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Message Publié : 19 Nov 2023 6:27 
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Marc Bloch
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Je ne suis pas un expert mais j'ai du mal à comprendre la dimension idéologique de la politique étrangère soviétique.

Puis je résumer les choses ainsi :

- Lenine adopta une stratégie diplomatique et militaire clairement internationaliste cherchant à promouvoir le communisme ;

- Staline fut le choix du " communisme dans un seul pays ": choix rationnel mais contraire aux idées de Marx et de Lenine ;

- après 1945 retour à un internationalisme apparent qui couvre en fait un pur et simple impérialisme de Europe Centrale et une stratégie anti occidentale dans le Tiers-Monde - avec une absence presque complète d'effort pour introduire le communisme en Europe occidentale (sauf en Grèce brièvement)!

Je voudrais savoir comment les théoriciens (théologiens) soviétiques ont justifie le " communisme dans un seul pays" ...et après 1945 le refus de propager le communisme en Europe occidentale et en Amérique du Nord ?

Je crois que dans les années 50 fut inventée la théorie de la coexistence pacifique justifiée par l'équilibre nucléaire. Mais entre 1945 et 1955?


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Message Publié : 19 Nov 2023 7:32 
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Jerôme a écrit :

Je voudrais savoir comment les théoriciens (théologiens) soviétiques ont justifie le " communisme dans un seul pays" ...et après 1945 le refus de propager le communisme en Europe occidentale et en Amérique du Nord ?

Je crois que dans les années 50 fut inventée la théorie de la coexistence pacifique justifiée par l'équilibre nucléaire. Mais entre 1945 et 1955?

Il n'y a pas "refus" des Soviétiques de propager le communisme dans ces deux régions, mais plus simplement le constat que c'était impossible.

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Message Publié : 20 Nov 2023 0:47 
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Marc Bloch
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Pierma a écrit :
Jerôme a écrit :

Je voudrais savoir comment les théoriciens (théologiens) soviétiques ont justifie le " communisme dans un seul pays" ...et après 1945 le refus de propager le communisme en Europe occidentale et en Amérique du Nord ?

Je crois que dans les années 50 fut inventée la théorie de la coexistence pacifique justifiée par l'équilibre nucléaire. Mais entre 1945 et 1955?

Il n'y a pas "refus" des Soviétiques de propager le communisme dans ces deux régions, mais plus simplement le constat que c'était impossible.


Bien sûr vous avez techniquement raison.

Mais comment cette impossibilité militaire fut elle présentée par les idéologues officiels du parti ?


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Message Publié : 20 Nov 2023 14:03 
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Pierre de L'Estoile
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Je ne crois pas qu’il y ait rien eu d’explicite. Le pragmatisme a prévalu. A la suite de la conférence de Yalta avaient été implicitement admises deux grandes zones d’influence. Pour ce que j'en sais, Moscou avait fait comprendre aux partis communistes de l’ouest, français et italiens principalement, que l’URSS n’appuierait pas des tentatives de révolution en Europe de l’ouest. Des deux côtés un statu quo était préféré à une instabilité pouvant déboucher sur une troisième guerre mondiale.


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Message Publié : 20 Nov 2023 14:20 
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Jerôme a écrit :
Mais entre 1945 et 1955 ?


Dans les faits, en 1945, l'armée russe est sur les genoux. Elle a gagné la guerre contre les nazis, mais avec l'aide massive américaine. Et cela, les décideurs soviétiques en sont bien conscients. Ils savent aussi qu'ils doivent "digérer" leurs conquêtes. Ils ne sont pas à l'abri de mouvements contre-révolutionnaires dans les zones soumises à leur influence après Yalta. Dans certaines régions, il y a eu des mouvements anti-communistes structurés dans des maquis jusqu’à l'orée des années 50.

Bref, la priorité de Staline et des dirigeants soviétiques n'est pas de conquérir l'Europe occidentale, mais d'imposer l'ordre soviétique dans leur zone d'influence. Et cela suppose que les mouvements communistes d'Europe occidentale ne tentent pas de lancer une révolution qui risquerait de modifier les équilibres nés à Yalta.

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
Appelez-moi Charlie


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Message Publié : 20 Nov 2023 15:18 
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N'oublions pas qu'il a fallu du temps pour imposer un régime communiste dans les pays de l'Est entre 1945 et 1948.Il a fallu du temps pour les déplacements de population, surtout les Polonais de Galicie. En bref, ce n'est pas parce que la guerre se finit en 1945 que tout redevient calme et serein. C'est même un fichu bazar.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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Message Publié : 20 Nov 2023 22:29 
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Dans certains pays de l'Est, des partis opposés au communisme tiennent tête courageusement, aidés par le maintien d'élections libres pour ne pas casser trop vite la vitrine démocratique que Staline présente à l'occident.

Par exemple, en Hongrie, le parti des petits propriétaires terriens se bat avec la dernière énergie contre la mainmise communiste progressive. Dans ce pays tout reste à faire pour en faire une démocratie "populaire", le NKVD a du pain sur la planche. La technique stalinienne va pour partie consister à accuser de collaboration avec les nazis toutes les têtes qui dépassent, c'est tellement facile ! (Le père de Sarkozy a dû émigrer pour cette raison, et l'accusation fabriquée l'a poursuivi jusqu'en France.) Il y a aussi évidemment à mettre la main sur le ministère de l'intérieur (un peu partout cela se fera dans le cadre de gouvernement d'union nationale, sachant que c'est ce ministère là, et pas un autre, que veulent les communistes.) et à commencer le noyautage de la police par des militants communistes. Si on trouve le moyen de mettre la main sur le ministère de la défense c'est encore mieux.

Bref, tout un travail de sape, qui prend du temps. Je ne parle pas de la malheureuse Pologne, où les opposants potentiels ont été massacrés pendant la guerre, mais partout ailleurs la consolidation du glacis est à peine entamée. Elle n'a même pas commencé en Tchécoslovaquie, qui fonctionne de façon parfaitement démocratique et ne tombera qu'en 48. (Où le coup d'état réussi par un envoyé de Staline laissera l'occident ébahi et sans réplique possible :"ce sont des affaires intérieures tchécoslovaques, de quoi vous mêlez-vous ?")
A noter dans le coup de Prague le rôle clé mais fugitif joué par un ministre démocrate-chrétien qui était sans doute un communiste infiltré dès l'avant-guerre - le Komintern puis le NKVD travaillent dans la durée - et qui s'effacera après l'opération. (Les meilleurs intoxications, dit Pierre Nord, sont celles dont on ne sait pas qu'elles ont eu lieu.)

En attendant que tous ces pays basculent dans le camp du bonheur socialiste, la consigne de Staline aux PC français et italiens est simple : se tenir tranquille ! Pas de vagues avec les occidentaux. (Ces consignes changeront, avec notamment des grèves insurrectionnelles en France, quand Staline se saura assez bien installé pour passer à l'affrontement avec l'ouest.)

Au passage, les leaders communistes qui ont pris le pouvoir dans les pays de l'est, une fois le communisme installé de façon indéboulonnable, seront éliminés. L'idée, c'est que ces gens qui ont combattu dans la résistance communiste pour leur pays risquent soudain de se rappeler qu'ils sont hongrois, tchèques, bulgares... et d'oublier leur rôle de valets. Procès de Moscou, pendaisons, Staline les balaie d'un revers de main. Ne pas prendre le moindre risque de tentation nationale dans les annexes de Moscou !

"Vous aviez combattu partout la bête immonde,
des brigades d'Espagne à celles du maquis,
votre jeunesse était l'histoire de ce monde,
vous aviez nom Kostov ou London ou Slansky."
(Jean Ferrat - Le bilan.)

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Message Publié : 21 Nov 2023 9:49 
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Pierre de L'Estoile
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Localisation : Nanterre
En 1918, l'Europe semble au bord de la révolution communiste : l'Allemagne a proprement explosé, avec des länders qui ont repris leur indépendance et surtout une "République des conseils", Ratenrepublik, en Bavière. Un "conseil", en russe, c'est un soviet. On est tout proche. Dans la foulée, une république des conseils est également mise sur pied en Hongrie. C'est pour lui venir en aide que Trotsky envahit la Pologne. Mais tous ces mouvements sont écrasés, la première par les Corps Francs, le second par une armée franco-roumaine.
Dès lors, Staline va imposer avec pragmatisme l'idée de réaliser le socialisme sans compter sur une révolution mondiale, en misant sur le développement d'une économie planifiée et autarcique, et en se permettant des accommodements très bien décrits dans "Le Zéro et l'Infini", d'Arthur Koestler, -comme les échanges commerciaux avec l'Allemagne nouvellement nazie - qui détaille également ce qu'il en était des théoriciens. Je cite de mémoire : "Le N°1 a demandé une étude à ses théoriciens sur les conséquences de la crise aux Etats-Unis. Ceux-ci ont rédigé un mémoire reprenant son dernier discours indiquant que les Etats-Unis ne sortiraient de la crise que par la révolution. Pourtant, en recevant un journaliste étranger, le N°1 annonce entre deux bouffées de cigarettes que la production américaine a repris un cours normal. S'attendant â être arrêtés, les théoriciens rédigent dans la nuit leur autocritique s'accusant de s'être fait influencer par les idées bourgeoises pour répandre de fausses nouvelles. Leur chef préfère se donner la mort. Les théoriciens en concluent que toute l'affaire n'était qu'une manoeuvre du N°1 pour remplacer leur chef'. >:)

_________________
Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
George Orwell


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