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Message Publié : 29 Avr 2021 10:56 
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Polybe
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Bonjour à tous

J'ai longtemps vu Napoléon III comme ayant été contraint de déclarer la guerre du fait d'une campagne belliciste dans la presse, de manifestations populaires en faveur du conflit et d'une opposition parlementaire.
Cet article rappelle qu'il y a deux historiographies sur le sujet, une "bonapartiste" qui rejette la faute de la déclaration sur le peuple et une "républicaine" qui blâme les élites.
https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-081 ... _82_1_4834

L'article est un peu vieux donc les questions ont peut être été amenées à évoluer. Pensez-vous qu'on peut légitimement dire qu'il y avait une pression populaire appelant à la guerre ?


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Message Publié : 29 Avr 2021 12:05 
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L'opinion parisienne a poussé à la guerre, celle de province était beaucoup plus mesurée.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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Message Publié : 07 Mai 2021 9:11 
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Jean Froissart
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La crise de juillet 1870 est très courte. La candidature Hohenzollern est annoncée le 3 juillet, les crédits militaires sont votés le 15... Le 6 juillet, le ministre des Affaires étrangères Gramont prononce un discours belliciste à la Chambre. Concomitamment, les rapports préfectoraux qui informent mensuellement le gouvernement de l'état de l'opinion. Globalement, les campagnes sont indifférentes et n'envisagent pas le danger. Quelques rares manifestations bellicistes sans envergure sont notées à Paris mais sans plus. La déclaration de guerre se révèle une surprise pour la population. Donc, a priori, le gouvernement s'est chauffé tout seul, Gramont en tête...

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Message Publié : 07 Mai 2021 9:19 
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Le gouvernement est divisé en une faction modérée (autour d'Emile Ollivier) et une faction "ultra" (autour de l'impératrice, elle comprend notamment Gramont). La faction ultra pousse à la guerre, estimant que c'est une manière commode de reprendre la main sur les affaires après le triomphe du plébiscite du 8 mai 1870 qui vient de conforter la solidité de la dynastie.

L'Empereur avait encore la possibilité, en mettant son autorité dans la balance, de désamorcer la crise, mais il est apparemment diminué par sa maladie et se laisse entraîner par le mouvement des ultras. Politique habile et brillant, ce fut la principale erreur d'appréciation de son règne mais elle fut particulièrement désastreuse - elle lui coûta son trône et sa postérité, et même son pouvoir une fois qu'il rejoignit les armées, celui-ci étant confisqué par l'impératrice et, après le 9 août, Cousin-Montauban (Palikao).

C'est dans les cercles les plus élevés du pouvoir que se trouvent les clefs de cette décision, ceux-ci instrumentalisant la presse et les mouvements d'opinion à leur profit pour donner l'apparence d'une volonté populaire alors qu'objectivement, à part les diplomates et les meilleurs connaisseurs des arcanes politiques, personne ne prête vraiment attention à la crise ouverte par la succession espagnole (et même à la dépêche d'Ems qui n'est vraiment mise en exergue dans la presse que parce que les ultras veulent en faire un casus belli qui légitime leur agressivité - or celle-ci a pour origine un dessein de politique intérieure, ils se moquent comme d'une guigne ou à peu près de la Prusse).

LCL EMB

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Message Publié : 07 Mai 2021 11:43 
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Salluste
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LCL_EMB a écrit :
Le gouvernement est divisé en une faction modérée (autour d'Emile Ollivier) et une faction "ultra" (autour de l'impératrice, elle comprend notamment Gramont). La faction ultra pousse à la guerre, estimant que c'est une manière commode de reprendre la main sur les affaires après le triomphe du plébiscite du 8 mai 1870 qui vient de conforter la solidité de la dynastie.

L'Empereur avait encore la possibilité, en mettant son autorité dans la balance, de désamorcer la crise, mais il est apparemment diminué par sa maladie et se laisse entraîner par le mouvement des ultras. Politique habile et brillant, ce fut la principale erreur d'appréciation de son règne mais elle fut particulièrement désastreuse - elle lui coûta son trône et sa postérité, et même son pouvoir une fois qu'il rejoignit les armées, celui-ci étant confisqué par l'impératrice et, après le 9 août, Cousin-Montauban (Palikao).

C'est dans les cercles les plus élevés du pouvoir que se trouvent les clefs de cette décision, ceux-ci instrumentalisant la presse et les mouvements d'opinion à leur profit pour donner l'apparence d'une volonté populaire alors qu'objectivement, à part les diplomates et les meilleurs connaisseurs des arcanes politiques, personne ne prête vraiment attention à la crise ouverte par la succession espagnole (et même à la dépêche d'Ems qui n'est vraiment mise en exergue dans la presse que parce que les ultras veulent en faire un casus belli qui légitime leur agressivité - or celle-ci a pour origine un dessein de politique intérieure, ils se moquent comme d'une guigne ou à peu près de la Prusse).

LCL EMB


Je souscris à votre analyse. Je suis par contre plus sceptique lorsque vous dites "Politique habile et brillant, ce fut la principale erreur d'appréciation de son règne, mais elle fut particulièrement désastreuse". Je pense au contraire que les "erreurs d'appréciation de son règne" furent très nombreuses et que cette dernière en a été le point d'orgue... La défaite de 1870 n'est pas tant le résultat d'un coup de tête que la conséquence d'années d'errance.

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Message Publié : 07 Mai 2021 12:52 
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Il en a commis d'autres (le Mexique entre autres) mais celle-là est la pire, de loin.

LCL EMB

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Message Publié : 07 Mai 2021 12:54 
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Jean Froissart
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Squalll a écrit :
Bonjour à tous

J'ai longtemps vu Napoléon III comme ayant été contraint de déclarer la guerre du fait d'une campagne belliciste dans la presse, de manifestations populaires en faveur du conflit et d'une opposition parlementaire.
Cet article rappelle qu'il y a deux historiographies sur le sujet, une "bonapartiste" qui rejette la faute de la déclaration sur le peuple et une "républicaine" qui blâme les élites.
https://www.persee.fr/doc/rbph_0035-081 ... _82_1_4834

L'article est un peu vieux donc les questions ont peut être été amenées à évoluer. Pensez-vous qu'on peut légitimement dire qu'il y avait une pression populaire appelant à la guerre ?


L'article évoque en fait le "ressenti" des ambassadeurs étrangers qui considèrent que "l'opinion", réduite à quelques cercles parisiens, veut la guerre, est surexcitée, enfiévrée etc..."Certains, à l'époque, ont été à ce point impressionnés par ces voix qui criaient à la guerre qu'ils ont pu croire qu'il s'agissait de la voix du pays.(...)Napoléon III se laisse aller à cette grossière erreur d'interprétation. L'Empereur a manifestement cru, en 1870, que la France, que «le pays» voulait la guerre."

Il n'est question que de sources diplomatiques ou des mémoires des politiques. Pas des analyses de l'état de l'opinion par les préfets, évoquée chez Audoin-Rouzeau, 1870, la France dans la guerre, Armand Colin, 1989, et qui fait plutôt état d'une réelle indifférence du pays envers cette crise diplomatique.

Et s'agissant de la déclaration de guerre, l'article indique bien que "quand on connaît les fantasmes que l'Empereur se faisait au sujet du «pays», on incline à penser que Napoléon III et son ministre se sont effectivement imaginé qu'ils devaient agir comme ils le faisaient pour satisfaire aux exigences de l'opinion." Bref l'enflammement belliciste de l'opinion a été sinon inventé afin de justifier la volonté d'entrer en guerre de Gramont et de l'Impératrice, au moins fantasmé par cette coterie.

Et même la publication de la dépêche d'Ems (le fameux chiffon rouge de Bismarck), " n'a pas eu, dans l'opinion française,
un effet immédiat, ni même un effet rapide, car la nouvelle a été noyée dans un flot d'informations diverses et contradictoires, où le public avait du mal à se retrouver."
L'auteur de l'article corrobore l'idée selon laquelle le gouvernement impérial s'est enferré seul dans ce conflit, sans aucune pression de l'opinion publique, pas même parisienne.

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Message Publié : 07 Mai 2021 13:40 
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Grégoire de Tours
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Les rapports mensuels des sous-préfets de Mayenne et de Château-Gontier, début juillet et début août 1870, sont clairs sur ce point : la situation internationale n'est absolument pas dans les préoccupations du public. Ce qui domine début juillet, c'est la situation très difficile du petit peuple coincé entre les salaires insuffisants (pour les chanceux qui ont du travail) et le renchérissement des denrées alimentaires à cause d'une météo assez catastrophique (sécheresse persistante succédant à un hiver et un printemps pluvieux). Beaucoup d'ouvriers agricoles et de journaliers sont sans emploi et la situation misérable des tisserands inquiète. Seules les élections municipales, prévues pour début août, amènent un peu d'animation, voire de passion ici ou là.
La communication officielle, qui présente la déclaration de guerre comme la réponse justifiée à une intolérable menace étrangère, est néanmoins assez efficace et la déclaration de guerre est accueillie, toujours selon les deux sous-préfets avec calme. La France est agressée, elle se défend, normal. On ne saute pas de joie pour autant, mais le sentiment patriotique domine malgré tout. La France est dans son droit ; on a confiance dans sa force.
Reste à voir ce qui remonte réellement de tout cela depuis la préfecture vers le ministre de l'intérieur. Les documents de la préfecture versés aux archives départementales ne comportent pas, du moins en Mayenne, les copies des rapports mensuels du préfet.


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Message Publié : 07 Mai 2021 13:53 
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Liber censualis a écrit :
L'auteur de l'article corrobore l'idée selon laquelle le gouvernement impérial s'est enferré seul dans ce conflit, sans aucune pression de l'opinion publique, pas même parisienne.


Je partage cet avis mais je mets une limite sur le vocabulaire : il ne s'enferre pas, il suscite le conflit, il le cherche, il l'appelle de ses vœux. Les ultras considèrent que c'est une manière efficace de fermer la parenthèse libérale maintenant que le régime est assuré "pour dix ans" grâce au plébiscite du 8 mai.
Il n'y a pas à s'y tromper : ce ne sont pas les premières défaites qui précipitent la chute d'Ollivier le 9 août, c'est juste l'argument vecteur pour atteindre un objectif ; c'est bien la volonté des ultras de se débarrasser de ce modéré et de le remplacer par un homme dévoué à la cause bonapartiste, en l'occurrence Cousin-Montauban.

Bref, ces inconscients engagent le pays dans une guerre d'ampleur continentale face à l'ennemi le plus fort qui soit, dans les pires conditions (avec des nations allemandes unies derrière la Prusse, sans aucune puissance européenne prête à aider la France, pas même l'Italie ou l'Autriche-Hongrie ni même le Royaume-Uni victorien). L'illusion entretenue par le régime sur l'état réel de l'armée explique suffisamment cette terrible erreur d'appréciation, mais j'ai la faiblesse de croire qu'un Napoléon III au sommet de sa forme n'aurait peut-être pas cédé si facilement à l'aile ultra du bonapartisme. L'Empereur est fantomatique lorsqu'il rejoint l'armée, et se contente de suivre les mouvements sans être en capacité de jouer un rôle significatif. Les messages venus de Paris lui font clairement comprendre que le pouvoir est désormais dans les mains de l'impératrice et de sa coterie d'ultras, que son retour n'est donc pas souhaité. Il n'a donc plus de poids sur le gouvernement et n'en a guère sur le commandement militaire. Terrible sort que celui de cet autocrate inspiré et habile que d'en être réduit à être un suiveur lamentable alors que son pays va traverser l'une des plus graves crises militaires de son histoire...

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Message Publié : 07 Mai 2021 14:06 
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LCL_EMB a écrit :

Je partage cet avis mais je mets une limite sur le vocabulaire : il ne s'enferre pas


Je trouvais que l'expression qui, originellement, signifie "s'empaler sur l'épée tendue de son adversaire" correspondait bien à la situation du piège tendu par Bismarck... Pour le reste, c'est effectivement ce qu'on lit partout, une piteuse fin pour le second Empire, "le second en pire" comme dit Tulard par comparaison au 1er...

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Message Publié : 07 Mai 2021 17:20 
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Liber censualis a écrit :
Pour le reste, c'est effectivement ce qu'on lit partout, une piteuse fin pour le second Empire, "le second en pire" comme dit Tulard par comparaison au 1er...


Bof, Napoléon Ier a rendu la France plus petite qu'en 1789, Napoléon III l'a agrandie de la Savoie et du comté de Nice en perdant l'Alsace-Moselle.. Et je ne parle même pas des avancées économiques.

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Message Publié : 07 Mai 2021 17:28 
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Liber censualis a écrit :
Je trouvais que l'expression qui, originellement, signifie "s'empaler sur l'épée tendue de son adversaire" correspondait bien à la situation du piège tendu par Bismarck...


Je comprends mais avec un peu de sang-froid afin de ne pas céder au délire de la frange ultra, ou assez d'autorité pour le faire, le piège de Bismarck aurait fait chou blanc. N'oublions pas qu'il est assez grossier, peu suivi par Guillaume Ier qui n'en est même pas informé, et que ce sont les ultras qui le mettent en place en prenant l'opinion publique à témoin parce qu'ils veulent une bonne guerre qui leur permettrait d'en finir avec l'expérience libérale.
L'explication cocardière ne m'a jamais convaincu, parce que l'opinion publique n'avait pas - surtout après le plébiscite du 8 mai, deux petits mois avant seulement - la capacité à tordre le bras du cabinet Ollivier, encore moins de l'Empereur. Elle m'est toujours apparue suscitée pour les besoins de la cause, instrumentalisée, pas précédant les décisions fatidiques prises mi-juillet 1870.

Du coup, quand on monte soi-même le piège livré en kit par son correspondant allemand, je ne pense pas qu'on s'enferre ; plutôt qu'on fait preuve d'un manque de clairvoyance et d'une inconscience absolument fascinants.

LCL EMB

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Message Publié : 07 Mai 2021 19:24 
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LCL_EMB a écrit :
Le gouvernement est divisé en une faction modérée (autour d'Emile Ollivier) et une faction "ultra" (autour de l'impératrice, elle comprend notamment Gramont).

Le simple fait que l'impératrice joue un rôle politique est déjà un dysfonctionnement majeur. Napoléon III ne tient plus son monde et ne connait pas son peuple. Il va donc se faire manipuler sans comprendre ce qui se passe réellement dans le pays.

Jusqu'où faut-il remonter dans l'histoire pour voir une reine - ou une favorite - jouer un rôle politique ?
(L'histoire enseigne que ça donne toujours des résultats calamiteux. En dehors du cas des régentes, variable selon la personnalité de chacune.)

Jean-Marc Labat a écrit :
Liber censualis a écrit :
Pour le reste, c'est effectivement ce qu'on lit partout, une piteuse fin pour le second Empire, "le second en pire" comme dit Tulard par comparaison au 1er...


Bof, Napoléon Ier a rendu la France plus petite qu'en 1789, Napoléon III l'a agrandie de la Savoie et du comté de Nice en perdant l'Alsace-Moselle.. Et je ne parle même pas des avancées économiques.

Heu, sans vouloir vexer personne, sur le plan économique, il aurait été préférable de garder l'Alsace-Moselle et de se passer du Comté de Nice et de la Savoie, non ? :mrgreen: :oops:

De plus Napoléon 1er avait laissé une France dotée d'une frontière nord délibérément difficile à défendre, que dire de cette frontière quand on enlève encore la Moselle actuelle, ce qui inclut Metz... Tout cela pèse son poids de sang. (ça aurait pu être pire en perdant TOUTE l'Alsace, c'est à dire Belfort compris, mais enfin le résultat telle quelle est déjà dramatique.)

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Message Publié : 07 Mai 2021 21:55 
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Salluste
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Localisation : Poitou
LCL_EMB a écrit :
Liber censualis a écrit :
Je trouvais que l'expression qui, originellement, signifie "s'empaler sur l'épée tendue de son adversaire" correspondait bien à la situation du piège tendu par Bismarck...


Je comprends mais avec un peu de sang-froid afin de ne pas céder au délire de la frange ultra, ou assez d'autorité pour le faire, le piège de Bismarck aurait fait chou blanc. N'oublions pas qu'il est assez grossier, peu suivi par Guillaume Ier qui n'en est même pas informé, et que ce sont les ultras qui le mettent en place en prenant l'opinion publique à témoin parce qu'ils veulent une bonne guerre qui leur permettrait d'en finir avec l'expérience libérale.
L'explication cocardière ne m'a jamais convaincu, parce que l'opinion publique n'avait pas - surtout après le plébiscite du 8 mai, deux petits mois avant seulement - la capacité à tordre le bras du cabinet Ollivier, encore moins de l'Empereur. Elle m'est toujours apparue suscitée pour les besoins de la cause, instrumentalisée, pas précédant les décisions fatidiques prises mi-juillet 1870.

Du coup, quand on monte soi-même le piège livré en kit par son correspondant allemand, je ne pense pas qu'on s'enferre ; plutôt qu'on fait preuve d'un manque de clairvoyance et d'une inconscience absolument fascinants.

LCL EMB


Il me semble que l'opposition parlementaire, Thiers, Gambetta et consorts, était opposée à la guerre, ou, tout au moins, demandait à avoir accès aux documents officiels, pour pouvoir se faire une opinion. On les a envoyé sur les roses.

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Message Publié : 08 Mai 2021 1:30 
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Citer :
L'auteur de l'article corrobore l'idée selon laquelle le gouvernement impérial s'est enferré seul dans ce conflit, sans aucune pression de l'opinion publique, pas même parisienne.


Je pense que vous allez un peu vite là-dessus. Ce que j'ai compris de l'article, c'est qu'il y a bel et bien un vif émoi dans la capitale en ce qui concerne la nomination sur le trône d'Espagne d'un Hohenzollern et la campagne de presse, à laquelle il faut rajouter l'avis des divers diplomates sur place, semble témoigner d'une franche hostilité envers ce projet qui, s'il devait se réaliser, signifierait la guerre pour beaucoup.
Le tournant vient de Gramont qui prend l'initiative de porter la question sur les garanties que la Prusse devrait fournir à la France dans sa déclaration du 6 juillet. Est-ce qu'il pensait répondre à ainsi à ce qu'il estimait être l'opinion générale, ou alors comme vous le sous-entendez il s'agissait surtout d'un calcul politique pour balayer l'expérience libérale du régime ?
Toujours est-il que dans ce climat explosif, auquel le gouvernement a joué un rôle majeur, l'auteur estime qu'à partir du moment où la dépêche d'Ems est connue, on ne peut plus enrayer la marche vers la guerre (et ce sans doute indépendamment de l'opinion publique).

Il était inconcevable, une fois comprise la portée de la dépêche d'Ems que le gouvernement pût résister à la fureur de l'opinion. Le pays serait rentré en guerre avant le gouvernement.


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