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 Sujet du message : Cromwell par Jean Matrat (1970)
Message Publié : 27 Mai 2021 6:02 
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Jean Froissart
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Voici une nouvelle biographie dédiée à Cromwell rédigée par Didier Lafargue. Je n'ai rien trouvé à propos de l'auteur sur le net, Jean Matrat (il a écrit une biographie de Robespierre et de Camille Desmoulins).


Cromwell

par Jean Matrat
(Hachette, 1970)





Cromwell naquit en 1599 à la fin du règne de la reine Elisabeth 1ère. Il était l’arrière arrière petit neveu de Thomas Cromwell, chancelier du roi Henri VIII, artisan de l’application de l’anglicanisme dans le domaine administratif, et à l’origine de la fortune de la famille.

A l’époque où il est à l’âge adulte, le roi Stuart Charles 1er tentait de régner autoritairement contre le Parlement. Mais il a mécontenté le pays en donnant sa confiance à son favori, le célèbre duc de Buckingham. Celui-ci, esprit chimérique et impulsif, n’a connu que des échecs. Après son assassinat, l’Angleterre fut gouvernée par le ministre Wentworth, lequel aidé de l’archevêque Laud, sorte de ministre des affaires ecclésiastiques de l’Angleterre, établit une véritable dictature en luttant contre les puritains, en tentant d’imposer l’anglicanisme à l’Ecosse presbytérienne. Wentworth tenait beaucoup notamment aux évêques, rejetés par les puritains car jugés corrompus. « Pas d’évêques, pas de roi » disait Jacques 1er, le père de Charles 1er, estimant en effet que les évêques étaient le relais du pouvoir royal dans le pays. Pour le remercier de ses services, le roi le nomma comte de Strafford.

Finalement, lassée de l’autoritarisme de Strafford, le peuple écossais se révolta. Pour en venir à bout, Charles 1er fut contraint de demander le vote des impôts au Parlement. Sur son refus, il le dissout. Mais les députés, qui savaient qu’il n’avait pas les moyens de leur imposer sa volonté, restèrent à Londres et furent réélus. Ainsi, au court Parlement de trois semaines, succéda le long Parlement (le même en fait), lequel devait durer neuf ans durant lesquels l’Angleterre devait connaître bouleversements et guerre civile.

Cromwell était à l’époque un fermier besogneux, adepte des sectes puritaines. Il avait épousé une femme à qui il resta fidèle toute sa vie. Cromwell en effet fut toujours bon mari et bon père de famille. Sa femme, elle aussi, se comporta en excellente épouse, même plus tard pendant la guerre civile, alors qu’au fond d’elle-même elle restait toujours royaliste, comme du reste la plupart des Anglais.

Il était souvent sujet à des crises de mélancolie durant lesquelles il éprouvait des expériences mystiques. Enthousiasmé par la lutte menée par le Parlement puritain contre le roi et l’anglicanisme, il parvint à se faire élire député.

L’opposition parlementaire était menée par Pym, le Mirabeau de la révolution anglaise. Il était ennemi de Strafford, représentant du roi. Contre celui-ci, les Communes lancèrent un acte d’accusation. Strafford fut arrêté en plein Parlement et emprisonné. Du roi les députés obtinrent l’ordre d’exécution, alors que Strafford était son serviteur le plus dévoué ! Ce dernier fut décapité.

Incapable de triompher de l’opposition parlementaire, le roi s’enfuit de Londres en janvier 1640, et s’établit à York dans les provinces du nord. Commença la guerre civile anglaise.

Mais pendant six mois, aucun des deux camps ne disposant d’une armée, ce fut l’expectative. Cromwell fut un des premiers à comprendre que la force et non le droit permettrait de résoudre le conflit. Il montra l’exemple en mettant immédiatement à la disposition du Parlement une compagnie de soldats levée sur ses terres.


I. La guerre civile.

La guerre civile qui commençait ne concernait en fait qu’une minorité d’Anglais. Dans sa grande majorité, le peuple ne la désirait pas. Il était essentiellement composé de paysans et ceux-ci voyaient sans plaisirs les soldats des deux camps menacer leurs terres. Les comtés du nord et de l’ouest, les plus pauvres, étaient pour le roi. Les bourgeois et les marchands des cités étaient pour le Parlement, ainsi que les régions de l’est, patrie de Cromwell.

Des deux côtés, on était résolu à la violence et aux massacres. Les nobles, qui étaient pour le roi, n’avaient jamais conçu le respect de la vie humaine pour ceux en dehors de leur caste. Quant aux soldats du Parlement, ils ne faisaient que « combattre les Amalécites pour le triomphe d’Israël ».

Que ce soit chez les royalistes ou chez les partisans du Parlement, l’armée était inexpérimentée et commandée par de réelles nullités. Les armées n’arrivaient même pas à se trouver pour livrer bataille ! Cromwell, cependant, sut se former sur le terrain et acquérir peu à peu de grands talents militaires. Autodidacte au départ, ses seules bases étaient la lecture d’un ouvrage militaire intitulé Le soldat suédois, et les conseils d’un officier de l’armée hollandaise. A partir de là, il sut se bâtir de solides compétences militaires et mettre au point une stratégie efficace. En général, les cavaliers après avoir chargé l’ennemi, se débandaient peu à peu, se dispersaient pour se livrer au pillage. Lui, au lieu de s’engager dans une poursuite sans fin et inutile regroupaient ses hommes et les relançaient en ordre au combat. Par la discipline qu’il imposait, il put mener des actions efficaces, notamment contre le trop bouillant neveu du roi chef de sa cavalerie, le prince Rupert.

Malgré tout, les débuts de la guerre furent marqués par des victoires royalistes, notamment lors de la rencontre d’Edgehill en Octobre 1642. L’année 1643 continua à être faste pour Charles 1er. Par une action rapide et énergique, il aurait pu en finir et rentrer à Londres, mais, irrésolu, il ne savait exploiter ses victoires. Sa volonté de conserver ses places fortes condamnait ses forces à l’immobilisme.

Cromwell commença à faire parler de lui lorsqu’il remporta la victoire de Marston Moor, près de York, en 1644. Ce fut le tournant de la guerre civile. A partir de là, les soldats de Cromwell furent surnommés les « côtes de fer » par les royalistes, car aucune attaque ne pouvait les briser.

L’armée parlementaire fut réorganisée, et les trois armées indépendantes, non coordonnées, furent désormais réunies en une seule. Ce fut l’ « armée des saints » officiellement commandée par Fairfax, officieusement par Cromwell dont il était l’ami.

Lors de la guerre, les paysans de certaines régions prirent les armes contre les deux camps car ils en avaient assez de subir les destructions des armées en campagne. Cromwell fut chargé de les réduire. Une fois ceci accompli, il libéra les prisonniers et leur dit de rentrer chez eux. Magnanime envers les paysans dont il était, il comprenait très bien leurs motivations et leurs souffrances. De la même manière, il fit pendre les soldats qu’il surprenait en train de se livrer au pillage.

Finalement la victoire définitive sur les royalistes fut remportée à Naseby, en 1645. Le roi s’enfuit en Ecosse.

Là , les Ecossais tentèrent de négocier avec lui en lui proposant de l’aider à reconquérir son trône à condition qu’il accepte le presbytérianisme. Mais incapable de faire des concessions, le roi refusa et fut finalement livré au Parlement anglais par les Ecossais. Il réussit cependant à s’enfuir et à se réfugier au sud dans l’île de Wight. Son gouverneur, acquis au Parlement, le retint prisonnier.

Deux forces existaient alors à Londres :

Le Parlement, acquis au presbytérianisme écossais.
L’armée, commandée par Cromwell, dominée par les sectes puritaines indépendantes.

La situation était explosive car les soldats réclamaient que leur solde leur soit enfin payée, ce qu’était incapable de faire le Parlement dans la mesure où les caisses étaient vides.

Malgré la victoire sur le roi, tout le pays restait au fond royaliste et le Parlement était impopulaire. Celui-ci, tout comme Cromwell, voulait rétablir Charles 1er sur le trône après lui avoir fait accepter les restrictions de son pouvoir pour lesquelles il avait combattu. Mais le roi ne pensait qu’à gagner du temps, et montrait toute sa duplicité en traitant à la fois avec le Parlement, les Anglais, les Ecossais, tentant de retrouver ainsi tout son pouvoir. Aussi, il perdit peu à peu la confiance de tout le monde.

Cromwell, qui méprisait le Parlement, s’empara du souverain en le faisant emmener manu militari par ses soldats. Ainsi put-il négocier directement avec lui les conditions de sa reconduction sur le trône. Mais saisissant des lettres dans lesquelles il tentait de mobiliser l’étranger contre lui, il perdit lui aussi confiance en le monarque. Finalement, il résolut de le faire juger et condamner à mort.

N’acceptant pas le semblant d’accord conclu entre le roi et le Parlement, il se décida à épurer celui-ci. L’armée entra ainsi dans Londres et la plupart des parlementaires furent expulsés, ce qui ne causa aucun problème car ils ne se maintenaient que par une fiction juridique. La cinquantaine de députés composant le nouveau Parlement n’était plus représentative du pays ce qui valut à l’assemblé le nom de « parlement croupion », le Rump.

Jugé et condamné, Charles 1er fut décapité en 1649.


II. La République.

Cromwell, toujours royaliste, aurait voulu que l’on donne la couronne au troisième fils du défunt roi, le duc de Gloucester, alors encore enfant et donc facilement manipulable. Mais contre sa volonté, le Rump abolit la chambre des lords et proclama la République.

Au sein de l’armée proliférait toute sorte de sectes puritaines. Cromwell, lui-même puritain indépendant, se méfiait des presbytériens écossais car il ne concevait aucune instance entre lui et le Très-haut. Il avait une certaine sympathie pour certaines sectes, notamment pour celle des « Chercheurs » qui se signalaient par sa quête mystique. Mais il se méfiait tout particulièrement des niveleurs, puissants et dangereux.

Précisément, toute Révolution en suscitant toujours une autre encore plus radicale, le gouvernement fut menacé par ces niveleurs. Ceux-ci, animés par leur chef Lillburne, voulaient le suffrage universel et, socialistes avant l’heure, le partage des biens et des richesses. Cromwell, qui en tant que fermier savait la difficulté de former un troupeau de bêtes, ne pouvait accepter. Chargé de réprimer le mouvement, très représenté dans l’armée, il réussit par son charisme à en venir à bout avec le minimum de violence.

Hors de l’Angleterre, deux pays représentaient une menace :

:arrow: L’Irlande.
:arrow: L’Ecosse.

La guerre contre l’Irlande.

L’Irlande catholique, circonvenue par le roi qui avait cherché à l’utiliser pour reconquérir son trône, avait chassé les Anglais, conquis son indépendance. Ses hordes menaçaient d’envahir l’Angleterre. Les Irlandais étaient alors considérés comme des sauvages mal assimilés. Chargé par le Parlement de reconquérir le pays, Cromwell s’estimait mandaté par Dieu pour lutter contre ces démons qui, disait-il, ne pensaient qu’à égorger les Anglais ! Il débarqua dans l’île avec son armée et se fit fort de reprendre les villes une par une. C’est ainsi que la prise de Drogheba innova une série de massacres et d’exterminations caractéristiques du fanatisme le plus odieux. Cette fois-ci Cromwell ne fit pas dans la dentelle et, par le sang, soumit toute l’Irlande à l’Angleterre.

La guerre contre l’Ecosse.

Ce fut ensuite le tour de l’Ecosse.

Celle-ci, dominée par les presbytériens, était alors en pleine révolte contre le pouvoir anglais. L’armée écossaise, commandée par Leslie, était de fait au service du prince de Galles revenu de France où il s’était réfugié après la mort de son père, le futur Charles II. Là, Cromwell voulut agir différemment de l’Irlande, car il considérait les Ecossais presbytériens comme des frères d’armes et voulait les faire revenir à l’Angleterre le plus possible par la négociation. Pour éviter que l’armée écossaise envahisse l’Angleterre, comme pour l’Irlande il prit les devants et porta la guerre dans le royaume du nord. Si son armée était de meilleure qualité que celle ennemie, cette dernière était beaucoup plus nombreuse. Très sage, son chef, Leslie, choisit d’éviter le combat, d’harceler les troupes de Cromwell. Il réussit à l’isoler dans le port de Dunbar. La maladie s’abattit sur l’armée anglaise qui fondit peu à peu. Mais sous la pression de la Kirk, l’église écossaise, qui l’accusait de lâcheté et sur celle du prince de Galles, Leslie fut obligé d’attaquer. Cromwell reprit alors l’initiative et écrasa finalement son adversaire. Plus tard, il remporta sa dernière victoire, apothéose de la carrière militaire de Cromwell, à Worcester. L’Ecosse était soumise, et le général anglais pacifia le pays en évitant le pillage, voulant se gagner ses habitants.

Si l’œuvre administrative de Cromwell peut paraître parfois discutable, son œuvre militaire est remarquable, celle d’un autodidacte qui a appris de plus en plus uniquement dans la pratique du combat et dont le génie militaire s’est affiné avec le temps (c’est une différence avec Napoléon qui affirmait sur ce point n’en savoir pas plus à la fin que lors de sa première bataille).

Cromwell était dés lors le premier personnage de la République.

Celle-ci était donc gouvernée par le Rump. Or, cette sorte d’oligarchie était rejetée par le pays. Pas un Anglais sur dix ne l’acceptait ! Ce Parlement croupion aurait pu se dissoudre de lui-même, mais s’en gardait bien car il savait pertinemment que de nouvelles élections remplaceraient ses membres par des royalistes. Le pouvoir il avait, le pouvoir il voulait garder, chose bien humaine et, du reste, constante de toutes les révolutions. Tout en jalousant Cromwell, il avait besoin de lui pour combattre les ennemis du pays tant intérieurs qu’extérieurs.

Finalement, la révolution, la guerre civile, avait abouti au résultat exactement contraire à celui pour lequel on avait combattu. Au lieu de la limitation du pouvoir royal recherchée, on avait assisté à la suppression des libertés, au règne de l’arbitraire, au poids omniprésent de l’armée, un gag ! Alors que nul dans le pays n’avait désiré la mort du roi, celui-ci avait fini par être décapité !

En définitive, Cromwell usa de la force en faisant disperser le Rump par ses soldats, malgré l’opposition du député républicain sir Henry Vane. Ainsi finissait le long Parlement qui avait siégé neuf ans.

Le général aurait pu se proclamer roi, mais, croyant, il avait des scrupules et voulait l’aval de tout le pays.

Il organisa alors de nouvelles élections et fit en sorte que le pays entier soit représenté. Des listes furent établies par les congrégations religieuses de façon à ce que toutes les sectes soient représentées. Ce fut le « Parlement des saints », très conforme aux vœux de Cromwell. Pourtant, il finit par en être déçu au bout de quelques mois, car il ne faisait en fait qu’augmenter les désordres, ce qui se termina par une nouvelle dissolution. C’est ainsi que chaque fois que Cromwell ne sera pas d’accord avec l’assemblée, il choisira toujours de la dissoudre. C’était une manière d’établir sa dictature de fait même si au départ Cromwell ne le voulait pas, convaincu qu’il était des bienfaits du régime parlementaire, et répugnant à se mettre contre la légalité en opérant des coups de force.


III. Le Protectorat.

Gouvernant seul, Cromwell se fit donner le titre de Protecteur, titre vague faisant de lui un roi de fait, mais non de droit puisqu’il répugnait à l’être. Ainsi le Protectorat, le nouveau régime, fut inauguré en décembre 1653. Le Protecteur gouverna seul l’Angleterre et montra un réel talent administratif, alors que rien dans son passé ne l’y avait préparé. Il adoucit la loi criminelle, consulta des juristes. Il mit fin au désordre et montra un réel bon sens tempérant son fanatisme occasionnel. Il prit aussi des décrets réformant les mœurs, punissant les ivrognes, comptant plus sur le temps et l’éducation que sur la législation. Il établit la tolérance religieuse envers tous les mouvements, excepté pour les anglicans et les catholiques (il rejetait les évêques).

Son entourage voulait qu’il se fasse couronner roi d’Angleterre. Ainsi, à la dynastie des Tudor et à celle des Stuart aurait succédé celle des Cromwell, cela s’était déjà vu. Même le Parlement le désirait, bien qu’il ait été très opposé au pouvoir du Protecteur et ait souffert de son autorité. Au moins le titre de roi aurait replacé son détenteur dans une tradition existante ce qui aurait permis de mieux définir son pouvoir, voire de le limiter plus aisément, tandis que le titre de Protecteur qui ne correspondait à tout et à rien, empêchait de canaliser les excès. Mais Cromwell était réfractaire à ce projet. Il avait combattu pour la cause de Dieu, non pour la sienne propre. Il savait que certains officiers de l’armée, de convictions républicaine, y étaient opposés. Par une série d’initiatives, il sollicita les avis des éléments les plus importants de la Nation. Finalement, il renonça définitivement à devenir roi.

Plusieurs complots eurent lieu contre lui. Il en réchappa grâce à Thurleau son secrétaire, ministre de l’intérieur de fait, véritable « Fouché » qui entretint tout un réseau d’informateurs dans le pays destiné à prémunir son chef de toute mauvaise surprise. En général, Cromwell était assez indulgent avec les comploteurs issus de l’armé. Il ne l’était pas avec ceux royalistes qui préparaient le terrain à une descente dans le pays du futur Charles II, et qu’il envoyait systématiquement à l’échafaud.

IV. La politique extérieure de Cromwell.

Elle fut très énergique et se caractérisa par la lutte contre deux pays :

:arrow: La Hollande
:arrow: L’Espagne.

Au départ Cromwell rêvait d’établir une alliance, une sorte de fédération, entre tous les Etats protestants d’Europe. A cette fin, il fit des ouvertures au gouvernement de Hollande et demanda son alliance en invoquant les affinités religieuses. Mais il se heurta à un refus. Le protestantisme des hollandais était en effet bien plus ancien que celui de l’Angleterre, et en celle-ci le gouvernement de La Haye voyait surtout une rivale commerciale. De plus, il n’était pas du tout disposé à expulser les royalistes anglais réfugiés dans le pays. Finalement, la guerre éclata entre les deux nations.

Il se trouvait malheureusement que la flotte anglaise, c’est un parallèle avec la Révolution française, s’était vidée de ses meilleurs officiers qui étaient royalistes. Aussi à l’époque de Cromwell, la flotte était loin d’avoir la puissance qu’elle aura par la suite et devait craindre celle de son ennemie, la flotte hollandaise. Il se trouvait que celle-ci était alors commandée par un chef hors pair, l’amiral Tromp. Les Anglais ne purent que lui opposer un inconnu nommé Blake. Victoire et revers alternèrent contre les Hollandais. Finalement, les Anglais remportèrent une victoire complète en juin 1653, et la Hollande demanda la paix.

Déçu du côté de la Hollande, Cromwell tenta sa chance du côté de la Suède, autre pays protestant. Mais là aussi le résultat fut amer. Elle aussi protestante depuis longtemps, la Suède ne pensait qu’à ses affaires commerciales. Précisément, elle aurait accepté une aide du protecteur pour lutter contre ses rivales, le Danemark et la Pologne. Finalement, Cromwell s’abstint car cela eut lésé les intérêts économiques britanniques dans la Baltique. Par ailleurs, le pays était alors gouverné par la célèbre reine Christine. Sur le point de se faire catholique, elle était, on s’en doute, peu encline à traiter avec ce puritain de Cromwell.

Il ne restait plus au Protecteur qu’à « s’allier avec Belzébuth », c'est-à-dire rechercher l’amitié des puissances catholiques, soit l’Espagne, soit la France.

En fait, ce fut la guerre avec l’Espagne, à propos des colonies outre-Atlantique de celle-ci. Cromwell lança une expédition navale pour tenter de conquérir Haïti. Ce fut un semi échec.

Alors il rechercha l’alliance avec la France.

Cette dernière était alors gouvernée par la régente Anne d’Autriche et son ministre Mazarin. Au départ, les relations entre les deux pays furent mauvaises. Le pouvoir royal en France était en effet aux prises avec la Fronde. Les Anglais la tenaient en sympathie, car ils voyaient en elle une volonté de les imiter, et la soutenaient plus ou moins. Mais, grand diplomate, Mazarin voulait l’alliance anglaise pour lutter contre l’Espagne avec qui il était en guerre. Aussi entretint-il d’excellentes relations avec Cromwell et fit-il tout pour obtenir son aide. Grâce à l’affaire des Vaudois protestants du Piémont soutenus par le Protecteur, et par Mazarin pour des raisons politiques, il put conclure un accord avec le dictateur anglais. Celui-ci guignait la ville de Dunkerque sur le continent, ce qui aurait favorisé le commerce du pays. Aussi envoya-t-il des troupes sur le continent se mettre sous les ordres des Français. C’est ainsi que les côtes de fer de Cromwell et les troupes françaises remportèrent conjointement la bataille des dunes dans le nord contre les Espagnols. Reconnaissante, la France remit Dunkerque aux Anglais.


V. La fin du règne.

Cromwell vieillit et sentait la fin venir. Comme tout dictateur, il avait peur des complots, ne dormait jamais deux nuits de suite dans la même chambre. Il eut la douleur de voir disparaître sa fille préférée, Elisabeth Claypole, en juillet 1658. Si ses autres filles n’étaient que de vulgaires paysannes qui jouaient les princesses, celle-ci avait l’esprit plus ouvert, s’intéressait à l’art.

Finalement, Cromwell mourut le deux septembre 1658. Son enterrement fut somptueux. Malgré tout le pays ne le pleura pas beaucoup car il souffrait de son autorité. Quoi qu’il en soit, son fils Richard Cromwell lui succéda sans difficulté. Il fut accepté de tout le monde, du Parlement, de l’armée. Hélas, nul n’était moins apte que lui à assumer l’héritage de son père. Surtout, il était méprisé par l’armée, ses chefs, car contrairement à son père il n’avait jamais fait la guerre. Mal tenus en main, les opposants relevèrent la tête. Lassé du pouvoir, Richard Cromwell se résolut à abdiquer.

L’Angleterre souffrit alors un moment de l’anarchie. Monck, le chef de l’armée du Nord, devint maître de la situation et dispersa le Parlement. Ne voulant pas le pouvoir pour lui-même, il le fit ensuite revenir mais pour lui imposer de nouvelles élections qui amenèrent des royalistes à l’assemblée. Ceux-ci firent appel au fils de Charles 1er, Charles II, alors en France. (Monck connut une certaine fortune en France plus tard chez les royalistes à l’époque du consulat. Ceux-ci voyaient en effet en Bonaparte un nouveau Monck qui rendrait son trône à Louis XVIII. Sauf que Bonaparte n’a pas donné le pouvoir à ce dernier mais se l’est donné à lui-même)

Ce fut la Restauration. Installé sur le trône à Londres, Charles, fin politique, amnistia tout le monde, excepté quelques régicides dont Cromwell. Le corps du grand homme fut alors déterré, décapité, sa tête exposée devant le palais de Westminster (on ignore ce qu’elle est devenue ensuite).

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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
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Message Publié : 27 Mai 2021 17:11 
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Merci pour ce récit limpide. Intéressant pour moi qui connais assez peu l'histoire anglaise.

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Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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Message Publié : 03 Juin 2021 0:38 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 22 Mai 2021 20:18
Message(s) : 496
Beau résumé. Vous avez réussi l'exploit de ne pas mentionner son prénom ;) : Oliver. Il n'est pas inutile de le citer car il y a au moins trois Cromwell illustres. Celui-ci est le plus sanglant et le moins aimé. Le nom des deux autres est aussi connu mais a connu une fortune différente (son grand-oncle Thomas et Richard, fils d'Oliver). La très longue et prestigieuse artère Cromwell Road à Londres est nommée en l'honneur de Richard.

Oliver Cromwell est sans doute l'homme le plus haï d'Irlande, à raison. Il est aussi le régicide, souvenir peu apprécié de l'actuelle maison d'Angleterre.

De Thomas et Oliver, on pourrait dire: L'un fut décapité, l'autre décapiteur. Mais l'histoire est bien étrange: Oliver fut décapité aussi mais n'est pas mort de sa décapitation 8-|

Il est mort dans son lit, de maladie. Ceux qui suivent auront compris que le corps de Cromwell-le-détesté fut exhumé et décapité pour la forme, sa tête exposée à la vindicte populaire.

Des parallèles intéressants ou de l'histoire comparée peuvent être faits entre la révolution anglaise et la révolution française, ainsi que la classique comparaison Cromwell-Napoléon.

Une question:
Oulligator a écrit :
Voici une nouvelle biographie dédiée à Cromwell rédigée par Didier Lafargue.

Si le livre dont vous parlez ici est de Matrat, quel est le livre de ce Didier Lafargue que vous mentionnez?


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Message Publié : 08 Juin 2021 10:32 
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Plutarque
Plutarque

Inscription : 13 Oct 2016 8:18
Message(s) : 174
Citer :
Voici une nouvelle biographie dédiée à Cromwell rédigée par Didier Lafargue

Citer :
Si le livre dont vous parlez ici est de Matrat, quel est le livre de ce Didier Lafargue que vous mentionnez?

Je pense qu'il y a confusion entre biographie et recension, je ne connais aucune biographie de Cromwell écrite par ce monsieur. La dernière biographie sérieuse en français que je connais est assez ancienne (Bernard Cottret, 1992 chez Fayard)


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Message Publié : 09 Juin 2021 18:57 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
Message(s) : 1250
Oui ma formulation était imparfaite...L'auteur de la biographie est bien Jean Matrat et le recenseur est Didier Lafargue, qui a fait cette fiche de lecture/ résumé. Et last but not the least je suis le posteur !!! B)

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