspects administratifs de la politique anti sémite dépendaient de lui (les fichiers essentiellement).


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Message Publié : 10 Juin 2021 11:11 
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JARDIN DAVID a écrit :
Je me permets de vous indiquer cette ressource en ligne très intéressante et en lien direct avec le sujet :
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... sonne.html
C'est l'universitaire Michel BERGES qui avait "soulevé le lièvre" des archives de Bordeaux et qui a constaté qu'en définitive, sa démarche n'intéressait les plaignants que dans la mesure où elle permettait d'instruire à charge. Or il en était arrivé à une analyse plus nuancée mais inaudible.
Bonne lecture.
JD

Jardin David, je vais lire cela avec intérêt, mais d'entrée il y a des éléments qui me gênent.

Tout d'abord que cela soit publié en 99, soit un an après la condamnation de Papon en 98. (Après 17 ans de démêlées judiciaires pour finalement aboutir à un procès !) Hors la loi française interdit en principe de commenter une décision de justice. Admettons que cette exception peut se justifier au regard son intérêt historique... (De plus c'est mis en ligne par une université québecoise, hors d'atteinte sur ce point, même si on le voulait.)

Une chose me choque : dans le lien que vous donnez, apparait d'entrée la mention "Une édition électronique réalisée à partir du livre de Maurice Papon, LA VÉRITÉ N'INTÉRESSAIT PERSONNE. Entretiens avec Michel Bergès sur un procès contre la mémoire. Paris: François-Xavier de Guibert, 1999"

C'est donc un plaidoyer pro-domo de la part de Papon, qu'on n'est en rien obligé de prendre pour parole d'évangile. Il s'agit de revenir sur le procès et d'en contester l'objectivité.

J'ai à peine commencé à lire, mais j'ai déjà noté l'affirmation de Papon :"On ne voulait pas voir que nous travaillions sous l'occupation allemande". Hors le jugement de condamnation tient bien compte de certains éléments de contexte : Papon est condamné pour "arrestations arbitraires et séquestrations", mais on ne lui reproche pas d'avoir tué :
Wiki a écrit :
Cependant, le tribunal estimant qu'il n'existait pas de preuve que Papon avait connaissance de l'extermination des Juifs à l'époque des faits, il est acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et des « tentatives de complicité d'assassinat ».


Malgré tout, comme le dit Gilles Perrault "l'honneur d'un homme n'est jamais un enjeu secondaire", et je vais regarder cela d'un oeil... critique.

Jerôme a écrit :
D autre part sous l'occupation, ses responsabilités étaient purement administratives, ce qui limitait considérablement ses rapports avec les Allemands ou avec la police ! Même si les aspects administratifs de la politique anti sémite dépendaient de lui (les fichiers essentiellement).

Pour voir un peu lu sur la question - j'ai oublié le nom de l'ouvrage - il est clair que ce rôle "purement administratif" comportait les ordres d'arrestation et de transfert de Juifs, ou de familles juives, nommément désignés et "logés" - pour parler comme la police - ce qui signifiait la déportation. Il comportait également les moyens réquisitionnés ou payés pour le transfert, en particulier les rapports avec la SNCF pour les transferts à Drancy.

Vous avez également mentionné la tenue des fichiers. (Les fichiers répertoriant les Juifs de la région, je pense.) Un rôle "purement administratif" peut-être parfaitement criminel.

Savoir dans quel mesure Papon pouvait s'opposer à la déportation une fois qu'une famille juive avait été repérée par la police, la Milice (acharnée à la chasse aux Juifs fin 43-mi 44) ou la Gestapo, et si même il avait le désir de s'y opposer, je ne sais pas trancher. Mais le tribunal l'a fait, et l'universitaire Michel BERGES, qui soutient la thèse de la défense de Papon, à savoir une instruction aveugle et à charge, est pourtant venu témoigner à la barre en sa faveur. Preuve au moins que le tribunal n'a pas occulté un témoignage à décharge, et d'autant plus important qu'il venait de l'historien qui avait analysé les archives.

Jerôme a écrit :
Pour revenir au sujet, il faut insister sur deux points. Papon a été nommé par la IVe République dans le contexte de la guerre d'Algérie. Certainement pour tenir la capitale face aux risques d'attentats du FLN sans exclure le risque d'un coup d'état !

Concernant la manifestation pacifique des Algériens de Paris le 17 octobre 61, j'ai déjà dit que c'était "une connerie" de la part du FLN : des inspecteurs avaient été tués dans les mois précédents au cours de fusillades avec des collecteurs de fonds du FLN, la moitié des flics parisiens en tenaient pour l'OAS, il est clair que cette manifestation serait réprimée avec la dernière violence. (Pour moi elle l'a été de façon abjecte, mais c'était hélas à craindre.)

En revanche, la répression très violente de la "manifestation de Charonne" en février 62 (9 morts et un nombre "très élevé" de blessés graves, j'ai en tête le chiffre de 250) est un scandale pour lequel Papon aurait dû être condamné. Mais De Gaulle voulait montrer qu'il tenait la balance égale entre OAS et communistes, et un Papon, ex-vichyste, ne risquait pas de nuancer des ordres de sévérité. La manifestation avait d'ailleurs été interdite, ce qui peut étonner, la gauche entendant simplement manifester pacifiquement contre l'OAS, dont les bombes tuaient aux quatre coins de Paris, un motif parfaitement recevable en démocratie : cette manifestation n'était pas factieuse. De plus on était en pleine négociation des accords d'Evian, qui seront signés un mois plus tard.

L'enterrement des victimes du métro Charonne donnera d'ailleurs lieu à une colossale manifestation populaire, accompagnant le cortège, qui regroupait plusieurs centaines de milliers de manifestants, dans un silence impressionnant, que le pouvoir se garda bien d'interdire, cette fois. (D'une certaine manière, c'est l'OAS que le peuple - et je dirais volontiers TOUT le peuple - enterrait ce jour-là. De fait la répression de CHaronne n'avait pas ému que des gens de gauche : beaucoup de gaullistes s'étaient trouvés déconcertés qu'une manif contre les pratiques et le danger de l'OAS soit ainsi réprimée aussi durement.)

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Message Publié : 10 Juin 2021 13:08 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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On ne peut exonérer les gouvernements de la Cinquième République et de Gaulle lui-même de leur responsabilité d’avoir nommé Maurice Papon à de hautes fonctions ou de l’y avoir maintenu. Si de Gaulle avait jugé Papon indésirable, il l’aurait immédiatement fait remplacer. On se débarrasse plus facilement d’un préfet que d’un fonctionnaire de catégorie B, quitte à payer à ne rien faire le préfet limogé. En outre, rien n’obligeait de Gaulle à remettre personnellement à Maurice Papon la croix de commandeur de la Légion d’Honneur.

Maurice Papon servit sous tous les gouvernements, quasiment sans interruption, depuis le régime de Vichy jusqu’à la présidence de Valéry Giscard d’Estaing qui en a fit son ministre du budget. Il exerça notamment d’importantes responsabilités sous le gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle après avoir été blanchi par la commission chargée de l'épuration des administrations centrales et du corps préfectoral.

Ce n’est que dans les années 1980 qu’il fut rattrapé par son passé parce qu’entre-temps les recherches historiques avaient apporté des éléments nouveaux et que la question de l’extermination des Juifs avait suscité à partir des années 1970 un intérêt qui s’était relativement peu manifesté dans l’immédiat après-guerre.

Pierma a écrit :
Hors la loi française interdit en principe de commenter une décision de justice.
Ce que la loi interdit en principe est l’atteinte à la séparation des pouvoirs. Un fonctionnaire ou un membre du gouvernement ne peut, en sa qualité, commenter une décision de justice. Mais tout citoyen s’exprimant à titre personnel peut dire ce qu’il veut. C’est la liberté d’expression. On a le droit de dire que Pétain, Papon ou d’autres étaient innocents et d’appeler à leur réhabilitation. Les limites à ce droit sont les limites classiques de la liberté d’expression : insultes, diffamation, appel à la haine ou à la violence.


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Message Publié : 10 Juin 2021 14:12 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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Barbetorte a écrit :
Ce que la loi interdit en principe est l’atteinte à la séparation des pouvoirs. Un fonctionnaire ou un membre du gouvernement ne peut, en sa qualité, commenter une décision de justice. Mais tout citoyen s’exprimant à titre personnel peut dire ce qu’il veut. C’est la liberté d’expression. [...] Les limites à ce droit sont les limites classiques de la liberté d’expression : insultes, diffamation, appel à la haine ou à la violence.
Vous êtes sûr? J'avance avec précaution, car je vous sais affuté sur ces sujets, mais je crois bien que:
- l'articles 434-25 du code pénal réprime le fait de jeter le discrédit sur une décision judiciaire au point de porter atteinte à l'autorité de la Justice. C'est donc donc différent des limites classiques de la liberté d'expression.
- je ne vois pas que cet article ne concerne que les fonctionnaires, élus ou membres du gouvernement ès qualités

Pour l'anecdote, c'est aussi le fondement de la Loi Gayssot de 1990 de répression du négationnisme: il ne s'agit pas purement d'une loi mémorielle, mais d'un durcissement de l'interdiction de contester les conclusions d'un tribunal (en l'espèce, celui de Nuremberg). Et bien sûr, cette loi concerne tout le monde.


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Message Publié : 10 Juin 2021 14:14 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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Pierma a écrit :
L'enterrement des victimes du métro Charonne donnera d'ailleurs lieu à une colossale manifestation populaire, accompagnant le cortège, qui regroupait plusieurs centaines de milliers de manifestants, dans un silence impressionnant
Oui, l'un des plus grands rassemblements populaire dans la rue parisienne, après le Front Populaire ou la Libération et avant 1968
(l'une des scènes du film Diabolo Menthe l'exprime bien)

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 10 Juin 2021 14:20 
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Plutarque
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Inscription : 12 Mars 2015 19:10
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Localisation : Bretaine et Lorragne
Désolé de revenir à la période de l'occupation, mais elle me semble intéressante pour comprendre le parcours ultérieur de Maurice PAPON. Peut-être faut-il exclure l'avant IVe République pour rester dans le point de départ de cet échange ? En ce cas, je referme la parenthèse.
Quelques compléments pour Pierma, sachant que j'ai simplement versé une pièce au dossier. Pièce intéressante à mon sens car elle nuance une accusation qui l'est fort peu. C'est un élément d'explication, un complément, pas une contre-enquête. Ce n'est pas l'alpha et l'omega, ni mon livre de chevet !
PAPON, (autres cas du genre, la réponse n'étant pas nécessairement identique : BOUSQUET, TOUVIER ...) est-il seulement un parfait criminel vichyste ? C'est la question posée. Michel BERGES, je tiens à le souligner, ne conclut aucunement de façon définitive. Il fut le "découvreur" des papiers incriminant PAPON, utilisés comme preuves définitives. Au delà du raisonnable d'après l'historien qui s'est totalement investi dans cette enquête. Ses conclusions sont nuancées, pas à décharge. Un entre-deux qui sert bien entendu PAPON, mais qui va coûter très cher à Michel BERGES. (cf articles Libé, ...).
Je suis surpris par cette observation :
Pierma a écrit :
Tout d'abord que cela soit publié en 99, soit un an après la condamnation de Papon en 98. (Après 17 ans de démêlées judiciaires pour finalement aboutir à un procès !) Hors la loi française interdit en principe de commenter une décision de justice. Admettons que cette exception peut se justifier au regard son intérêt historique...
En ce cas il faut proscrire les échanges à propos du procès PETAIN ? On ne pourrait légitimement évoquer aucun dossier de la justice militaire ou des cours de justice de la Libération ?
[entre temps, Barbetorte à répondu dans le même sens]
Il me semble que la domiciliation de la mise en ligne au Québec ne vise pas à échapper à la législation française. Cette structure développe cette activité de partage virtuel et on y trouve un peu de tout, dont des ouvrages anciens. Certains peuvent intéresser les lecteurs du forum. A réserver à un public averti il me semble.
JD


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Message Publié : 10 Juin 2021 18:22 
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Merci pour ces précisions sur votre position, Jardin David, C'est plus clair ainsi. (Mais ne m'empêchera pas de jeter un oeil à ce document.)

Concernant l'interdiction de commenter - et surtout de critiquer - une décision de justice, je pense que Vézère a mis la mains sur l'article du Code Pénal correspondant, sans certitude, toutefois, pour moi. (Le fait que ça se pratique malgré tout fréquemment n'enlève rien à la loi, comme pour le viol régulier du secret de l'instruction, qui deviendrait presque un sujet de plaisanterie.)

Mais entendons nous bien : sur ce forum, nous passons notre temps à commenter ou même à critiquer des décisions de justice, mais elles sont en général anciennes, voire même plus récentes (par exemple beaucoup ont déjà dit ce qu'ils pensaient des lois mémorielles) mais c'est toujours dans le cadre de préoccupations historiques. Pas de polémiques sur des décisions récentes, encore que ça a bien pu nous arriver. Bon, c'est ainsi, la loi a d'autres malandrins à fouetter... :rool:

En revanche, ce que je désignais du doigt, c'est Papon qui sort un livre dénonçant un procès à charge, l'année suivant sa propre condamnation. ça, je pense que ça tombe sous la loi, même si en pratique c'est la volonté de laisser courir la liberté d'expression qui prévaut. (Mais essayez de critiquer dans le journal local le juge qui vient de vous flinguer pour un excès de vitesse dangereux, et vous verrez...)

@Barbetorte : je vous suis entièrement sur l'emploi de Papon par tous les gouvernements depuis la Libération - tant 4e que 5e république - ainsi que sur le fait que la volonté répressive en 62 était par définition le fait du général De Gaulle. (De Gaulle ne plaisantait pas sur le maintien de l'ordre. Pendant la nuit des barricades au début de Mai 68, apprenant au matin que la dernière barricade n'avait été dégagée qu'à 5h00 du matin, il commenta très mécontent :"Ils ont lambiné !" Certains de ses conseillers ont alors pensé qu'ils avaient bien fait de le laisser dormir...)

Vous avez raison aussi d'écrire que le souci pour la Shoah, et spécialement sur ses péripéties françaises, n'est apparu que très (trop) tardivement.

Autre chose, pour tout le monde : ce fil couvre de fait deux époques de guerre (et même trois régimes, quand on y pense) mais il se trouve que Papon a traversé les deux (la question initiale de Pouzet porte d'ailleurs sur cette longévité surprenante) et pour l'instant je pense que ce serait casser le sujet que de le scinder. Nous verrons si cela devient nécessaire.

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Message Publié : 10 Juin 2021 19:24 
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Localisation : Provinces illyriennes
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Concernant l'interdiction de commenter - et surtout de critiquer - une décision de justice, je pense que Vézère a mis la mains sur l'article du Code Pénal correspondant, sans certitude, toutefois, pour moi

La terminologie "chercher à jeter le discrédit" est particulièrement vague et peut être, à mon humble avis, interprété de plusieurs manières possibles (à la tête du client ? :mrgreen: ).
En tout cas la critique d'une décision semble permise, dans le cas inverse ce serait contraire à la plus élémentaire liberté individuelle et à la DDHC.

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