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 Sujet du message : Fitna
Message Publié : 24 Oct 2020 12:09 
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Marc Bloch
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Le premier siecle de l 'Islam fut marqué un grand succès que chacun connaît : l'extraordinaire expansion territoriale du nouvel empire.

Mais un autre aspect m'interpelle : ce premier siecle fût aussi caractérisé par de durs conflits internes. Si ces conflits se peuvent expliquer par des considérations internes, un point m'échappe : pourquoi et comment l'"empure" arabo-musulman ne s'est il pas effondré sous le poids de ses divisions internes? Pourquoi, par exemple, les Perses ou les Égyptiens ne se sont ils pas révoltés ? Pourquoi les empereurs byzantins n'ont ils pas lancé une reconquête des provinces perdues?


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 24 Oct 2020 13:25 
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Jean Froissart
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Inscription : 13 Juin 2017 15:04
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.
Parce-que ces divisions internes sont accessoires et ne change pas le socle (profession de foi - Chahada) commun à tous.
Que divers clans s'autoproclament ceci ou cela ne bouscule pas le socle, fassent scission pour reconnaître tel ou tel comme héritier est très annexe, c'est une querelle familiale.
Byzance se débat -il me semble- dans une reconsidération/reconstruction interne, batailler à l'externe n'est pas envisageable.
Les Sassanides ont été balayés vers 650 (je crois) et un califat sunnite installé. La scission chiite s'inscrit donc (territorialement parlant) sur un "terrain" déjà "converti" pour l'essentiel, même si le zoroastrisme a laissé une empreinte.
L'Egypte est conquise vers 640. Là encore plusieurs dynasties vont se succéder et si les Fatimides offriront une ère assez riche, ils restent le fruit d'une division/interprétation/choix quant au juste "héritier" du Prophète.
*-*


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 24 Oct 2020 14:21 
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Jean-Pierre Vernant
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L'Égypte monophysite n'a pas toujours bien vécue la domination byzantine, l'empire suivant l'orthodoxie chalcédonienne. L'arrivée des conquérants arabes débute une période plus tolérante pour les pratiques religieuses locales.
Pour byzance lancer une reconquête demanderait un effort financier et humain que l'empire ne peut plus du tout se permettre. N'oublions pas d'une part les ravages de la peste justinienne et d'autre part ceux de la très longue guerre contre l'empire perse (guerre qui a largement facilité le travail des conquérants arabes). Byzance ne reprend vraiment l'initiative qu'avec la dynastie macédonienne autour de l'an mil.

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 25 Oct 2020 10:13 
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Plutarque
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Inscription : 17 Nov 2019 20:27
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Si vous évoquez précisément le mot fitna, on peut préciser pour les personnes qui ne connaissent pas forcément. Cela "désigne en arabe la sécession qui se manifesta au sein de la communauté musulmane à l'époque du califat de 'Alî. Il est employé ensuite à plusieurs reprises par les auteurs pour désigner les crises traversées par la communauté, comme dans l'Espagne musulmane, peu avant la disparition du califat omeyyade de Cordoue (1031)." (Philippe Sénac).
La première et plus célèbre fitna est accoudée à la bataille de Siffîn (657). Pour le coup, cela a pour conséquence " une division profonde la communauté musulmane puisque trois groupes rivaux se dessinaient maintenant, les sunnites, les shî'ites et les khâridjites " (toujours Sénac). Cela amène aussi au califat Omeyyade.

Selon Sénac, les causes du succès de la conquête:
• On ne sait pas trop. Pas réellement de suprématie militaire, technique : plutôt les adversaires qui étaient faibles.
• Appât butin, meilleure information, valeur des chefs, razzia..causes climatiques aussi : idée d’un réchauffement climatique qui appauvrie les Bédouins. Autant de facteurs et d’hypothèses.
• Les guerres entre Byzance et la Perse avaient affaiblis les deux empires jusqu’aux accords d’Arabissos en 629 . Egypte : Divisions religieuses et discordes avec l’empire Byzantin. On accueille même bien ces conquérants. Troupes byzantines souvent composées de mercenaires.

Autre élément qu'il mentionne: Les Arabes en minorité vont s’installer à l’écart de la population. On protège les religieux monothéistes (dhimmîs) en échange du paiement de la djizyâ (impôt) : pratique culte. Terres laissées contre l’impôt foncier (kharâdj). Bref, on perçoit bien les arabes.

On pourrait aussi faire suivre votre question: ce qu'on appelle la faide royale chez les Mérovingiens, qui n'est pas si éloignée chronologiquement que la fitna, lui ressemble-t-elle dans ses conséquences territoriales?

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Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer. Beaumarchais, Le Barbier de Séville, 1775.


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 28 Fév 2021 19:25 
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Stricto sensu, le terme de fitna est réservé aux guerre de succession entre les partisans du dernier compagnon vivant (et gendre) de Mahomet, Ali, et ses rivaux.

Les autres conflits sont des guerres de successions seigneuriales (guerres de palais, quand un seigneur mourait, ses enfants s'entre-tuaient jusqu'à ce qu'un successeur l'emporte) et entre seigneurs jusqu'au XXe siècle.

Le XXe siècle consacre l'émergence des conflits nationalistes où des collectivités (tribus, ethnies...) s'insurgent contre des puissances seigneuriales ou colonisatrices (Rif, Sahara occidental et Mauritanie contre le Maroc ; arabophones contre berbérophones en Algérie et en Libye ; Subsahariens contre Arabes au Soudan ; Bédouins du Sinaï contre l'Egypte ; Palestiniens entre eux et contre Israël, la Jordanie (1970), le Liban (1975-1990) et le Koweït (1990-1991) ; Kurdes contre Turcs, Arabes et Persans ; Arabes sunnites contre chiites et autres communautés ethniques en Syrie et en Irak ; chiites contre Saoudiens, Saoudiens contre Yéménites, Yéménites entre eux ; Perse contre Turcs et Arabes ; Arabes contre Turcs ; Afghans entre eux, Bangalis contre le Pakistan...).

Comme en Europe occidentale entre la guerre de Trente Ans et la Première Guerre mondiale, le monde se soulève pour séparer les ethnies ou les nations par des frontières définies.

***

Les Egyptiens ne se sont pas révoltés car trop heureux de s'être débarrassés des Byzantins. La Perse finira par se révolter contre les Turcs et le sunnisme. L'Empire byzantin était à bout de souffle, épuisé par sa guerre contre la Perse et par ses propres conflits civils.


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 28 Fév 2021 19:51 
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Jean-Pierre Vernant
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Geopolis a écrit :
Le XXe siècle consacre l'émergence des conflits nationalistes où des collectivités (tribus, ethnies...) s'insurgent contre des puissances seigneuriales ou colonisatrices


Ce qui est intéressant c'est qu'en parallèle on voit se déployer également des mouvements panarabes qu'ils soient islamistes (frères musulmans) ou purement politico idéologiques (bassisme).

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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 15 Mars 2021 12:56 
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Inscription : 26 Déc 2004 20:46
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Pédro a écrit :
Ce qui est intéressant c'est qu'en parallèle on voit se déployer également des mouvements panarabes qu'ils soient islamistes (frères musulmans) ou purement politico idéologiques (bassisme).

Avec le recul et ma perception de la prépondérance des soi-disant généalogies dans les conflits, je pense que les Frères musulmans sont totalement inféodés à l'ottomanisme et au néo-ottomanisme ; par exemple, ils s'opposent aux pachas qui avaient arraché l'Egypte aux Ottomans (puis menacé à deux reprises l'Empire ottoman) et aujourd'hui ils s'alignent sur les mouvements prétendument "pan-oummaistes" aux côtés d'Erdogan et des al-Qaeda/Daesh, qui tuent surtout dans les anciens territoires arabes de l'Empire ottoman et bradent volontiers les souverainetés arabes ou locales. C'est une hypothèse de Frères musulmans comme mouvements de soi-disant Arabes vendus à l'Empire ottoman.

Le baasisme me paraît un mouvement inventé et instrumentalisé par l'URSS sur fond anticolonialiste et antimusulman.

Le sentiment d'appartenir à la nation arabe n'apparaît qu'au XXe siècle avec l'appui de l'URSS, sur fond de décolonialisme. Il s'estompe avec l'URSS.

Le "pan-oummaiste" proclamé par les Frères musulmans et partis associés reste moins sensible au panarabisme, ses partisans livrant essentiellement leurs guerres contre des populations soi-disant arabes. Il me paraît être une résurgence du sunnisme le plus intolérant, adopté par les Turcs au moment où ils mettent les Etats arabes sous leur joug et qui attira sur l'Orient musulman les fureurs mongoles et catholiques, ce qui déclenche une "désunnisation" du monde depuis le XIe siècle (Reconquista, croisades en Orient, conquêtes mongoles vers l'Ouest, colonisation de l'Ancien Monde bloquant l'expansion musulmane entre l'Afrique de l'Ouest, les Comores et les Philippines). Cette "désunnisation" atteint les pays soi-disant arabes depuis l'influence du socialisme puis du libéralisme dans ces pays à partir du milieu du XXe siècle.


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 13 Juin 2021 21:02 
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Marc Bloch
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Merci à tous pour les éclaircissements donnés.

J'ai par ailleurs lu que les empereurs byzantins du VIIe siècle étaient plus préoccupés par les affaires italiennes !


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 27 Juin 2021 14:55 
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Grégoire de Tours
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Jerôme a écrit :
Le premier siecle de l 'Islam fut marqué un grand succès que chacun connaît : l'extraordinaire expansion territoriale du nouvel empire. Ce premier siecle fût aussi caractérisé par de durs conflits internes, un point m'échappe : pourquoi et comment l'"empire" arabo-musulman ne s'est il pas effondré sous le poids de ses divisions internes?


Il faudrait Jerôme, pour pouvoir éventuellement répondre à cette question, faire peut-être tout d´abord un rappel historique des principales étapes des discordes et conflits ayant marqué la communauté musulmane dès ses premières années autour de la nomination du/des succésseurs du prohète...
C´est ce que je vous propose avec le résumé suivant (source wiki):

Est désignée par "Grande discorde" ou "Première Fitna" les évènements et la guerre civile entre musulmans à l’origine de la séparation sunnites, chiites et kharidjites entre les années 656 et 661.
Cette première Fitna commença, selon la tradition musulmane, par l'assasinat à Médine le 17 juin 656, dans sa maison, du troisième calife Othman, beau-fils et éminent compagnon de Mahomet, né dans le clan mecquois de premier plan des Omeyyades (clan appartenant à la tribu des Quraych dont le prophète etait lui-même issu), assasiné donc par un groupe d'insurgés en provenance des tribus de Koufa et de Bassorah (ainsi que les Hachémites. les Banu Abdul Qays et autres Banu Bakr).
Ali ibn Abi Talib, cousin et compagnon du Prophète, résidant à Bassorah (en actuel Irak) fut alors désigné comme 4eme successeur du prophète par les mêmes "sahaba" (compagnons de Mahomet) qui avaient élu Othmân précedemment et se déplacèrent vers lui, en provenance de Medine, pour le nommer. Ali eût, alors, de suite affaire à des revendications en provenance d´Aïcha, la veuve de Mahomet, alliée à ces compagnons et venue avec eux, qui lui demande d´appliquer la loi du Talion aux assassins d´Othmân ayant pris une grande influence à Médine.
Le 9 décembre 656 près de Bassorah, eùt lieu une première confrontation, dite "bataille du chameau" opposant globalement le clan des Quraychites Mecquois aux fidèles d'Ali. Puis entre mai et juillet de l'an 657, une deuxième confrontation dite "Bataille de Siffin" en Syrie, combat final qui opposa Ali à Mu'awiya qui refuse de lui prêter allégeance, alors qu´il était le gouverneur de la Syrie depuis l´an 640.
Mu'awiya était issu du clan Quraych des Banū ʾUmayya (Omeyyades), l´un des plus influents de La Mecque et des plus farouches adversaires initiaux du prophète - mais était devenu un des compagnons et le scribe du prophète après sa conversion à la cause musulmane lors de la prise de la Mecque en 630.
Les deux camps après d´âpres et sanglantes hostilités vont recourir à un arbitrage auprès des sahaba qui les voit se scinder en trois groupes. Le premier prit le parti d'Ali, le second celui de Mu'awiya et le troisième comprenant les partisans dʿAlī qui étaient contre cet arbitrage (arguant quʿAlī avait été désigné par Allah lui-même pour être le calife) s'en séparent et deviennent les kharidjites.

Le kharidjisme ou kharijisme est donc la troisième branche de l'Islam (à côté du sunnisme, majoritaire, et du chiisme) apparue lors de cet arbitrage entre Ali et Mu'awiya à l'issue de la bataille de Siffin en 657.
Les kharijites (en arabe : khawāridj, sortants, dissidents) furent ainsi nommés par Ali pour désigner tout mouvement musulman contestataire, qu'importe ses revendications et méthodes malgré que ces kharijites initiaux se divisèrent, par la suite, en une multitude de groupes (près d'une vingtaine). Sept d'entre eux ont été principalement recensés: les mouhakkimites, les azraqites, les najadites, les thaalabites, les ajradites, les sufrites et les ibadites, qui seuls subsistent de nos jours.
Les ibadites, pacifistes, firent concrètement sécession durant le règne d´Ali en lui reprochant son comportement belliqueux notamment à l'égard des populations non-arabes, et refusèrent de partir en guerre, puis ne cautionnant pas l'escalade de violence faisant suite à leur départ, se retirèrent dans la région d'Oman (dont ils constituent aujourd´hui le courant dominant tout en étant aussi présents dans certaines régions du Maghreb, notamment dans la région du Mzab en Algérie.
L´Ibadisme est donc lui-même, une tendance provenant du kharijisme qui considère que le commandeur des croyants ne doit pas être nécessairement de la lignée de Mahomet, ni d'une certaine ethnie ou couleur.

La Deuxième Fitna conduit à une nouvelle guerre civile, et correspond à une période d'instabilité générale politique et militaire qui frappe l'empire musulman au début de la dynastie omeyyade, après la mort de Muʿāwiya Ier (qui avait aboli l'élection rendu le califat héréditaire dans sa famille et désigné Damas comme sa capitale).
Muʿāwiya, le premier calife omeyyade, meurt au printemps 680 et c'est son fils Yazid qui lui succède. Ce dernier fait face à l'opposition des partisans d'Al-Hussein ibn Ali, le petit-fils de Mahomet et le fils de l'ancien calife Ali ibn Abi Talib qui a été assassiné. Hussein et plusieurs de ses plus proches partisans sont tués par les troupes de Yazid lors de la bataille de Kerbala (octobre 680) qui est souvent perçue comme la rupture définitive entre le chiisme et le sunnisme.
Après ces événements, Yazid fait face à une deuxième révolte, celle d'Abd Allah ibn az-Zubayr, un compagnon de Mahomet et neveu de sa femme Aïcha. Cette rébellion est souvent vue comme une tentative de revenir aux valeurs de la première communauté musulmane. Elle est soutenue par des opposants au règne des Omeyyades.
Après la mort soudaine de Yazid en 683 et de son fils Muʿawiya II en 684, ibn az-Zubayr bénéficie d'une importante reconnaissance au sein du califat. En Syrie, Marwān ibn Al-Ḥakam, un cousin de Mu'awiya Ier, est déclaré calife mais son règne ne dure que deux ans car il décède au printemps 685. C'est son fils Abd Al-Malik qui lui succède. Dans le même temps, ibn az-Zubayr est isolé dans les régions de Tihama et de l'Hedjaz où les rebelles kharidijites établissent une principauté indépendante au centre de l'Arabie en 684.
D'autres soulèvements kharidjites ont lieu en Irak et en Iran pendant que les Chiites se révoltent à Koufa pour venger la mort d'Hussein et défendre d'autres fils d'Ali comme candidats au califat. Finalement, l'ordre est restauré par les forces syriennes soutenant Abd al-Malik. Ce dernier parvient à vaincre tous ses rivaux et son armée, dirigée par Al-Hajjaj, tue ibn az-Zubayr à l'automne 692, ce qui met fin à cette période fortement perturbée.

À partir de 744 prendront lieu les évènements de la 3eme fitna conduisant au renversement, en 750 de la dynastie des Omeyyades par celle des Abbassides et au déplacement du siège du Pouvoir vers leur nouvelle capitale de Bagdad...mais là nous sommes plus d´un siècle après la disparition du prohète et le Pouvoir et Idéologie Califales semblent déjà sensiblement bien établis sur leurs bases.

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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 28 Juin 2021 9:39 
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Marc Bloch
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Merci

En creusant de mon côté, j'ai trouvé trois éléments que j'ignorais.

Tout d'abord aux VIIè et VIIIè siècles, les Lombards exerçaient une forte pression sur l'Italie et les empereurs byzantins (qui se disaient "romains") estimaient essentiels pour des raisons religieuses et symboliques de conserver le contrôle de la péninsule (et au moins de la Ville de Rome). Ils auraient prioriser la défense de l'Occident sur la reconquête de l'Orient, laissant passer l'opportunité d'exploiter les divisions musulmanes.

Ensuite, les premiers conquérants arabes auraient exercé une tutelle très légères sur leurs conquêtes. Par exemple, ils levaient le tribut mais s'abstenaient de convertir le populations ou d'imposer la langue arabe (jusque vers 700). Ceci laissait peut-être penser que leur conquête etéait superficielle - voire qu'elle n'est pas incompatible avec le maintien de la souveraineté impériale, notamment parce que la monnaie byzantine reste en circulation jusque vers 690, la langue grecque est employée jusque vers 700 et le droit romain a été conservé par les chrétiens plus longtemps encore.

Enfin, les populations chrétiennes étaient "démilitarisées" depuis des siècles. Elles trouvaient normal de ne pas se battre et de verser un tribut à une armée étrangère car c'est ainsi que fonctionnait l'empire depuis le Vè siècle au moins. Ceci s'ajoute à la forte impopularité du pouvoir impérial orthodoxe auprès des monophysites égyptiens par exemple.

n'étant pas un expert, je suis preneur des réactions des plus savants.


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 Sujet du message : Re: Fitna
Message Publié : 01 Juil 2021 18:48 
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Grégoire de Tours
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Jerôme a écrit :
En creusant de mon côté, j'ai trouvé Tout d'abord qu´aux VIIè et VIIIè siècles, les Lombards exerçaient une forte pression sur l'Italie et les empereurs byzantins (qui se disaient "romains") estimaient essentiels pour des raisons religieuses et symboliques de conserver le contrôle de la péninsule (et au moins de la Ville de Rome). Ils auraient prioriser la défense de l'Occident sur la reconquête de l'Orient, laissant passer l'opportunité d'exploiter les divisions musulmanes.

Le VIIe siècle correspond au point de départ de l'histoire byzantine proprement dite et à une époque de crise grave oú confronté aux dangers perses et arabes, l'Empire byzantin dùt faire face à la perte de nombreux territoires.
C´est avec Héraclius (575-641) que commence véritablement ce que l'historiographie moderne nomme l´«Empire byzantin» qui voit l´abandon définitif sous son règne du latin au profit du grec, le remplacement du titre d'Augustus par celui de Basileus et la remodelation de l'armée en profondeur en remplaçant les mercenaires étrangers par des soldats professionnels venant principalement d'Arménie et commandés par des membres de la noblesse locale. Sur le plan extérieur, Héraclius dut mener deux séries de guerres, la première contre les Perses, la seconde contre les Arabes, tout en faisant face aux invasions des Avars, des Slaves et du Khanat Bulgare qui vers 670 va menacer serieusement Constantinople. Commencée en 613, la guerre contre les Perses, elle, se poursuivit jusqu'en 628 et la restitution à Constantinople de l'Arménie, la Mésopotamie romaine, la Syrie, la Palestine et l'Égypte. Mais avec la défaite de Yarmouk en 636. puis les années qui suivent tous ces territoires finissent par tomber aux mains des nouveaux conquérants Arabes.
Au début du VIIIe siècle, sur le plan intérieur, l´empire Byzantin est déchiré par le conflit iconodulie/iconoclastie ce qui l´obligera particulièrement à laisser le champ libre aux Francs pour ce qui est de la garde de Rome et du Pape. Difficle dans ces contextes de "prioriser" conquêtes ou reconquêtes....


Jerôme a écrit :
Ensuite, les premiers conquérants arabes auraient exercé une tutelle très légère sur leurs conquêtes. Par exemple, ils levaient le tribut mais s'abstenaient de convertir le populations ou d'imposer la langue arabe (jusque vers 700). Ceci laissait peut-être penser que leur conquête etait superficielle - voire qu'elle n'est pas incompatible avec le maintien de la souveraineté impériale, notamment parce que la monnaie byzantine reste en circulation jusque vers 690, la langue grecque est employée jusque vers 700 et le droit romain a été conservé par les chrétiens plus longtemps encore....Ceci s'ajoute à la forte impopularité du pouvoir impérial orthodoxe auprès des monophysites égyptiens par exemple.

Les provinces de Mésopotamie, Syrie, Palestine et Égypte conquises par les arabes avaient été profondément fragilisées par les guerres entre empires perse et byzantin et elles furent souvent le lieu de contestations du pouvoir impérial car les populations étaient, comme vous le mentionniez, des disciples du monophysisme et non de la doctrine chrétienne classique de Constantinople. Cette loyauté douteuse explique le fait que de nombreuses villes ouvrirent leurs portes aux Arabes en échange d'un traité relativement indulgent (statut protecteur de Dhimmi pour celles et ceux qui s´y soumettaient et qui impose principalement de payer un impôt particulier appelé Jizya et une loyauté envers l'État musulman, en échange, par l'État de la protection de leur vie, leurs biens et la liberté de conserver leur propre religion).
Pour ce qui est des monnaies et de leurs circulations il faut attendre Abd al-Malik (calife omeyyade régnant de 692 à 705) qui va installer cette dynastie, son idéologie théologique et pouvoir sans partage à la tête d´un état centré sur Damas (une fois les dissidences internes bordurées ou éliminées à la fin de la période de la 2eme Fitna) afin de procéder â une réforme de la sikka (la frappe monétaire) et voir son monnayage trimetallique caractéristique se répandre sur tous les territoires devenus musulmans et devenir reférentiel mème pour les différents Pouvoirs et dynasties qui lui succéderont.


Jerôme a écrit :
Enfin, les populations chrétiennes étaient "démilitarisées" depuis des siècles. Elles trouvaient normal de ne pas se battre et de verser un tribut à une armée étrangère car c'est ainsi que fonctionnait l'empire depuis le Vè siècle au moins.

Je "subodore" ici Jerôme quelque référerence à la vision/théorie d´Ibn Khaldoum sur les Empires, me trompe-je ? :wink:
mais ai du mal à vous suivre car comme dit plus haut l´empire byzantin, à ce moment et militairement, ni dependait de mercenaires ni exemptait sa/ses populations chrétienne(s) de participer à sa defense.

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